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contrefaits et disgraciés que leurs parents auraient aussi bien fait de laisser dans le néant. » Pour qui connaissait Delacroix et ses formules de politesse, il n’y avait plus à en parler.
Les procédés sur verre de Daubigny ne sont pas à beaucoup près aussi nombreux que ceux de Corot : dix-sept seulement au lieu de soixante-six. Cependant l'intérêt qu'ils présentent dans leur ensemble est presque égal. Je m'explique : Le simple aspect matériel des deux œuvres laisse aussitôt apercevoir une divergence absolue. Corot était peintre : il n’était pas (à quoi bon le contester?) graveur émérite. C'est même là un des traits qui donnent à toute eau-forte de sa main quelque chose de si particulier : on y sent le peintre, comme si le moyen disparaissait. Appelé, dès l’origine du procédé sur verre, à fournir des dessins pour l’expérimenter, il a mis d’abord dans ces essais toute la complaisance d'ami et tout le talent de grand artiste qui étaient en lui; il n’a pu évidemment y mettre le métier de praticien qu'il ne possédait pas. Et plus tard, quand les verres préparés ne furent plus pour lui qu'un amusement de villégiature ou un moyen d’être agréable à ses hôtes, il dut s’y laisser aller avec encore plus de sans facon aux libres caprices du moment. Une conséquence, c'est que son œuvre comprend des pièces de toutes les sortes et, à côté de grandes pages magistrales, une abondance de simples croquis.
Avec Daubigny il en va tout différemment. Le procédé, quand il fut appelé à en faire usage, avait dépassé la période des tâtonnements : on peut estimer que ses verres sont de 1858 ou 1859, puisque parmi eux se trouvent deux premières pensées d'eaux-fortes exécutées entre 1860 et 1865 : le Grand Parc à moutons, planche datée en premier état de 1860, et le Gué, planche datée de 1865. Daubigny est peintre sans doute, mais il est graveur aussi, graveur extrêmement habile, rompu de longue date à tous les petits exercices du métier, et quand on lui met une plaque de verre préparée entre les mains, c'est bien le graveur et non le peintre qui s’en empare : la preuve en est encore dans ces deux clichés du Gué et du Parc à moutons, traités si exactement comme des cuivres, qu'il n'aura qu'à les calquer presque sans différences, même dans les travaux, pour en faire les deux eaux-fortes de même nom. Ainsi s'établit, dans le cas de Daubigny, entre l'artiste qui dessine la planche et l’amateur (je pourrais dire aussi l’artiste) qui la tire, une correspondance d'intention qui n'apparaît certainement pas au même degré dans l’œuvre de Corot. Sans doute il existe, des belles pages de ce dernier, des épreuves diversement nettes dont la comparaison est fort
intéressante : j'ignore si, au point de vue spécial où nous sommes, on pourrait en constituer une série comparable à celle des Daubigny que possède M. G.-A. Lucas. C’est avec cette admirable collection sous les yeux, c’est en présence de toutes ces épreuves, dont pas une ne ressemble à l’autre, qu’on peut juger pleinement de la valeur du procédé et des ressources curieuses dont il est susceptible.
Dix-sept pièces, avons nous dit, forment l’œuvre sur verre de Daubigny ‘. Ce total se décompose de la manière suivante : six grandes pièces à la pointe, neuf petites pièces à la pointe avec ou sans mélange de tamponnage à la brosse, deux pièces au pinceau.
Les grandes pièces sont naturellement celles auxquelles l'artiste a mis le plus d'application. Le lecteur sait déjà que le Parc à moutons et le GŒué sont devenus, peu de temps après, des eaux-fortes, et que ces dernières ne diffèrent que fort peu des clichés sur verre. Ce qui résulte de la comparaison, c’est que Daubigny a eu sur le cuivre exactement les mêmes intentions qu'il avait formulées déjà sur le verre, et surtout qu'il a poursuivi sans variante les mêmes effets; à peine s’est-1l corrigé en quelques endroits, et ses corrections mêmes ne sont pas toujours heureuses. On peut en juger dans le Gué, où, en voulant préciser, il n’a fait souvent qu’alourdir. Les épreuves très nettes du Gué sur verre ont une finesse que n’a pas l’eau-forte, et Les belles épreuves estompées, sans être aussi robustes, sont au moins aussi agréables. si
La Machine hydraulique donne lieu aussi à des rapprochements intéressants. Daubigny fit postérieurement, sur bois, un dessin de la même composition, pour le Monde illustré, alors dirigé par Charles Yriarte, et la gravure en bois de ce dessin se trouve dans le numéro du 10 octobre 1868, sous ce titre : L’Automne, les bords du Morvan. Cependant ce dessin existe encore, Charles Yriarte l’ayant fait reporter photographiquement sur un autre bloc pour le conserver, comme 1l conserva aussi le dessin de la Fenaison. Bien que la sravure en bois soit très médiocre, et qu'on puisse par conséquent mettre au compte du graveur qui l’a taillée bon ‘nombre des lourdeurs qu’elle contient, il faut reconnaître, cette fois encore, que Daubigny n'a pas amélioré son ouvrage en le recommençant. Ainsi que le remarque M. Frédéric Henriet, le procédé sur verre est exécuté dans le goût de Claude Lorrain, mais de telles réminiscences ne lui Ôtent rien de son charme. Dans les épreuves estompées, il existe un
1. Toutes sont portées (n°5 114 à 130) au catalogue de M. Henriet : Daubigny et son œuvre gravé par Frédéric Henriet. Paris, Lévy. 1875.
effet de rayonnement dont on ne se doute pas si l’on ne connaît que des épreuves nettes.
La Rentrée du troupeau, la Gardeuse de chèvres, la Fenaison, très librement traitées, ressemblent beaucoup à des dessins à la plume. Ce sont des pièces capitales, et je n’en vois guère, parmi les eauxfortes, qui puissent rivaliser avec elles, ni en importance, ni en beauté. Des trois, la Fenaison est celle où le peintre parait davantage ; elle est d’une remarquable fraicheur.
Les petites pièces, comme les grandes, sont toutes variées, et chacune aurait bien droit à quelques lignes. Il faut voir le Marais aux canards en épreuve très pure. On dirait alors d’une fine pointe sèche. Les Cerfs venant boire, avec le rayonnement du soir au fond, entre les grands arbres, sont également beaux en épreuve très fine, et alors très douce, ou en épreuve estompée et d’un vigoureux effet. Le Pont, dont certaines parlies sont peu agréables en épreuve nette, se transforme quand on le voit en épreuve estompée; il en est de même pour le Ruisseau dans la clairière, qui, à l’état net, est d’un travail un peu indécis. L’Ane au pré, le Sentier dans les blés, sont des croquis charmants. Le Bouquet d'aulnes, dans une note un peu moins familière, est aussi joli. Des Vaches sous bois, belle pièce énergiquement raturée, 1l existe au Cabinet des estampes une curieuse épreuve avec des rehauts de clair rappelant ceux qu'on obtient en Jithographie au moyen d’une pierre de teinte.
Les deux pièces au pinceau offrent naturellement un intérêt particulier. Les Vaches à l’abreuvoir sont d’un travail moins sommaire que les Suules étêtés. I faut les trouver en belle épreuve, c’est-à-dire en épreuve claire, bien détaillée. Ce n'est qu ainsi qu’elles donnent tout leur effet.
De Th. Rousseau, comme de Millet, on ne connaît que deux planches évidemment jumelles. Il est à supposer qu'ils avaient reçu chacun deux glaces préparées, et qu'après s’être acquittés consciencieusement de ce qu’on leur demandait, ils n’ont pas été tentés de recommencer. On le comprend d’ailleurs, si l’on considère leurs planches au seul point de vue du procédé : il a été pour eux de nulle ressource ; cependant les dessins qu'ils ont faits ainsi sont bien trop beaux en eux-mêmes pour nous laisser indifférents. Si le Cerisier de la plante à Biau laisse voir la gène du moyen, en revanche la Plaine de la Plante à Biau est une superbe chose, où l'originalité de Th. Rousseau brille autant et même mieux qu’en aucune de ses eaux-fortes. Le motif choisi, pays de plaine avec quelques bouquets
LES « PROCÉDÉS SUR VERRE » ne Ai
d'arbres de place en place, quelques toits de maisons à l'horizon, est d'une simplicité saisissante. L’exécution, très particulière, égale, volontairement dénuée d'agrément superflu, a sa part dans la profonde impression produite.
Les deux planches de Millet ont l'aspect de maigreur un peu uniforme qu’on trouve dans plusieurs de ses eaux-fortes en premier état. Telles étaient du moins les rares épreuves que j'ai vues; mais
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