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Pkilobiblion, irad. Cocheris, p. Ue, U

tendra baser la proportion des lettres sur celles du corps bumain*. C'est surtout, c'est toujours la majuscule lîligranée, mais accompagnée de raffinements inédits ; puis la lettre à rinceaux, mais avec des ramifications de plus en plus audacieuses ; enfin l'iniliale-cadre, enlennsnt dans ses lignes UD dessin d'ornement ou de figure, mais empruntant à l'imitation de la réalité un inlérét nouveau. L'ornement qui remplit les panses se rapproche souvent de celui des verrières ou du carrelage des églises. Des dessins quadrillés, rappelant encore les vitraux, servent de fond au motif principal. La flore naturelle se mêle aux fleurons et aux feuillages conventionnels dans une proportion croissante. Au déclin du xiv* siècle enfin, 00 voit s'introduire dans l'ornement de l'initiale dos écussons, des armoiries complètes ; c'est une sorte d'ex-libris artistique que les princes et les seigneurs font apposer sur les joyaux de leur bibliothèque. Quant à la couleur, tantôt le corps de l'initiale est en or sur fond sombre, tantôt il est rouge ou bleu sur champ doré (ce que les praticiens appellent ckumpié d'or ou à champaigne d'or). La palette des enlumineurs est devenue si riche, qu'ils prodiguent ces tons éclatants, non plus seulement au commencement des chapitres et des alinéas, mais jusque dans le corps du teste. 11 y a des volumes où le début do presque toutes les phrases est marqué par une petite lettre peinte ou au moins badigeonnée, et, de plus, les espaces vides qui termineut les lignes à la fm des paragraphes sont eux-^némes chargés d'or, d'azur et de vermillon. La page ainsi remplie fait l' effet d'uu champ de blé émaîUé de bluets, de coquelicots et d'épis mûrs, ou mieux d'une robe pailletée; c'est un excès fatigant pour l'œil, et plutôt nuisible à l'ensemble de la décoration.

Les lettrines k histoires encadrent, qnaod elles sont petites, des figures d'une finesse extraordinaire, et, quand elles sont grandes, de vrais tableaux de maîtres. Dès le xiii" siècle, un psautier de l'abbaye de Cuissy nous montre, enfermés dans douze initiales d'environ deux centimètres carrés, les travaux ou les plaisirs des douze mois de l'année, sujet absolument naturaliste, qui deviendra classique dans les calendriers placés en tête des livres d'heures, ot qui prête aux études de mœurs les plus curieuses. Une autre lettre, moins grande encore, dans un manuscrit de Notr&-Dame de Laon, contient le portrait d'un pape. On peut voir toute une collection de figurines aussi fines et de la même époque en tête des chapitres de la Sainte Êlitaheth et du Saint Louis publiés et illustrés par la maison Hame. Dans le genre opposé, il faut admirer une grande figure d'évêque du siècle suivant, reproduite par M. Fleury. Cette figure

1. Tory, L'art et teienca de la vraie proportion dei lettre». Paris, 1K19, in-f".

se présente sous un porlique trilobé, la tête coiffée d'une mitre blanche d'une forme singulière, le corps vâtu d'une soutane blanche et d'an

(D'aprii let uciannai peintani da U Saia(«-Cliipelle, laproduit» pu PaiTSK.)

manteau bleu, et se détachant sur un Tond lie de vin semé de fleurettes et de poiots gouaches, tandis qu'un fond quadrillé entoure extérieurement les traits de l'A qui sert de cadre k la miniature. « La physionomie

(le ce pontife offre une grandeur surnaturelle et plus qu'hum&ine. La maigreur austère des formes, l'attitude ascétique, la sombre mélancolie du visage creusé et dévoré par l'amour de Djeu et de l'étude, cette exagération de la longueur de la figure et des membres, cette profondeur et cette tension du regard, tout annonce l'exaltation da mysticisme, la victoire de l'esprit sur la chair... Tout le sir* siècle est là, dans ces trùts, dans cette pose, dans ces plis caractéristiques*, n Naturellement, des scènes très étendues se rencontrent paiement dans les larges iniUales gothiques. On y voit aussi bien des chasses que des cérémonies religieuses : parfois le lièvre est peint en bleu et le lévrier en rose; mais le naturel de la pose rachète ces fantaisies.

A partir du xv siècle, les manuscrits ne renferment presque plus que des miniatures détachées : lors même qu'un sujet historié inaugure un Livre ou un chapitre, l'artiste, au lieu de l'emprisonner dans le corps de l'initiale, le place simplement au-dessus de la première ligne, sur toute la largeur de la page. La miniature, oublieuse de son origine, est devenue le tableau ; nous allons maintenant l'envisager sous cette forme indépendante, qui est celle des chefs-d'œuvre de la peinture gothique.

Prenons d'abord la classe si intéressante des portraits. La naissance du portrait caractérise, on l'a vu, te commencement de la période gothique. Gela ne veut pas dire, bien entendu, que l'on n'ait point essayé plus tôt de peindre des visages ressemblants. Les artistes byzantins possédaient depuis longtemps ce talent spécial. Même en Occident, il n'était pas tout à fait inconnu : Héloîse s'était fait donner le portrait d'Abélard; Guillaume, comte de Poitiers, leur contempoi-ain, avait fait exécuter sur son écu celui d'une femme aimée. En Italie, en Espagne, en Angleterre, on peut trouver des exemples non moins anciens, ou même antérieurs. Mais un fait certain, c'est que la vulgarisation, la mode du portrait est venue de la peinture sur vélin et de la tendance à individualiser les visages qui caractérise la deuxième phase de cet art fécond. Les figures de Charles le Chauve et de Lothaire dans les évangéliaires carlovingiens, celles des compagnes de l'abbesse Herrade dans son célèbre manuscrit, ne peuvent guère passer que pour des types génériques. Il fallait, pour atteindre la ressemblance, que l'artiste fit poser devant lui son personnage. Or ce n'est qu'à partir du xiv* siècle qu'on le voit pousser jusque-là le souci de ta vérité. 11 sulTit de jeter les yeux sur les œuvres de nos grands mîniateurs pour se convaincre que la majorité de leurs figures est dessinée d'après le modèle. Ce sont des types vivants qu'ils ont reproduits; ils ne

1 Fleury, Lei manmcritt de la bibt. de Laon, S* partie, p. 50.

pouvaient restreindre 'aux accessoires, au mobilier, au costume leur ardent désir d'imiter la nature : ils devaient chercher, ils ont cherché en effet, à rendre ce qu'elle leur offrait de plus beau, de plus noble et de

CHA.LKI ï (î,

Piamiti mol d'una chatte ds Chulai T, datte ds 1804 (Anhiret DBtioD^M).

plus Séduisant, le visage de l'homme. Avec quel succès? Nous ne pouvons plus guère en juger; mais la finesse de touche de leurs portraits, le degré d'expression auquel ils sont arrivés nous garantissent que ce ne sont pas là des images de fantaisie, sorties de l'imaginalion ou du souvenir. Et cette perfection est d'autant plus étonnante, qu'il s'agit, en

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