‹ Gazette des beaux-artsChapitre 5 sur 37 · XXXIII — 3° PÉRIODE · texte numérisé non relu

XXXIII — 3° PÉRIODE

premiers rangs de la gravure originale moderne et qui gravait, en cette même année 1859, par manière de délassement, sa première eau-forte, à l'imitation de celles de son jeune beau-frère. Whistler regarda les bords de la Tamise comme Méryon avait regardé les bords de la Seine entre les hautes constructions du vieux Paris, comme Bracquemond l'avait suivie dans ses méandres à travers la banlieue du sud-ouest, et avec cet œil curieux, intelligent, perspicace, qui percevait immédiatement le pittoresque de toute chose. Il nota l’enchevêtrement des mâts, des vergues et des agrès, les échafaudages des ponts en construction, les usines avec leurs hautes cheminées, les quais avec leurs dépôts, leurs chalands arrimés, leurs grues et leurs monte-charges, et l'animation grouillante des matelots, des débardeurs, des calfats et des charpentiers, comme Méryon avait fixé la Pompe Notre-Dame, la Morgue, la Petite Pompe, le Pont-au-Change ou le Pont-Neuf, les bains froids Chevrier et la Samarilaine. Il n’y apporta pas cette beauté mâle et puissante, cette simplicité grandiose et imposante qui caractérisent le maitre français, mais une délicatesse rare d’observation, une verve fine et nerveuse, une compréhension subtile et tout à fait inconnue de la poésie de ces paysages de travail sous des ciels moroses et bas.

Le succès de ces représentations originales, des deux côtés de la Manche, ne pouvait que le tenter de reporter dans la peinture les mêmes effets. Il n’y manqua point. De là ce beau tableau de la Démolition des échafaudages du pont de Westminster (à M. Pope, de Farmington), très nouveau encore dans ce genre où se distingueront ceux de ses camarades réalistes qui fonderont plus tard l’impressionnisme, et toutes ses Tamise comme il les appelle, qu’il reprendra, avec les nouveaux aspects qui s’offraient à sa vision modifiée, à toutes les époques de sa vie. Car, à Londres, il ne quitta jamais les bords du grand fleuve laborieux, et c’est là qu'il est

venu mourir, LÉONCE BÉNÉDITE

(La suite prochainement.)

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