LA MOSAÏQUE DE L'ABSIDE DU PANTHÉON
pleia de patience et de douceur. Nous lui doDuâmes comme première besogne et comme matière ï essai la grande Tiise de dix mètres de lOQgueur, composée par Lameire, et destinée au fronloa et comme à l'enseigne de la nouvelle Uanulaclure; et c'est là encore, je le répète, que furent exécutés les piédestaux destinés à des bustes pour Sèvres et 1 École des Beaux-ArU. Tout cela n'éuit que broutille et une manière de préparation à la grande œuvre que j'avais résolue pour affirmer l'existence de notre atelier, et à laquelle Hébert, nalurellemenl, poussait de tout son cœur. Hais quelles lenteurs et quels retards, quels Tàcleux tiraillemeuts, quelles chicanes minutieuses, quelles navrantes jodécisions administratives semblant hésiter devant les grandes figures sacrées qui allaient présider au monument I Et pendant ce temps, pendant ces années, les pauvres mosaïstes restaient bras croisés, ou tout comme, s'occupanl de leur mieux à exécuter, d'après les dessins deGalland, la belle bordure cintrée destinée h encadrer la magistrale composition d'Hébert : dans cette immense bordure aux Ions éclatants, M. Galland avait su combiner les richesses de l'ornementation orientale avec les données traditionnelles des encadrements byzantins. Quant à moi, j'ai bien cru que je ne verrais jamais de ma vie ma pauvre mosaïque, et ce m'eut été un gros crève-cœur.
C'est le 30juillet 1 879 que commenta le transport au Panthéon du mobilier de l'atelier de Sâvres. Quelques jours avant, Poggesi était venu travailler sur les échafaudages déjà dressés, pour diviser et pouciver sur l'abside les ornements de l'arc extérieur, les lignes de pierres précieuses qui bordent cet arc et celles qui bordent les feuilleB et grappes de raisins. Les deux premiers mosaïstes qui, sous sa direction, ont commencé, vers la fin d'août, cet arc extérieur, pierres précieuses, feuilles de vignes, etc. , furent Cboisy et Honvoisin; un peu plus tard, en octobre, Devecchis le fils. Iléberl avait fait crayonner au carreau, avec le plus grand soin, sa composition entière sur le mur do l'abside; mais Dieu sait combien de temps ce superbe poncis mis à l'effet demenra inutile. Ce n'est qu'au bout de deux ans et demi, au printemps de <88I, que Poggesi put mettre la main à la tète du Christ, qu'il mena à fin en un peu plus de deux mois ; et en môme temps, pour bâter la lâche, Poggesi proposai t!i H. Gerapach d'appeler de Rome M. Vannutelli. Poggesi, durant ces longs intervalles où les travaux s'interrompaient, tantôt par incertitudes des bureaux, tantôt faute de modèles, — car Hébert, comprenant l'importance do ta parlie jouée par lui dans une œuvre si nouvelle en notre temps, et dont il était si amoureux, et tourmenté par ees scrupules d'ariisie, — reprenait et remaniait sans cesse ses cartons; il éprouvait parfois des terreurs singulières, motivées par les déviations des courbes de l'abside, qui pouvaient déformer les lignes et les mouvements de ses figures, et il fallait de loin en loin, chose fort grave, déplacer ou simplifier un contour ou une draperie; et ses appréhensions ont duré jusqu'à la deraiôre heure. Poggesi, durant ces longs temps, s'utilisait, comme les derniers de ses élèves, à l'exécution des ornements. Plus tard, quand les Ogures furent commencées, il mit la main un peu partout pour la rectification des contours de ses praticiens, pour guider les lignes des cubes et le juste mélange des couleurs et des échiquiers. De là, malgré la part considérable que d'antres ont prise à diverses parties de très imporlaotes figures, la belle unité de l'œuvre est ce qui l'approprie au vrai chef de l'atelier
Hébert va s'en retourner lï-bas, à la villa Médicis, gouverner pendant une seconde période noire Académie de Rome. Il y emportera le joste orgueil d'une difficile et