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DÉMOLITION DES ÉCHAFAUDAGES DU PONT DE WESTMINSTER PAR WHISTLER

(App. à M. Alfred Attmore Pope.)

tions, la crise de japonisme, sera passée, il ne manquera pas de se souvenir de ses grands principes. Peu importe que Whistler n'ait Jamais mis le pied en Espagne! Le Louvre lui suffisait, comme il suffit à la plupart de ses camarades du milieu réaliste qui, tous, étaient portés avec une ardeur égale vers le grand réaliste espagnol : Fantin, Legros, Ribot, etc. Manet et Carolus Duran furent bien les seuls, je crois, à pouvoir pousser jusqu'à Madrid.

Ce qu'on appelle l'influence d'un maître sur un autre, qu'est-ce d’ailleurs, le plus souvent, qu'une action subtile et mystérieuse qui ne se définit pas? Nous sommes habitués par les œuvres d'école à la

constater sur des emprunts directs qui tournent parfois aux plagiats brutaux. Mais, entre natures de même essence et de même race, c’est une sorte de communication magnétique, d’appel puissant et spontané, d’attrait inexplicable, d’ardente impulsion sympathique. C’est ainsi que s'exerce sur l'imagination de Whistler le prestige du génie de Velazquez. Le charme n’opéra définitivement que longtemps après, en raison des épreuves simultanées ou successives que traversait cette intelligence jeune, ardente, curieuse, qui venait de s'éveiller à l’art au milieu de circonstances exceptionnelles; mais il opéra sûrement, et Velazquez, moins connu que deviné, fut pour Whistler le grand et lointain initiateur.

Au retour du voyage de Hollande, Whistler s’installe donc à

Londres, à Chelsea, sur les bords de la Tamise, exactement, T, Lindsey Row, Battersea Bridge. Du balcon de sa maison, il voyait le large fleuve aux eaux fauves et ses lointains d'usines aux hautes cheminées qui mélaient leurs fumées grises à la rousseur des brouillards. Il avait entraîné près de lui Legros, alors dans le premier éclat de sa réputation de peintre et de graveur précieux, hardi et primitif; Legros, célèbre déjà dans un petit groupe, mais qu’on laissait mourir de faim. Il rêvait d'attirer aussi Fantin, et les sollicitations près de ce camarade, qui fut, pendant toutes les belles années de la jeunesse, l’ami le plus proche de son cœur, sont incessantes, pressantes, éloquentes, et mème tendrement impératives. Il a, pour le séduire, des mots charmants et persuasifs qui nous font connaître un Whistler tout autre que celui qui s’affichait, un peu artificiellement, en parades combatives et paradoxales. Sa verve malicieuse a plus de gaieté que de malignité; il est rempli d'espoir, d'enthousiasme, de foi; il croit à « son étoile » et supplie ses amis d’y croire. Au milieu des premiers revers, il reste joyeusement convaincu que, suivant son expression habituelle, « quelque chose va tourner ». Le Whistler qui écrira plus tard avec une spirituelle et mordante ironie L'Art charmant de se faire des ennemis professe alors pour l'amitié un véritable culte.

A l’occasion de l'Hommage à Delacroix, exposé au Salon de 1864, Whistler, qui se réjouit du succès de Fantin, regrette de n ’avoir pu en être témoin et lui déclare ses sentiments en termes particulièrement touchants : « Je voulais être avec loi dans ton succès, Le voir enfin prendre la place qu'on te doit depuis si longtemps à Paris ; je pensais avec bonheur à tout ce que nous aurions à nous dire, à ces bonnes longues conversations le soir, où nous nous

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entendions si intimement; tu as dû avoir grand besoin de me causer pendant le salon. Car je suis heureux de penser que nous sommes nécessaires l’un à l’autre pour cette vraie (sic) échange de sympathie que nous ne pouvons pas trouver avec d’autres. Du moins, moi, je n’éprouve jamais cette entière confiance dans la sympathie de n'importe qui en dehors de toi. »

Durant ces premières années de jeunesse, il ne cesse de fonder l'espoir du succès sur l'amitié. Il montre une nature généreusement expansive qui à besoin de l'appui des autres et qui ne leur refuse point son appui. Cela donne la clef de certaines influences qui se rencontrent sur son talent à cette époque, et cela explique l’amertume qui suivit bien des déceptions,

Il avait rêvé une sorte de petite coterie très étroite avec ses deux principaux camarades, Fantin et Legros. « Nous formons plus que jamais la Société des Trois », écrit-il à Fantin, et comme chacun doit aide aux autres, il s'empresse de faire partager à ses amis les avantages qui lui sont actuellement assurés : « Nous allons faire fortune et rapidement, car tu sais bien combien je fais mon devoir : — soutenir chacun les deux autres, c’est se soutenir soi-même; — nous sommes tous égoistes et tous pas mal pervertis, mais je suis fidèle au mot de la Société. Aussi, pas de maison où j'ai mon entrée où on n’est pas impatient de te connaître et prêt à recevoir ta peinture. Il y a de l'or qui nous attend partout. » Et, en effet, durant les premiers témps de son séjour à Londres, la fortune lui sourit rapidement. Tantôt il a « des commandes jusqu’au cou », tantôt il parle de son succès qui « est vraiment au delà de toute espérance », ou du « plus beau succès qu’on lui ait accordé jusqu'ici » (1864). En 1867, il écrit encore à Fantin : « Ce que tu appelles mon bonheur insolent dure toujours. »

L'Angleterre fut, en effet, pour lui, à ce moment, un vrai pays de cocagne. Gros négociants londoniens, riches banquiers grecs formant une petite colonie au bord de la Tamise, — « les grecs », comme il les appelle tout court, — se disputent ses toiles et commencent à répandre leurs faveurs sur Legros. Fantin, attaché à Paris par les liens étroits de la famille, se hasarde bien, de-ci, de-là, à aller faire quelque séjour en Angleterre où l’accueille la fidèle amitié d'Edwin Edwards, mais il ne consent pas à sy fixer. Whistler, au dos d’une lettre d'invitation spéciale de Seymour Haden, le somme avec une ardeur extrême : « Il faut que nulle idée, théorie ou autre absurdité t’empêche de venir ici de suite », et ïl

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