MINIATURE EN FRANCE
DD Xlll' AU XVI* SIÈCLE
Ainsi le nom même de l'enluminure était d'origine parisienne, et cette seule dénomination, entrée dans l'usage universel, atteste chez les minialeurs français, comme l'a fait observer l'historien italien Denina, une véritable supériorité, soit pour le talent, soit pour le nombre :
supériorité qui ne devait rien aux influences étrangères. Vers la même époque, le jurisconsulte Odofrède racontait, d»ns ses commentaires de droit, l'anecdote suivante : « Un père italien donne à son fils le choix d'aller étudier à Paris ou à Bologne avec cent livres par an. Le fils préfôre Paris. Là, il fait embabouiner {ba~ buinare) ses manuscrits de lettres d'or, et il se fait chausser de neut tous les samedis : il est ruiné*, m Si, dans quelques cas, le luxe de» livres historiés pouvait nuire à la fortune privée, en revanche, ii ouvrait une source de richesse à la classe toute nouvelle des enlumineurs laïques, protégés par les princes et les riches amateurs et grassement rétribués par eux. On s'explique bien moins de quelle manière il pouvait être
I. Voy. Gazette de* Beaux-Arti, V période, t. XXX, p. 6i. ». Toy. Oiil. liltér. de la France, XXIV, ï8B.
funeste, comme l'a cm M. Benan', soit à la peinture en général, qui dut à la miniature sa renaissance et son développement, soit à la calli> graphie, qui naturellement était plus soignée dans les manuscrits illustrés. Quoi qu'il en soit, à l'aurore du siècle de Raphaël, l'Italie exaltait encore les enlumineurs français : on écrivait de ce pays, à propos de la construction du palais de Capoue, que ce monument avait une élégance « que le beau parler de maistre Alain Chartier, la sublimité de Jehan de Meun et la main de Fouquet ne sauraient dire, escripre ne paindre*. «
L'école dont notre artnational se rapproche ie plus est l'école flamande. 11 est même difGcile de reconnaître à première vue leure produits respectifs, surtout à l'époque ou le renie des frères van Eyck projette son reflet sur toute la peinture contemporaine. Lps Français se distinguent cependant des Flamands par moins de finesse dans le coloris, moins d'éclat dans les carnations, et aussi par moins de vulgarité dans la figure, moins d'exagération dans l'expression. Mais on a souvent confondu, dans la grande école du Mord, une quantité de maîtres et d'ouvrages appartenant réellement aux pays wallons ou français, et la Flandre elle-même était aussi française, sinon plus, que la Bretagne, la Guyenne et d'autres provinces excentriques. Il y aurait beaucoup à dire sur cette confusion, et l'on n'arriverait qu'avec peine à établir entre les deux contrées, entre les deux arts, une limite précise '. Au lieu de nous égarer à sa recherche, il vaut mieux entrer dans l'examen des monuments de la période gothique sortis authentiquement du pinceau de nos artistes.
La lettrine, nous l'avons dit, a perdu de son importance relative. Elle subsiste néanmoins, plus brillante, plus développée et plus variée que jamais. Les puristes se plaignent même quelquefois de ses envahissements : Richard de Bury défend bien de montrer les miniatures aux enfants qui pleurent, parce qu'une seule larme pourrait y faire une tache irréparable ; mais il abandonnerait volontiers à leurs ravages les lettres et les dessins de fantaisie ajoutés par certains ignorants sur les marges des manuscrits, qu'ils ne font que déparer*. Vains regrets; plus on va, plus le caprice se donne carrière. Ce sont des majuscules de toute forme et de toute dimension, gothiques, onciales, capitales, de deux points, de trois points, de quatre points, etc. ; la nomenclature et la définition de leurs espèces rempliront plus urd tout un traité, dont l'ingénieux auteur pré-
*, Hisl. litlérair» de la France, "SI.