XXXIII. — 3° PÉRIODE
ajoute : « Tu sais que je l’assurais toujours que quelque chose allait tourner. Eh bien! c’est l'Angleterre, mon cher, qui s'avance avec ses deux mains tendues aux jeunes artistes. »
Ces succès rapides, qui se manifestaient non plus en glorieuses fumées, mais d’une manière sonnante et trébuchanie, retinrent Whistler à Londres. L'arrivée de sa mère en 1864 vint l’y fixer.
L’Angleterre produisit bientôt son effet sur cette nature mobile, impressionnable, ouverte avec un intérêt passionné vers toute chose. L’atmosphère de Londres et le paysage de la Tamise modifièrent insensiblement sa forme, sa matière et sa palette. Le milieu artistique nouveau dans lequel il se trouva mêlé l’impressionna aussi, d’une manière temporaire sans doute, mais incontestable.
Au cours.de ses premiers séjours momentanés à Londres, il y avait déjà, nous l’avons vu, exécuté le Piano. Il y fit encore la toile qu'il a intitulée le Music Room, en ajoutant après coup au titre, lorsqu’il se préoccupa de faire entrer dans son système musical toute sa production passée, le sous-titre : Symphonie en vert et rose’. Il semble, à considérer le caractère général de cette toile en face de la précédente, que toutes deux soient contemporaines. Même recherche d'intimité, d'éclairage, de contrastes colorés; il n’est pas jusqu'aux personnages qui ne soient, en partie, les mêmes. C’est un coin de l’intérieur de sa sœur, M°° Haden, avec sa fillette, Annie, assise près d’une fenêtre el lisant, et, à droite, une jeune femme en amazone, debout, la cravache en main, comme prête à sortir.
Whistler, dans une lettre à Fantin du commencement de 1864, se propose d'envoyer au Salon ce qu'il appelle son tableau « avec l’amazone » : « Qu'en penses-tu? » demande-t-il à Fantin qui, évidemment, le connaissait. Mais aucune autre indication précise. La comparaison dans la taille des deux figures de la fillette — à cet âge où les enfants se modifient si sensiblement — pourrait du moins nous guider, si dans le second tableau la petite Annie n’était assise, ce qui ne rend pas l'examen aisé. Elle y paraît cependant moins enfant par son attitude et même par son costume. Alors que, dans le Piano, où elle est debout, la robe blanche ne descend pas audessous du genou, dans le Music Room, malgré la position assise qui tire un peu les jupes, la robe couvre à demi la jambe. Il y aurait, entre ces deux tableaux, sans qu’on puisse rien affirmer, une différence d'environ deux années. Le caractère de la peinture, à tout
1. Et non, vert et noir, comme il a été imprimé par erreur sur la planche ci-jointe (N. D. L.R.).
Whistler pinx.