XXXIII. — 3° PÉRIODE
Dans les incessants déplacements qui coupent l’existence de Whistler entre les années 1859 et 1863, se marquent quelques sé- Jours intéressants pour son œuvre; ce sont ceux qu’il fit sur les côtes de France, au bord de la mer. Il travailla en Bretagne, dans Les Pyrénées et en Normandie. C’est là le point de départ de ces marines dans lesquelles il s’est créé une originalité si singulière. En 1861, il est en Bretagne ; il y avait déjà voyagé : c’est là qu’il avait gravé la célèbre pointe-sèche de La Forge de Perros-Guirrec. La Bretagne et les Pyrénées avaient été découvertes, depuis 1848, par le premier groupe des petits réalistes qui précédèrent le mouvement de luttes et de combats auquel se rattache encore Bonvin et parmi lesquels il faut compter les frères Leleux, Jeanron, Hédouin, Haffner et encore Gustave Colin, que Whistler rencontre à Fontarabie. C’étaient des pays qui convenaient admirablement à ceux qui cherchaient le pittoresque exclusivement dans la réalité.
De ce voyage en Bretagne, nous avons une toile connue, précieuse même, car elle porte sa date, chose infiniment rare dans l’œuvre de Whistler. C'est la toile des Cdtes de Bretagne, qu’on à pu voir à l'Exposition de la Société internationale de Londres (n° 11 du catalogue). De son séjour dans les Pyrénées, nous avons la Vague bleue, exposée en ce moment à Paris comme elle l’a été il y a deux mois, à Londres, où elle était indiquée comme ayant été peinte en 1865 ou 1866, près de Courbet, à Trouville, assertion inexacte, puisque ce tableau, qui a figuré dans la fameuse exposition de 1892, galeries Goupil, sous le titre « symphonique » Bleu et argent, porte, à la suite de l’ancien titre, l'indication de lieu : Biarritz. Elle est, d’ailleurs, datée de 1862. Nous ne pouvons reconnaître avec cerlitude quelles sont Les peintures qui auraient été exécutées sous l’action directe du voisinage de Courbet, dans ces deux étés où il se rencontra avec le maître réaliste sur la côte normande. On sait que c'est aussi pour ce dernier la date à laquelle il inaugura la série de ses magnifiques études de mer. Il faut compter assurément la toile qui est intitulée : Bleu et argent; Trouville, — puisque le titre seul est un aveu — et de même La Mer (n°* 60 et 61 de la présente exposition) toutes deux si françaises d'aspect par leur facture en pâte très fine, grasse et émaillée, leur limpidité atmosphérique, la légèreté des gris, des blancs et des bleus, et jusqu’à la coupe de la toile. Mais les deux peintures antérieures et encore cette superbe Tamise gelée, qui rappelle dans son exécution large et vigoureuse les premiers tableaux de Claude Monet, suffisent à nous montrer à
quel point Whistler est alors sous l'influence de Courbet, comme l’étaient, à l'exception toujours de Fantin, resté plus réfractaire, ses autres camarades Bracquemond, Legros ou Tissot. Le tableau des Côtes de Bretagne a de la sécheresse et même de la minceur dans l'exécution des roches; la Vague bleue, par contre, a vraiment grande allure par le mouvement de la lame et l'intensité des tons. Mais dans l’un et l’autre cadre, c’est absolument la vision habituelle de Courbet, c’est la même façon de considérer le spectacle, de mettre entoile, c’est la même palette et la même matière colorée. Comment