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Voy. lei Précuneurs de la Renaùxmce, p

l'étude de l'antique soas toutes ses formes ; il avait fondé no véritable musée de modèles. Mais ce maître, que l'on s'accorde à représenter comme ta médiocrité même, ét&tt-il capable d'entrer bien avant dans l'esprit des chefs-d'œuvre grecs et romains; ce les traitait-il pas plutôt en archéologue qu'en artiste ? Quoi qu'il en soit, le fait même de l'existence, à Padoue, vers le milieu du xv* siècle, d'une école voaée au culte de l'antiquité, prouve que les leçons de Pétrarque avaient porté leurs fruits.

La réputation du Squarcione a longtemps relégué dans l'ombre celle de l'artiste qui s'est fait, avec lui, le champion de la Renaissance dans la haute Italie, et qui, par une rare fortune, a eu le bonheur de voir développer uoe des faces de son talent par ses fils, les Bellin, et l'autre par son gendre, Hantegoa. Nous avons nommé J&copo Bellini.

Né à Venise dans les dernières années du siv* siècle ou dans les premières années du xv', Jacques Bellin entra eo relations avec ûeatile da Fabriano, lors du séjour de ce maître émlnent à Venise. Il le suivit à Florence, où des documents d'archives nous le montrent de 1423 à 1425. Condamné à la prison, à la suite d'une rise, il retourna probablement dans sa patrie après avoir été gracié. Vers 1A44, nous le trouvons à Padoue.

Deux recueils de dessins, l'un conservé au Briiish Muséum, l'autre récemment acquis par le Louvre et complètement inconnu jusqu'à ce jour, nous permettent de suivre pas à pas Jacopo Bellini dans ses études d'après ta nature, d'après les maîtres contemporains et d'après l'antique.

Disons, avant d'aller plus loin, que l'acquisition du second recueil, égaré, depuis de longues années, dans le grenier d'un ch&teau de ta Guyenne, fait le plus grand honneur à l'administration de nos musées nationaux. Nous sommes heureux de pouvoir signaler à ta gratitude publique la part active qu'ont prise à cette brillante conquête MM, de Roncfaaud, Courajod et de Tauzia.

Le recueil de Londres, soigneusement décrit par Gaye dans le Kututblatl de 1840, porte une inscription qu'on a lue jusqu'ici : <( De mano de me Jacobo Bellino Veneto 1430 in Venetia '. » Mais notre savant collaborateur M. Courajod propose de substituer à la formule bizarre de < de me v, celle de < de messer » ; une gravure ancienne, exécutée d'après un dessin de Jacopo et portant très disUnctement les lettres HS (abrévia-

I. Crowe et Cavalcawlle, Bittoire de ta Peinture en Italie, éd. Bllem., t. V, p, 101.

- (Haié« do LoDTn.)

tioD de messer] confirme celte correction ', qui a une importance fort grande, car désormais nous sommes en droit de considérer l'inscription comme l'oeuM'd d'un étranger et non plus comme celle du peintre luimême. Quant à ta date de 1A30, à supposer qu'elle ne soit pas approximative, elle indiquerait l'époque à laquelle l'album a été commencé.

Parmi tes dessins de Londres, nous rencontrons un certain nombre de copies de monuments ou d'interprétations de sujets antiques. On y voit les Trois Grâces, une statue équestre sur une base dont le piédestal est orné d'un bas-relief représentant des prisonniers amenés devant un personnage assis, Bacchus avec son cortège, Silhie monté sur un âne, etc.

Un dessin de Jacopo, légué au Louvre par M. His de la Salle et soigneusement décrit par M. le vicomte de Tauzia dans son excellent catalogue, la Flagellation, abonde également en réminiscences antiques, telles que statues et médailles. Mais l'artiste — le fait mérite d'être relevé — n'y sait pas encore distinguer nettement le plein cintre de l'ogive ; il les emploie péle-méle dans l'édifice qui abrite ta scène principale.

Une note que mon savant ami M. Emile Michel veut bien me transmettre sur le recueil du Britisb Muséum ajoute aux descriptions antérieures trop de détails intéressants pour que le lecteur ne me sacbe pas gré de la placer sous ses yeux : « Jacopo, m'écrit M. Micbel, manifeste les préoccupations les plus diverses ; il est également attentif aux souvenirs de l'antiquité el à l'étude de la vie. Tout ce qui le frappe est aussitôt noté sur son carnet : des éludes d'arcbitecture, des académies, des paysages, des fleurs, des problèmes de perspective. Parmi ces derniers, je relève un dessin de briques rectangulaires posées par terre, à divers plans et dans diverses positions, et mises géométriquement en perspective. Mais le trait qui m'a paru le plus caractéristique et sur lequel Gaye n'a pas suffisamment insisté, c'est la place importante que tiennent les dessins d'animaux, faits évidemment d'après nature. Parmi ceux-ci, j'ai noté un dompteur entrant dans la cage d'un lion; plus loin, des lions attaquant des chevaux; un homme chevauchant sur un lion. Ces études sont utilisées par l'artiste dans les pages qui suivent, et l'on peut se rendre compte du travail même de sa pensée en le voyant chercher des compositions où il puisse les faire entrer : Saint Jérôme dans le détert, entouré d'une lionne, de cerfs, d'une biche ; V Adoration des Mages (l'un de ceux-ci oflre à l'enfant une cage de lions) ; les Stigmates de saint François, dans un désert peuplé d'une grande quantité d'animaux de toute sorte. •

t. Voy. également \' Allgemeines Kunttltr Lexiton de J. Heyer, I. ID, p. 367.

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