JE DIS LA
VÉRÏTÊ
désirs, mais l'intention est louable et ne peut que flatter ceux qui les contemplent. Ils auraient tort, ceux-là, de dénigrer le maquillage.
Adroitement employé, il rectifie le visage, diminue la joue, agrandit l'œil, fait briller la dent blanche sur la lèvre rouge. Il rend plus jolie la jolie, charmante la médiocre, et grâce à lui la laide transforme sa disgrâce en originalité, piquant, ou drôlerie. Un visage irrégulier artistiquement arrangé acquiert très souvent un style, un cachet plus attrayant que la simple beauté. Le maquillage est un art car il consiste non seulement à colorer ou aviver le teint ou les traits, mais surtout à les accentuer dans le caractère où ils ont été créés. Il est aussi une science. Ce qui embellit l'une, enlaidit l'autre.
Certains rouges qui donnent à la joue mate des brunes l'aspect du brugnon en fleur, noircissent la peau bleutée des blondes ; une prunelle très claire prend facilement une expression féroce quand elle est encadrée de kohl ; et si l'œil est agrandi par l'estompe ou le crayon brun, un trait noir trop appuyé le
rapetisse et lui donne un regard vulgaire.
Comme toutes choses de ce monde le maquillage a une mode .
Il y a quelques années, s'enduire la figure de crème semblait indispensable : on était pâle comme un clair de lune. Les fortes créatures d'autrefois prenaient toutes un aspect anémique et mourant, celles d'aujourd'hui, si minces, si frêles, sont actives, robustes, ne veulent être ni souffrantes, ni malades, aussi ne le sont-elles jamais.
Ce souci de paraître fortes, ce désir de vouêtre belles ennoblit le maquillage. Le geste de la femme [se farde ne fait plus aujourd'hui sourire personne. Sans ^ut-être se l'expliquer, on a compris que non seulement il n est pas puéril mais que, bien au contraire, il a la force d'un symbole.
Sylviac.
salxedo