LE PARAVENT DORÉ, &« CAPRICE EN POURPRE ET’ OR
(App. à M. Charles L. Freer.)
ment colorée de Rossetti. Qu’y a-t-il d'ailleurs de surprenant à celte parenté tout accidentelle, si l’on songe quels étaient les liens d’amitié qui unissaient Whistler à Rossetti? Il est plus d’une fois question du maître anglais dans ses lettres à Fantin. Whistler rêve d'unir ses deux amis par la même amitié qu’il professe pour l’un et pour l’autre, et il demande à Fantin de réserver à Rosselti dans son Hommage à Delacroix une place qu’au dernier moment Rossetti eut le regret de ne pas occuper, ne pouvant s’absenter pour venir poser. Les mêmes lettres à Fantin nous révèlent exactement l'état d’esprit dans lequei Whistler exécuta ces peintures et les satisfactions
qu’elles lui causèrent. En janvier 1864, il nous renseigne sur sa première chinoiserie : « J’ai un tableau pour l’Académie, ici. Je t’en enverrai une esquisse prochainement. C’est rempli de superbes porcelaines tirées de ma collection, et, comme arrangement et couleur, c’est bien. Cela représente une marchande de porcelaines, une Chinoise, en train de peindre un pot. » Et il ajoute mélancoliquement : « Mais c’est difficile et je gratte tant. Il y a des fois où Je crois avoir appris des choses et puis je suis fort découragé. »
Il y revient une autre fois, vers juillet : « J'ai revu ma Chinoise à l'Académie. Je sais que tu aimeras bien cela. » Et c’est à la suite du succès qu’il paraît recueillir que, avec l'intention de poursuivre dans cette voie, il recommande à Fantin de lui faire mettre tous les costumes de côté, au magasin de la « Porte chinoise ».
En 1865, il entretient son ami de la Princesse du pays de la porcelaine : « La Japonaise me prend du matin jusqu’au soir. Elle a été mise de côté jusqu'à présent à cause de la maladie du modèle. Ca va être bien, je crois. » C’est alors qu’il demande à Fantin de poser dans le Toast avec la fameuse robe chinoise : « Pense à la robe, recommande-t-il, superbe à faire et, conclut-il, donne-lamoi. »
La même année, en février ou commencement de mars, il signale qu’il a « fait encore un petit tableau japonais qui est ravissant ». Ce doit être assurément le Paravent doré, daté de 1864.
Jusqu'en 1867, alors que son idéal paraît cependant bien modifié,
ou du moins que sa pensée semble évoluer dans une direction plus grave, après des récriminations mélancoliques contre son passé et ses anciennes habitudes de vision, nous le trouvons encore préoccupé de reprendre un de ces petits sujets de chinoiserie ou de japonaiserie, le Balcon, dans des proportions inaccoutumées. « Je vais le faire grand, presque comme nature, écrit-il à Fantin, pour le Salon. Dis-moi ce que tu en penses pour composition, lignes, etc. La couleur en est très éclatante. » Et il envoie en même temps un croquis de la composition qu'il « s'occupe à arranger » pour l’instant : «le Pont, une composition très importante comme résultat », qui doit être, assurément, quelque sujet anglo-chinois ou plutôt gréco-japonais, tels que certaines de ces « schemes » de la‘collection de M. Freer, dans l’un desquels j'avais cru le reconnaître. Cette scène devait comprendre plusieurs personnages, car, ajoute-t-il, « Je passe la journée avec des modèles à dessiner ».
Il ne semble pas que ces projets aient reçu une suite. Le sage
Whistler pinx.