‹ Gazette des beaux-artsChapitre 66 sur 148 · T. XII, p · texte numérisé non relu

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IXS. — 1* PBKIDDI.

françaiÊ (2* édition, tonte 11, p. 12i], en parlant du tombeau de Philippe et de Charles d'Orléans, qu'il avait composé à sa maaiëre sous le numéro 80 de son catalogue, nous apprend ce que notre sculpture était devenue. > î4ous avons Tait entrer », dit-il, « dans la composition de ce monument des arabesques du temps et un grand bas-relief en albâtre représentant la mort de la Vierge provenant de Saint-Jacques-la-Boucberie. Des détails précieux et des expressions vraies et variées se remarquent dans ce morceau dont on ignore l'auteur. i> VHttai dune hittoire de la parome de Saint-Jarquex-la-Boucherie de l'abbé ViUain {Paris, 1758, in-S") ne parle pas de la Mort de la Vierge', les documents des Archives nationales (cartons de la série administrative) que j'ai consultés sont paiement muets. Elle a été gravée dans le Musée de» Monuments français, tome II. pi. 75, d* 80, et en partie dans les Annale& archéologiques de Didron, tome XH, p. 310.

Je crois qu'il serait difficile de nier que ce remarquable bas-relief porto à la fois le double caractère recherché en ce moment par nous dans certaines œuvres d'art. En effet, seul un Italien a pu concevoir le sujet de œtt€ manière. Le fond d'architecture et de paysage est absolument italien par la composition. C'est surtout l'Italie qui abusait alors, duis la sculpture, de ces vues perspectives empruntées à la peinture. Les exemples de Ghiberti et de Rossellino s'étaient propagés. Le bas-relief de Francesco Laurana à Saint-Didier d'Avignon montre une nouvelle application de ce principe, condamnable au point de vue esthétique absolu, mais dont le génie de quelques maîtres du xv* siècle a su tirer un parti merveilleux. La Vierge et les quatre anges musiciens qui accompagnent son élévation au ciel sont d'un style purement italien. On les croirait copiés sur certaines peintures de l'école florentine ou de l'école ombrienne. Au contraire, les physionomies et les altitudes des personnages du premier plan sont empreintes dans une certaine mesure de la simplicité et de la naïveté de l'art français. Ils n'ont pu être sculptés que de ce cAté-ci des Alpes. Ajoutons que les fabriques répandues dans le paysage montrent, par leur forme et la disposition de leurs toitures, que le modèle en a été pris en France. Le même phénomène de juxtaposition de deux arts se reproduit à Avignon, dans le retable de l'église Saint- Didier et, & Marseille, dans le retable de l'autel de Saint-Lazare. Les deux figures qui flanquent de chaque côté le retable de Saint-Didier ne seraient pas données sans hésitation à l'art italien, si elles nous parvenaient isolées et dépourvues de toute mention d'origine. Quant aux statues de valeur inégale qui ornent le monument de Saint-Lazare, quelques-unes d'entre elles trahissent l'influence d'un art diflérent de celui

de t'italie, et elles sont, dans plusieurs endroits, en contradictioa rnaai^ feste avec le style purement italien de la décoration de ce monumeot.

U semble donc que lasculpture de la Mort de la Vierge soit le résultat des procédés de l'art italien importéset pratiqués à ce moment en France, et il est impossible, après ce que nous avons dit de l'atelier étranger du Petit-Nesle, de ne pas rapprocber, par la pensée, le bas-relief de Sainl-

Jacques-la-Boucherie du groupe d'artistes ulti'amontains embauchés par la cour de France et domiciliés à Paris au commencement du kvrsiëcle. Une part importante du travail, soit à titre d'influence, soit même à titre direct, doit leur être incontestablement réservée dans cette œuvre d'art. Qu'on nous pardonne, en l'absence de preuve documentaire, la hardiesse de cette affirmation. Il y a des cas d'évidence dans lesquels l'usage normal de l'appareil scientifique devient véritablement superQu.

A gauche, vers l'angle supérieur du bas-relief, on lit un monogramme composé de plusieurs lettres, parmi lesquelles une M est parfaitement visible. Ce monogramme est tracé sur le fond à l'aide d'une pâte qui dut être autrefois dorée.

Nous n'avons fait qu'indiquer rapidement ce que nous voudrions «voir le loisir de prouver d'une manière pins complète. Hùs nous croyons en avoir déjà dit assez pour montrer qu'il faudra désormais, afin d'expliquer définitivement les obscures origines de la renaissance française, tenir compte d'un élément d'importation étrangère trop négligé jusqu'à présent. Un des foyers de la propagande italienne fut certainement ce groupe d'artistes domiciliés au Petit-Nesie, à Paris. Il ne s'agit plus que de retrouver leurs œuvres. J'espère que mes efforts contribueront i ce résultat et qu'on voudra bien admettre dès maintenant l'existence d'une série d'ouvrages importants qui n'avaient pas encore été classés et qui révèlent, par leur caractère, l'origine à laquelle je prétends les rattacher. 11 est nécessaire que cette série d'ouvrages soit représentée dignement dans nos collections nationales.

LODIS COUBAJOn.

LA DAMASQUÏNERIE

A damasquinerie, comme cbacun sait, est l'art d'incruster un métal dans un autre, sous forme de petits filets ou d'ornements qui, martelés et quelquefois rivés par-dessus, ne font qu'un avec le métal qu'on veut orner. En pratique, le damasquineur se borne à incruster l'or ou l'argent sur la surface du fer, de l'acier, du bronze et quelquefois, comme dans la bijouterie, sur l'aluminium. Ce système d'ornementation, particulier à l'Orient, tire son nom de la ville de Damas, eu Syrie, d'où beaucoup d'objets damasquinés furent introduits en Europe durant les croisades, et où les damasquineurs arabes lui firent atteindre la dernière perfection.

Mais n'anticipons pas, et prenons l'art qui nous occupe à ses débuts. Le goût' pour le mélange des tons difTérents des métaux s'est manifesté depuis l'antiquité la plus reculée. Les peuples de l'Orient, qui furent de tout temps si habiles à rechercher l'effet produit par leur contraste, en ont donné sans douie à l'Europe les premiers modèles. Les descriptions homériques nous fournissent la preuve que l'on se plaisait dès tors au rapprochement des métaux diversement colorés. Déjà, dans l'art qui précède la période classique de l'ai-t grec remarque M. E. Soglio *, on trouve quelques bronzes ornés de filets d'or incrustés. Telle est l'épée de bronze incrustée d'or du musée de Copenhague. D'autre part, les portes du Hemnonium ou temple de Memnon, en Égypie, étaient garnies de basreliefs de « cuivre d'Asie » avec des incrustations d'or. On voyait, k l'Exposition universelle de 1867, les gonds des portes du temple de Tanis, 1. Diciionnaire det aniiguiiës grecques ot romaines. V* Cbrisograpiiia.

eu bronze oraé de fines incrusUtions d'argent, ainsi que le poignard trouvé dans le tombeau de la reine Aab-Hotq> (1703 av. J.-C.) ; le tranchant de l'arme élaît d'or, entourant une lame centrale faite d'un bronze noirâtre, sur lequel se détachent des inscriptions et des ligures incrustées.

Dès la plus haute antiquité, les diverses sortes d'incrustations paraissent avoir été pratiquées également dans l'Assyrie, dans l'Inde, en Chine et dans presque tout l'Orient. Philostrate rapporte, dans la Vie ^Apollonius de Thyane, que ce philosophe, après avoir traversé t'Indus, arrivant à Taxila, capitale de l'ancien royaume de Porus, visita, aux portes de la ville, un temple dans l'intérieur duquel étuent des tables de bronze où « les hauts faits de Porus et d'Alexandre étaient représentés en orichalque, en argent, en or, en bronze noir^ on y voyait des éléphants, des chevaux, des soldats avec leurs casques, leurs hmces, leurs javelots, leui-s épées tout en fer : telle une peinture célèbre où la main d'un Zeuxis, d'un Polygnote ou d'un Ëuphranor se serait plu à rendre les eflets de l'ombre et de la lumière, l'air, les plans sullants et rentrants, tant les matières ici mises en œuvre avaient la transparence et le fondu des couleurs. » Ces tableaux avaient été exécutés postérieurement à la mort du conquérant macédonien ; mais ce qui est dit de leur perfection atteste une expérience consommée dans un art depuis longtemps pratiqué.

La Grèce connut donc , dès un temps fort anden, par des modèles venus de l'étranger, l'art de tracei' des ornements sur des ouvrages de métal par les procédés de la damasquinure. Hais ce n'est que plus tard, ajoute M. Saglio, que les artistes grecs s'appliquèrent & ces sortes d'ouvrages, comme le démontre un vase en cuivre plaqué et damasquiné d'or et d'argent trouvé en Hongrie et conservé au musée de Pesth.

Ce vase, qui appartient à la période de l'art gréco-rotnaio, est en cuivre plaqué d'argent; u sur l'argent a été uniformément étendue une couverte d'un brun rouge qui sert de fond aux figures et aux ornements dessinés au moyen de fils d'or et de petites feuilles d'argent plaquées sur les traits gravés dans le métal avant qu'il reçût la couverte; c'est donc là un travail de damasquinure ».

Moins enclins que les Orientaux à chercher la beauté dans la richesse et l'éclat des couleurs, les Grecs ont usé avec plus de réserve, dans leur statuaire, des elTets qui résultent de pareils contrastes. En général, ce sont les vêtements ou les accessoires qui ont été rehaussés et agrémentés par l'incrustation dans le bronze de dessins d'un métal différent. Ainsi la tunique et la chaussure du Camille du Capitole conservent la trace de légères broderies d'argent. Le Musée Uiitannlque possède une petite statue

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en bronze, d'un Romain, dont la cuirasse est couverte d'ornements en argent incrusté. Une autre figure semblable, trouvée à Pompéi, a une cuirasse pareillement décorée d'incrustations d'or. Dans ces curieuses œuvres d'art, ainsi que dans nombre d'objets mobiliers, tels que vases, coiïrets, sièges, candélabres, armes, etc., on reconnaît les procédés qui, plus tard, employés dans les ouvrages de Damas, ont fait donner à ce travail le nom de damasquinure. L'argent ou l'or refoulé par le martelage ou par une forte pression dans le cuivre, où le dessin a été préalablement creusé, est plus fortement encore fixé dans l'intaille par le rabat de ce métal sur tes contours au moment oii il est poli, après l'incrustation.

Ce n'est pas au bronze seulement, mais aussi au fer, que l'or et l'argent ont été appliqués ainsi. Nous citerons comme exemples le plateau supérieur d'un petit vase découvert près de Mayence, damasquiné de filets d'or, puis une clef de fer trouvée dans la maison de Diomède, à Pompéi, eorichie de délicates incrustations d'argent.

Les artistes romains du i" siècle de l'empire ont quelquefois incrusté dans le bronze le fer lui-même. Pétrone nous représente Trimalchion ayant à son doigt un anneau constellé d'étoiles de fer. Millin prétend qu'il se trouve encore des anneaux antiques d'acier, avec des figures et des feuillages travaillés de cette manière, et qui sont parfaitement beaux. Au dire de Suétone, l'empereur Auguste possédait une figure de bronze portant une inscription dont les lettres étaient de fer. Mais plus fréquemment on rencontre des inscriptions tracées sur le bronze en lettres d' aident et sur l'argent en lettres d'or. Selon Cicéron, la statue en bronze d'Apollon, par Myron, que Verres osa soustraire au temple d'Esculape, à Agrigente, portait sur ta cuisse le nom de l'artiste en caractères d'argent. D'autre part, si l'on en croit Dion Cassius, un décret du Sénat conrérant à César dictateur des honneurs extraordinaires, fut gravé en lettres d'or sur des colonnes d'argent.

Il en est de même des boucliers. Sur celui que Démnsthène jeta en se sauvant à la bataille de Chéronée, on lisait, selon PythJas, cité par Plutarque, les mots ArjcAîi iM/îi en lettres d'or. On ne saurait douter que ce travail d'incrustation fut appliqué à d'autres armes. Il y avait, au Bas- Empire, dans les ateliers impériaux, des ouvriers dont c'était la spécialité. Le Code Tbéodosien les nomme barharicarii. C'est à ces derniers qu'il faut attribuer les plaques d'airain réticulé qui, au dire d'Eusëbe Pamphile, recouvraient, sous l'empereur Constantin, les parois de l'église des Saints-ApAtres , à Constantinople. Constantin Porpbyrogénëte, en donnant la description de l'oratoire du Sauveur bâti par son aïeul l'empereur Basile le Macédonien, nous apprend encore que non seulement le

p&vé tout entier de ce temple était d'argent massif travaillé aii marteau et enrichi de oielles, mais que les murs, à droite et à gauche, étaient revêtus d'épaisses feuilles d'argent damasquiné d'or.

A l'époque franque, la damasquinerie était exercée par les peuples da race germanique qui, selon Leiewel, se trouvaient déjà en possession d'objets décorés par les Arabes et se plaisaient, comme l'a démontré H. Hucber, à imiter jusque dans leurs inscriptions les produits de l'art musulman. Les Burgoodes, en effet, ont particulièrement excellé dans le damasquinage. Nous citerons en témoignage les deux épées franques incrustées d'or, exposées en 1867 par Benjamin Fillon, ainsi que les boucles d'agrafes et les plaques de ceinturons en kr incrustées de filets d'argent, recueillies par MM. Auguste Nicaise et Frédéric Moreau père, dans les sépultures mérovingiennes.

Par contre, le midi de l'Europe resta longtemps, pour ces ouvrages, tributaire de l'Orient, car on voit encore, en plein xi* siècle, Coostantinople fournir des portes en bronze damasquiné d'argent à la basilique de Saint-Paul, hors des murs de Borne. Pantaléon, riche négociant de la famille des Hauro>Pantaléon d'Amalfi, les fît exécuter, en 1070, à Constantinople, par Suurakios, Grec ByzanUn, qui avait probablement appris cet art chez les Asiatiques. Ces portes, qui ont péii dans l'incendie de 1823, étaient divisées en cinquante-quatre compartiments ou panneaux. Les sujets, ligures ou inscriptions qui s'y trouvaient reproduits étaient dessinés et gravés en creux sur le bronze, qui présentait une épaisseur d'environ un centimètre, et les intailles ainsi tracées avaient ensuite été remplies de filets d'argent qui faisaient ressortir le dessin sur le bronze.

L'exivëme rareté des produits de la damasquinerie au moyen âge semble établir que les peuples de l'Occident ne savaient plus alors enrichir de damasquinures leurs travaux de fer ou d'airain. Le moine Théophile, qui dans sa Divenarum artium Sckeduîa a traité d'un si grand nombre des arts d'ornementation, ne parle pa6 des procédés de la damasquinerie dans les parties de son ouvrage qui sont parvenues jusqu'à nous ; mais dans sa préface il doime aux Arabes la prééminence dans l'art de décorer les métaux. Dès le commencement du xi* siècle, en effet, les musulmans de Damas, d'Alep, de Mossoul et d'Egypte s'étaient acquis une grande réputation en ce genre de travail , et leurs artistes découn-ireat une palette dans les nuances des différents métaux. Sur une plaque en fer, habilement striée au moyen de la lime, ils dessinèrent leurs compositions, puis ils couvrirent ces dessins de feuilles d'or et d'argent qui, par la pression et le frottement, adhérèrent et s'incorporèrent au fer. Les parties de la plaque non recouvertes furent brunies, et ces métaux, écla-

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tant dans leurs difTérentes nuances, formèrent une sorte de peinture métallique. On possède des vasques, des coupes, des ustensiles de toute sorte, des armes et des armures, avec des inscriplions arahes qui en constatent l'exécution pour les califes, pour des sultans ou pour des émirs

qui existaient au xii' et au xiii' siècle. Nous nous bornerons à citer le bassin connu sous le nom de Baptistère de saint Louis, que l'on voyait autrefois au Mufée des Souverain», au Louvre ', et la belle coupe arabe conservée dans le Cabinet des Médailles de la Bibliolbèque nationale de Paris*,

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