‹ Gazette du bon tonChapitre 17 sur 38 · LE BLANC ET LE NOIR · texte numérisé non relu

LE BLANC ET LE NOIR

CE n'est pas un roman. Le roman, c'est Le Rouge et Le Noir, qui est plus long, trop long même pour une lectrice seule : c'est un livre à lire à deux, chacun la moitié. Mais il n'est pas question de cela ici, où l'on nous donne à étudier la physiologie du quadrillé blanc et noir considéré sous toutes ses formes, lesquelles sont innombrables et se décomposent les unes dans les autres comme les nuances dans le col changeant du pigeon. Cette image est de Renan, mais pour une autre comparaison. Rendons-la lui; nous en trouverons bien quelque autre, à nous, en cours de route.

Voici une robe à carreaux blancs et noirs, mais les noirs

sont formés eux-mêmes de carreaux blancs et noirs. Essayez de vous imaginer chacun de ces derniers composé lui aussi de carreaux plus petits dont les noirs reproduisent, diminué, le même quadrillé répétant encore le même dessin, et ainsi de suite... Vous aurez ce qui se fait de mieux comme notion de l'infini.

Les carreaux peuvent être dessinés par des fils noirs entrecroisés à l'imitation d'un grillage de fenêtre de cabanon sur un fond blanc, et voilà un premier quadrillé, ou plutôt plusieurs quadrillés les uns dans les autres. Mais comme ces

grillages sont espacés à intervalles égaux, ( Madame, c'est très vilain de montrer du doigt; soit dit en passant) cela fait une bande blanche qui encadre chacun des carrés composé luimême d'autant de carreaux qu'il y a de fils croisés — probablement. Effet de quadrillé double, triple ou quadruple, on ne sait plus du tout où l'on en est.

Nous continuons, n'est-ce pas? Je vais

décrire d'une façon parfaitement claire un troisième quadrillé : C'est un dessin vertical — et horizontal, forcément : pour qu'il y ait quadrillé. — Non, c'est plutôt un dessin diagonal. Les diagonales coupant les horizontales et les verticales — qui ont eu le temps, néanmoins, de se sectionner dans leur petit coin en forme de fenêtres — et se rencontrant elles-mêmes avec les diagonales opposées, enferment dans des losanges (qui sont en même temps, à tout prendre, des carrés, pour peu que l'on regarde le dessin dans l'autre sens) les quadrillés formés par l'intersection des horizontales et des verticales. Bien. . . Ce n'est pas tout. Le tissu quadrillé, on l'emploie en combinaison avec un tissu uni, pour reposer la vue, calmer les nerfs. On l'emploie avec l'organdi, les cols d'organdi, les manchettes d'organdi, les ceintures d'organdi.

Sachez que les carreaux sont plus petits cette année que l'année dernière. Dans une importante filature, trente ouvrières travaillant à la loupe ont réussi des carreaux si petits, si petits qu'ils sont absolument invisibles ; et les ouvrières ont perdu la vue à la suite de ce travail. On attend pour l'année prochaine des ouvriers japonais, descendants de ces graveurs minutieux

qui faisaient tenir une fable entière sur un grain de blé. Plus le quadrillé est petit, plus l'habileté est grande.

Maintenant, il y a, depuis cette saison, des quadrillés blancs et noirs qui sont verts ou rouges et qui ne sont pas, dans ces conditions, du moins je le présume, des quadrillés blancs et noirs proprement dits, mais bien plutôt des damiers rebrodés de fils de couleur — au point de croix ou au point lancé, vous voyez si je suis renseigné.

J'oubliais le Dernier Carré. Flûte!... C'est le plus héroïque. — Voyez-le ci-dessous, ouvert sur un devant blanc, comme certaine redingote grise sur un gilet et une culotte de basin, dont se souvient le Monde.

Célio.

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