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DU PRESTIGE DE LA MODE AUX ETATS-UNIS

A mission en me rendant aux États-Unis était de faire mieux connaître encore la France héroïque, artistique et littéraire !

A mon départ, en effet, plusieurs journaux m'avaient décerné le titre d' "ambassadeur des modes". Peut-être certains ne le faisaient-ils point sans quelque ironie et je fus tout d'abord surpris de constater, dès mon arrivée, que les Américains prenaient ce titre au sérieux. Mais, depuis, j'ai compris qu'un tel rôle, en apparence frivole, valait d'être joué. La mode est la seule industrie française qui soit prépondérante aux Etats-Unis. Et quelle source de fortune ne représente-t-elle pas ? Nulle part, il n'est possible de voir une telle folie du luxe, une telle émulation dans la lutte pour l'élégance, un tel respect des fantaisies de la mode. Jamais une américaine ne transforme au goût du jour une robe de l'autre saison, elle n'admet et ne porte que le neuf. Elle observe avec minutie les moindres transformations inventées par nos couturiers et l'originalité les effraie si peu que c'est à New- York que les "Maîtres" de la rue de la Paix adressent

leurs plus audacieuses créations. Des sommes formidables sont réservées chaque année à la toilette féminine et nombreuses sont les maisons françaises qui doivent au faste yankee beaucoup de leur prospérité.

Mais nous ne saurions nous endormir car nous avons à craindre non seulement la concurrence étrangère, mais encore un nouvel état d'esprit.

Parlons d'abord de la concurrence : elle est terrible. Elle vient surtout de l'Allemagne qui compte aux Etats-Unis 400.000 représentants pour 3o.ooo Erançais. Les Allemands étant sur place prennent aisément position.

A vrai dire les fameux "quatre-cents" dont le cercle est étroitement fermé, et les nouveaux millionnaires, les puissants industriels qui forment une société neuve à côté de cette élite, ont trop le souci d'imiter les arbitres du "smart set'' pour s'adresser à d'autres couturiers que les nôtres. Mais la petite bourgeoisie commence à se laisser persuader par les catalogues alléchants, les journaux de mode qui annoncent les nouveautés parisiennes et sont édités par des maisons étrangères. La vente de nos soies diminue; nos modistes ont moins de commandes. L'article de Paris se fabrique à meilleur compte à Boston ou à Baltimore. Il serait souhaitable que nos gazettes de mode fussent plus répandues en Amérique; aussi m'est-il très agréable aujourd'hui de louer l'œuvre si particulièrement utile de la "Gazette du Bon Ton".

Les couturiers français doivent donc redoubler d'eiforts pour maintenir le prestige de notre élégance chez un peuple admirateur de toutes les traditions et qui estime en nous le culte du bon ton et des belles manières, symbole, à ses yeux, du plus glorieux passé.

André de Eouquières.

ip\ ANS le ruban de soleil que dessine la route, encadrée des

tapis de pelouse, Eïk vient vers moi, grand lys vivant,

que sa robe dessine comme de transparents pétales renversés.

Balançant au-dessus de sa tête le pare-à-soleiî, cette marque de dignité des peuples anciens, elle a savamment choisi pour cette heure lumineuse et matinale un négligé tordant, comme elle dit, qui a tout l'air d'un chiffon fleuri, noué au bout d'un bâton, à la dernière minute, pour dérober son nez aux attaques de Phébus. Et, cet insigne de sa majesté de Bacchus, de Cérès et de Minerve, elle tient à en renouveler la fête chaque Printemps comme le faisaient les grecs qui célébraient solennellement la fête des parasols.

Elle baptisera, pour la reconnaître, cette soie vieillotte, montée en forme de minaret, où les jours de rencontre sentimentale, son visage troublé pourra se voiler des longs effilés pâlis. Elle saura d'un mot drôle nommer cette manière d'ombrelle-béret.

Précieuse et mièvre un peu, harmonieuse aux traditionnels rites mondains, cette pagode de soie blanche enguirlandée Pompadour, fera grande dame au Garden Party des Ambassades.

Un jour de solitude et de désœuvrement, errant pensive, dans les allées du Bois, elle abritera sa moue charmante sous les bords irréguliers, tombants à l'excès comme son état d'âme, de ces zébrures de soie, vagues moutonnantes annonciatrices de l'orage... (?) Mais, après la pluie, le beau temps, et dans l'envollement d'une toilette légère — le visage

rayonnant d'espérance, c'est sous ce grand dahlia de batiste festonnée qu'elle nous sourira.

Lointaine et coquette, dépitée d'une apparence d'abandon c'est cette prétentieuse et charmante fantaisie de soie à fleurs et de dentelle qu'elle balancera nerveusement dans le tête à tête du goûter.

JMais demain, pour le thé pris à Hitz elle montrera cette ombrelle de soie bleue retroussée de « cerise » avec frisson de plumes ombrées rouge et bleu. Ça, une ombrelle? Allons donc c'est un chapeau.

« Du tout, c'est l'ombrelle imprévue et savante de la coquette moderne qui mettra partout ou elle passera, roses comme les primevères, jaune comme la fleur d'acacia, mauves comme le colchique, vert comme la large feuille du tabac, les milles fleurs de ses ombrelles épanouies à l'été ressuscité!

Nada.

M lle ADAMINE, MODISTE

Passy. Une troisième cour qui a bien l'air d'un jardin

avec ses lauriers en bacs, ses lilas rouges, et la glycine qui frissonne sur le mur. C'est ici que demeure Mlle Adamine, modiste ; et je lui mène ce matin cinq bons diables, cinq sauvageons, retour d'un lointain consulat, et qui (les malheureux !) n'ont pas encore leurs chapeaux de printemps. Entrons.

Mlle Adamine, les pieds sur sa chaufferette, travaille dans une mousse de tulle blanc.

« Justement je viens d'achever « dit-elle en présentant sur son poing un bonnichon ruche, soufflé, léger comme une chandelle-des-prés. » C'est pour S. A. la Princesse de R . . . Elle aura demain cinq mois. Que vous faut-il? »

— « Tout » Tandis que je lui explique le dénûment de mes sauvages, elle leur passe à la ronde une coupe de pralines. « Prenez, mignons, et voyons un peu ces physionomies? »

Hegard rapide de conquérant. « Je sais ! »

Mlle Adamine court à sa grosse armoire

brune, luisante comme un

marron d'Inde. Merveille! Le

marron s'ouvre et voici le

Printemps dans la chambre,

du brun rouge des branches,

à l'ambre du soleil, voici les bleus, les roses, les verts et les lilas façonnés en bonnets, en toques, en capelines. Parmi ces trésors Adamine choisit, se retourne et dicte : Pour le matin, ce chapeau de shantung vert à huppe de faisan conviendra à la brunette; cet autre en crêpe froncé ourlé de sorbes à sa sœur. Aux jumeaux des bonnets d'étamine rayée à rubans picots. » Fascinés par ce ton d'autorité les enfants se laissent faire; l'un d'eux joue sous la table avec un chaton. — Pour le tantôt et les cérémonies, continue l'impérieuse modiste, que direz -vous de ce bonnet de faille bleue /

effrangée, de ce calot à brides emperlées de j coquillages ? »

Je n'en dirai rien car l'incorrigible Luce tendant des mains impies vers une grandissime forme violette, s'en était coiffée résolument : tels on voit au bas des fresques italiennes des amours soulever le casque et l'armure de Mars. Mlle Adamine eut un tendre sourire... C'est qu'elle ignore l'emploi, l'usage inattendu des chapeaux lorsqu'ils « servent pour les charades » ou qu'ils ont, effarant, cessé de plaire.

« Pour les garçons, je vais consulter l'Ate-

diste, paille

lier. « L'Atelier parut : une petite boiteuse à tignasse flamboyante et voix de basse-taille.

Michel serra son chaton contre lui. Colloque entre les deux augures.

« Pour les garçons » résuma la mo- « ces chapeaux de piqué, ces canotiers de à glands de soie floche, ces casquettes de velours à queues de coq ardoisé. »

Pour le canotier, la paille en était épaisse, et tressée à la façon de ces gros paillassons où l'on s'essuie les pieds, les jours de boue. La calotte très haute, cerclée d'une ganse de couleur très voyante, outre-mer, vermillon, cinabre; le bord, épais et très étroit. Il faut qu'un chapeau tienne sur la tête, n'estce pas, car un garçon, ça court, ça remue, ça fait des bonds et des gambades, — et quel ennui, d'être obligé de maintenir de la main sa coiffure lorsque l'on saute et joue aux balles ? La casquette en velours a du ton. Joignez-y une jugulaire : voilà ce jeune homme tout semblable à un jeune lord anglais prêt pour la chasse, tel que Reynolds ou Laurence le pourraient peindre.

Nous nous inclinâmes. Et comme je m'émerveillais de la variété des formes, des étoffes, des couleurs : « Vous sortez beaucoup, Mlle Adamine « demandai-je »

pour renouveler tant de modèles ?» — « Presque jamais » répondit-elle. On m'envoie des liasses de tissus. J'y rêve. De loin en loin je me promène vers midi dans les jardins du

Tloy, à Versailles. » Ses voisins disent de Mlle Adamine que c'est « une originale ». Ne serait-ce pas plutôt une artiste ?

Mais ce que j'aurais voulu voir, et que Mlle Adamine ne m'a pas montré, c'est ce chapeau dont, il faudra, madame, que vous couvriez quelque jour le chef de monsieur votre fils. Tel je que l'imagine et le soir, c'est, pour les jours d'été, un haut de forme en paille fine, évasé dans sa partie supérieure à la manière d'un tromblon, et pincé à sa base, d'un très mince filet de soie noire, avec une petite boucle. Le bord, très roulant et très cavalier, se courbera dans une ligne élégante. La paille en sera jaune ou d'un blanc bis. Et campé hardiment sur l'oreille, il donnera un petit air de dandy en herbe qui ne messiera pas à ce jeune homme. On ne saurait trop fort encourager le goût des élégances dans nos rejetons. Veillez -y, jeune et charmante madame qui joignez à tant d'autres ce paradoxe d'être la mère de ces aimables garnements, dont vous semblez n'être tout au plus que la petite sœur aînée...

Maggie.

LE GOUT AU THEATRE

ROCLAMONS à nouveau cette vérité banale : le costume classique a fait son temps. Une parisienne — quand un bal travesti l'appelle — ne songe plus à choisir, chez ce spécialiste accidentel, le manteau Renaissance ou la robe

Louis XIV. C'est le couturier, le couturier

de tous les jours, qui combine pour chaque

femme un costume spécial se rattachant

sans doute, par l'allure générale, à

l'époque que l'on voulut évoquer, mais

adapté à la ligne personnelle, ou même

en un sens, à la mode du jour. Les

comédiennes ont suivi les parisiennes.

Devant jouer la Roxane de Cyrano,

Mme Mégard, au lieu de choisir dans le

répertoire classé des costumes Louis XIII,

comme l'eût fait à coup sûr telle ou telle

de ses aînées, s'est adressée simplement à

Redfern, son couturier habituel. Mme

Mégard et M. Redfern ont créé. Ils ont eu

le tact de mêler justement l'appropriation

à la personne et le petit respect qu'il faut

cependant garder à l'histoire. Au 3 e acte de Mlle Mireille Corbé

Cyrano, la nouvelle Roxane paraît en long manteau de velours bleu de roi, col Médicis et longue traîne, et nous pouvons situer la scène dans le temps. Mais à l'heure de la tendresse, le manteau tombe, l'héroïne romanesque n'est plus vêtue que d'une robe blanche très souple, très simple, qu'elle aurait pu porter la veille dans sa maison, et dont les basques crénelées sont la seule concession à l'époque.

Au 5 e acte, dans le décor émouvant et tranquille du jardin des Nonnes, son costume de demi-religieuse — noir avec la coiffe blanche, les manchettes et le col blancs — est encore d'une parfaite intelligence dans son- imprécision équivoque.

C'est d'autrefois et d'aujourd'hui, c'est Roxane retirée d'un monde dont les nouvelles l'intéressent encore; Roxane au souvenir fidèle qui se penche sur son métier de tapisserie en relisant ses et très d'amour.

Plus respectueux de la coutume les comédiens limitent la recherche personnelle aux petits détails de l'ajustement. Ce sont les gros nœuds, d'un gris délicieux, qu'attache M.

Magnier au bas de sa culotte de velours brun; c'est le col de dentelle que M. Desjardins pose sur sa cuirasse; c'est le passepoil bleu et le col de linge plat dont M. Jean Coquelin Le Minaret agrémente un costume de velours gris.

Mlle Cora Laparcerie Pour le surplus, tableaux d'histoire, dont

les décors confirment l'exactitude. La pâtisserie de Tlaguenau est un Téniers plus spacieux; le camp, avec son fond de nuages roses, l'ampleur de la plaine, ses beaux groupements de soldats fait penser à un Wouwerman. Le jardin du couvent où circulent les nonnes blanches a la mélancolie solitaire d'un coin du grand Trianon.

L'origine de tous ces raffinements est certaine. Images persanes et décors russes ont rendu nos yeux exigeants de nouveauté, de couleurs savoureuses et de mouvements originaux. Peut-être y aurait-il danger à ce que ces modes nous absorbent trop longtemps. Mais en attendant la réaction inévitable, le modernisme oriental vient de trouver son expression suprême dans la pièce de la Renaissance. M.. Tionsin, l'auteur des décors du Minant, M. Paul Poiret, l'auteur des costumes, ont rivalisé d'imagination et d'audace. Peut-être les décors rappellent-ils Sumurun et l'école munichoise, avec leurs plans unis, lavés qu'animent le mouvement décoratif des frises et l'opposition brutale des couleurs. Mais si les costumes s'inspirent des miniatures persanes et des estampes japonaises, c'est avec une interprétation si violemment moderne qu'ils frappent assurément par l'excès de la nouveauté plutôt que par l'archaïsme ou par l'exotisme. Le j^ inard

Au i er acte, dans un intérieur de harem m. Jean Worms

blanc, bleu indigo, vert cru, que surmonte une frise de palmes, les femmes sont vêtues de bleu, de vert, de noir et d'or. Au 3 e acte, dans un décor blanc et noir, elles dénient en procession toutes blanches et noires, sans qu'une seule pourtant soit pareille à sa compagne. Des tuniques à cerceaux, ballottant autour du corps, surplombent les culottes fendues; des jupes à trois paliers, et qui semblent faites d'abat-jour superposés, s'évasent audessous de corselets bas serrant le torse comme des bandelettes. De petits casques de perles emboîtent la tête en cachant les cheveux et les oreilles, Toutes les matières sont employées : perles, fourrures, gazes lamées, brochés et brocarts, et jusqu'à ces tissus raidis par le métal qui donnent à M.. Jean W^orms l'aspect d'un prince de laque.

Pour compléter l'illusion, Mme P., dans la salle, semble habillée pour entrer en scène, avec son lourd casque d'argent voilant les cheveux, au centre duquel viennent se ficher d'invraisemblables plumes noires.

Lise-Léon Blum.

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