‹ Gazette du bon ton (volume 3)Chapitre 30 sur 43 · ROBES DE L'ÉTÉ · texte numérisé non relu

ROBES DE L'ÉTÉ

TÉTAIS ; venu m'asseoir aux pieds^de cette statue d'Athéné que nous avions naguère élue pour confidente de notre roman minuscule. Les jardins étaient pleins de cris et de sourires.

Les balles perdues des tennis sifflaient débonnairement autour de moi. JMes rêvasseries, tournant sans trêve sur elles-mêmes, en étaient à ce point où la souffrance ressassée glisse à la stupeur et devient son propre anestbésiant. Tout à coup, à travers la fumée de ma treizième cigarette, voici que je vous aperçus, ô mon amie. Vous étiez nue. Je vous félicitai d'avoir préféré cet appareil estival au manteau de drap noir que vous portiez lors

de notre dernière entrevue : car j'ai toujours pensé que ce vêtement pessimiste n'avait pas été sans quelque influence sur l'étrange détermination qui engagea si précocement notre jeune amour dans la voie des adieux. JMais je songeai bientôt que les dix doigts dont votre pudeur frileuse cherchait à garantir vos épaules et vos cuisses,

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ne les protégeaient guère contre lesJJ traîtrises de] la saison. Et tendrement je vous enveloppai de toutes les robes que peut tisser l'imagination d'un poète familier des grands magasins. Tour à tour, je fis appel à toutes ces toilettes d'un été que notre ardente sagesse résolut de s'interdire, parce qu'il eût été trop beau, et parce que des cœurs comme il faut ne

manquent pas de décliner le bonheur, quand le hasard commet l'étourderie de le laisser à leur portée.

Vous fûtes ainsi, selon ma fantaisie, la jeune fille acidulée qui prend des poses devant la mer ; puis la bergère chimérique dont les moutons sont des nuages; puis la nageuse aux muscles d'or, dont la peau passée au brou de noix défie les coups de

soleil. Jamais jusqu'alors, mon amie, je n'avais éprouvé à quel point vous êtes un produit de la chaleur. Il avait fallu des siècles de lumière et de Méditerranée pour que le gâteau de votre corps fût ainsi pétri, doré, — et me passât devant le nez. Nous parcourûmes ensemble des paradis que mon lyrisme inventait avec la rapidité d'un film. Dans les campagnes, les vergers arrondis,

jaune crème et vert pistache, fondaient sous nos regards comme des glaces mi-partie. Nous errâmes de parc en parc et de plage en plage. Deauville et ses tangos... Monte-Carlo, — mais nous n'y jouâmes point — ... Biarritz... Puis nous franchîmes la frontière et vous visitâtes avec moi les innombrables châteaux que je possède sur le territoire espagnol, dans la province de Léon. De grands paons bleus, sur les terrasses, y répètent ce prénom toute la journée. Ce sont des animaux extraordinaires : quand on leur marche sur la queue, il en sort un feu d'artifice. Vous souvient-il de ce voyage? Vous portiez alors, si je ne m'abuse, une robe de tulle illusion... On... va... fer... mer! psalmodia la voix maeterlinckienne d'un garde. J'étendis pour vous emmener la main vers votre main, mais, comment cela se fit-il, ô mon amie ? je ne rencontrai que l'orteil froid d'Athéné. Le jardin était vide. Les robes de l'été s'effaçaient entre les branches. M.a treizième cigarette s'éteignait...

Georges- Armand M.ASSON.

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Trois espèces de noblesse française sont représentées dans la Chambre : celle de la monarchie qui est ancienne ; celle de l'Empire qui garde les reflets de la gloire ; celle de la génération spontanée, qui montre une tumultueuse fantaisie. Par le nombre, la troisième catégorie l'emporte sur les deux autres réunies.

Le seul privilège que gardent les anciens nobles est de ne pas insister sur la race. Qui est plus démocrate que le marquis de Dion, Dion-Bouton pour ses ouvriers ? Il descend cependant des ducs de Brabant et sort de Jean de Dion, héros des croisades, qui finit gouverneur de Cambrai. Son aïeul fut le chevalier de Dion qui reçut de Louis XV le titre de baron, par lettre du 3 février 1761, tandis que Charles-Joseph obtenait l'érection en marquisat de la seigneurie de Malfrance, avec règlement d'armoiries qui rappellent l'écusson de Philippine de Wavre, fille de Jean, duc de Brabant : « d'argent a I! aigle éployée de àable becquée et membrée d'or, chargée en cœur c? un ecujjon de Brabant qui eét de dable au Lion d'or armé et lampaééé de gueuleé, bordé d'une engrelure d'or » .

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Tout cela, qui est vieux, reste net et légal, tandis que les plus modernes s'amusent à des fantaisies. M. Ginoux-Defermon fait penser à ces argenteries dont les commissaires-priseurs disent : « n'est pas en règle avec le contrôle! » Le comte et le baron Defermon étaient deux frères appartenant à la bourgeoisie de Chateaubriant, Joseph devint comte en mai 1808. Ses deux fils n'avaient pas d'enfants. Sa fille, Jeanne, épousa M. Ginoux, d'où César- Auguste Ginoux autorisé en i865 à recueillir le titre de comte. César, qui fut député, est mort célibataire en 1889. Ses frères ont demandé en vain, le 24 janvier 1892, à prolonger leur nom du « Defermon ». Ce refus n'empêche pas le comte Ginoux-Defermon de paraître existant avec ses armes, « d'hermine au sauvageon de sable à deux greffes, celle de dextre a feuilles et pommes d'or, celle de sénestre a feuilles et pommes d'argent; au franc-aïuzrtier des comtes-conseillers dEtat. »

Pour les Chappedelaine, qui ont un député, l'affaire est plus compliquée. Il y a deux familles du même nom. L'une est bonne, l'autre est médiocre. Les deux portent les mêmes armes : de sable à une épée d'argent, la pointe en bas, accompagnée de six fleurs de lys du même, rangées en bandes, trois en chef, et trois en pointe.

Les bons Chappedelaine appartiennent au Maine-et-Loire. Les autres

sont en Bretagne et bre 1668 à cent entrée par erreur 1774, Ie Parlement indulgent. Un Chap en épousant Mlle Pi sœur de l'auteur de Saint-Nicaise contre Avec ce titre, laine représente le

condamnés le 3 octolivres d'amende pour dans la noblesse. En de Bretagne fut plus pedelaine s'illustra cot de Limoëlan, l'attentat de la rue Bonaparte.

M . de Chappedepassé en bel air et

haute courtoisie. Ce passé ne donne plus de ducs au Palais-Bourbon. Ni Uzès, ni La Rochefoucauld, ni la Trémoïlle, ni Talleyrand, ni Luynes ; pas même un Noailles I Et ce n'est pas le suffrage universel qui rejette les ducs. Ce sont les ducs qui boudent, ou qui sont morts, simplement comme des preux, à la noble manière du jeune duc de Rohan-Chabot.

M. d'Audiffret-Pasquier remplace malles anciens : anobli du xix° siècle, il mêle la robe à la finance, le tout chargé d'une substitution légale de i863.

L'absence des ducs de la monarchie laisse la place de Jupiter dans l'Olympe du Parlement à un personnage d'Empire, à son Altesse (i853) le prince Murât, nouveau député du Lot. Ce haut seigneur descend de Pierre Murât et de Jeanne Loubière, paysans de la Bastide-Fortunière, qui demandèrent en 1787 la réforme militaire de leur fils, chasseur au régiment des Ardennes (Archives de H. Hérault 122 C. 744)- La faveur fut refusée et le soldat Murât devint maréchal de l'Empire (1804), grand amiral (i8o5), prince de la famille impériale (180 5), grand duc de Clèves et de Berg (1806), roi de Naples (1808). Il devint surtout le fortuné mari de Caroline Bonaparte.

Le député tout neuf a ainsi le sang de trois maréchaux : sa mère était une Ney, sa grand-mère une Berthier-Wagram. Mais Son Altesse porte à la Chambre d'autres alliances. Il est le parent de Guillaume II par

Marie -Antoinette le 4 février 1808 un branche aînée, de roi de Roumanie .

le député touche à chesse de Bavière, Du côté autrichien, pourvu de plus près :

a épousé en i885 le premier ministre de

Murât qui épousa Hohenzollern, de la celle qui a donné le Par les Wagram, Marie-Thérèse, dufemme du maréchal, l'élu du Lot est la sœur de son père comte Goluchowski, feu François-Joseph.

L'Autriche paraît encore avec M. Maurice de Rothschild, dont le titre viennois porte la date du 25 mars 1817. Mais le nouveau député a effacé cette marque par d'élégants services d'interprète aux armées alliées. Même, il a quitté la grotte d'Abraham pour celle de Lourdes, et il scandalise les revendeurs du temple en menant le bon combat sous les bannières azurées de la Vierge.

Pour sortir du grave et entrer dans la joie, il faudrait conter les efforts des fermes républicains qui désirent entrer dans la noblesse. Mais ils sont trop I Et mieux vaut finir par une curiosité héraldique, intéressant deux des généraux qui ont sauvé la France. Le général de Curières de Castelnau, gentilhomme du Rouergue et le général de Maud'hui, noble lorrain, ne sont ni parents ni alliés. Or, ces deux élus qu'unit la seule fraternité de la gloire ont la même pièce principale d'armes, le chien, symbole de défense fidèle. Les Curières de Castelnau portent d'azur à un lévrier d'argent colleté d'or. L'écu des Maud'hui est d'azur au chevron d'argent, en chef de deux étoiles d'or et en pointe d'un lévrier d'argent colleté d'or.

Simple coïncidence qui relie les étoiles aux étoiles I

Jean de BONNEFON.

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