MANTEAUX D'ENFANTS
CI vous quittiez vos rugueuses Cévennes, chère marraine, pour les allées du Pré-Catelan, j'imagine vos éclats à la vue de votre filleul : « Qui est cet enfant coiffé comme un sauvage, et vêtu en tout d'une casaque? L'étoffe a manqué pour lui faire un jupon? » — C'est votre Jacquou, marraine, mis non pas en sauvage, rassurez-vous, mais en petit boïard. Son bonnet et sa confortable pelissse lui viennent en droite ligne du lointain Zakopane. Ils sont de fourrure et drap blancs, passementés en couleurs pimpantes; sous le court vêtement, les guêtres montent au-dessus du genou et s'ornent de broderies pareilles. C'est là le dernier cri. Mais n'allez pas croire, marraine, que la fantaisie nous égare : jamais nos enfants ne furent mis plus à l'aise, jamais mieux servie leur ardeur bougillonne. Les jupes écourtées les laissent courir à leur guise. La mode n'exige plus qu'ils gercent leurs jambes nues au vent d'hiver. Voici
revenir les solides jambières et les fins bas de laines.
Plus de cols engonçant dont les agrafes torturent, — ils s'évasent en « roulés » qui dégagent la nuque, ou se cassent en revers couchés sous des brandebourgs. Plus de pèlerines ! mais de larges emmanchures où nos épaules sont fibres.
Plus de parapluies, surtout! Que l'eau du ciel tombe sur nos têtes !... Nous avons des imperméables à capuchons. Et des poches! nous voulons des poches.
— A moins, disent les petites filles, que vous nous donniez des sacoches à longues franges. . .
— « Mais le plus joli de tout, » m'explique Aliette, « c'est un bracelet-montre! » et sa cousine d'ajouter rêveusement: « J'en aurai un aussi, quand Papa sera riche... lundi peutêtre? »
Persil.