‹ Gazette des beaux-artsChapitre 41 sur 68 · XXX. — 3° PÉRIODE. Es · texte numérisé non relu

XXX. — 3° PÉRIODE. Es

couche un précipité opaque et par colorer ce précipité, blanc de sa nature, en jaune, au moyen d’une immersion dans un bain de bichromate de potasse. Un photographe parisien préparait encore des plaques jaunes, sans doute d’après cette recette, aux environs de 1875, pour quelques personnes qui lui en demandaient.

L'autre genre de procédé sur verre, moins facile à employer, consiste à peindre simplement avec de la couleur à l'huile sur le verre nu ou couvert d’un vernis transparent. En choisissant une couleur de nuance claire,et pourtant bien opaque, et en plaçant son verre sur un drap noir, on arrive à se rendre compte à peu près de ce que l’on fait. Pour enlever des raies noires dans la masse de la pâte, on use d’un morceau de bois convenablement taillé ou même du manche du pinceau. L'aspect des épreuves n'est pas sans ressemblance avec celui des modernes monotypes.

En 1853 on en était encore tout au début des procédés photographiques donnant non pas une image unique comme les plaques daguerriennes ou les papiers sensibles de Talbot, qu’on impressionnait dans la chambre noire et qu'on développait ensuite, mais des clichés négatifs sur verre, pouvant Jouer un rôle pareil à celui d’une planche gravée ou d’une pierre lilthographique, etfournir, au moyen d’un véritable tirage par transparence, de multiples épreuves. Or, à cette date exislait à Arras un petit groupe de gens intelligents qui réagissaient d’une façon très intéressante contre la torpeur provinciale. Presque tous avaient des professions différentes; les uns étaient attirés par l’art, les autres par les recherches scientifiques, mais le goût commun des choses de l'esprit les rapprochait. Un ancien professeur de dessin à l'École du Génie, M. Grandguillaume, et un fabricant d'huile, M. Cuvelier, s’occupaient activement de photographie. Constant Dutilleux, imprimeur lithographe, était en même temps l'artiste que l'on sait, et récemment, ici même, il a été parlé de l’intime amitié qui l’unissait à Corot. Ce dernier venait à peu près tous les ans à Arras, y faisait même … séjours, rayonnant au besoin dans le voisinage pour chercher des motifs de tableaux. Un peu plus tard, il devait se partager entre Arras et Douai où M. Alfred Robaut, neveu et gendre de Dutilleux, était établi, et l’accueillait avec la mêmé respectueuse aflection?.

1. La Vue de Sin- le- Noble, près Douai, par Corot, article de M. E. Moreau-Néla-

ton (Gazette des Beaux-arts du 1°" juin 1903.) 2. Je dois à l’obligeance de M. Alfred Robaut et à celle de M. Étienne Moreau-

lelles sont les circonstances au milieu desquelles nous voyons naître à Arras, en mai 1853, les premiers procédés sur verre de Corot, et se multiplier les suivants, jusqu’en 1874. |

Au bas de la monture d’une petite pièce que M. A. Robaut a recueillie avec beaucoup d’autres après la mort de Dutilleux, on lit la mention que voici, de la main de ce dernier : « Premier essai de dessin sur verre pour photographie, mai 1853. Photographié par G. Grandguillaume. » Si cette note est exacte (on serait presque tenté d'en douter, tant la pièce est heureusement conduite), Corot aurait débuté par une entière réussite. Sur la fiche de son Cataloque en préparation M. À. Robaut a inscrit comme titre : Le Bücheron de Rembrandt; il y a en effet une sorte de parenté, pour cette fois, entre le griffonnage du maître moderne et celui du grand Hollandais, et je voudrais que le lecteur püt avoir sous les yeux un belle épreuve du petit Bächeron; il ne trouverait peut-être pas le rapprochement trop surprenant.

Aux termes de mentions analogues mises par Dulilleux sur Les montures, quatre autres pièces sont encore du mois de mai 1853. Celle qui aurait immédiatement suivi le Bücheron représente deux enfants dans un paysage. Le /amponnage à la brosse y est employé; ce procédé consistait à entamer la couche opaque au moyen d’une petite brosse de métal avec laquelle on frappait légèrement, ou même on se contentait d'appuyer, en la tenant perpendiculaire au verre; il en résultait une multitude de petits trous irréguliers et d’un effet quelquefois agréable, quand la lumière les avait transformés sur l'épreuve en autant de points noirs. Nous ne tarderons pas à trouver d’autres pièces où Le mème outil, plus hardiment manié, a fourni des résultats plus caractérisés.

Un paysage, avec des arbres donnant beaucoup d'ombre au-dessus d’un petit cours d’eau, est indiqué par Dutilleux comme étant le troisième essai de Corot. est exécuté à la pointe seule, et visiblement avec des intentions nouvelles; il s'agissait, cette fois, d'y aller plus lestement, et, sans calculs ni précautions ennuyeuses, d'obtenir directement des teintes. Corot a raturé presque partout à outrance, et son travail paraît d’abord un peu brouillé. Il est curieux de voir, Nélaton, maintenant dépositaire de ses cartons, la presque-totalité des renseignements dont je me suis servi en ce qui concerne Corot, et je tiens à les en remercier ici; j'ai emprunté aussi à M. Robaut tous les noms de pièces, tels qu'ils existent dans ce Catalogue de l’œuvre de Corot dont tous les amateurs d'art

attendent si impatiemment la publication, et qui va enfin paraître, grâce au concours dévoué de M. Moreau-Nélaton.

au bout d’un instant d'attention, comment la fraicheur de l'idée se fait jour tout de même là-dessous. S

En janvier 1854, nouvelle série de clichés, tous encore manifestement faits en vue d’expérimenter les ressources du procédé et d’en fixer la technique. Ce sont, à la pointe seule, le Petit berger, tentative de grande planche dont je parlerai un peu plus loin en même temps que des deux répétitions du même sujet qui sont de 1855 et de 1856, puis le Ruzsseau sous bois et le Souvenir de Fampoux (Pas-de-Calais). Ce dernier, charmant petit paysage avec un bateau et un homme dedans, fait penser à l’eau-forte des Poésies posthumes d'Ed. Roche, l’Etang de Ville-d'Avray.

À la pointe avec adjonction de tamponnage, nous trouvons une pièce un peu chargée peut-être de facture, et dont les épreuves, à cause de cela, ne sont pas toujours bonnes, mais qui demeure tout de même séduisante entre toutes : c’est la Petite sœur. Au milieu d’un paysage découvert et fuyant, non loin de leur maisonnette enfoncée dans un pli du terrain, trois petites paysannes sont arrêtées à Jouer; la sœur aînée (la jeune mère peut-être) met debout la plus petite en la soulevant sous les bras par derrière; la troisième, accrouple dans l'herbe, les regarde. Le naturel des attitudes est extrême; les coiffes, les lourds costumes rustiques, ont une grâce pleine de style. Il n’est pas jusqu'aux brusqueries voulues d'indication, ces visages tout dans l’ombre, ce ciel où la pluie fait tache, ce lointain sans détails, qui n’ajoutent une tendresse de plus. .

Le grand Cavalier sous bois (il y en a un petit, composition sensiblement pareille, première idée ou réduction de l’autre, on ne sait) est une pièce plus importante et de tout autre physionomie. Elle est faite avec peu de travaux, mais tous décisifs. L'ensemble se caractérise par l'ampleur et la force. Il en existe de belles épreuves estompées. |

Les pièces au pinceau sont au nombre. de dit, stcialies il convient d'en rattacher une troisième, La Jeune fille et la Mort, qui est du mois de mars. Le Songeur, la première en date probablement, est selon moi ce que le maître a fait de plus beau par ce procédé : c'est un paysage du soir avec deux grands arbres penchés dont la verdure assombrie se mêle en haut au sombre des nuées. De l’autre côté, au delà d’une pente sur laquelle un homme est assis et songe, senfoncent des lointains infinis; une chaude lumière persiste à l'horizon. Rien ne manque à cette œuvre, ni la noblesse des lignes, ni la richesse de l'effet, ni la profonde émotion. |

Les années 1855 et 1856 sont celles des grandes pièces capitales. C'est à celte époque que se rapportent le Souvenir d’Ostie, les Jardins d'Horace, la Jeune mère, la seconde et la troisième réplique du Petit berger.

Le sujet du Petit berger avait déjà fourni à Corot, en peinture,

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