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LA VERITABLE

LEGENDE DU MACRAME

E macramé eût pu être inventé par cette gantière de la rue Guénégaud, qui livra avec tant de complaisance, à Lawrence Sterne, son poignet, pour qu'il comptât les pulsations de l'artère. Il s'en fallut peut-être de bien peu qu'il ne naquît ce jour-là des doigts distraits d'une boutiquière sentimentale, n'en finissant pas de ficeler le petit paquet de quatre paires de gants choisies par l'aimable Anglais pour prolonger un entretien dont il nous a laissé la narration délicieuse. Le macramé ne fut trouvé que

bien des années plus tard, environ notre Exposition Universelle de 1900, et bien involontairement , par une manutentionnaire rêveuse, employée à préparer des livraisons dans une maison de la rue de la Paix.

La pauvre petite songeait

bien à ce qu'elle

faisait! Tandis

que sa pensée

s'envolait, par

delà son triste

sous-sol, vers le beau temps qu'il

faisait dehors, l'amoureux qu'elle

aimait, et le bal du Dimanche passé et celui du prochain, ses doigts jouaient avec les cordons de ses paquets, que depuis une heure elle nouait ensemble sans y prendre garde ; mais comme elle avait ce goût inné des ouvrières de Paris, les ficelles enchevêtrées formaient un dessin tout à fait original et joli, que l'on appela,

pour cette raison sans doute, du nom expressif

de macramé.

Ce fut un engouement, une folie. Des

kilomètres de cordon passèrent dans les variations improvisées sur une planchette par

toutes les jeunes filles en fleurs de la France,

qui s'aidèrent ainsi à attendre, dans l'ennui

des foyers familiaux, l'heure souhaitée du

mari, où l'on envoie promener broderie,

tapisserie, macramé, pour entreprendre, enfin!

d'autres travaux de dames, moins compliqués, beaucoup plus intéressants.

Puis le macramé connut la défaveur — vers les mêmes temps que la )\ \\

pyrogravure, le cuir ^» \\

repoussé et les étains d'art, monuments d'une époque qui porta à l'art appliqué un excessif amour. Le petit commerce, rasséréné, vit revenir à son taux normal le prix de la ficelle, qui ne servit plus qu'à attacher les sacs d'épicerie et les petits paquets de gâteaux secs.

Qu'est devenu depuis ce temps l'ancien favori déchu, où est-il? Il dort.

Il dort au Bois Dormant des Modes Passées, entre la « frivolité » interrompue, comme une pendule arrêtée, au milieu d'un lacet ébauché par sa petite navette de

nacre, et les « microbes » frappés d'un coup de baguette magique au beau moment de la confection d'un de ces petits trous ménagés dans la toile, et dont, sans doute, vous vous souvenez. La vogue de la frange va, m'a-t-on dit, ramener le macramé, appliqué cette fois-ci non à l'ameublement mais à la robe. Voyez-vous cela? Pour moi, qu'une habitude d'esprit pousse à voir à la façon d'une image les choses de la mode, voici comment je me représente le tableau : Le Macramé, piqué de travers par une de ses épingles, s'est endormi au Château du Souvenir — que de ronces, dé taillis, de marécages à franchir

pour arriver jusque là — où, d'un baiser sur la bouche (!) la Frange va le réveiller.

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