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ET LA RENAISSANCE DANS L'ITALIE SEPTENTRIONALE

d'après le recueil R£(ZUllEin' ACQUIS PAR LE LOOVUE

ANS rbistoire de la première Renaissance à Padoue et à Vérooe, le nom de Pétrarque domine tous les autres. Fixé à Arqua, aux portes de Padoue, le prince de l'humanisme, depuis longtemps l'objet de la vénération universelle, ressuscitait aux yeux de l'Europe éblouie les trésors non seulement de la littérature, mais encore de l'art antique. Dès son séjour à Avignon, Pétrarque s'était livré à des recherches spéciales sur les représentations des divinités de t'Olympe. Dans son Reductorium morale, composé entre 1320 et \ZhO, et récemment remis en lumière par M. Haurëau, Pierre Bersuire proclame les obligations contractées de ce chef envers son maître. Bientôt les amis, les voisins de Pétrarque, entraînés par son exemple, commencent à rechercher les restes de l'antiquité, monnaies, statues, bas-reliefs, pierres gravées. Un habitant de Trévise, Olivier Forzetta, nous entretient, sous la date de 1337 (ainsi avant l'établissement définitif de Pétrarque dans l'Italie septentrionale), de la composition de son cabinet. Pétrarque lui-même réunit une petite collection de médailles impériales, tandis que son ami Lombarde della Seta fait venir de Florence une statue antique, trouvée dans la maison des Brunelleschi, et que son autre ami, le fameux médecin Giovanni Bondi, étudie et mesure les monuments de Rome. Quelques artistes semblent avoir partagé cette admiration; Dondi nous parle d'un

JACOPO BËLLINI. 3&7

sculpteur contemporain « ab admiratlone monumentorum veterum in stuporem abreptus*. u Jacqaes Carrare lui-même donne l'ordre de nettoyer avec soin et d'exposer bonorableinent dans l'église Sainte-Justine la pierre tombale de l'airranchi T. Livius, que l'on découvre pendant son règne, croyant avoir affaire an tombeau de l'illustre historien padouan.

L'influence de Pétrarque et de Lombardo délia Seta ne se manifeste pas moins dans la décoration de la Sala dei Gïganti, à Padoue : Altichieri y peignit le Siège de Jérusalem^ d'après Josèphe ; Jacopo Davanzi de Bologne, y représenta, d'après leurs indications, la Captivité de Jugurtha et le Triomphe de Marius, et Guarienti les Douze Cétart et leurs hauts faits*. Guarienti orna en outre l'église des EremitanI de représentations des Planètes. Aalérieurement Giotto, dans une des iresques de la « Madonna dell' Arena d, le Christ chassant les vendeurs du temple, avait figuré sur le portique du monument deux des chevaux de bronze de Venise.

Tout ceci, répétons>le, se passait au xiv* siècle. Au siècle suivant, l'admiration pour l'antiquité dégénéra chez les Padouans en véritable frénésie. Lors de la découverte, en 1413, d'un cercueil de plomb que l'on croyait contenir les restes de Tite-Live, les étudiants dérobèrent, comme des reliques, les dents du squelette, et le gouvernement décida par acclamation l'érection d'un mausolée. Plus tard, à l'occasion d'une fête, on plaça un mannequin représentant Jupiter sur le modèle en bois du cheval de Donatello *. Ce fut aussi un habitant de Padoue^ te médecin Giovanni Marconova, collectionneur diligent de manuscrits, d'inscriptions et de monuments figurés, qui publia, en 1165, un des plus anciens traités connus d'antiquités, « de Antiquitatibus ». Vers la même époque, un autre Padouan, le cardinal Louis Scarampi, un des prolecteurs de Manlegna, recherchait avec avidité les chefs-d'œuvre de l'art antique.

Des symptômes analogues, mais affaiblis, se manifestent à Vérone. Dans le dernier tiers du xiv* siècle, cette ville donne à l'humanisme le célèbre Guarino; plus tard, un essaim d'habiles architectes, Fra Jocondo en tête, se forme à l'ombre de son amphithéâtre. C'est à Vérone que Pisanello retrouve, avant l&âO, l'art du médailleur, si intimement lié à l'étude de l'antiquité romaine. Le disciple du Pisan, Matteo de' Pasti, est également originaire de Vérone. Giovanni Boldu est Vénitien, Vellano, Padouan, de même que Giudizani ; Mantoue a donné le jour à Crisloforo dî

(. Voy.cesdiverB témoignages dans moa PrrfcurJeMri i/e ia fienaiMance, p. 35-iO. a. Voy. VAnonyme de llorellt, éditioQ Friuoni, p. 7S et 79, et XBitloire de Ui Peinture en Italie, de HM. Crowe et CaTalcaselle, éd. ail., 1. 11, p. 393 et suiv. 3. Perkina, le» Scalplmn iiatient, 1. 1*', p. 187.

Geremia, à Meliolus, à SperaDdio; Milan à Amadeo et à Pielro; la Dalmatie à Paul de Raguse et à François de Laurana. A Florence, au contraire, les médailleurs n'apparaissent que vers làôO '.

Longtemps, frappé de certaines analogies entre la manière de procéder de Vittore Pisano et de Piero délia Francesca, j'id cherché quelle chaîne mystérieuse pouvait unir le maître de Vérone à celui de Borgo San- Sepolcro. Vasari parle de leçons données à Pisanello par Andréa del Castagne; il assigne, d'autre part, pour maître à Piero le collaborateur d'Andréa, Domenico Veneziano. Mais cette piste doit être abandonnée : un simple rappiocheœent de dates suffit à établir que Pisanello n'a pu étudier chez Andréa del Castagne. Par contre, la plus ancienne médaille à date certaine du Pisan étant de 1^39, on pourrait à la rigueur admettre qu'il a subi l'iniluence des artistes florentins de passage dès cette époque dans la haute Italie. Milan avait reçu la visite de Brunellesco en lâ22 ou 1&23 et, de nouveau, entre tes années 1&31 et 1A36 ; Castiglione d'Olona celle de Masolioo entre 1420 et 1435 ; Padoue celle de Fra Filippo Lippi en 1A3A. Mais n'est-il pas plus vraisemblable de supposer que Pisano avait puisé à la source même de la Renaissance, à Rome, où nous le trouvons fué à partir de 1431 ?

Pisanello s'est essayé plusieurs fois dans l'interprétation de l'antique. Un dessin du musée du Louvre, publié par M. de Tauzia, nous montre un homme nu brandissant une massue contre une femme très peu vêtue, dont les cheveus sont relevés à la mode romaine. Un autre dessin, au musée de Berlin, représente, d'un côté, deux femmes copiées d'après l'antique; de l'autre, une divinité couchée, nue jusqu'à la ceinture et tenant une corne d'abondance; près d'elle, un Éros nu, debout, les jambes croisées, s'appuie sur son arc. L'amour de la vérité me force à déclarer que ces tentatives nous révèlent d'ailleurs une main peu familiarisée avec l'interprétation soit des formes, soit des idées propres à l'art grec ou romain.

Comme ses émules florentins, Pisanello s'est fait le missionnaire de la Renaissance à travers l'Italie ; il colporte ses doctrines, c'est-à-dire son réalisme, du nord au midi, de Vérone à Mantoue, de Pavie à Venise, de Rome à Naples.

Il est temps de retourner à Padoue. La Renaissance y est à ce moment moins avancée qu'à Vérone, au point de vue de l'interprétation de la nature, plus avancée si l'on s'attache à l'étude de l'antique. Son représentant le plus connu, le Squarùone, y impose à ses innombrables élèves

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