‹ Gazette du bon ton (volume 3)Chapitre 18 sur 43 · M 'M-M-M-M-WM · texte numérisé non relu

M 'M-M-M-M-WM

A danse est un sport, le seul qui convienne aux dames — avec un autre que tout le monde sait — et combien supérieur à celui-ci! Le fox-trot est vainqueur de l'amour. Mieux que l'amant aux insistances révélatrices d'un grossier matérialisme, le danseur berce le rêve, contribue à la réalisation d'un état physique délicieux, dont les circonstances et le lieu lui interdisent de profiter, comme ailleurs en ces rez-de-chaussée de garçons où il détourne à son profit d'égoïste masculin un fleuve voluptueux, de cinq à sept coulant amoureusement, du cerveau par le sang, au corps caressé des danseuses.

Mais la danse doit être surtout un exercice de beauté. Qu'on veuille bien ne trouver ici, dans ces conditions, nulle critique ; mais quelques préceptes d'ordre général inspirés par l'intérêt supérieur de la danse — le plus grand privilège de l'homme, après le suffrage universel.

Ne pas entourer, Madame, en dansant, de votre bras gauche, quelque agrément que vous pensiez avec raison que ce doux contact lui procure, le cou de votre cavalier. La main arrêtée au milieu du col, le petit doigt sur la couture du smoking, comme on nous disait au régiment pour la couture du pantalon dans la position du garde à vous.

As

La main droite du cavalier?... Placée à la ceinture de sa danseuse. Ne pas envelopper du bras déployé, comme d'une ceinture de force de lutteur, une taille frêle numérotée 40 de mannequin. Votre main, donc, arrêtée juste au

milieu d'un dos charmant, en deçà plutôt qu'au delà, et venant s'appuyer sur le côté du torse, où les doigts sentent, entre les côtes et le tulle, le jeu mouvant d'un corps plein de jeunesse.

Et les jambes et les pieds... Ah, ceux-là! On doit se persuader premièrement que la danse ne consiste pas dans le soin d'empêcher de danser son partenaire. Nulle utilité

apparente et nulle réelle nécessité à ces emmêlements l'un dans l'autre, comme

sous la table pendant le dîner, où cela ne présente pas le même inconvénient. Laissez réciproquement à vos membres, comme aux petites nationalités, le droit de disposer

d'eux-mêmes. Et évitez le corps à corps, qui n'est pas de la chorégraphie.

La tête droite toujours, et le plus possible de face ; proscrivez ce décentrage systématique de certains qui, éten-

dant les bras en croix, mettent leur menton à la hauteur de la saignée du bras de leur danseuse et réciproquement, pour danser, disent-ils, avec plus de commodité.

Qu'ils jouent au bridge, ceux-là. Justement que

c'est le diable, en ce moment, de trouver un quatrième.

Conseils généraux, pour conclure, et qui n'auront pas

été en vain s'ils amènent un seul pécheur à renoncer à

certaines pratiques entachées de vulgarité. Qu'est-ce, par exemple, que ces prouesses acrobatiques plus à leur place sur un plateau de music-hall que dans la bonne compagnie, et qui consistent à projeter en l'air, de temps à autre, comme un gracieux volant, sa légère compagne, quitte à la rattraper adroitement sans la laisser tomber au moment où son propre poids la fait redescendre à terre ?

Le bon goût, révolté, se voile la face; et l'amour, remontant d'un coup d'aile, s'enfuit loin de ces spectacles.

Il est permis de faire le jazz dans le fox- trot. Défense absolue, par contre, de faire le chimtni : tremblotement trop significatif, yeux chavirés et bouche crispée. Les habitués des bas-fonds de San-Francisco aiment à faire ce chlmmi dans leur fox- trot. Mais cela n'est peut-être pas une recommandation suffisante.

Nul inconvénient, enfin, à danser des one-step très fougueux — oui; endiablés — oui; longs glissements sur le plancher et rapides sauts en largeur rapprochant vivement les deux pieds l'un contre l'autre. Pas laid véritablement, admis enfin, autorisé du moins pour l'instant. Profitez -en avant que cela ne soit condamné.

Le Danseur inconnu.

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