MOSAÏQUE DE L'ABSIDE DU PANTHÉON
Une des parties les i^us importantes de la décoration du Panthéon vient d'être découverte et livrée h l'appréciation du public. Il s'agit de la mosaïque de l'abside exécutée par M. Po^esi, d'^trës la composition de H. Hébert. Celte mos^que est la plus considérable que possède Paris. La noble conception du peintre et la savante exécution du mosafote ont abouti à un travail décoratif de la plus haute portée. Associant l'iateDsilé pénétrante de son sentiment personnel aux inspiratious >- puisées dans l'art hiératique de l'Italie,
M. Hébert nous donne une page grandiose et saisissante, imposante par sa simplicité même, profondément religieuse, digne en tous points de la majesté du lieu.
Une telle œuvre mérite un examen attentif et un jugement mAri; on en a déjà parlé ici et là, en mêlant à la critique d'art des considérations qni lui sont étrangères. Hais un morceau d'un art aussi élevé est
LA mosaïque DEL'ABSIDE DIT PANTHÉON. S57
de ceux qui bwmpb^t des ^|ugé8 de parti, et forcmt les admirations rebelles. Quant à nous, bous ne pouvons mieux faire que de placer sous les yeux de nos lecteurs un prédeux extrait du travail d'ensemble que H. de Cbennevières publie sur la décoration du Panthéon. Le chapitre, encore inédit, dont nous donnons les prindpaux passages est un historique complet, non seulement de l'œuvre nouvelle, mais encore de tout ce qui se rattache à son entier achèvement. M. de Chennevlères a d'autant plus qualité pour nous parler de ces choses qu'il est, on le sait, l'auteur du plan général de la décoration du Panthéon, à laquelle son nom restera à jamais attaché. Nous lui sommes bien sincèrement reconnaissant d'avoir mis à notre disposition les intéressants documents que l'on va lire :
J'arrive au cnt-de-fonr de l'abside, où devait abouUr avec éclat et comoie se r^nmer ta pensée de l'œuvre. Ce cul-de-four devait être, comme les aulree parties de la muraille du moonmeot, décore de peintures marouflées. Mais le jour où je Gs choix de H. Hébert pour exécuter une composirion que j'avais toigours conçue comme devant produire l'effet grandiose des mosaïques byzantines, et où je pr(>jetai8 de renou* vêler, dans des conditions meilleures, la tentative faite par M. Picot à l'église Sainl- Vincent-de-Panl, d'nn Christ aux proportions surnaturelles, je pris le parti décisif d'empbyer à l'exécution du carton de H. Hébert l'atelier de mosaïstes qui, sur ma proposition, avait été créé h Sâvres. Nul plus bel usage, ni qui mootr&t mieux sa véritable destination pour le décor magnifique de nos monuments, ne pouvait être fait de cet atelier, lequel, en somme, iaule d'avoir su trouver l'emploi de ses très habiles praticiens, n'a donné jusqu'à cette heure à notre pays que la frise extérieure de la manufacture de Sèvres, quelques piédestaux pour dee bustes à Sèvres et k TËcole des Beaux-Arts, et la restauration, ï Saint-Germain, de la grande mosaïque du Belléropbon. De son cété, très vivement ému de l'espoir d'une telle interprétation de la tflche à lui échue dans le Panthéon, Hébert partait précipitamment pour lltalie; il allait à Vemse, à Raveane, è Rome etjuaqu'à Païenne, recueillant ardemment sur son chemin tout ce qui pouvait lui fournir une noie de colora^on, une ligne caractéristique pour la forme et l'attitude de ses fijnirea- Tous les artistes ont été émerveilléii, ï son relour, de la moisson d'aquarelles admirables recueillie par lui, et dans lesquelles par avance se devinait Kœuvrei édoce. L'esquisse, en eifet, sortit aussitôt et tout naturellement du germQ;etqui ravue,danB l'atelier du peintre, en ^n caractère un peu raide et sauvage, pt qui a, vu plus Iqrd la çompositiao exécutée au tiers de la proportion réelle, et enfin les cartoris dfis çpltèssles figures destinées & servir de inodèlea aux mosaïstes, a pu préssger Timpressioa de grandeur émouyiuiXe que L'wpeçt de cette atuide produirait dès l'entfée snr le visiteur du monument. La composition en elle-même est fort simple, -eenuneileoofieald^sâicnrsipourl» [dus puissante portée ft distaoeatte oelte impression religieuse' et mystique dont je parle, et le lecteur en jagera psr la description suivante de rartiste:
.% Abside (!ej5Ai,D(e-G.qD?yièye. — Au vili^Ut daesle haut et detHWJ^ le Christ montre à l'ange de la France la destinée de son peuple; de la main droite, levé», il ordonne.
li règne, it'foanwf. CHriilia régnât, vincit,imp«riu (Os paroles teront écritéa et lettres d'or snr la baDde bleue qai seH ds biM h ta eonpoaiUoo} '.
• A la droite du Chrial, la Vierge iotercëda pour la Praoce dans l'altitude de* onatUt anliqoes. — A sa gsucfae et ud peu en arrière, l'Ange de la Fraoee, répée il la man, regarde et se rési^ae dans l'attente de l'avenir; à cûlé de lai, sainte Geneviève, un genou en lerre, en bergère, on agneau sous le bras, la bouleUé dans la main droite, intercède poar sa' ville sfmbolisée par le vaisseau.
a Trois sujets endessbua de cette composition, tons trois k fond d'or cttmme eeltê qni estau-dessng : ' ' ' >
* I* BaplAma de Clovis par saint Hemy en présence de sainte Clotilde. — Le m\, vStu de peam, vaincu par le christianisme.
v 1° La Koyaotd française â soo apogée, représentée par saint Louis, avec la Justice et la Force de chaque cAié de son tréne.
■ 30 Jeanne d'Arc entend les voix qui l'appellent k la délivrance de son pays; elle laisse tomber son fuseau pour prendre l'épée et l'étendard.
«Dans les deux panneaux longs qui lodcbènt'la basé dé l'abside': Cbaflein a gne couronné par Léon lit k Saint-Pierre; — Napoléon couronné par la Victoire rouvre les Églises. •
On remarquera, en cette description primitive, l'omission, dans la grande, composition du cul-de-four, de la figure de Jeanne d'Arc qui, plus tard, y a trouvé place, ti gauche, auprès de ta Vierge debout; mais on verra aussi qu^ l'origine H. Hébert réservait Jeanne d'Arc poar l'nn des trois « sujets ■ devant remplir le dessous de sa composition principale.
Napoléon tient déjk sa place dans l'un des pendentib de Gérard et dans le frooloo de David, et Cbarlemagne occupe toute une muraille confiée à H. H. Lévy. Prévoyant In cas où la première de ces deux grandes Ggnres historiques ne serait pas agréée par le ministère, M. Hébert avait eu la pensée de substituer, sî besoin élail, aux deux eiQpereurs, un chevalier des Croisades et une sœur de charité. Uo', depuis lors, songeant que H. Hébert aurait amplement satisfait h sa tâche, le jour où il aurait exécuté l'œuvre immense du cul^e-four, sans plus parler de la frise qui devait courir au-dessous de la btare mosaïque, j'avais imaginé qn'on pourrait remplir la partie basse de l'abside par la superbe composition en gri^ille de M. Cbenavard : les Catacombes surmontées du Triomphe romain, rappel intéressant d'une entreprise antérieure de décoration du Panthéon. Hais le temps nous reste pour songer b l'emploi de cette muraille, jusqu'au jour où les grandes orgues de la basilique reprendront leur place au-dessus de l'entrée du monument.
Le Figafo du 37 aoAt t88i, en annonçant la découverte aox yeux dn publie de f l'immense mosaïque de l'abside » du Panthéon, a donné de l'œuvre, (elle qu'elle apparaît aujourd'hui en sa forme définitive, en sa forme éternelle, une brève description qui en définit bien le sens, tel que doit l'avofr rêvé M. Hébert, et qu'il n'est pas inutile de reproduire ici, même apiii celle fournie par l'artiste :
1. Cette lotcriptlM, Gxinila par Bébert et qui Était dé]i vae modiBcatloii k aUa proposée par mol comme pin* spéciale k an monument oaiional tn&cui^ Fit»( Ckritiui tfHi dilt0t( Francol, a été danl l'eiécutioD finale tnui«rorniée, pu- ordre minlttériel, en ceUa<i, tradaction du injat indl^aé t l'artiite : Angetum Gallm aatodm Chrùttu fattim fàta doeet. H. Leblant, m'a-l-on dit, tendt rautenr de cette pbrau latiaa é^gnpbJqM, d*!» tour