N° 19 de la Notice de M. Barbet de Jouy. t. N
KXX. — 4* PÉRIODE.
qui a été Taite pour le prince El-Halek-el-Aschraf, souverain de la ville de Hafiarkin (xui* siècle).
Cette coupe, en métal de cloche, est couverte d'iocnistalioDS d'or et d'argent, dont le sujet est la chasse et toutes ses variétés usitées dans l'Orient. Le calice de la coupe est divisé, à l'extérieur, en trois zones de hauteur inégale. « La première zone ou frise, dit Bt. Chabouillet ', contient dans six sections, séparées par six rosaces damasquinées en or, des scènes variées de la chasse à pied et de la chasse aux oiseaux de proie. Les figures d'hommes et d'animaux de cette frise sont dessinées et combinées de telle sorte qu'elles forment des caractères et donnent ainsi une légende qui contient des vœux en faveur du possesseur de la coupe.
a La seconde zone, entre six rosaces damasquinées en or, semblables à celles de la frise, contient six médaillons déterminés par six dntres et deux ogives où sont reproduites les diverses scènes de la chasse à cheval ; cavalier tirant de l'arc; autre frappant de sa masse une anUlope; autre le faucon sur le poing; autre frappant un lion de son poignard ; enfin, un dernier cavalier lançant un once sur sa proie. Le sixième médaillon est emporté par une brisure.
u La (femt^«20Rf comprend, dans six groupes divisés par six rosaces, les chasses des animaux entre eux : i* panthère poursuivant une antilope \ 2° lion poursuivant un sphinx ailé ; 3* chacal chassé par un léopard ; h" bœuf bossu fuyant devant un lion; h' tigre attaquant un éléphant; 6° léopard poursuivant un renard. »
Que l'art de la damasquinerie ait pénétré en Italie au xii* siècle par le commerce des Vénitiens, des Pisans et des Génois sur les bords de la mer Noire, dans les échelles du Levant, à Damas et à Alexandrie ; soit que cet art ait été apporté par les altistes grecs que les Turcs avaient chassés de l'empire d'Orient, toujours est-il, remarque M. Jules Labarte ', qu'on le voit pratiqué en Italie dès le commencement du xv* siècle. La damasquinure est appliquée dès cette époque à une foute d'objets les plus divers. Ce sont surtout les artisans travaillant le fer qui s'emparèrent de ce genre de décoration. Ils s'en servirent principalement, rapporte Vasari, pour incruster ces magnifiques armures d'hommes et de chevaux qui font l'admiration des connaisseurs, pour enrichir d'élégantes arabesques et de superbes rinceaux les boucliers, les poignées et les fourreaux des épées. Au xvi* siècle, le damasquinage était arrivé à son plus haut degré de perfection. Venise et surtout Milan se distinguèrent dans ce
(. Catalogue det camées et pieires gravées de la Bxblioihèqus nationale, N> 31 M.
t. Histoire des arts industriels, Cliap. DAiusQCiNEBiti.
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travail. Hitan, en effet, eut k cette époque des damasquineurs distingués: Giovanni-Pietro Fipno, Bartolommeo Pîatti, Francesco Pellizzone et Martino Ghinello. A ces noms il faut ajouter ceux d'artistesquieoricbirent de damasquinures les produits de leur industrie : l'orfëTre Carlo Sovico, Ferrante Bellino et Pompeo Turcone, artisans en fer ; Filippo Negroli, armurier fameux, que Vasari cite comme le plus habile ciseleur-damasquineur de son temps ; Antonio Biancardi, Bemardo Civo, Frederico et Luccio Piccinini, qui lîrent des armures pour les Famëse, et Romero, qui en fabriqua de toute beauté pour Alphonse d'Esté II* du nom, duc de Ferrare. On doit nommer encore, d'après Fioravanti S Serafmo, armurier à Brescia vers 1320, et Giorgio Ghisi de Mantoue, signalé par Britano dans une note de son édition de Vitruve, comme fort habile dans l'art de traiter le cuivre et de travailler de diverses manières le damasquinage. Benvenuto Cellini,cet artiste universel, s'exerça dans sa jeunesse à faire des damasqninui'es ; il nous l'apprend dans ses Mémoires, ajoutant que les Lombards, les Toscans et les Komains pratiquaient à cette époque (vers 1624) ce genre de travail; les Lombards excellaient à reproduire les feuillages du lierre et de la vigne, les Toscans et les Romains à copier les feuilles de l'acanthe avec ses rejetons et ses fleurs, parmi lesquels ils entremêlaient des oiseaux et de petits animaux.
Quoi qu'il en soit, le plus célèbre des damasquineurs est le Vénitien Paolo Azzimino, auteur d'un coffret d'acier damasquiné d'or et d'argent, publié ici même par M. Lavoix*. Au rapport de Vasari, les ouvrages sortis de ses mains avaient une telle perfection, qu'on désignait les plus beaux travaux en ce genre par cette épilhète flatteuse : lacoro alfAizimina (c'est un travail d' Azzimino). Dès lors, toute une pléiade d'artistes, ceux entre autres que nous avons cités précédemment, prirent le nom d'Azziminiites et étendirent leur art & une foule d'objets, à des tables, des coffrets, des cabinets, des toilettes en fer, dans les formes les plus élégantes, avec des ornements, des arabesques et des sujets damasquinés, quelquefois entièrement incrustés de filets d'or et d'argent formant une ornementation riche et compliquée.
La collection Debruge-Duménil contenait plusieurs spédmens de damasquinerie italienne du xvr siècle : 1" une table en fer damasquinée d'or et d'argent, vendue au duc d'Hamilton 21,000 francs; 2° une toilette de même métal damasquinée d'or et d'argent, acquise par le prince Soltykoff et adjugée, à la vente de cette collection, en 1861, 32,025 fr. ;
1. Miroir universel det Arts et des ScieneeSj traduction do Gabriel Chappuys. Paris, 1596.
Z'un cabinet de pareil travail, oroé de sculptures en fer forgé et ciselé. Toutes ces sculptures sont enrichies d'une fine damasquinure d'or; tes parties lisses sont chargées de rinceaux, d'arabesques et de médaillons de la plus grande finesse, en damasquinures d'or et d'argent. H. Anthony de Rothschild s'est rendu adjudicataire de cette belle pièce, égalemeDt à la vente Soltykoff, moyennant 28,195 francs.
Quelques artistes français commencèrent à pratiquer l'art de la damasquinerie sous le règne de François 1". On trouve dans les Complet royaux de l'année 1529 un payement de 205 livres tournois fait à un certain Jean Duvet, orfèvre à Dijon, « pour un bassin ouvré d'or et d'ar^ gent, à la moresque, sur laton (laiton) ». Néanmoins, un certain nombre d'artistes italiens vinrent en France à cette époque et y généralisèrent l'art de damasquiner les armes offensives et défensives. Henri II, qui avait une afTection particulière pour les belles armures, logeait dans son palais même les frères César et Baptiste Gamberti, auxquels on peut vraisemblablement attribuer la célèbre armure dite de Henri H, conservée aujourd'hui au Louvre.
Avec la disparition des armures l'art du damasquinage perdit peu k peu son ancien prestige. On ne damasquina plus que quelques armes d'apparat, épées, canons de fusils ou de pistolets, et de petits objets de toilette. M"* Jubinal de Saint-Albin possède, en ce genre, un buse en fer du temps de Louis XIII, incrusté de fleurs et d'oiseaux d'or sur des tiges d'argent, ainsi qu'une navette à passementerie, du temps de Louis XIV, ornée de marguerites d'argent sur les tiges filiformes à rinceaux en or, encadrées dans un quadrillé d'or à tleurons d'argent. Le premier de ces charmants objets pourrait bien être attribué au célèbre fourbisseur parisien Cursinet, mort vers 1370. n II a fait, dit Félibien dans ses Principes d'Architecture, des ouvrages incomparables en cette sorte de travail, tant pour le dessin que pour sa belle manière d'appliquer l'or et ciseler en relief par-dessus. » Il n'y aurait non plus rien d'extraordinaire à ce que la navette en question fût sortie d^s mains de de La Cousture, élève de ce môme Cursinet, et établi en 16fl2 Cloître- Saint-Nicolas du Louvre. Suivant le Livre Commode, par Abraham du Pradel, il avait » un particulier talent pour damasquiner sur l'acier en Figures et Ornemens do la Chine «.
Ajoutons qu'une râpe à tabac du xviii* siècle, en fer damasquiné d'or, conservée au Musée Vivcnel, à Compiègiie, et représentant deux fumeurs avec un écu à trois faces au revers, porte la signature d'un artiste inconnu, nommé Dumarais.
La ville de Damas, jadis célèbre par ses armes damassées, c'est-à-
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dire moirées de différentes nuances, conserva pendant tout le moyen A.ge, avec Mossoul, Mep et Bagdad, la supériorité pour la damasquinerie ; mais
depuis la prise et le sac de Damas par Tamei'Ian (1401), c'est dans la Boukkarie et dans le Kboraçan que fut particulièrement cultivé le travail du damasquinage.
Aujourd'hui cet art se pratique avec le plus graod succès à Chiraz et
à Ispahan, en Perse, en Espagne et dans plusieurs coati-ées de t'Inde. On damasquine en or sur le fer à Cachemire, à Guzerate et à Sealcote, dans le Pundjab, où ces ouvrages se nomment htft-^ et le damasquinage en argent s'appelle bidiriy de Beder, dans les États du Nizam, qui fabrique spécialement ce genre de produits. On trouve à bon marché des kuft imités par la simple application d'une feuille d'or sur la plaque d'acier sur laquelle le dessin a été gravé au préalable ; on fait facilement adhérer la feuille d'or au dessin, puis on l'enlève du reste de la surlace. Les provinces de Madura et de Tanjore fabriquent également des pots de cuivre (Jotas) incrustes d'argent et des vases de bronze incrustés de cuivre rouge. Ces diverses espèces de damasquinures se font remarquer avantageusement dans la collection du prince de Galles, au Musée Indien, à Londres.