MODES
"P N ce temps-là, les belles ethonnestes dames portaient toutes des| vertugadins, appelés aussi hocheplis, qui étaient des cerceaux de fer, de baleine ou de bois, placés sous la robe; en sorte qu'elles y pouvaient cacher des hommes d'armes tout entiers, comme il arriva à M. le duc de Montmorency, qui trouva ainsi le moyen de sortir de la ville de p.b. Béziers bloquée par l'ennemi, sous les vastes atours de la belle Louise de Montagnard, comtesse de Tessan. Elles avaient des corsages fendus, des manches relevées sous l'avant- bras, et des mancherons de satin; deux robes superposées de couleurs différentes, pourpoints à basquines, jarretières à ramages, et petits manchons, dits contenances.
Elles étaient coiffées de chaperons, bourrelets, toques et escofions, sentaient le musc et l'ambre gris, et se coiffaient à la Ferronnière, une perle au milieu du front. S'il arrivait qu'elles fussent chauves, comme Marguerite de Valois, elles portaient perruque, sans vergogne, à l'imitation de celle-ci, qui entretenait à son service cinq ou six laquais blonds que l'on tondait de temps en temps, dit Tallemant, pour faire des mèches. (C'était cette Marguerite qui portait des vertugadins munis de pochettes tout autour, où elle mettait, dans une
boîte, le cœur de ses amants trépassés : " car elle était soigneuse, à mesure qu'ils mouraient, d'en faire embaumer le cœur. " Fille de France avec cela : la reine Margot, première femme d'Henri IV.
C'est très joli de se costumer à l'imitation de l'Histoire, et de s'habiller selon Michelet. Encore convient-il de soigner très exactement sa documentation. Les présentes notes sont à l'intention des personnes pressées : ce qu'il faut savoir, en soixante lignes, de la Renaissance, par rapport aux
dames.
Bibliographie :
Rabelais, Montaigne, Brantôme, Ronsard, la Pléiade. Beaux-Artd : Clouet, Jean Goujon. Architecture : Fontainebleau, le vieux Louvre, Blois, Châteaux de la Loire. Roid: François Ier, Henri II, III, IV, Charles IX.
Grandes dames : Catherine de Médicis, Marguerite de Valois, déjà nommée, Jeanne d'Albret, Diane de Poitiers, Marie Stuart, Mrae de Montsoreau. Jeunes premiers : Bussy
d'Amboise, La Mole, Cocon as.
Divers : Triboulet, Nostradamus , Bassompierre, Montluc, Jarnac, etc.
Arrangez- vous comme vous pourrez, Mademoiselle : mais si vous n avez pas les jambes longues, rien à faire, le XVIe vous est interdit. Il faut d'abord ressembler aux belles nymphes de Jean Goujon et de Jean de
Bologne : les
jambes longues, de fortes cuisses de Diane chasseresse, formées pour la course, et nerveuses ; la gorge haute, les épaules bien tombantes, le ventre bombé, le front rond, le visage ovale.
Telles voulait la reine Catherine que fussent ses dames d'honneur du fameux " escadron volant ". — " Deux cents filles fort belles et honnestes, assure Brantôme, toutes bastantes pour mettre le feu par tout le monde. " — Et encore : " Douces, amiables, et favorables et courtoises. " Telle enfin Hélène de Surgères, chantée par Ronsard :
Preàéantdeàdoué jeépas Uà herbejbienbeureiueà...
Pour le reste, la Vie ded Dame j galante j, dumême Brantôme, fournira d'utiles détails sur les divers usages du siècle de la Renaissance, dont quelques-uns pourraient être avantageusement remis en honneur parmi nous, l'espace d'un matin. Car les modes sont passagères ; et c'est ici l'occasion, ou jamais, de citer encore Montaigne, " sur le suject de vestir " chez la Française. "La façon de se vestir présente, dit-il, luy faict incontinent condamner l'ancienne, d'une résolution si grande et d'un consentement si universel, que vous diriez que
c'est quelque espèce de manie qui lui tourneboule ainsi l'entendement. Parce que notre changement est si subit et si prompt en cela, que l'invention de tous les tailleurs du monde ne sauroit fournir assez de nouvelletez, il est force que bien souvent les formes mesprisées reviennent en crédit, que celles-là mesmes tombent en mespris tantost aprez ; et qu'un mesme iugement prenne en l'espace de quinze ou vingt ans, deux ou trois, non diverses seulement, mais contraires opinions, d'une inconstance et légiereté incroyable. "
Nicolas Bonnechose.