LES JARDINS D’HORACE, PROCÉDÉ SUR VERRE PAR COROT
un ouvrage important : son tableau du musée de Metz. Il pouvait donc, en mettant ses souvenirs à profit, s'attacher uniquement au moyen d'exécution. Ce moyen diffère nettement dans les trois planches. La première, je l’ai déjà dit, est à la pointe seule. Elle semble trahir l’impatience de quelqu'un qui gâte ce qu'il fait. La couche opaque n’y est guère ménagée : les masses sont sans transparence ni variélé. La dernière planche est au pinceau : le cliché,
trop faible dans les demi-teintes, la rend sombre à l'excès comme la première. La seconde, au tamponnage presque seul, me parait la mieux réussie. L'effet en est extrêmement original, et peut-être, avec certains artifices de tirage, en aurait-on pu avoir des épreuves sensiblement mieux en valeur. |
La même observation peut s'appliquer à la Jeune mère. Telle qu'on la voit ordinairement, c’est une pièce devant laquelle le premier mouvement est le regret. Le dessin en est noble, mais les masses, traitées beaucoup au tamponnage, ont l'air d’être vides. Sans doute les fils de la brosse, tout en produisant un effet très apparent sur la couche opaque du cliché, ne l’avaient traversée que d’une manière imparfaite. [l faut avoir la chance de rencontrer une épreuve bien garnie. Alors ces tout petits points, qui ne ressemblaient qu'à des salissures, se groupent et se fondent pour produire de véritables teintes; l’ensemble se colore, et l’on aperçoit pleinement les intentions de douceur charmante que l’arliste avait répandues dans son ouvrage.
Le Souvenir d'Ostie représente une pente ombragée portant à son extrémité un groupe de fabriques surmonté d’une petite coupole; au premier plan un cavalier passe dans les ondulations herbeuses du terrain. Le site se compose suivant un système de lignes dont Corot a souvent usé dans ses œuvres peintes. L’exécution, très fière, contribue pour sa part à l’effet relevé de ce beau croquis.
Le caractère de l’admirable pièce que M. Robaut intitule Les Jardins d'Horace, c’est de fondre en une indissoluble unité l'héroïsme et la nature. Ces arbres d’un jet grandiose ne sont pas un décor artificiellement inventé, ce sont des arbres vivants ayant racine en terre et feuille au vent. Leur tremblante verdure respire l'air; il semble qu’elle le rende visible. Sommes-nous au siècle d’Auguste ou aux âges mythologiques? Est-ce Horace, est-ce un aède des anciens jours ou un Orphée qui passe, méditalif, sous leurs ombrages? Que nous importe? Une poésie dont Corot a eu le secret est 1à, pour la joie profonde de qui sait voir et sait sentir. Il a été tiré de ce chefd'œuvre des épreuves différentes, et, suivant qu’elles sont plus ou moins claires, l’effet change : on pourrait croire que l'heure avance. Celles qui sont obtenues très neltes et, quand le cliché, qui s’est gâté vite, avait encore toute sa finesse, sont fraîches comme l'aube; au contraire, dans les épreuves fortement estompées, c’est le soir avec les feux du couchant. |
Les années 1857 et 1858 sont marquées par une série de fort
Jolies pièces de dimensions moyennes, allant du simple croquis à l’estampe délibérée et travaillée pour être soumise au public. Ces dernières sont naturellement les plus importantes ; presque toujours, sur leur monture, on lit de la main de Dutilleux : « Société photo-