VU
On a dit qu'il avait dti travailler aa tombeau de Louis de Brézè, évi' demment, parce qu'il a travaillé pour sa veuve au cb&teau d'Anet ; mais celui-ci n'a été commencé qu'en 15&8, alors que le tombeau était fini. Louis de Brézé était mort en 1531, et Diane, k propos de la fondation d'un obit, écrit au Chapitre, en mars 1535, qu'elle est résolue de lui Taire ériger dans ta cathédrale un tombeau qui fut terminé eu 15i&. Il est d'ailleurs évident que bien des mains y ont travaillé. La statue équestre et en armure est d'une main, les quatre cariatides d'une autre, les ornements de pUi> sieurs. La veuve à genoux et la Vierge lui montrant Tenfant Jésus, qui paraissent d'ailleurs une surcharge et comme une addition, à cause de leur taille trop grande pour la proportion réduite adoptée pour tout l'édilice, doivent être de Nicolas Quesnel, puisque cette dernière ressemble absolument à la grande Vierge en plomb qui est sur la pointe du toit de l'abside de la cathédrale, et dont on sait que la façoD lui a été payée 20 livres en 15iO. Il y a d'ailleurs, dans l'ensemble et dans les détails, une petitesse, une accumulation et une surcharge, une trop grande saute et presque uo désaccord entre les proportions des ligures, une juxtaposi' tioo de légèretés et de lourdeurs qui sont en contradiction avec le goût pur de Jean Goujon et de Philibert Delorme, l'architecte d'Anet; leur composition première est toujours sobre et, malgré leurs dilTérences, ils aiment tous deux le repos de parties simples et nues. Le plus beau morceau est, à coup sûr, la figure nue du gisant, si belle qu'on ne s'aperçoit pas d'abord de sa petitesse, car, par suite de la façon dont le dessin général a forcé de la diminuer pour avoir la place des quatre colonnes qui portent l'or donnance de tout ce retable, elle n'a que quatre pieds et demi. Hais tout ce qui est beau au xvi* siècle,- où les maîtres habiles étaient si nombreux, ne peut être de Jeaa Goujon sans une preuve. Si le tombeau avait été fait aux frais du Chapitre, M. de Beaurepaire, le savant architecte de Bouen, en trouverait le compte dans les registres de la cathédrale, mais il n'y doit pas figurer, parce qu'il a été commandé et payé par Diane de Poitiers. Ce qui est probable, c'est qu'il a été fait à Bouen, qu'il a été fait par des Itouennais, et que celui qui en a donné l'inventionetlepourlraitpourrait être celui qui était à cette époque le Mattie de l'OËuvre de Notre-Dame.
Vin.
C'est peu de temps après ce travail au tombeau des d'Amboïse que Goujon parait avoir quitté Bouen pour venir s'établir à Paris et travailler
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enfin pour le Roi. Son premier ouvrage, avant les commandes royalrà, fut la sculpture du jubé ou, comme on disait alors, du pupitre de Sùnt- Germain-l'AuTerrois.
Sauvai nous en a heureusement laissé la description. Il était compose de trois arcades, dont les jambages étaient revêtus de deux coloonés corinihiennes ; dans les extrados des arcs, des anges avec les attributs de la Passion ; sur l'entablement, au centre, l'Ensevelissement du Christ, qui, du temps de Sauvai, était a barbouillé de dorure, » et, au-dessus des colonnes, les quatre Évangélistes, aussi de basse taille.
Au milieu du xvin* siècle, tout ce bel ensemble, qui n'avait pourtant rien de gothique, fut condamné au nom du goût rococo, et l'architecte Baccarit — c'est justice, à cAtd des victimes, de stigmatiser le nom du bourreau — se chargea de l'exécution, en même temps qu'il creusait dp cannelures à la grecque et coiOTaît de chapiteaux ridicules les colonnes du chœur pour les mettre au goût du jour. Un siècle plus tard, U. de Laborde retrouvait presque complètement, sur les reliures d'une collection de l'ancien Journal des Débats in-S°, les feuillels du compte de la Harguillerie et Fabrique de Saint-Germùn-l'Auxerrois pour les années 1&39- 1546, qui avait été détruitcommelemonument, et l'on en trouverale texte dans l'appendice de ses Comptes des Bâtiments, publiés par la Société de l'Art français. Il a pour nous ce prix inestimable de préciser ce qui était et ce qui n'était pas de Jean Goujon.
La maçonnerie, commencée en \hh\ par le maître maçon Louis Poireau, fut continuée et terminée, de 15A2 à ihhh, par Pierre de Saint- Quentin sous la conduite de M. de Clagny, c'est-à-dire de Pierre Lescot. Le sculpteur Laurent Begnauldin donne, en mai et en juillet 15i2, le patron des anges de l'arc du pupitre et le modèle d'un ange. C'est Simon Le Boy qui les exécute et en complète la série. En sept payements, qui vont du 16 mai l&â2 au h janvier 15â3, il reçoit en tout 62 écus d'or & i5 sols pièce pour sis anges, ceux qui ornaient les extrados des trois arcades, et deux anges en sus, qui devaient accompagner le revers de la porte cen-^ traie. Le premier payement de Jean Goujon est du 18 mai 1541, le huitième et dernier du 0 janvier 1545. Une des quittances est indiquée comme passée chez les Notaires Brahier et Boisselel, une autre chez Bra'* hier et Le Charron, quatre autres chez Le Charron et Dunesme, et je citd leurs noms parce que les quittances elles-mêmes se pourront rechercher, ainsi que le marché général dont on n'a pas la date, dans les minutes des études de leurs successeurs, où l'on trouvera peut-être en même temps des mentions d'autres travaux de Goujon. Ces huit payements, qui dépassent un peu la somme payée à Simon Le Roy, donnent au total ceJlo
.de 161 livres, plus cinq écus soleil pour six têtes de chérubins, qu'on peut supposer avoir été sculptées sur les claveaux antérieurs et postérieurs des trois arcades. Elles sont perdues comme les anges de Le Roy, mais il est encore heureux que la destruction barbare du jubé n'ait pas été sans quelques remords. Ou conserva, au lieu de les envoyer avec le reste aux pl&tras, les bas-reliefs de Goujon, qui se retrouvèrent plus tard et sont maintenant au Louvre. Le grand bas-relief de l'Ensevelissement avait passé par le musée des Petits-Augustins ; les bvangélistes — un des sujets affectionnés de l'artiste — ne sont entrés au Louvre qu'en 1850. On les a retrouvés encastrés deux par deux sur le côté des jambages de la haute porte cochère de la maison de la rue Saint-Hyacinthe- Saint-Honoré, où se tenait le Club des Jacobins. Mes deux grand'përes ont demeuré près de là, et je les ai vus couramment dans ma jeunesse, sans savoir encore ai leur provenance ni leur auteur.
Conameles renseignements documentaires manquent presque toujours complètement sur les constructions, si importantes qu'elles soient, lorsqu'elles ne sont pas des maisons royales, on ne connaît pas d'une façon certaine la date des travaux de Goujon pour le château d'Écouen. On peut seulement inférer qu'ils se doivent placer dans les années 15&5 et 1546, En effet, dans la dédicace de la traduction française de Vitruve, adressée par Jean Martin à Henri II, qui n'était roi que depuis la fm de mars, on a sur ce point un témoignage contemporain. C'est le passage, d'ailleurs bien connu, où il est dit qu'elle est enrichie de figures nouvelles n par Maisire Jehan Goujon, n'aguères architecte de Monseigneur le Connestable et maintenant l'un des vostres. »
Il y aura lieu de revenir une autre fois et d'une façon spéciale sur ces ligures du Vitruve et sur cette qualification d'architecte. Nous n'avoDs à retenir ici que le mot n'aguêrex ; il montre à la fois que Goujon avait été employé par le Connétable Anne de Montmorency et avait quitté son service pour passer à celui du Roi. 11 faut aussi, dans ce qu'il a écrit luimême dans le Vitruve, rappeler que, — sans citer les architectes d'Écouen, ni Chambiges, ni Bullant, qu'on lui donne comme collaborateur à Carnavalet — il ne cite et ne loue, avec Serlio, « de présenten France », que le Seigneur de Clagny, Parisien, et Maistre Philibert Delorme comme ayant construit pour le cardinal du Bellay le château de Saint-Maur-des-Fossés, où Goujon avait probablement travaillé. L'aflirmation de Jean Martin est de la première importance; elle permet de regarder comme absolument
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authentique ce qui & Écouen porte ]a marque du goût et du style de Jean Goujon.
Les murailles du château d'Écouen ont gardé ses grandes figures ornementales. Ce sont: sur le cintre de l'arcade qui sert de passage pour aller de la cour dans le parc, deux Renommées avec des palmes et des branches de laurier ; deux autres Renommées sur le cintre de l'avant-corps sur la terrasse et, sur la cheminée de la Sallc'des Gardes, le bas-relief de la grande Victoire, marchant sur le globe du Monde, dont la Caiette a donné le dessin dans l'article de M. do Lasteyrie sur Anne de Montmorency (avril et août 1879], et dont on peut voir le moulage dans l'escalier de Carnavalet. Comme trois des Renommées, elle porte une épée nue, dont la lame épaisse et large montre que ce n'est pas une épée ordinaire, mais l'insigne de la charge de Connétable.
Quant à l'autel de pierre île la chapelle, maintenant à Chantilly et dont on a donné quelques parties dans l'article plus récent de M. Lafenestre sur les collections du duc d'Aumale, c'est un véritable édifice, que ses dimensions restreintes et sa forme pleine et carrée n'empêchent pas d'avoir une élégance austère et sobre qui respire la noblesse et la grandeur. On sait les belles sculptures qui le décorent: d'abord les trois femmes debout dans des niches, la Religion tenant une palme et appuyée sur la table de la Loi, la Foi et la Piété, caractérisée par la croix, )a Charité ou plutôt «tuphi l'Amourdivin, tenantdans sa main un cœur ailé " "■* ""*"« "■ iBwctîir., — dans des bordures carrées dont la mâle sim- " ' °''''"'' plicité fournirait de bien beaux modèles à des cadres de tableaux — ; les quatre Évangélistes, de basse taille comme ceux de Saint -Germainl'Auxerrois, assis sur des nuages et dans lesquels on retrouve un écbo éloigné de Raphaël à la fois et de Micbel-Ange, tels que Goujon les a devinés, plutôt qu'il ne les a connus, d'après les rares gravures qui pouvaient alors être venues en France ; et enfin, comme sujet central, s'ajou-
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unt aux figures des porteurs de la bonoe Douvelle, le bas-relief, tout biblique, du sacrifice d'Abriiham. Bien des gens ne les voient que dans les gravures de Ballard le père et dans les traits de Réveil ; il conviendrait d'avoir au musée du Trocadéro un moulage complet de cet autel vraiment admirable dans sa noble simplicité. Il est très supérieur aux bas-reliefs du jubé de Saint-^enuain, et Goujon y est d^à tout entier.
II n'y a pas non plus, avant l'aflirmation de Sauvai, de document ancien qui lui' attribue formellement les sculptures de l'hAtel Carnavalet, construit originairement pour le président de Ligneris ; mais celles qui sont do lui parlent d'elles-mêmes. Les figures des Saisons sur la façade du fond de la cour, les petits génies au-dessus de la porte de l'escalier ne paraissent que de son invention et de son dessin ; mais tout l'arc triomphal de la porte d'entrée, facile à isoler par la pensée du bas-relief ajouté par Germain Pilon pour M™ de Carnavalet et de l'étage surélevé par le vieux Mansart, est de eod ciseau et de sa plus belle manière. Ce sont : les figures allégoriques des deux grands claveaux ; les Renommées des extrados intérieurs ; les deux lions, symbole de l'idée que la force cède à la justice, comme l'a ingénieusement établi en 1879 M. Jules Cousin dans une note excellente publiée dans le BuUelin de la Société de t histoire de Paris, et enfin les étonnantes têtes de satyres sculptées sur les claveaux des arcades de l'ancienne galerie à jour, aujourd'hui le rezde-cbaussée de l'aile gaucbe, et qui sont à Paris le point de départ de tous les mascarons postérieurs du même genre de la fin du ivt* et du XVII* siècle, sans que ceux-ci soient jamais arrivés à égaler les franchises des accents de leurs aînés. Ayant fait ici même, en 1881, le départ et l'appréciation de ce qui était et de ce qui n'était pas de Goujon, il convient de ne pas y revenir et de passer.
Il n'y a pas & faire ici l'histoire de la fontaine dédiée par le sculpteur aux Nymphes des sources, Fontidm Nïhphis, ni à dire les modifications ingénieuses qu'on lui a fait subir en 1788 quand, la transportant au milieu du nouveau marché des Innocents, on l'a en quelque sorte repliée sur elle-même, en lui ajoutant une nouvelle arcade pour en faire un b&liment isolé à quatre faces, en couronnant ses freotons d'un dôme en
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retraite et en y dressant au centre une vasque pyramidale d'où l'eau s'échappe pour tomber en cascade sar une suite de bassins. A l'origine, le parti était bien diiïérent, et l'eau n'y entrait que pour bien peu de chose. C'était un bâtiment voisin des Halles et formant, à gaucbe en montant de la Seine, l'angle de la rue Saint-Denis et de la rue aux Fers, dont le nom est une corruption moderne, puisqu'au xvi* siècle elle s'appelait encore la rue au Feurre, ou au Fouarre, comme celle de la rive gauche. D'un côté, il y avait une arcade et de l'autre deux, surmontées toutes trois d'un petit fronton ; chacune était composée d'un bas-relief dans la frise, d'une arcade ouverte, accostée de deux pilastres cannelés et fermée en bas par une balustrade au-dessus d'un autre bas^relief. Ces trois arcades donnant sept pilastres, à cause du pilastre doublé qui était à l'angle, Goujon, dont le nom est prononcé par Corrozet dès le ivi* siècle, n'avait eu à sculpter dans leurs intervalles que cinq figures de Mymphes debout, deux sur le petit côté et trois sur le giand. Il a donc fallu ajouter, au xviii* siècle, les sculptures d'une face tout entière avec deux bas-relieb et deux Nymphes, plus une troisième Nymphe pour compléter les huit nécessaires aux quatre pans de la reconstruction ; et ces additions, quoique un peu rondes et molles, ont été conçues dans un sentiment d'imitation assez heuretu pour que la masse du public et des passants ne s'aperçoive plus qu'il y a là non seulement deux mains, mais deux époques. On voit combien l'aspect actuel difTëre de l'ancien, qui était moins une fontaine qu'un monument, et l'ancien soubassement se présentait avec un tout autre aspect. L'eau, qui, sur la rive droite, ne venait que des hauteurs de Belleville, était alors fort rare et ne coulait, quand elle coulait, que des mutiles des lions plaqués sur le bas d'un grand mur plein et uni, qui formait l'étage inférieur, et les lèvres de ces mascarons devaient être bien souvent sèches et muettes.
En réalité, comme la rue Saint-Denis était alors le chemin officiel de tous les cortèges solennels. Goujon et Lescot.àqui la Ville s'était adressée, ont eu la pensée, très intelligente et très voulue, d'édifier et de mettre à sa disposition une véritable loggia^ derrière tes balcons de laquelle on pouvait s'asseoir pour regarder défiler soit la pompe joyeuse des entrées, soit les tristesses luxueuses de la procession funèbre qui emmenait le coi'ps des rois au caveau de Saint-Denis. On a toujours, depuis Corrozet, donné à la fontaine des Innocents la date de 1550; ce n'est qu'une légère eiTeur, mais elle fut certainement reconstruite de 15Ù7 à 1519 et commandée par la Ville en vue de l'entrée de Henri II, qui ne.se fit que le 16 juin 15â9-, car la fontaine était alors terminée, puisqu'elle étnit garnie de specuteui*s. La description de cette entrée, publiée la même année
chez Jacques Roiïet, dit le Faulcbeur, le dit formellement, et le passage, qu'on n'a pas encore invoqué sur ce point et qui donne le vrai sens de le composition des deux artistes, est trop précieux pour ne pas être intégralement reproduit :
« Plus oultre se trouvoit la fontaine Saîoct-Innoœot, de nouveau rebastie d'un ouvrage singulier, enrichi de figures de Nymphes, Fleuves et Fontaines à demye taille, ensemble de feuillages, si ai-tiflciellemeot uodoyans et refenduz qu'il n'est possible de l'exprimer en petit de parolles, par quoy en est laissé le jugement à ceuU qui de présent le peuvent veoir et s'entendent en tels ouvrages. Ladicte fontaine estoit embellie dedans œuvre de diverses Damoiselles et Bourgeoises, avec plusieurs Gentilshommes et Citojens de la ville, tant bien en ordre que c'estoit une beauté, u
Personne ne nous demandera ni la description ni l'éloge des admirables figures de Goujon ; c'est son œuvre la plus connue, certunement la plus populaiie, et sa beauté est si incontestable que Bernin, qui n'admirait guère, a daigné la louer. Ratifiions seulement que les trois basreliefs en largeur des deux naïades à demi couchées et de la Nymphe marine entre des Tritons et des Génies des eaux, qui se trouvaient audessous des arcades , ayant souffert sous le voile humide des nappes d'eau, trop grandes depuis l'alimentation de la fontaine par le canal de rOurcq, les originaux ont été transportés au Louvre et remplacés par des copies. L'administration du Louvre devrait aujourd'hui s'occuper d'obtenir de faire commander des copies des bas-reliefs de la frise et des Nymphes debout. La pierre en a déjà beaucoup souffert et finira par s'effriter tout à fait; en place et en plein air, de fidèles reproductions auraient la même tournure et le même effet, tandis que les originaux seraient plus admirés et dans de meilleures conditions de conservation, st on les apportait au Louvre & côté des trois bas-reliefs de (a fontaine qui s'y trouvent déjà, à côté de ceux du jubé de 15iA et de la Diane d'Anet.
A partir de ce moment, Goujon ne travaille plus que pour les maisons royales. Si l'on ne peut pas dire qu'il n'ait pas fait, au moins ne conna!t-on de lui, même par un texte, ni tombeaux, ni bustes, de rois ni de particuliers, et il est certain qu'il n'a jamais travaillé à Fontainebleau, qui avait tout son monde de sculpteurs formé par le Rosso et le Primatice. Pourtant il aurait pu dire comme Philibert Delorme dans son mémoire justificatif : « Ce que j'ay faict à Anet c'a esté par le commande-
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ment da feu Roy, qui estoit plus curieui de sçaroir ce qu'on y faisoil que en ses maisons. Pour ce, c' estoit tout pour le Roy ».
A propos du livre de M. Rousse), j'ai eu ici même occasion de parler incidemment en 1878 de la part de Jean Goujon dans la sculpture d'Anet. Les douze Apôtres de la Cbapelle, maintenant à Carnavalet, après avoir été apportés de Saint-Cyr à l'église de la Sorbonne parce qu'on les avait crus à tort de Berthelot, sont bien du milieu du xti* siècle et bien près de Goujon par la recherche des coiiïures et des fronçages plissés, mais leur maniérisme et leur aiïétcrie rendent l'attribution douteuse. Il y a
{EculptUN da Jean Gaujon, au muaii du Loutri.)
moins d'hésitation sur les enfants nus et ailés de la voûte qui portent les attributs de la Passion, et il eût été bien curieux de pouvoir les comparer à ceux de Simon Le Boy, pour savoir si Goujon s'en était ou non inspiré. Les Renommées des estrades sont plus que certaines; ce sont les sœurs aînées et les hérauts de celles qu'il sculptera bientôt sur la façade du nouveau Louvre. Mais là encore Goujon ne fait qu' affirmer une fois de plus son art admirable du bas-relief.
La fontaine de la cour d'honneur du château d'Anet, dont la compost' tien ancienne a été conservée par Androuét du Cerceau, — c'est, avec la tribune des Cariatides, la seule sculpture qu'il ait gravée à pari, et cette exception montre le cas qu'on en faisait, — a permis à Goujon de mettre au jour une autre face de son génie. S'il est un maître de la basse taille , il l'est au même degré dans la ronde bosse et dans la statue; celle-ci présente cette dilficulté que, se voyant de tous les côtés, elle n'est pas une œuvre unique, réduite à un seul point de vue auquel tout est sacrifié ; elle se renouvelle, se transforme et se multiplie autant de fois que celui
qui la regarde se déplace, et doit, sur toutes ses faces, se composer avec de nouvelles lignes et se tenir avec une valeur égale. La Diane supporte victorieusement cet examen. Cette figure est d'ailleurs si connue qu'il est inutile d'insister, si ce n'est pour dire que, si le choix du sujet est sorti du nom de la Grande Sénéchalle comme l'ensemble des motifs de la décoration du château, Diane n'a posé ni pour le corps ni même pour la. t£te, qui ne ressemble pas à la sienne. C'est une œuvre d'art pur, une apothéose poétique, où triomphent la grâce et la beauté de la ligne féminine ; ce n'est en rien un portrait.
Par contre, il serait vrai d'y voir une lutte volontaire avec Benvenuto Gellini. Le bas-relief de bronze, que l'Italien avait fait pour François I" pour être la Nymphe de la fontaine de Fontainebleau à cdté d'uD cerf de la forêt et de chiens de chasse, ayant été donné par Henri à sa maltresse, Philibert Delorme l'avait encastré dans le tympan extérieur de l'arc trionophal de l'entrée, et il était impossible de ne pas le voir puisqu'il était la première chose qui frappait les yeux quand ou franchissait la porte de cette somptueuse demeure. Le cerf et les chiens se retrouvent dans le groupe du sculpteur français, et il y a des ressemblances dans certains détails de la pose. C'est bien la reprise du même thème; seulement, autant la femme de l'orfèvre est sèche, disgracieuse et dégingandée, autant la Déesse de Goujon est harmonieuse. C'est plus qu'une belle statue de Goujon ; c'est l'un des anneaux de la chaîne d'or que la Statuaire a consacrée dans te trésor de son temple.