MÉDECINE ET DE CHIRURGIE — N
Rémission fébrile le 24 ; la diarrhée persiste ; insomnie et agitation nocturne ; rêvasseries. Toux fréquente sans expectoration: fuliginosités nombreuses sur les lèvres et la langue; légère stupeur;
Le 30, rémission générale de tous les symptômes. Le malade commence à prendre du bouillon.
Cet amendement persiste durant les premiers jours d’octobre, et D... paraissait entrer en convalescence.
Le 5 octobre au soir, D... s’étantassis sur son lit, aurait éprouvé, au dire de ses camarades, une courte crise convulsive. A minuit, la fille de service constate un nouveau malaise subit qui ne dure que quelques instants.
Le 0 octobre, à huit heures du matin, le malade se disposait à prendre quelques cuillerées de chocolat, lorsqu’il éprouve un malaise subit aven pâleur de la face et accès convulsif généralisé qui dure environ quatre minutes et se termine par la mort.
Les urines n’ont pas été examinées pendant la vie, et l’on n’a pas songé après la mort à prendre celles qui se trouvaient encore dans la vessie, malgré tout l’intérêt qui s’attachait à leur analyse. Durant la vie cependant, elles étaient abondantes et pas sanglantes; le malade accusait aussi des douleurs dans la région lombaire; mais ce symptôme a passé inaperçu au milieu de ceux dont s’est accompagné l’état typhoïde.
Autopsie. — L’estomac n’est pas distendu par des gaz. Les lésions des plaques de Peyer s’étendent à environ 2 mètres au-dessus de la valvule iléo-cœcale. Gaufrées en haut, exulcérées plus bas, ulcérées vers la valvule où quelques-unes présentent des ulcérations en cratère. Deux de ces dernières arrivant jusqu’à la tunique séreuse sont cicatrisées; l’anneau du cratère est saillant, dur, résistant, c’est un véritable tissu cicatriciel; le fond en est lisse, poli, et semble indiquer que la réparation est complète.
Les follicules clos ne sont pas altérés. Le gros intestin est congestionné à sa partie supérieure. On trouve quelques ganglions mésentériques hypertrophiés.
Organes thoraciques. — Adhérences pleurales anciennes, trèsdifficiles à déchirer. Poumons emphysémateux avec congestion généralisée. Les bronches présentent une vascularisation ancienne avec des ganglions hypertrophiés : bronchite chronique avec emphysème.
Le péricarde renferme environ 200 grammes d’un liquide citrin.
Le cœur est dilaté, ses parois sont peu épaisses; la section montre un myocarde décoloré un peu jaunâtre, granuleux'. Cette dilatation cardiaque ancienne correspondait évidemment à la bron- ' chite avec emphysème que nous venons de constater.
Les cavités gauches sont vides de sang et ne renferment pas le moindre caillot. Il en est de même des cavités droites; mais celles-ci contiennent cependant une petite quantité d’un sang noir, liquide.
Rien d’anormal aux valvules, ni dans les gros vaisseaux.
Cerveau. — Léger ramollissement et anémie générale.
Foie et rate. — Un jeu congestionnés.
Pancréas. — Cet organe hypertrophié pèse 110 grammes. 11 est dur au toucher et non moins dur à la section. Nous ne savons pas au juste quelle est la nature de cette lésion, qui nous parait cependant être de la sclérose.
Les deux reins étaient notablement hypertrophiés. Le rein droit pesait 220 grammes, et le gauche 250. Les capsules n’étaient pas adhérentes : les deux reins avaient une surface régulière et d’un blanc jaunâtre. La section fait voir que cette hypertrophie porte exclusivement sur la substance corticale, qui est jaunâtre, granuleuse, et présente, en un mot, l’aspect du gros rein blanc.
Cette lésion rénale est ancienne, probablement d’origjne alcoolique, et ne peut pas être imputée à la fièvre typhoïde ; mais n’a-t-elle pas joué un certain rôle dans les crises convulsives qui ont précédé la mort (albuminurie)? ou bien celles-ci doivent-elles être rattachées à de l’anémie cérébrale brusque? Nous ne conclurons pas, car, à dire vrai, dans ce cas, la pathogénie de la mort subite nous échappe complètement.
Obs. III. — Fièvre typhoïde ambulatoire. Mort subite du quinzième au vingtième jour par asphyxie d’origine bulbaire. Surcharge graisseuse et dégénérescence granulo-graisseuse du cœur. Etat spécial légèrement poisseux du sang avec coloration rosée. — J..., jeune soldat de constitution robuste, âgé de vingt et un ans, entrait à l’hôpital le 25 janvier 1879. Il ne se disait malade que depuis six jours, et son talon d’entrée portait le diagnostic (l’embarras gastrique fébrile.
La maladie avait débuté par quelques frissons suivis de fièvre, de courbature générale, de céphalalgie, d’inappétenceisans diar-
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rliée ni constipation. Depuis deux jours, les symptômes généraux et nerveux s’étaient aggravés : la fièvre était devenue plus intense, continue ; il y avait en outre de l’insomnie et une violente rachialgie.
A son arrivée à l’hôpital, nous lui trouvons une face crispée par la douleur; la rachialgie est, en effet, tellement prononcée que le moindre mouvement est très-douloureux. Le malade est courbé sur sa chaise, plongé dans la stupeur, et il lui tarde fort de se trouver dans son lit. La céphalalgie et la fièvre sont légères. La langue, rouge sur les bords, est chargée on son milieu d’un enduit saburral jaunâtre. 11 y a un peu de diarrhée, mais sans météorisme abdominal ni douleur à la pression de la fosse iliaque droite. Enfin, des papules rouges, saillantes, se voient sur les côtés latéraux du cou, sur la paroi antérieure de la poitrine et de l’abdomen, et aussi à la racine du membre inférieur.
Le diagnostic est hésitant : la rachialgie avec l’éruption papuleuse, avec une fièvre modérée, peuvent faire croire à une variole à sa période d’éruption; d’autant plus qu’il règne en ce moment dans la garnison une épidémie de variole. Mais, d’un autre côté, les symptômes généraux graves ne paraissent pas en rapport avec une variole se bornant à une éruption si discrète et peuvent faire craindre une affection plus sérieuse.
Le diagnostic exact n’est donc pas porté ce premier jour : on se borne à une médication expectante. Dans la soirée du même jour, J... paraissait un peu plus abattu. La fièvre était assez forte; la peau était couverte do moiteur : cependant rien 11e pouvait faire penser à une terminaison brusque. Au commencement de la nuit, le malade, s’asseyant sur son lit, demanda à boire à plusieurs reprises : on l’entendit pousser quelques profonds soupirs, et ce fut tout. A trois heures du matin on le trouvait mort.
A notre visite du 26, nous lui trouvâmes un aspect violacé de la face, du cou et de la partie supérieure de la poitrine. Un épanchement sanguin sous-conjonctival abondant avait produit un ehémosis double.
Autopsie. — L’intestin grêle présente une injection par zones avec altération des plaques de Peyer jusqu’au voisinage du duodénum ; vers la valvule iléo-cœcale, ces plaques sont saillantes, mais non ulcérées ; plus haut, elles offrent l’aspect d’une barbe fraîchement rasée. La lésion intestinale dominante était de la psorenlérie : les follicules clos faisaient saillie dans toute l’étendue du petit et du gros intestin.
Le foie, la rate, les reins n’ont rien de bien anormal. Les poumons sont légèrement congestionnés, surtout à leur base.
Au cœur, nous trouvons une stéatose des plus manifestes. Les parois en sont flasques et amincies, surtout au niveau du ventricule gauche. Le myocarde présente un aspect jaune pâle. L’examen microscopique, en effet, a fait reconnaître une surcharge graisseuse générale du cœur avec dégénérescence granulo-graisseuse de la libre cardiaque. Les cavités du cœur sont vides; cependant le ventricule gauche renferme une petite quantité d’un sang ayant la consistance et la coloration de gelée de groseille diluée. L’endocarde, en cette région, est coloré en rose foncé.
Notons une congestion cérébrale intense et généralisée.
Les sinus sont gorgés d’un sang rose foncé et légèrement poisseux; nulle part dans le système cérébro-spinal supérieur, nous ne trouvons trace d’hémorrhagie interstitielle ou autre.
Mais ce qui domine comme lésion, co sont les nombreuses ecchymoses sous-cutanées de la face, du cou, de la poitrine. Dans lés organes profonds, dans le tissu cellulaire intermusculaire et périvasculaire, nous trouvons de nombreux épanchements sanguins en nappe au cou, autour du paquet vasculo-nerveux de l’aisselle et du bras, le long des gros vaisseaux placés au-devant de la colonne vertébrale, etc.
Réflexions et conclusions. — Nous avons donc eu affaire à une fièvre typhoïde à forme ambulatoire, arrivée entre les quinzième et vingtième jours. Selon toute probabilité, la mort subite serait survenue par asphyxie : les ecchymoses et épanchements sanguins multiples, la congestion cérébrale, nous araissent des preuves suffisantes. Il nous semble, ensuite, que origine bulbaire de cette asphyxie ne saurait être douteuse ; mais il est plus difficile de dire si celle-ci est résultée d’une anémie brusque ou d’une congestion cérébro-bulbaire. Quoi qu’il en soit, notons la coïncidence de la stéatose avec dégénérescence granulo-graisseuse du cœur et l’état spécial du sang, et arrivons une fois encore à conclure que la mort subite dans la fièvre typhoïde peut être produite par des lésions fonctionnelles ou anatomiques diverses.
SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des sciences.
Effets des inhalations d’essence de térébenthine. Mémoire de M. Poincaré. — L’auteur a examiné et interrogé 282 ouvriers employant cette substance à un litre professionnel quelconque; en outre, il a maintenu, pendant sept, huit, douze et même seize mois, des animaux dans un milieu fortement chargé de vapeurs de la même substance. Les phénomènes accusés par les ouvriers étaient de la céphalalgie, un trouble du sentiment d’équilibre, une grande irritabilité du caractère, une sensation de picotement aux yeux, du larmoiement, de l’affaiblissement de la vue se manifestant surtout à la lumière artificielle, des coryzas fréquents, de la toux, des irritations granuleuses du pharynx et du larynx, des vomissements et des troubles digestifs variés. Au début, ces effets se produisent eu général, même quand le travail est de peu de durée et qu’il s’effectue dans de bonnes conditions d’aération; mais, sous l’influence d’une habitude rapidement acquise, ils ne se montrent plus qu’à la suite d’un travail prolongé ou fourni dans un milieu confiné. Quant aux inhalations expérimentales, si les animaux sont maintenus dans un milieu dont l’air est renouvelé constamment, tout en apportant avec lui une quantité modérée de vapeurs d’essence de térébenthine, ils paraissent rester clans un état physiologique. (Renvoi à la commission des arts insalubres.)
Concours de prix. — M. Gréhant adresse, pour le concours des prix de médecine et de chirurgie : 1° un mémoire imprimé Sur le mode d'élimination de l’oxyde de carbone ; 2" un mémoire manuscrit Sur l’absorption de l’oxyde de carbone par l’organisme vivant. (Renvoi à la commission des prix de médecine et de chirurgie.)
Maladies du cœur. — M. Rosolimos adresse, pour le concours des prix de médecine et de chirurgie, trois mémoires intitulés : 1° Recherches expérimentales sur l’occlusion des orifices auriculo-ventriculaires ; 2° Du premier bruit du cœur; 3° Une nouvelle doctrine de la pulsation cardiaque. (Renvoi à la commission des prix de médecine et de chirurgie.)
De l’influence de la chaleur sur les fonctions des centres nerveux de l’écrevisse. Note de M. Ch. Richet. (Voy. Société de biologie, p. 33G).
De la régénération des nerfs de l’épithélium antérieur
DE LA CORNÉE ET DE LA THÉORIE DU DÉVELOPPEMENT CON¬ TINU du système NERVEUX. Note de M. L. Ranvier. — Pour étudier la régénération des nerfs de l’épithélium antérieur de la cornée, l’auteur a employé la méthode de l’or. Le procédé qu’il a suivi est celui qu’il a communiqué à l’Académie dans le courant de l’année dernière ( Comptes rendus, 1878, p. 11L2).
Les conclusions de ce mémoire sont les suivantes :
La régénération des cellules de l’épithélium antérieur de la cornée précède celle des nerfs. La reproduction et la nutrition du revêtement épithélial de la cornée sont donc indépendantes du système nerveux. La régénération des fibrilles nerveuses intra-épithéliales se fait par le bourgeonnement des nerfs amputés. Le processus de régénération des nerfs de la cornée se produit suivant le type du développement physiologique. En effet, chez l’enlant nouveau-né et chez le lapin qui vient de naître, la cornée ne contient encore ni plexus sousépithélial ni fibres nerveuses intra-épithéliales. Les fibres perforantes, après avoir traversé la membrane limitante antérieure, se terminent par de simples bourgeons situés sous l’épithélium ou entre les cellules épithéliales de la première rangée. Chez le cochon d’Inde, qui naît les yeux ouverts et
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qui alors est déjà bien développé, le plexus sous-épithélial et les fibres intra-épithéliales sont entièrement formés au moment de la naissance.
Suivant l'auteur, les dernières ramifications nerveuses, tout en suivant le plan qui leur est imposé par leur organisation, auraient une tendance à végéter continuellement à la périphérie, et elles ne seraient arrêtées dans leur croissance que par les obstacles qu’elles rencontrent, comme les racines des plantes dans l'intérieur du sol. Cette théorie, il l’appelle théorie du développement continu du système nerveux.
Académie de médecine.
SÉANCE DU 20 MAI 1879. — PRÉSIDENCE DE M. RICnET.
M. la ministre de l'intérieur informe l'Académie qu’il met h sa disposition une somme de 2000 francs dont le montant devra être employé à récompenser les autours dos meilleurs mémoires sur la mortalité des enfants du premier ûjçc.
M. le ministre do l’instruction publique et des cultes' trausmot à l’Académie un mémoire intitulé : Mes idées en médecine , qui lui a été adressé par M. Barbé.
M. lo ministre de la marine et des colonies accuse réception d’un envoi de vaccin. (Commission de vaccine.)
M. lo ministre de l'agriculture et du commerce transmet à l’Académie : 1° Le compte rondu dos épidémies observées, en d878, dans les départements de l’Orne et de l'Ardcchc. (Commission des épidémies.) — 2° Lo tableau dos vaccinations pratiquées dans les départements du Lot, de la Nièvre, de l’Orne, do la Corse, de la Dordogne, du Clior, do la Vendée, de l’Isère, des Landes et de la Haute-Saouo. (Commission de vaccine.) — 3° Des pièces relatives à l’exploitation des sources minérales de la Bourboule. (Commission des eaux minérales.) — • <iJ Lo rapport général do AI. le médecin-inspecteur des eaux de Grcoulx pour l’année 1877. (Même commission.) — 5° La formule d’un médicament auquel M. Nielle attribue des propriétés curatives dans le choléra. (Commission des remèdes secrets et nouveaux.)
L'Académie reçoit : 1° M,,,a Finqueneisel, sage-femme, adresse l’état des vaccinations qu’elle a pratiquées en 1878 à Constantine. (Commission de vaccine.) — 2° M. lo docteur Vallin adresse une lettre de candidature pour la section d’hygiène et de médecine légale. — 3° M. Michel Lévy adresso à l’Académie la troisième édition du Traité d'hygiène do feu AI. le docteur Michel Lévy. — 4° M. Labbèe adresse une brochure sur V Avenir des écoles préparatoires de France. t
M. Larrey présente, au nom de M. Binlot, uno Étude sur les dyspepsies.
M. Jules Guérin présente, en son nom, une Élude sur l'intoxication purulente.
M. Berger on présente, au nom do M. Lunier, le Compte rendu du congrès pour l'élude des questions relatives à l’alcoolisme .
Nécrologie. — M. le Président annonce à l’Académie la perte de l’un de ses membres, M. Paul Jolly, qui vient de succomber à l’âge de quatre-vingt-huit ans.
Opération césarienne. — M. Depaul présente une femme sur laquelle M. le docteur Bailly a pratiqué l’opération césariennè avec succès. Cette femme, dont la taille est de lm,20, présèntait un bassin rachitique de 6 centimètres. L’enfant était mort, et c’est uniquement dans l’intérêt de la mère que AJ. Bailly a choisi ce mode d’intervention. La guérison eut lieu rapidement et sans complications.
Dédoublement des opérations cérébrales. Du rôle