XXXIV. — 3° PÉRIODE
particulièrement précieux de cette interprétation du japonisme. Nous trouvons là la fameuse Princesse du pays de la porcelaine, le Balcon et le Paravent doré. Comme on le voit, ce sont ce que j'appellerai de purs caprices réalistes. Aucun désir de pastiche, aucune arrière-pensée véritable de transposer une scène japonaise, de créer une illusion d'Extrème-Orient, de faire de l’ethnographie ou du genre, mais de simples jeux exclusivement pittoresques, des prétextes non dissimulés à rassembler des éléments particulièrement propres à des accords rares et singuliers de couleurs éclatantes. Tout au plus, pour le premier ouvrage qu’il exécuta dans cet ordre d'idées, The lange leizen of six marks, simule-t-il une vague action en occupant la Jeune femme, vêtue d’une robe chinoise, à peindre un vase; fout au plus, dans le Paravent doré, son modèle paraît-il intéressé par l'examen d'un cahier d'images, ou, dansle Balcon, metil entre les mains de ses Japonaises de contrebande l'écran de papier bariolé et la petite guilare carrée des geishas. On ne peut vraiment s’y méprendre. Il n’y a pas là de sujet proprement dit. Il est tout à la Joie de peindre les belles choses qui le passionnent et dont il s’entoure, et en plein dans cette griserie de couleur qui sévit alors sur sa génération, Ce sont les pièces de son mobilier qu’il exhibe, tel ce tapis blanc et bleu qui a déjà servi à la Fille blanche et qui reparaît dans la Princesse, ou les plus beaux objets de sa collection. Le paysage, quand on l’aperçoit, comme dans le Balcon, est celui qu’on voit de sa fenêtre : la Tamise avec ses cheminées d'usine, ses berges mornes, son ciel embrumé, ses larges eaux tristes, faisant un fond de neutres harmonieux, gris et fauves, au bouquet léger de roses, d'orangés, de pourpres et de céladons, élalés en coulées limpides, comme par une brosse à la Fragonard, sur ses nonchalantes figures de jeunes femmes. Quant aux figures elles-mêmes, ce sont généralement celles qui l’environnent. Peutêtre bien a-t-il choisi intentionnellement, dans le Paravent doré, ce modèle aux pommettes saillantes avec un profil un peu camus; mais nous reconnaissons surtout le visage familier de la belle Joë ou, bien loin, certes, de tout caractère de japonisme, cette Chrisüine Spartali, aux lèvres pourpres, à la lourde chevelure noire, à la beauté toute méridionale, dont le type est si souvent répété dans les tableaux de Rossetti.
Sur ce petit point spécial, M. Duret a essayé de défendre Whistler de toute imitation de, Rossetti, en expliquant que la ressemblance maintes fois constatée entre cette œuvre et les figures du grand
préraphaélite tient à ce que le personnage peint par Whistler, M'e Spartali, était la sœur de Marie Spartali, depuis M“ Stillman, élève de Rossetti, qui la fit poser souvent dans ses ouvrages. La ressemblance entre les deux sœurs aurait fait la ressemblance entre les deux peintres. L’explication est plausible; il n’en est pas moins certain que cette ressemblance a conduit Whistler à prendre sur ce sujet, du moins pour la tête, une manière de peindre qui ne lui est pas habituelle, et qui rappelle incontestablement la manière forte-