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général, de figures extrêmement réduites, occupant à peine la moitié ou le quart d'un feuillet de parchemin ; d'où le nom de miniature appliqué duis les temps modernes aux infiniment petits du portrait.
Mais ce n'est pas d'un seul bond que ce genre naissant atteignit le sommet, tant s'en faut. La plus ancienne représentation figurée de 8«nt Louis que nous ait transmis le vélin, celle du registre des ordonnances de l'hôtel royal, rédigé vers 1320 et conservé aux Archives nationales, est encore empreinte de raideur et de gaucherie ; déjà cependant le costume est fidèle, la draperie bien traitée, et les traits du monarque ont àù. être empruntés ou à des souvenirs de famille ou à quelque image authentique fùte de SOD vivant, image à laquelle le miniateur aura ajouté le nimbe, pour rappeler la canonisation qui venait d'être prononcée. Nous avons donc là, sinon un portrait original, du moins une reproduction presque contemporaine et offrant certaines garanties d'exactitude. « Le roi est revêtu d'un manteau bleu, semé de fleurs de lis d'or et doublé de vair. Ses bas de chausses sont rouges, ses souliers noirs. U a les cheveux bUocs. Il tient un sceptre et une main de justice. La couronne et le nimbe sont d'or. Le fond sur lequel le persounage se détache est rouge brun quadrillé de noir, avec des traits déliés en rouge et blanc. L'encadrement est bleu avec des arabesques blanches et bordé d'or ^. a L'expression et le caractère ascétique du visage sont remarquables. Ce qui fait croire à la fidélité de cette image-portrait, c'est que le même type, à part les différences dues au plus ou moins d'habileté des artistes, se reconnaît dans d'autres représentations presque aussi anciennes de la ligure du saint roi, qui ainsi dériveraient d'un original commun. L'analogie est surtout frappante dans la miniature des chroniques de saint Denis, à la bibliothèque Sainle-fîeneviève, reproduite dans l'ouvrage illustré de M. Wallon *. Saint Louis, dans les monuments contemporains ou les plus rapprochés de son règne, se présente sous deux aspects différents : les uns, comme les sceaux dont il se servait, comme la peinture sur vélin où Bonne de Luxembourg est agenouillée devant lui, dans un volume de la collection de M. le baron Pichon, comme le basrelief du tympan de la Porte-Rouge, à Notre-Dame de Paris, nous le présentent jeune, imberbe, florissant ; les autres, comme les miniatures dont nous venons de parler, comme celles du manuscrit du confesseur de la reine et du livre d'heures de Jeanne, reine de Navarre, fille de Louis X, comme les anciens tableaux de l'église basse de la Sainte-
1 . Inventaire du Musée des Archives nationales, p. 1 SI . S. Saint Louii, p. 460.
LA MINIATURE EN FRANCE DU Xlll" AU XVI' SIECLE. 235
Chapelle, dont un dessin colorié a été conservé par Peiresc et récemment reproduit par M. Longnon ', le montrent plus âgé, maigri par les fatigues ou les macérations, la barbe courte, mais non rasée, et les cheveux blancs ou gris, taillés toujours dans la même forme. La barbe
ne se portant pas habituellement à la date où furent exécutées ces peintures, on ne saurait attribuer ce détail à- l'influence des modes contemporaines de l'artiste : il ne peut être emprunté qu'à la réalité ; autrement, il aurait choqué les personnes, encore assez nombreuses à cette époque, qui avaient connu saint Louis, et surtout la famille royale, qui avait conservé des souvenirs assez précis pour faire retracer par le pinceau,
i . Documents parisiens sur l'iconographie de saint Louis.
vers 1330, les ]Hincipaux événements de sa vie. Il est probable, conune l'a conjecturé M. Longnort, que ce prince avùt renoncé à se faire raser durant sa première croisade ; la barbe était en honneur chez les populations au milieu desquelles il vivait en Orient; et puis, il avait bien d'autres soucis 1 11 aura conservé ensuite l'habitude contractée dans son expédition lointaine, et effectivement les scènes où il est représenté barbu concernent presque toutes des événements postérieurs à son retour de Syrie oo des exercices pieux auxquels il se livra avec assiduité k partir de ce moment. Quoi qu'il en soit, les deux types en question peuvent et doivent se rapprocher beaucoup de la vérité j leur dissemblance n'est pas due à la fantaisie : elle tient simplement à une différence d'âge. Dès la seconde moitié du xir* siècle, la physionomie traditionnelle de siùnt Louis commence à s'altérer dans les manuscrits; l'exemplaire de ses Enseignements, daté de 1390, et plus encore les miniatures du xv siècle, où. il est peint soit avec les attributs du Cordelier, soit dans l'exercice des droits de justice et de miséricorde, cellu du xvi*, où il est placé à cAlé de sainte Catherine ', lui prêtent des traits tout différents. Ces figures ne sauraient plus avoir aucune prétention au portrait ; ce sont des images ou des études comme celles que peuvent faire, avec plus d'habileté et de recherche historique, les artistes de nos jours.
Les portraits de Charles V dénotent un art beaucoup plus avancé. On en voit un dans la traduction de la Cité de Dieu offerte à ce prince par Raoul de Presles, et quatre autres, reproduits dans l'inventaire du Musée des Archives nationales, se trouvent en tète des chartes suivuites : une lettre royale relative à l'hôtel Saint-Paul, les actes de fondation de la Sainte-Chapelle de Vincennes et du prieuré de Limay, enfin une décision du chapitre de Rouen établissant trois messes annuelles pour le roi. Dans le premier de ces portraits, Charles reçoit l'hommage de la Cité de Dieu, qui lui est dédiée par le traducteur. Dans le second, entouré par une riche lettrine, qui est plutôt un encadrement, renfermant lui-même des figures d'anges et un sergent d'armes, il est représenté sur un siège sans dossier dont les bras se terminent par des tètes de poissons, les pieds appuyés sur deux lions, tenant le sceptre et la main de justice. C'est à peu près le type adopté pour les sceaux dits de majesté. Sur la troisième miniature; en deux exemplaires, dont un le montre de profil et l'autre de trois quarts, il est debout et tend un parchemin aux chanoines de Viucenne<!, tandis que deux anges tiennent la couronne suspendue
I. Voir ces sujets dans les éditions illustrées do Joinville et du Saint Louit de M. Wallon.
au-dessus de sa tête. Sur la quatrième, qui a beaucoup d'analogie avec la précédente pour l'entourage et les accessoires, il est à genoux, nutête, surmonté de l'écu aux trois fleurs de lis. Sur la cinquième, enfin, il est également agenouillé devant la Vierge, qui lient l'entant Jésus
lyipTti une peinture de no Utt* dlitiua (Bibliotta. mL, h». UUo USA*}.
bénissant; derrière lui, un de ses officiers, la tète nue, porte son sceptre*. La figure et les proportions du corps sont moins bonnes dans cette dernière ; mais l'omenient et la draperie y sont traités de main de maître. On a là, cette fois, des portraits contemporains et authentiques ; leur air de famille ne permet pas de s'y tromper. Le type des Valois, qui n'était
i . Inventaire du Mutée det Ârch. Ml., p. 118, SI9. Bulletin du comité de l'hiitoire et des arli, IV, S39 et suiv.
pas bean, y est parraitement reconnaissable, ainsi que la physionomie de Chartes V, entrée, elle aussi, dans la tradition.
A partir du règne de ce lettré couronné, la représentation des personnages vivants s'étend peu à peu, dans la peinture sur vélin, aux princesses, aux grands seigneurs et aux Mécènes de l'art. Blanche de Navarre, deuxième femme de Philippe de Valois, figure avec son mari et sa lîUe Jeanne dans une charmante miniature, où, à genoux devant le Christ et plusieurs saints, entre autres saint Denis tenant son chef décapité, elle leur présente un petit édifice, emblème d'une fondation qu'elle vient de faire. Philippe était mort & la date de l'exécution de cette histoire (1372) ; mais les deux princesses ont pu être faîtes d'après nature. Un autre sujet curieux orne le contrat de mariage de Jean, duc de Berry, et de Jeanne de Boulogne : ici, la future épouse, les épaules nues, vêtue d'une robe à queue et à taille courte comme celles du premier empire, et portant sur le bras droit une ècbarpe, donne la main au duc, qui est habillé d'une espèce de surplis long et tient ses gants de la main gauche ; au-dessus et au-dessous des bras tendus, se voient les écussons des deux fiancés. Ce petit tableau de mœurs est cependant inférieur au point de vue du dessin. II faut en dire auunt d'une miniature oii le même duc de Berry nous est montré recevant de l'abbé de Saint- Barthélémy de Bruges un diplôme qui l'associe aux prières de ses religieux. Cette figure, assise, a tous les caractères du portrait ; mais, si elle est due à quelque artiste flamand, on n'y reconnaît guère les précurseurs des van Eyck. et des Memling. Le frère de Charles V est beaucoup mieux peint dans ses heures, notamment dans celles que l'on doit à Jaquemart de Hesdin, et dans l'acte d'institution de la Sainte-Ghapelle de Bourges, conservé aux Archives départemenules du Cher ; on peut s'en assurer par la belle planche qui termine le recueil de M. de Bastard. L'elfigie de Jeanne d'Arc elle-même décore un registre du Parlement de Paris, à la page qui relate la nouvelle de la levée du siège d'Orléans. Mus ce n'est U qu'une esquisse grossière, due à la plume d'un greffier plus enthousiaste qu'habile, et qui, probablement, n'avait jamais vu la Pucelle.
Vers l'époque de cette glorieuse héroïne, le portrait se multiplie sous différentes formes. Sans parler des images sculptées sur les tombes, des figures de cire coloriée que l'on portait aux enterrements des grands personnages ou que les magiciens employaient pour leurs envoûtements, la miniature prend sous ce rapport une impoitance subite avec Jean Fouquet. On sait que ce grand artiste, appelé à Rome pour faire des portraits, exécuta sur toile celui du pape Eugène IV, œuvre d'art malheu-
reusement perdue et qui n'en a pas moins exercé la sagacité de maint critique. Fait considérable et bien probant, que ceini d'un peintre français mandé par les Italiens, qui portaient aux nues son talent, alors qu'euxmêmes commençaient à posséder des portraitistes (un d'eux avait peint le fameux Pétrarque sur un exemplaire de ses œuvres, déposé aujourd'hui à la Bibliothèque nationale]. Si l'on se refuse à voir là une marque de la supériorité de notre école nationale au moyen âge, il faut au moins y reconnaître un hommage éclatant rendu par des rivaux sincères au pinceau d'un de nos premiers maîtres. Mais Fouquet était suilout un miniateur, et c'est en cette qualité qu'il nous a laissé d'admirables ouvrages. Dans des pages d'une Tmesse merveilleuse, il a reproduit sous différentes formes la figure de son souverain et protecteur, le roi Charles VII. L'Adoration dei mages, un des plus beaux morceaux des célèbres heures exécutées pour maître Etienne Chevalier, semble avoir été faite pour encadrer le portrait de ce prince, qui en est le sujet principal. Il occupe le milieu de la scène, vêtu d'un pourpoint vert et d'un haut de chausses rose, chaussé de longues bottes noires, agenouillé sur un coussin de velours bleu fleurdelisé; il présente à l'enfant Jésus un vase rempli de monnaies d'or, et derrière lui sont groupés divers ofSciers de sa cour. L'immense fi-ootispice du Boœace de Munich, exemple typique de l'entente de la composition et de la savante ordonnance qui distinguaient l'école française, est une espèce de tour de force, réunissant sur un même feuillet plus de cent personnages pris sur nature. Le sujet est la haute-cour de justice tenue à Bourges, en 1A58, pour la condamnation du duc d'Alençon, accusé du crime de haute trahison. Au sommet de la composition, se détache la figure sérieuse et digne du roi ; de chaque côté de lui, sur quatre rangs disposés en losange, viennent le comte de Dunois, les ducs de Berry, d'Orléans, de Bourbon, le comte d'Angoulëme, le comte du Maine, Jouvenel des Ursins, chancelier de France, l'archevêque de Reirns, son frère, une foule de prélats, de seigneurs, de conseillers au parlement, de magistrats divers, rangés suivant la hiérarchie et nominativement désignés; puis, en dehors de l'enceinte réservée aux juges, des clercs, des huissiers, des hommes d'armes. Cette page est tout un monde, et un monde vivant, personnel, animé. Enfin Fouquet n'a pas seulement u pourtraicturé » son prince; il a représenté à diOérentes reprises, dans son livre d'heures, Etienne Chevalier, secrétaire du roi, contrêleur général des finances ; et, à dire vrai, il nous a légué autant de portraits qu'il y a de personnages dans ses miniatures. Gomme l'a remarqué Charles Blanc, « tous ses types sont français, et français du cœur de la France; ses figures, plutôt courtes que longues, font
bien voir qu'elles ont été prises dans la nature même du pays. » En effet, Jean Fouquet était originaire de la Touraine, et i! y travailla longtemps auprès de Louis XI, dont il était le peintre attitré. H serait facile de retrouver dans ses ouvrages, non seulement des figures, mais des paysages, des rues, des édifices empruntés à ce riant pays. Dans son voisinage à Angers, le bon roi de Sicile, Bené d'Anjou, qui s'exerçait lui-même b. manier le pinceau etqui entretenait auprès de lui une troupe d'artistes, leur faisait cultiver aussi le portrait. Le sien, en particalier, se voit, avec celui de son fils Jean d'Anjou, dans un livre d'heures à l'embellissement duquel il a peut-être travaillé de sa main. Il est eocore reproduit, entouré de l'appareil royal, en tête d'un aveu à lui rendu, l'an 1&6S, par Jean de Sainte-Maure, baron de la Haie-Joullain : assis sur une chaière couverte de soie rouge frangée d'or, ta couronne sur la tête, vêtu d'une robe de drap d'or fourrée de martre zibeline et d'un manteau fleurdelisé doublé d'bermine, dont les extrémités sont bordées de rouge (les armes de la maison d'Anjou étaient de France à la bordure de gueules], il rei^oît l'hommage rie son vassal agenouillé, derrière lequel six oITiciers en différentes altitudes forment le fond du tableau. Ce morceau est une des pages les plus instructives et les mieux traitées de la peinture sur vèlin au temps de Louis XI. Bené, prince chevaleresque s'il en fut, avait offert son image à sa seconde femme Jeanne de Laval ; lui-même portait dans les combats et les tournois « la pourtraicture de la royue de Sicile, sur ung rollet de parchemin enfermé dans ung bois de lance creux. * n C'est sur le vu d'une peinture représentant cette jeune princesse qu'il s'était épris d'elle, dans le cours de son expédition en Lombardie ; car les mariages royaux se décidaient par un simple échange de portraits : celui de Charles VI avec la trop fameuse Isabeau avait été contracté ainsi, et la figure de l'infante de Poriugal, fiancée du duc de Bourgogne Philippe le Bon, avait été peinte pour lui par l'un des frères van Eyck. Bientôt les riches marchands prétendirent se donner le laxe des grands seigneurs et se voir en peinture sur le vétin. « Tout marquis veut avoir des pages 1 » En 1A89, un négociant de Melun commandait à un relifïieux de celte ville, habitant le couvent de Saint- Pierre, un missel à miniatures pour l'église de Sainte-Aspais, sa paroisse, et parmi les personnages représentés dans ces miniatures se trouve le donateur lui-même, suivant l'usage adopté dans les vitraux*. La vulgarisation des somptueux livres d'heures allait fournir encore un
1. Voy. Le roi René, par Lecoy de la Marche, II, 80. 8. Voy. Archivet de l'art français, V; 56.
nouvel aliment au talent des portraitistes et propager leurs œuvres dans toutes les classes aisées de la société.
La représentation du corps humain est loin d'atteindre alors la même
perfection que celle de la tête. Le vêtement, la draperie sont souvent
iraités avec cet art digne de l'antique, dont la sculpture du temps olTre
- un modèle accompli. Mais les proportioas demeurent toujours plus défec-
tueuses, et le nu, lorsqu'il apparaît, est assez mal rendu. Il commence à peine au mv* siècle k se montrer dans quelques parties du corps, mais quand le sujet l'exige, et non dans le but d'étudier la nature. Ainsi les personnages d'Adam et Eve seront représentés dans ce qu'on appelle leur costume traditionnel, tandis qu'ils sont encore habillés dans le psautier de l'Arsenal, qui passe pour avoir appartenu à saint Louis ou à sa mère. Dn miniateur peignant Marguerite de Provence dans le lit nuptial indiquera discrètement que l'usage des vêtements de nuit n'était pas répandu de son temps. 11 faut descendre à l'époque de Charles VII pour