CADEAUX
FINIS, la poche de chocolats et le sac de marrons glacés, finie aussi, la gerbe d'oeillets toute nue ou enveloppée de papier de soie, c'est-à-dire abandonnés, comme étrennes démodées, à la bourgeoisie bourgeoisante, aux gens de peu, au Marais, à la province (Pouah !).
— Hé quoi, cher, vous alliez entrer dans cette confiserie, d'ailleurs excellente et de bonne renommée, commander vos cadeaux de nouvel an?... De grâce, n'en faites rien! Je ne pourrais plus rester de vos amis. Les hommes chic n'achètent plus, à la fin de l'année, les bonbons pour les bonbons, ni les fleurs pour les fleurs : c'est à la portée de tout le monde. Ils vont dans des magasins d'art moderne, se donner la peine de dénicher entre cent (on ne se fournit pas à la grosse, que diantre !) des bagatelles originales, des bibelots d'un tour un peu neuf, et s'ils tiennent absolument aux pralines, ils les offrent, du moins, dans une boîte coloriée avec esprit, ou s'ils font à une poignée de Maréchal Niet l'honneur de les choisir, il les enverront en tout cas à la dame de leur pensée dans quelque vase élégant, recouvert luimême d'un semis éclatant de roses peintes... J'ai dit.
Les boîtes peintes, les verreries peintes, les poteries peintes... Voilà, en effet, les troupes fraîches qui, en 1914, dans le drame annuel des étrennes, ont vaincu la vieille livre de chocolats, comestibles, il est vrai, mais non pas coloriés ! Aimez-vous la peinture? On en a mis partout; et qui s'en plaint? Une simple boîte ronde à tulipes écarlates sur fond blanc rayé de vert...
comme vous avez envie de fourrer des choses dedans ! Un vu'
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pot de fleurs en grès, qui, à cause de son excessive rusticité, n'avait pas accès au salon, comme il brille, maintenant, sur la table de Madame, fier de sa robe à jjalmes et à fleurettes ! Quant à ce gros flambeau, sur son pied de bois bleu et noir, il va éclairer, j'en suis sûr, quelque coin de féerie : on le portera très haut devant le prince Charmant. Et les « merveillettes roses », à la Ronsard, qui courent sur les flancs de cette jardinière suspendue, voisinent harmonieusement avec les plantes qui en retombent. Ah! seulement, il faut de la naïveté dans le coloris, quelque chose de juvénile et qui sente les parterres ! De tels «décors» réclament de l'ingénuité champêtre : on dirait que Rosette a préparé ces cadeaux pour Perdican... qui en comblera Camille.
Un, surtout (surtout est adverbe, ici) : toute une cueillette de ronds de serviette en étoffe, ayant la forme d'une rose avec ses tiges, ses boutons et ses feuilles. Je les ai vus chez un « faiseur en renom » : j'ai failli les respirer. Ces exquises frivolités, malgré leur modeste valeur, sont agréées avec joie par les belles madames où l'on dîne, et qui font plaisir à leur tour en les offrant à leurs invités. Chacun garde son rond. C'est charmant. On peut se croire de la maison... et l'on a l'illusion d'emporter l'argenterie.
Je n'en ai pas fini avec le chapitre des fleurs imitées et, comme je ne doute point que vous n'ayez des amies intimes, sachez, Monsieur, que vous pouvez faire présent d'une douzaine de mouchoirs de batiste, tout mignons, où un enfant a peint, de vives couleurs, une rose entr'ouverte. Il est agréable de se moucher dans les plis d'une souple aquarelle et d'une rose sans épines.
En dépit de cette abondance de petites choses charmantes, seriez-vous encore en peine de choisir? Eh bien, voici des sachets parfumés, des cristaux de Venise — buées de !a lagune montées
sur tige — des boîtes à pommade en verre nacarat qui semblent des soleils couchants en miniature et, en verre aussi, de fins petits chevaux, hauts comme la main, soufflés par quelque prestigieux animalier de l'école muranienne ; je dirais volontiers que ces bais minuscules, piaffant
comme les pur sang de Constantin Ghuys, forment d'exquis brinborions d'étagère. Mais il n'y a plus d'étagères.
Et, sans doute, je le reconnais, de tels objets, couvertures de livres, plateaux historiés, boîtes et verres, sont des objets bien menus, pour maîtresses de maison dont les menus sont brefs. Mais les magasins de bon ton, celui de Martine, surtout, foisonnent en étrennes plus « sérieuses»: coupes d'albâtre, pergolas de table, vases opulents qui servent à la fois, avec leurs branchages d'or, de lampes électriques et de brûle-parfums, jattes à fruits en terre émaillée, flanquées comme un donjon de trois porte-bouquets en poivrière, pots énormes, à trois bulbes, qui reposent sur des socles en mosaïque
et d'où s'échappent de hauts branchages noirs... Et il y a aussi, au pied de fières jardinières en fer forgé, des coussins somptueux, tissus de tout l'or et de tout l'argent des contes arabes, et que nos dandys, friands de turqueries comme ceux d'autrefois, feront porter chez leurs belles par de petits nègres tout empanachés.
Et ils souriront, le jour de l'an, s'ils croisent sur leur chemin M. Birotteau et sa dame, rouges et essoufflés, serrant sous leurs bras en anses leurs ridicules cornets de marrons glacés.
Carlos Fischer.
PI. 11. — Costume tailleur de fantaisie. La jupe très f ornée est en taffetas et le boléro en drap d'or.
PI. 12. — Manteau du soir en Velours bordé de fourrure. Robe du soir en mousseline de soie brodée de diamants, terminée, en bas, par des effilés de diamants et agrémentée d'une tunique courte en mousseline de soie sur fond de crêpe de Chine blane.
PI. i3. — Cette robe de promenade n'est autre qu'un amusant pastiche du portrait du général Caron d'Hévil/y, par Louis Gaujfier, qui figura à l'Exposition des élèves de DaVid. tomme dans les costumes des cavaliers de l'Empire, la jupe et le dolman sont garnis de fourrure, de soulaches et de brandebourgs.
PI. 14. — Costume tailleur de "Worlb en Velours marron, doublé de crêpe de Chine brique et garni de renard de Virginie.
PI. 1 5. — Celle robe du soir de Cbéruit se compose d'une tunique en charmeuse recouverte de dentelle, et d'une jupe en Velours. Le manteau lamé or est garni d'une élole en zibeline.
PI. 16. — Voici une robe de dîner de Doucet Elle est composée d'un fourreau de satin noir et d'une double fupe de gaze. Le corsage est un châle de filet noir brodé de roses et de feuillage d'argent.
PI. 17. — Celle robe d'après-midi de Deeuillel est en serge bleu marine, aVec une tunique plissée, Le petit gilet est en satin blanc et la ceinture en pékiné écossais.
PI. 18. — Manteau du soir de Paquin en Velours noir et Velours rose, garni de dentelle d'argent et bordé de renard gris aux manches et au bas de la jupe.
PI. 19. — Manteau du soir de Paul Poire t en Velours rouge et en hermine.
PI. 20. — Robe de Redfern pour danser le tango. C'est une gaine de perlé or et rouge serrée par une longue écharpe en Velours amaranlbe qui Vient se nouer, en bas, par derrière. Le corsage est en tulle.
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Imp. G. Kadar. Lucien Yogel, Directeur-Gérant.