‹ Gazette du bon ton (volume 4)Chapitre 2 sur 41 · LA PARADE DE L'ACCOUCHÉE · texte numérisé non relu

LA PARADE DE L'ACCOUCHÉE

Tl y a un roman de Zola (mon Dieu ! est-ce Une Page d'amour? ou La Joie de v'wre ?... Perplexité ! Enfin, c'est un roman de Zola) dans lequel on raconte pendant bien quatrevingts pages les péripéties d'un accouchement. C'est à vous donner la chair de poule. Et l'on se demande comment les dames qui ont lu de pareilles horreurs consentent encore à... Mais comme il y a des grâces d'état, il y a des oublis d'état, des aveuglements nécessaires. On va, on va, on ne se rend pas compte. Fort heureusement pour les enfants, qui ont absolument besoin qu'on fasse, d'abord, ce petit sacrifice pour eux. Et on ne lit pas non plus beaucoup, aujourd'hui, les romans de Zola. Ils sont trop tristes ; ils prennent trop tout au sérieux. La sagesse de l'humanité a toujours été au contraire de ne rien prendre au sérieux et de farder de toutes sortes de gracieux mensonges conventionnels les fatalités... discourtoises de l'existence. Ainsi la guerre, cette chose ridicule et lugubre, que pendant des siècles on a faite avec des plumets,

de beaux costumes et des chansons. Ainsi le mariage, qu'on a couvert de fleurs, de bénédictions et de petits fours.

L'accouchement n'aurait su échapper à cette loi. On a tout fait pour que la malheureuse intéressée oublie son triste état. On lui joue une petite comédie charmante, ou plus exactement une parade, dont les numéros sont réglés une fois pour toutes.

Rien que le prologue dure neuf mois. Il est rempli par mainte entrée dansante du plus heureux effet. Les femmes envahissent la scène, qui leur est quasi complètement livrée. Elles vont et viennent, affairées comme des cloportes, brillantes comme des papillons, importantes comme des poules.

Elles donnent des conseils, elles rappellent des souvenirs. On élabore des projets d'avenir, suivant que l'enfant appartiendra à l'un ou l'autre sexe. Les mères surtout s'en donnent à cœur joie : les deux mères, celle de la dolente épouse et celle du mari. C'est à peu près la dernière occasion qu'elles ont de jouer un rôle — un rôle honorable — dans l'existence. Elles ne le manqueraient pas.

Encore que toujours la même dans ses grandes lignes, la pièce varie selon la situation sociale du couple, de ses ascendants, de ses amis. Les deux mères mettent plus ou moins de sucre autour des vérités amères qu'elles s'invitent mutuellement à goûter. Et << le panachage des visiteuses donne

j ; lieu à bien savoureuses observa-

tions. Mais il y a une chose qui ""'% demeure immuable : c'est l'attitude

du mari. Elle est résolument, obstinément, évasive. Comme on dit en style judiciaire, il est défaillant... Et de quelles défaillances, hélas ! souvent.

Il y a aussi l'intermède de la layette. On n'a pas idée de ce que la gracieuse imagination féminine a pu inventer d'aérien, de subtil, de candide, de léger pour masquer la réalité vulgaire de cette pauvre chose qu'on appelle les langes. Je vous jure que c'est touchant.

Enfin, la comédie proprement dite commence. La sagefemme (ainsi nommée sans doute parce que jusqu'ici toutes les autres étaient folles) fait son entrée. Et avec elle, n'est-ce pas ?

un rien de vulgarité. JM. Benito,

qui a trouvé de si jolis accoutrements pour les accouchées, peut bien donner sa langue au chat et y renoncer pour toujours : il n'y a pas de costume possible pour la sage-iemme. Fort heureusement, cette puissante créature en caraco (indispensable, comme la sagesse) n'a qu'un rôle restreint. Comme si elle sentait elle-même à quel point sa présence détonne au milieu de toutes ces fanfreluches, elle s'esquive, aussitôt présenté à l'univers le nouveau venu, elle s'esquive, suivie de l'époux embarrassé, qui retourne à ses défaillances.

Laissons ces tristes comparses suivre leur sort insipide, et le marmot lui-même vagir dans son moïse. Et ne nous occupons que des autres héroïnes. Car, comme dans le prologue, il n'y a plus ici que des femmes. Elles sont toutes

revenues. Et elles entourent de leur tendresse bruyante la jeune convalescente, étendue sur son lit dans cette pose charmante où nous l'attendions % depuis si longtemps, dans cette pose f ' classique où elle réalise enfin son rôle

d'accouchée. Toute cette longue préparation n'a abouti qu'à cet instant si doux, si reposant. A ce bien-être de délivrance, il fallait bien que correspondît une coquetterie particulière. Comme un bibelot précieux et fragile, voici notre dolente enveloppée de merveilleuses robes et qui semblent faire d'elle une sirène, moitié-femme, moitié-lit, suivant l'expression d'un de nos plus délicieux humoristes. Et elle est si jolie ainsi que, lorsqu'il revient, le défaillant plein de remords sent renaître en lui mille illusions délicieuses et toutes sortes de sentiments qui lui font bien de l'honneur.

Francis de MlOMANDRE.

estes

"T'aime beaucoup les soirées où l'on +J peut parler entre connaisseurs de la musique des Six avec des dames admiratrices drapées d'une épaule à l'autre de crêpe marocain de telle façon que quoi qu'elles fassent il y ait toujours

une épaule dehors.

On n'est guère à ce qu'on dit.

La dame a bien assez à faire à remonter constamment une épaulette qui tombe, à découvrir Jacques pour couvrir Pierre, car quand cela remonte d'un côté il faut infailliblement qu'ailleurs ça redescende. Ce sont même ces jeux de cache -cache qui font, je crois bien, dans les salons, le principal attrait de la musique des Six.

« Ces Six... ils ont du talent comme quatre... Combien de fois

avez -vous entendu déjà les Cocardes de Poulenc ? » Ces propos vous permettent de vous enivrer pendant ce temps-là, comme d'un vin capiteux, de la vue, du parfum, de la présence là contre vous d'une splendeur révélée, palpitante, interdite. Le prétexte de la musique meuble les temps de ce dialogue où c'est ce qu'on ne dit pas que l'autre entend. Kt c'est pourquoi cette musique est nommée musique d'ameublement.

« Quelle gorge délicieuse ! Je ne puis en détacher mon regard. » Vous le détachez si peu

que la dame, gênée, est contrainte de faire le geste de remonter d'un demi-centimètre l'ourlet de son décolleté ; puis, fatigué par cet effort, son bras languissamment retombe.

Cependant Madame Marcelle Meyer, sur le piano tape quelque chose d'Auric.

de Vaudreuil.

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