‹ Gazette du bon ton (volume 3)Chapitre 36 sur 43 · PSYCHOLOGIE DE LA PARURE · texte numérisé non relu

PSYCHOLOGIE DE LA PARURE

ÉMY de Gourmont assure que l'âme et la chevelure sont toujours de la même couleur. On pourrait trouver entre le coeur d'une femme et la robe qu'elle choisit, une corrélation non moins vraisemblable. J'ai souvent rêvé de dresser la table de ces rapports psychovestimentaires, si j'ose ainsi parler. C'est un de ces chers projets dont tout 1 agrément est en ceci, qu'on ne les réalisera jamais. Il y aurait pourtant, sur ce thème de mathématique sentimentale, un bien aimable opuscule à écrire, qui pourrait être édité, sur papier de cuisinière, dans cette collection dont la Clé de<* Songed est le très docte

ornement : < Le Caractère dévoilé par § a /

la parure ».

Tout, dans l'art de la toilette, n'est qu'aveu et

qu'allusion. L'étoffe de la robe interprète la femme ; la parure est une confidence supplémentaire.

Ce n'est pas sans dessein que Simone a fait coudre au poignet de ses gants ce même effilé qui décore le satin de son chapeau.

Simone a ses raisons que notre raison ne connaît pas. Si nous ne comprenons pas toujours le bavardage des dentelles et les indiscrétions du taffetas, la faute en est à l'infirmité de notre entendement. Sherlock Holmes, ayant examiné le petit doigt d'une dactylo, déterminait sans hésiter, et la marque de sa machine et l'âge du marchand. Si nous apportions à ces investigations la sollicitude convenable, nous devrions, au seul aspect du gant que nous baisons, nous estimer renseignés sur le caractère de notre visiteuse, le grain de sa peau, le goût de sa bouche.

On a tort d'assigner à la mode les caractères du hasard. Dans l'art de la toilette, comme dans tous autres arts, si

le caprice apparaît souverain, c'est aux yeux de l'observateur superficiel. La mode et ses désirs sont réglés par la lune, me dites-vous? J'y donne les mains; mais pour être mal connus, croyez-vous que les dogmes de l'esthétique lunaire en soient moins inflexibles? Pythagore avait raison d'assurer qu'en toutes choses la nature est géomètre.

L'artiste se conforme sans faute à cette loi, et le tact du bon couturier n'y saurait

contrevenir. Si quelque Edgar Poë de la rue de la Paix entreprenait d'écrire la Genève d'un coutume, il ne manquerait pas de noter, à l'origine de sa création, un décret de ces mêmes volontés toutes puissantes qui président à la naissance des poèmes et des cristaux.

Les principes traditionnels de symétrie; d'équilibre et de répétition gouvernent, S dans le choix de leurs robes, les iris et les orchidées, qui se font habiller chez Redfern, ou les paons, ces merveilleux modèles de Poiret. Et il n'est pas jusqu'aux fleurs vulgaires et aux animaux plébéiens qui ne s'y soumettent attentivement. Un docte traité d'ornementation en donne

pour exemple « la répétition des gonangies dans le cladocarpe flexueux ». Loin de moi l'intention discourtoise de proposer pour modèle à des Parisiennes un fruit au nom si scolas tique. Tout de même, comme ce cladocarpe fournit à ma thèse un argument plaisant et flexueux...

jg V ^// I L, esprit et le cœur de

l'homme se réjouissent dans la répétition. Le regard voluptueux aime à voir se confirmer dans les cheveux ce que le poignet et la cheville prétendirent. Ainsi, dans un paysage bien ordonné, se disposent les « rappels » de couleurs; ainsi, dans une cathédrale de style pur, la rose de la façade prend soin de refleurir au transept.

Dans une toilette conçue par une imagination d'artiste, à la façon d'une sonate ou d'un poème, on retrouve le même balancement. La Valenciennes répète la Valenciennes, les broderies se font écho. D'obscures et troublantes « correspondances » s'établissent.

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Georges -Armand M AS SON.

DÉCOUVERTE DE L'ILE TORQUATE, DE SON INFLUENCE SUR LES TRADITIONS DU DAN DYSME DANS LES VIEUX PAYS.

X 'ÉPOQUE inquiétante, dont nous sommes les contemporains mélanco- J-f liques, en augmentant les salaires des plus sots, peut, à la rigueur, affiner l'esprit et les sens des plus subtils. La découverte de l'île Torquate par un capitaine de navire, bien servi par le hasard, apportera dans notre société des modifications dont il faut tenir compte dès aujourd'hui.

L'île Torquate, comme son nom l'indique, est semblable à un atoll dont la lagune interne aurait cette île pour noyau. Il fallut briser l'anneau de perles fines la protégeant contre l'indiscrétion des aventuriers barbares pour permettre à ceux-ci de pénétrer dans cette île prodigieuse où l'élégance est obligatoire, tout en restant laïque, jusqu'à l'âge de soixante-dix ans. La délicatesse naturelle aux habitants de cette île est telle qu'une jeune fille, appartenant à une classe modeste de la société, s'évanouit à la vue d'une photographie ex agricole efc repré de blé avec ses

L'agriculture nuels qui n'ont pour utiles sont considé cents. La vue d'un voque chez les insu psychiques que l'on nature est d'ailleurs

traite d'un journal sentant une meule constructeurs, et les travaux mabut que d'être rés comme indéchamp de blé prolaires des troubles punit de prison. La/ ^ complice de ce qui

nous considérons comme des excès, en offrant ses fruits avec abondance, une abondance décorative, supprimant d'un seul coup tous les efforts des hommes en ce qui touche l'art de présenter les aliments.

11 est inutile d'insister sur les rapports sociaux des habitants entre eux. Les gens ne se rencontrent et ne s'accouplent que dans un but esthétique comme le jaune s'allie au violet et le rouge au vert. La théorie des complémentaires et des accords règle les sentiments des deux sexes, et l'amour n'apparaît, en dehors des satisfactions sensuelles communes à la race humaine, que telle une heureuse symphonie.

Donc l'île Torquate vit dans le calme que procurent les plaisirs librement pratiqués. Le travail manuel, rigoureusement interdit par les lois, ne permet pas à l'imagination des Torquatiens de concevoir des gestes regrettables. On se meut à l'aise au milieu des parfums fournis par l'Etat, et chacun se recueille à loisir pour embellir la personne des uns et des unes grâce à des complications de plus en plus précieuses.

C'est ainsi que les jeunes filles ont les cheveux teints de couleurs appropriées, ce qui n'est pas nouveau. Mais les belles personnes se font ciseler les dents et graver sur les ongles des devises symboliques, ou des fleurs également symboliques. Une fille se rapproche de plus en plus de cette image vulgaire que la femme est un bijou. Elles acceptent cette image à la lettre et transforment la nature en lui prêtant les ressources de leurs créations.

Quand nous étudierons le détail de leur beau corps, à la manière de ces poètes du XVIeme siècle décrivant par le menu les filles de France dans leurs blasons et contre-blasons, nous verrons à quel point Torquate luit comme une pierre merveilleuse dans l'écrin vert des eaux de la mer océane.

Il y a un peu plus de cent ans les souples métisses, par le truchement des navigateurs de S' Malo et de Nantes, révélèrent aux femmes de France des artifices de coiffure et des bijoux rococos et charmants. Chacune, parmi les belles de Paris, devint une manière d'esclave indolente asservissant le cœur des chevaliers. Le négrillon remplaça le page et plus tard Joséphine

de Beauharnais apporta dans les salons les plus élégants de Paris la manière puérile et charmante de supprimer les r, comme il était d'usage, là-bas sous les cocotiers du pays natal.

L'île Torquate, se laissant découvrir après l'influence incontestable des pays de race nègre dans la sculpture, la décoration, et le sabir littéraire, offre un trésor à peu près intact où l'on pourra puiser pour indiquer des routes nouvelles.

L'art persan a vécu dans la mode... de même les réminiscences du passé. Les Japonais sont éliminés depuis longtemps : il reste les Torquatiens. Le hasard peut être béni quand il mène à de telles découvertes.

Il faut désormais qu'une fille de qualité, qui par définition doit être souple, se laisse persuader qu'il faut faire de sa chevelure une véritable œuvre d'art en la tressant avec des soies de couleurs ; qu'il faut utiliser ses yeux, comme des lampes ; ciseler ses dents, ainsi que des ivoires japonais ; orner ses ongles comme des dessus de bonbonnières romantiques ; travailler sa peau par la mosaïque. Les vêtements s'inspireront désormais d'une esthétique nouvelle. Un détail parfois devra l'emporter sur l'ensemble quand sa rareté l'exigera.

Les Torquatiens expriment dans leur toilette et le culte de leur corps, la valeur intellectuelle de l'île.

Que l'on considère que cette île, où le laboureur est pendu et le terrassier écartelé vif, a dû faire un pas formidable vers les buts les plus reculés de la question qui nous préoccupe.

C'est ainsi qu'une jeune fille de l'île Torquate s'habillera : à la manière de - la - jeune - fille- qu'il- ne - faut -pas -perdre - de - vue, et qu'un homme du même monde prendra le costume : de -la- liberté -inutilisable.

Le tout avec des complications littéraires apportées quotidiennement par la clique des meilleurs auteurs de l'île Torquate.

PIERRE MAC ORLAN.

poux ta. m^C'QC taule

VOUS voilà satisfaite, orgueilleuse de votre goût et de votre ingéniosité. Vous me forcez à admirer l'exposition des manteaux que vous avez assemblés pour la mer, pour l'auto, et pour vos promenades sylvestres. Vous me les mettez sous les yeux, d'un coup, sans précaution et vous semblez me dire malicieusement : « Regardez -les, puisque dans deux mois vous ne serez pas là pour les voir... Celui-ci est fait d'un drap épais, cassant et souple tout à la fois, surmonté d'un grand col de chamois, indolemment attaché avec des lacets rouges. Lorsque j'apparaîtrai vêtue delà sorte, j'aurai l'air d'un jeune bourreau... Cet autre, vaste et flou, taillé dans une bure de capucin, se termine par un capuchon auquel un écolier malicieux aurait attaché un gland et de longs effilés de soie violets. Celui-ci est pour l'auto, cet autre, léger et souple,

est pour le yacht. Il semble avoir de

grandes ailes blanches. » Et vous tenez à

ce que je vous évoque, debout sur le pont

en bois de teck, le nez au vent marin,

immobile, argentée et satisfaite, comme

une mouette posée sur une vague sous le

soleil

Eh bien ! ce que vous faites là est sans charité ; que

m'importent vos manteaux, vos capes, vos falbalas, puisque je

ne serai pas là, puisque je ne peux pas être là pour les voir.

Le temps est fini où il m'était permis d'être près de vous,

sans indiscrétion, de vous admirer sans vous compromettre,

de sourire de vos fantaisies et de défendre votre goût devant

vos amies, promptes à le trouver trop hardi. Les convenances

et le souci des préjugés me forcent à me tenir éloigné de vos villégiatures, et à ne pas monter, fût-ce pour une portée de taxi, dans votre voiture fringante. Alors, je vous en prie, ne me donnez point le désir de joies auxquelles je ne participe plus, ni la vue de parures qui vous feront belle pour d'autres.

Voulez-vous que je vous dise les choses comme je les pense,

sans jalousie? Je ne les trouve pas jolis, vos manteaux.

Comme cela, sur ce divan et sur ces fauteuils, vides de votre corps, ils ont l'air de défroques de toutes les époques, empruntées au magasin d'accessoires d'un théâtre de province . Vous faites la moue, vous êtes très mécontente de ma comparaison? C'est , entendu. Mettons que j'y mette du dépit. Cependant, reconnaissez que naguère vous aviez, nous avions des goûts plus simples. Le manteau de vous que j'ai le plus aimé était beaucoup plus modeste : c'était une mante ( oh le joli mot et la belle rime ! ) très vaste, très ample, d'une étoffe bourrue et chinée, et doublée d'un doux satin.

Nous avions été en auto jusqu'à la côte de Penmarch, sur ces rochers formidables dressés au-dessus de la mer comme des têtes de géants marins, barbus d'écume. Nous nous étions arrêtés devant la petite maison où, le matin, Lemordant, artiste sobre et puissant, venait peindre des études, alors qu'une terrible blessure ne l'avait

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pas encore plongé dans la nuit. Nous n'étions repartis qu'au soir pour Audierne. L'auto glissait sur la route dans le vent frais, parmi les ombres qu'éclairait, d'instant en instant, le regard bleu et profond du phare d'Eckmuhl. Je cherchais votre visage dans ces apparitions, et je me penchais vers vous. Fut-ce l'émotion, la brise du large ? je frissonnais.

A votre tour vous vous étiez penchée vers moi en me disant : « Vous avez froid? N'attrapez pas du mal. Tenez, abritez-vous dans marnante. » Vous m'aviez tendu un très vaste pan de ce man-

teau et je m'y étais enveloppé. Nous étions l'un près de l'autre, très près, comme deux enfants frileux. Je serrais dans ma main, pour la retenir, cette étoffe si douce, et je la trouvais belle et complice. Comme je l'aimais ce manteau! Comme, les jours suivants, je le retrouvais avec un plaisir amical ! Et puis soudain vous l'avez abandonné... Vous l'avez donné à cette femme de chambre qui vous volait. . . Oh ! . . .

Mais non, je ne suis pas fâché.

Oui, je vous aime comme en ce temps-là... Et tous vos manteaux sont charmants... y Gérard BauËr. <âi

onlloniions

^pf^V^., ONFLONFLONS, nomment -elles (les dames), paraît-il, des petites hanches postiches qu'elles portent par-dessus les leurs propres, pour être ainsi parfaitement à la ressemblance d'une amphore.

Encore fallait -il savoir que ce n'était pas là leur forme naturelle. Ceux qui les approchent, les heureux, sont renseignés sur cela — et sur le mécanisme des poupées de Nuremberg, qui accomplissent les fonctions essentielles de la vie, rient, crient, pleurent, dansent... surtout dansent. Ceux-là sont les cœurs frivoles, les amants, les avertis, et qui se rient de tomber sur un morceau d'osier là où ils croyaient trouver une femme. Les autres n'ont de commerces que conceptuels, et avec des héroïnes et des déesses. Les

simples mortelles, singulièrement, les écartent. On dirait qu'elles les traitent en transfuges de l'au-delà et gens sur qui l'on ne peut se reposer, toujours prêts à lâcher terre, pour remonter, souverains, aux prétentieux empyrées dont ils se réclament à tout propos citoyens.

Alors, pourquoi viennent-ils vivre sur la terre ?

Non, les femmes n'ai- *m ment pas les poètes — qui leur rappellent confusément un paradis perdu — et les poètes n'aiment les femmes que pour avoir loisir de gémir et soupirer. Nous veulent-elles accorder, pour faire cesser nos plaintes, ce que nous feignons de désirer. . . Ah bien, merci ! . . Nous courons encore.

Ils sont (ces ronflonflons) des petits coussinets, ou bien des armatures flexibles d'osier, par-dessus quoi retombe la

robe (daiu un mouvement de panier*) f comme elles disent dans leur algonquin, les couturières). On n'imagine pas des choses pareilles dans la cervelle des poètes, où l'on adore les pures femmes de l'antiquité parce qu' elle s sont mortes. Si les poètes les avaient connues, un clin d'œil qui n'eût pas été à sa place, un mouvement de sein qui ne se fût pas arrangé dans le paysage, une parole qui n'eût pas été, à ce moment-là, précis, la parole qui convenait... catastrophe, regard glacé et gare à elles!... Lohengrin (celui de Laforgue), pour bien moins que cela empoigne son beau cygne aimé, et retourne, par la voie des consolants espaces, au pays qu'il eût dû ne jamais quitter... Pauvre Eisa, adieu ! Revenons à ces ronflonflons. Je n'ai pas dit un mot des ruches ou ruchers qui, placés au bas de la fausse jupe, prient

la jupe, la vraie cette fois-ci, de garder ses distances. On ne peut avoir la prétention d'apprendre à qui que ce soit ce que c'est qu'une ruche. Je le sais depuis cinq minutes. C'est un rucher de taffetas à picots, plissé et refroncé sur un fil. La simplicité même, comme vous voyez.

La dame qui regarde par-dessus le bord de sa robe si l'objet qui a causé son émoi (une souris sans doute) a disparu, le fin de son vêtement de dessous est dans un gentil pantalon, cerclé dans son intérieur. Je vous demande où les ronflonfLons vont se nicher.

La dame qui fait peur à son chien en faisant hou. . . hou. . . du fond de sa jupe ramenée en suaire sur sa tête et en agitant de longues mains de fantôme, regardez sa jupe et sa fausse jupe, celle de dessus et celle de dessous, enfin vous m'entendez de reste. Un tour de boutons à pression permet d'attacher plus haut la jupe (la vraie) : mouvement de vraLej faudjej hanches, alors, et effet de dépendant de l'autre jupe (la fausse) — ne nous égarons point. Voyez tout de même, ces couturières, comment elles arriveraient à faire écrire un poète...

Marcel AsTRUC.

APPORT DE M. D'HOZIER, JUGE GÉNÉRAL D'ARMES DE FRANCE, A S. E. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, SUR LA NÉCESSITÉ PRESSANTE DE FAIRE ENTRER DANS LA NOBLESSE MM. LES NOUVEAUX ROUÉS DE LA FORTUNE.

excellence, S. M. Dieu qui est pour les héraldistes plein de bienveillance JCi (car Dieu est un grand seigneur quoiqu'on en pense et le plus noble que je connaisse), Dieu qui est mon maître pour l'éternité, ma donné dans son paradis une place honorable dans la bibliothèque céleste, près d'une fenêtre, d'où j'aperçois le royaume de France et la Cour de France, transportée dans la maigre demeure qu'on appelle assez comiquement le palais de l'Elysée.

S. M. Dieu vient de pousser la bonté jusqu'à me permettre de secouer aujourd'hui la poussière des siècles et d'écrire directement à Votre Excellence comme je m'adressais au roi seul, sans passer par les ministres parce que les affaires de la noblesse relèvent du Chef de l'Etat.

Les lois qui ont survécu au mécanisme des révolutions sont encore assez fortes pour permettre à Votre Excellence de donner ou de confirmer des titres ou des lettres de noblesse aux citoyens (le vilain mot 1).

La gloire de la guerre a permis de ressusciter les maréchaux de France et je ne pense pas qu'un héros puisse être maréchal, sans devenir gentilhomme du même coup. Mais il ne s'agit pas dans ce rapport des récompenses héréditaires que le Chef de l'Etat Français peut légitimement attribuer pour perpétuer les noms glorieux.

Je crois savoir que sur son lit de lauriers, sous les palmes du triomphe, la France souffre d'impécuniosité. La monarchie comme la république a connu les crises aiguës de cette maladie : de tous temps sur les champs de bataille nous avons cueilli plus de gloire que de bénéfices. Parmi les remèdes que mes augustes maîtres avaient trouvés, il en est un d'excellent. Le roi donnait des lettres de noblesse, que dis-je, imposait des lettres de noblesse à ceux qui avaient gagné beaucoup d'argent, trop d'argent.

Les lettres patentes n'étaient délivrées que contre de fortes espèces ; et l'interdiction de continuer à faire commerce était jointe au parchemin. Par vanité ou par peur, les enrichis ne refusaient jamais, car les tribunaux qui existaient déjà sous l'ancien régime auraient été saisis de la cause et même du personnage.

Les fermiers généraux, les banquiers, les fournisseurs des armées devenaient nobles par la vaillance de leurs écus. L'Etat et les vrais gentilshommes leur faisaient l'honneur de leur emprunter de l'argent sans leur rendre beaucoup d'estime.

On pourrait recommencer ; le jeu des boules qui est autorisé dans toutes les villes de plaisir ou d'ennui, n'est pas plus honnête que les boules des couronnes de comte que pourraient acheter les nouveaux parvenus de la fortune.

Le principe, si j'ose dire, des nouvelles créations étant accepté, je pourrais fournir à Votre Excellence une liste très complète de noms, propres à l'anoblissement. Qu'il suffise de donner aujourd'hui quelques exemples choisis. Le premier est M. Beauregard, pour qui la transition ne sera pas brusque car il a déjà droit au titre d'Excellence. Il est le dernier amoureux de la Comtesse du Barry que j'ai beaucoup connue. Pour le mariage de cette dame on inventa des armoiries tout à fait en dehors de mes services. M. Beauregard qui possède et orne avec amour l'ancien château de la favorite, celui de Sardoine, pourra inscrire au fronton de sa demeure, au sommet de son papier les armes de Mme du Barry, d'azur au chevron d'or, portant en

cime un geai éurmonté d' un G et accompagne en chef de deux rotes et en pointe d'une main dextre, en pal, le tout d'argent.

Une devise s'impose pour compléter ce beau dessin. Prenons-la dans l'histoire : « France, ton café fiche le camp ». M. Beauregard prononcera ces paroles avec beaucoup de grâce.

De M. Beauregard à M. Nèfle il n'y a qu'un tour de roue. Plaise à Votre Excellence, donner à ce seigneur des armes très personnelles que nous lirons ainsi : de gueules a la roue engrelée d'or, au chef d'azur, a trou bonneté de juif d'argent, surmonté du caéque d'argent poli chargé d'un demi-vol antique aux onze grenadeé dont quatre en éclaté ; Vécu poéé en biaià éoué le caéque. Déviée : L'engrenage ou la vie.

Avec M. Canne nous sommes en vieille France. Ce personnage dont la seule tare originelle est d'avoir été journaliste en province avant d'accepter la royauté du rhum, est un personnage riche qui vit en gentilhomme sans l'être. Nous pouvons régler ainsi ses armes d'office en modifiant la couronne de vicomte, ce qui est contraire aux lois du blason mais ne présente pas d'obstacles immédiats.

M. Canne portera donc de éable au éoulier de carnation, baillant de même, Lranché d'argent aux trou canneé a éucre de éinople. Couronne : de vicomte ou j perleé éont remplacéeé par 3 bouleilleé de rhum. Derrière l'écu : deux plumes d'oie d'argent poééeé en éautoir.

Les plaisirs de la table et ceux de l'amour sont également

recherchés. M. Vatel

du Râteau a procuré

l'un et l'autre dès sa plus tendre jeunesse, il y joint l'agrément du jeu ; résumons cette carrière dans un écu plus original que régulier, mais qui fera connaître aux neveux de nos petits neveux les origines de M. Vatel du Râteau, duc de Tout-Dauville, vicomte de Grasse, coseigneur d'Ostende :

de éinople a troié râteaux d'or poééé

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en pal au chef 3 azur charge et un brochet (for. Couronne : un bonnet de cuisinier d'argent orné de deux corne* du même. L'écu environné du tablier de cuidne d'argent. Déviée : Je pêche en toutes mers. Cri : Par Le Tellier !

Pour ne pas finir sur un parfum de cuisine, je signale à Votre Excellence l'anoblissement nécessaire de M. Fleury. Il a renouvelé les formules des parfums, a remplacé la qualité de l'odeur par la supériorité du flacon. Il a eu le génie de faire accepter des prix que nos ancêtres ignoraient pour les divins parfums à la bergamote, à la vraie rose, au véritable œillet.

M. Fleury est qualifié pour percevoir des Armes et un titre, car je crois qu'il se fait annoncer dans le monde où il va, sous un nom allongé, qui n'est pas le même que celui dont il pare ses étiquettes : d'azur au flacon (f ammoniaque chargent; l'écu entouré du chapelet (f argent et poâé éur la crotte d'or qui jonl de l'abbaye de Vertpré. Devise : Qu'importe l'odeur pourvu qu'on ait le flacon ! Cri : Ni fleurs ni couronnes I

Je continuerai cet exercice s'il a l'heur de distraire Votre Excellence de ses graves labeurs. En attendant, je prie Votre Excellence de me pardonner d'avoir employé des mots qui ne sont pas conformes au protocole nouveau de la France ; je n'ai pas trouvé dans la bibliothèque de S. M. Dieu l'exemplaire du nouveau formulaire de la Cour de France et je m'en tiens à celui des rois, encore qu'il soit trop simple pour les temps compliqués qui voient commencer le règne de Votre Excellence.

Je suis avec le plus profond respect, M. le Président, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur et très fidèle sujet.

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