L'EXPOSITION NATIONALE DES BEAUX-ARTS A MADRID
Parmi ces toiles, c'est le Spoltarium de H. Luna qui est l'œuvre h sensaiion, celle qu'on est enâu convenu de reconnatlre uomme la plus iiQporUnte non seulement de l'eiposition actuelle, mais encore de toutes les précédentes. Elle vient d'ailleurs d'obtenir la première médaille : le jury, n'ayant pu se Boustraire à ses propres préjugés, a ratifié l'arrêt du public qai avait décerné d'emblée i H. Luna la médaille d'honneur. H. Dezobry, dans son livre Home au siècle d'Auguite, a décrit le Spoliarium avec une éoergie d'expression qui s prorondémenl saisi l'imaginalion orientale de H. Luna, jeune artiste déjà remarquée l'Exposition de 1881, oit il avait obtenu une deuxième médaille.
Le Spotiarium éiait un lieu silué dans te voisinage de l'amphithéâlre, où l'on dépouillait les cadavres des gladiateurs et où l'on achevait les combattants qui avaient été blessés mortellement. Cette scène d'inénarrable horreur a été rendue par H. Luna avec un immense succès d'émoiion. Malgré le luxe d'épouvante de la mise en icène, dont la noie domioanle est le sang versé et les chairsblémies des gladiateurs égorgée, l'aspert de cette grande composition, qui ne mesure pas moins de quatre mètres dn haut et huit de large, n'est point repoussant. La réalité y est tempérée par un large et profond sentiment d'humanité. Le tableau est tout en largeur : au Tond et à gauche se précipite la foule avide du sargtant spectacle. On ne voit presque que des têtes, mais quel choix varié d'expressions d'effroi et de curiosité dans tous ces visages tournés vers l'antre ténébreux où l'on achève les malbeoreux gladiateurs I Cette savante ordonnance de la com| osition fait commencer l'action en dehors du cadre, et le Spectateur est forcé de s'imaginer des horreurs encore plus grandes que celles que l'artiste lui montre. Au premier plan est un cadavre férocement traîné sur les dalles ruisselantes de sang par nn esclave qui repousse de son bras tendu et de son poing fermé la foule envahissante. Plus loin apparaissent d'autres esclaves demi-nus traînant d'autres cadavres, et la funèbre procession va se perdre dans un fond de ténèbres où, k la douteuse lueur de quelques toA:bes, s'agitent des silhouettes de vivants cherchant dans le monreau des raortâ l'ami, le fils, le parent. Toat cela est peint avec une exlraordinaire habileté et un souci très heureux de la richesse des colorations.
Après le Spoltarium viennent au même rang deux autres grands tableaux de grandes dimensions. Celui des Amants de Teruel, de H. Uunoz Degrain, retrace un épisode bien connu de l'histoire du im* siècle. C'est, & peu de chose près, la scène finale de Roméo et Juliette. On a reproché à ce sujet funèbre de manquer uu peu de caractère; les personnages sont trop parés pour la circonstance et le sens de la composition reste vague. L'auteur appartient à l'école classique. Le dessin est très étudié et d'une bonne tenue de style, le coloris sévère. C'est, en somme, une œuvre trèsdistinguée. On y a surtout remarqué un étonnant effet d'éclairage et de perspective résultant du jeu des lumières entre la demi-clarté qui filtre par la fenêtre du fond et la lampe qui pend au centre de la composition.
La Conversion du duc de Gandia est la troisième toile dont nous avons parlé. Son auteur, le jeune H. Moreno (^arbonero, n'a pas suivi l'interprétation de H. Jean- Paul Laurens. Il a cherché, au contraire, à éviter toute ressemblance de composiUou. L'œuvre de U. Horeno est bien personnelle et tous ses personnages sont empreints d'une juste couleur historique. IL Horeno a fôii preuve de beaucoup de talent dans la construction dramatique de cette vaste machine. On pourra être surpris de trouver encore un cadavre dans cette toile remarquable. Les sujets k torture, à exécution et à cadavre sont en effet la caractéristique de l'exposition, lei, c'est U. Ramirez qui nous
montre une eiécDtion capitale fons Don Juan 11; ik, c'est H. Agrasot qui nous Tait assister à la bataille de Honte-Huro (!i juîd 177t}, où le géoérai en chef de l'arméQ libérale fut tué roide au moment de remonter à cheval ; plus loin, c'est M. Borras qui représente le ministre de Philippe II, Antonio Perez, près d'expirer dans le supplice de la torture, recevant la visite de ses proches; puis c'est un très jeune débutant. il, Soreila, qui a peint la défense du Parc de Madrid par le peuple contre les troupes de Murât; ailleurs encore, c'est H. Beniliure qui remporte un succès d'érootioo avec «ne scène émouvante inlitulée Pour la Patrie I etc., etc. Partout la mort, partout des scènes funèbres. Le succès, dans cet ordre d'idées, est, du reste, aux jeunes et aux nouveaux venus. Qu'il nous suffise de citer les noms de HH. Recio, Oliva, Cebrian, Parladé, Heroandez, Ringon, Casado.
Nous l'avons dit, les tableaux de genre, les tableaux à sujets moderoes sont presque de nulle valeur. L'Espagne est dans une voie diamétralement contraire i la vôtre; elle présente le spectacle singulier d'un mouvement vers le passé. La tradition y est toutepuissanle. Nos meilleurs peintres de genre exposent à Paris; vous les connaissez.
Hais, par compensation, les paysagistes de terre et de mer sont en grand progria depuis trois ans. Les effets de la lumière crue dn Midi sur nos villes b demi arabes ont été souvent rendus avec bonheur. Parmi les meilleures marines, nous citerons \' Entrée du porl de Valence un jour de bourrasque, grande toile de M. Juste. Nous n'aurons aussi que des éloges pour les sincères études de MM. Canovas et Beruete, qui ont élevé la peinture de paysage à une hauteur jusque-là' inconnue en Espagne.
F.-B. NAVAinO.
: LOUIS QUNRK.
F*di. — Typ. ±. QduUb, T, niB S^lnt-Benott. -