AU CIRQUE
CETTE dame était étrangement vêtue d oripeaux dont les couleurs et la matière taisaient songer aux fleurs, aux nuages, aux rayons. Lorsque son regard se posait sur vous, 1 on éprouvait une exquise impression d allégresse et de bien-être. Ce regard était à la lois extrêmement bon et extrêmement mystérieux.
Autour d elle, lorsqu elle avançait, des parfums et des mélodies semblaient
danser : des danses très comparables à celles qu exécutent, au-dessus des
prairies, ce* poussières d insectes qu une heure anéantit. Nous lui demandâmes
son nom. Elle nous répondit : — Je me nomme
la Fantaisie, et je vais au Cirque jMédrano. Veux-tu
me suivre
» .Nous la suivîmes, et, grâce à elle, nous trouvâmes place dans 1 arène comme. J/a gracieuse et cJaère déesse poursuivit :
■ — J e ne crois pas qu il existe, à Jraris, un endroit où mon pouvoir soit aussi bien
servi et honoré. Je me suis rendue dans des "dancing", dans des exposition,, dans des théâtres; j'y reconnaissais passagèrement mon âme; mais perdue dam quelles sottises, laideurs, prétentions! Ici, dans la simplicité et Harmonie, sans fastes gauches, sans écrasantes richesses, je suis vivante, et je règne. Je n'ai pas besoin,^ pour triompher, de ces costumes nègres et de ces danses chiliennes dont ils m'accablent. Je deviens triste et maussade quand je suis trop parée, quand je suis trop ambitieuse. Mes meilleurs prestiges sont naturels et innocents. Ici, je me reconnais ; je trouve le souvenir de mon berceau, de ma naissance. Ici, depuis l'âge oà je courais sur les pierres neuves d'un théâtre grec, depuis l'âge où, sous un lampion accroché dans un oranger, je tournais en rond autour de Pantalon et de Polichinelle, je n'ai pas beaucoup changé. Et j'aime ce public populaire, judicieux, innombrable, pressé autour de moi, sur ces gradins, comme sont pressés, autour de son cœur d'étamines, les mille pétales de la « rose commune ». « Regarde cette jeune personne qui saute si facilement et si élégamment sur ce vaste cheval. Elle n'est pas très belle ; elle est râblée et courte; et il faut y mettre au sien pour trouver, dans sa voix rauque, l'écho du roucoulement des tourterelles. Cependant son adresse et sa vivacité te charment. Tu aimes la voir bondir, descendre, remonter, et, dans sa rote aux couleurs pétillantes, tourner comme une roue de pierreries, voltiger comme un oiseau fabuleux.
ce Ne crois pas que j'aime que l'on rn'lionore dans l'improvisation, la facilité
et l'abandon. Comme les autres déesses, je suis muse, et je demeure insensible
si 1 on m ollre des travaux imparfaits, des nommages sabotés.
Je veux l'adresse et la précision, le choix et le goût. Ce qui
meplait, c est une difficulté
longuement combattue,
enhn vaincue, et présentée
ensuite sous les masques
courtois et charmants du
plaisir et du caprice.
J ai connu autrefois, dans
les cirques, des équilibrâtes et des athlètes
qui accomplissaient leurs
tours comme des pénitences, sinistrement, pauvrement, sans jamais déguiser 1 eliort ni ie danger. Ils me taisaient pitié ; ils me faisaient peur , et je les méprisais.
et Je leur prélère, de tout mon cœur léger et malicieux, les Chinois que voici. Ils ont des robes qui ressemblent aux bassins bleus où la lune dévoile, au cœur des nuits d été, les jeux des grosses carpes autour des nénuphars épanouis. Lies couteaux et les banderolles, les flammes et les porcelaines deviennent, au bout de leurs doigts ingénieux, plus vivants que le merle et 1 alouette, ou que 1 oiseau semble-Heur, que le héros des contes poursuit dans la lorêt enchantée.
ce fctt voici ce héros lui-même, que JXacine nommait JHLippolyte et Wagner «jieglried. JDans son maillot blanc il ressemble au marbre ; et, sur tout autre comédien, il a la supériorité du silence. .Dans les nappes violentes des globes électriques, il lait jouer des muscles parlaits, et tu songes alors aces ligures immortelles que les peintres et les sculpteurs imposaient aux nobles architectures, à 1 âge où la beauté, comme une parente ou une amie, vivait avec les humains.
«Je suis bien contente lorsque 1 élégance n est pas la mode d un jour, mais 1 épanchement poétique de 1 harmonie, de 1 adresse. Paraître naturel et gracieux dans une situation anormale, comme le paraissent cette danseuse de corde, cet acrobate, ce jongleur, ne crois-tu pas que c est la suprême politesse esthétique i J-/orsque JXonsard réussit un sonnet, ou Chopin un nocturne, ou JVLalibran une roulade, crois-tu qu ils ne sont pas, dans leur domaine, les émules de nos humbles et modestes artistes j Comme je serais malheureuse, si j avais toujours au-dessus de ma tête les prodigieux titans du plalond de
la oixfane ! il laut que 1 on me permette de leur prélérer, parlois, un instant, 1 heureux linéament d une petite arabesque, ou cette svelte lusée qui ne vit qu une seconde, mais qui réjouit parfaitement mes yeux.
Ce Cependant apparaissent les clo-wns. Il
convient de se taire pour aavourer leurs satislaisantes sottises. Regarde-les, rusés et cursils, ayant 1 air de se moquer d euxmêmes, et7 peut-être, se moquant de toi. Je ne te présente pas les Xratellini. Paul apporte avec lui la joie et la malice; son visage est le visage de Ocapin et de JVLercutio ; et les paillettes, la soie dont il est vêtu lont de lui le prince des papillons. 11 semble s amuser autant que toi qui 1 écoutes, et qui a repris ton âme d entant.
£ rançois possède le calme et 1 ahurissement de la véritable sagesse : la sagesse sociale du notaire et du ministre ; et cette sagesse lui attire souvent de douloureux ennuis. Albert, comme un bon diable sans cervelle, surgit du chaos de la folie.
« M.ais tandis qu ils se battent en se poursuivant, tandis qu'ils offensent et bernent jM. Prudhomme (qui s appelle, ici, JM.. Laonel), regarde et écoute le public rire et s agiter. Certains soirs, je suis ici pour le public ; c est lui qui devient le personnage principal de ce cirque. Lia manifestation de ses impressions est aussi souveraine et irrésistible qu une force de la nature. Imagine un peu la gigantesque main de la brute mystérieuse qu Homère, dans YOdyàéée, appelle Polyphème ; et, au creux de cette main qui n est plus agitée et contractée par le travail et par la lorce, mais qui est reposée, détendue, heureuse, représente-toi le petit Ulysse, avec son esprit de finesse, et son agilité, et ses lemtes... Lu devines où je veux en venir. JM.ais je ne poursuivrai pas cette image, parce que je vois apparaître la hlle d Icare, laquelle, par cette corde lisse, va atteindre les cintres, et, de là, suspendue par les dents, se laissera tomber dans le vide avec la grâce audacieuse des anges et des fées. Jean-Louis VAUDOYER.
T E moins qu'on puisse dire sur le chapitre de la lingerie, c'est qu'on en porte si peu aujourd'hui que cela ne vaut pas la peine d'en parler. On ne peut, sans impropriété intolérable, continuer de donner le nom de Linge à des petits bouts de tissu nécessaires seulement par l'idée qu'on s'en fait — et qui sont, d'ailleurs, non en toile, comme tout véritable linge, mais en mousseline, en crêpe georgette, en tulle, en dentelle, à ce qu'on m'a dit. On m'a dit aussi que les dames ne metj£Ëk tent pas de linge (Ce terme ne va pas. Il
-^r^lS faudrait trouver un néologisme) ne mettent
pas de linge pour aller danser. Ha, que ne suis-je danseur! Elles ne seraient vêtues, des pieds à la tête, ce qui est peu de chose par le temps qui court, que de leur robe et s'apporteraient ainsi, danseuses intégrales, dans les bras de leurs cavaliers. C'est absolument naturel et fort compréhensible ; et l'on sait qu'il faut n'être pas gêné dans ses vêtements pour bien danser.
Maintenant, si leur linge (oh I ce mot...) si leur linge est si court quand d'aventure elles en ont, ce n'est pas leur faute mais la faute des robes qui se portent décolletées de ^ partout cette saison et voilà tout. Les moralistes ne savent pas, bien sûr, pour ronchonner comme ils font, toutes ces
excellentes raisons qui me semblent, à moi, si claires depuis qu'on me les a dites. Comme quoi il n'est rien tel que de parler pour s'entendre. Tout paraît simple, lumineux quand une fois on vous l'a bien expliqué.
Il n'en reste pas moins que ces mœurs nouvelles, si agréables pour les jeunes, affligent les gens d'un autre âge, qui voient là, bien à tort, les signes évidents de la fin du monde. Une jeune personne du meilleur ton était fiancée. Elle épousait un garçon respectueux et soumis qui avait la mère la meilleure de la terre.
Celle-ci trouvait la jeune fille charmante, charmante, habillée seulement un peu court, mais cela devait s'arranger avec le mariage... O naïveté ! O candeur ! La bonne dame, qui avait sur les trousseaux de mariée des idées d'avant le déluge, emmena la fiancée dans un magasin
de l'autre siècle où l'on déplia devant elle des pièces de toile à n'en pas
voir la fin.
— Vous m'en mettrez, dit la jeune fille, de quoi faire deux douzaines
de torchons de cuisine.
Elle ne soupçonnait pas qu'on en pût faire un autre usage...
Marcel ASTRUC.
m£7nmm
J VENTAILS
et BRACELETS
ARURE de la nonchalante main — avec les bagues, mais celles-ci feront l'objet d'une autre étude — attributs inventés par la grâce pour compléter, illustrer les gestes de la femme — c'est à ce titre qu'éventails et bracelets sont réunis, ici, sous le même dévotieux chapitre.
Les bracelets : ornement du bras, du poignet, voire de la cheville, brillante parure de la nudité... Il les faut nombreux. Ils doivent être de platine, ornés de brillants; en ivoire, bras pivotants en onyx terminés par des boules chinoises en corail rose — pour le poignet. Au bras, des bracelets en émail et diamants — souples — s'attachant par un pompon et une boutonnière. Pour la cheville, à l'occasion, de
Bracelelt) de Cartier. Bracetel-
derpent, de Bculard,
chez Lînzeler
simples gourmettes d'or, ou un tour de petits brillants — souples, bien entendu, mais assez ajustés, non trop larges et flottant le long de la jambe.
Ceux-ci pour les modernes.
Pour les anciens, d'étonnants bracelets indo -persans du XVIIe siècle, d'un travail exquis : anneaux en émail et diamants terminés aux deux extrémités par des têtes de dragons,
ou d'éléphants entrelaçant leurs trompes ; de gros anneaux thibétains en perles de corail agglomérées; des bracelets extrême-orientaux doublés d'écaillé et décorés de pierres de couleur.
Et les éventails : grands et petits; en plumes,
en soie et brodés; classiques, baroques; anciens,
modernes, tels ceux que M. Jean -Philippe
^Vorth fit peindre par d'excellents artistes,
délicieuse suite d'aquarelles et véritable galerie de tableaux, si l'on peut dire, portative. L'éventail, un temps délaissé, revient; il est revenu. Petits, ellej les emporteront en dansant. Volumineux en plumes, verts, bleus, rouges, éclatants : ma foi, vive la plume d'autruche et gloire à Mlle Mistinguett ! ElUd les laisseront, pour partir sur la musique, abandonnés sur les tables et les sièges, vives taches de couleur dans le décor.
Ci-dessous, enfin, un éventail de plumes ingénieusement monté sur un miroir. Invention parfaitement applicable. Pourquoi pas?