L. Leiioy
Société de biologie.
Aotion côn traie du salicylate de soude : M. Bochefontaine. — Influences d'arrêt de l’encéphale sur les fonctions motrices de la moelle : M. Brown-S équard. — Épilepsie spinale : M. Laborde. — Absence des trous de Monro dans le cerveau des sujets adultes : M. M. Duval.— Substitution de l’arsenic au phosphore dans le cerveau : MM. Caillol et Livon. — Sur la perception de la couleur rouge chez les opérés de cataracte : M. Galezowski. — Survie après un empoisonnement prolongé par le curare : M. Paul Bert.
M. Bochefontaine, à propos d’une communication faite dans la séance précédente par M. Oltramare sur l’action du salicylate de soude, rappelle ses propres recherches qui tendent à établir que le salicylate de soude agit sur la sensibilité par l’influence qu’il exerce sur les centres nerveux. Il ajoute que la respiration a toujours été modifiée dans ses expériences et vraisemblablement aussi sous l’influence d’une action centrale du salicylate de soude. Les différences observées par M. Oltramare tiennent sans doute à ce qu’il a expérimenté sur des herbivores qui, comme on l’a noté il y a déjà quelques années, sont peu sensibles à l’action du salicylate de soude.
— M. Brown-Séquard rapproche des paralysies directes observées par lui à la suite des hémisections transversales du bulbe, du pont de Varole, les mouvements du même côté produits par la galvanisation des mêmes régions. Il dit qu’en présence de ces faits il faut renoncer aux idées courantes qui attribuent les paralysies à l’interruption de fibres motrices dans les cas de sections : il s’agirait d’une irritation locale des éléments nerveux, irritation produisant à distance une influence suspensive sur les parties motrices de la moelle. Comme exemple de ces actions à distance il cite le fait d’un lapin dont il avait mis à nu la couche optique du côté droit et dont le membre antérieur droit affectait l’attitude du membre à demi paralysé, telle qu’on l’observe à la suite de la destruction des zones dites motrices du cerveau. Les régions qu’on considère comme motrices diffèrent seulement des autres zones du cerveau en ce qu’elles présentent une prédominance de l’action motrice sur l’action suspensive.
Comme réciproque des actions suspensives du cerveau sur la moelle, M. Brown-Séquard rappelle certains faits qui tendent à établir l’action inhibitoire de la moelle sur le cerveau :
d’idiotisme, par la difficulté de parler, la faiblesse de la vue et même par la perte totale de ce sens; et dans cet état quelques-uns marchaient plus ou moins longtemps, conduits par leurs camarades ou leurs amis. L’action musculaire s’affaiblissait sensiblement; les individus chancelaient sur leurs jambes comme des hommes ivres; la faiblesse augmentait progressivement jusqu’à la chute du sujet, signe certain de l’extinction totale de la vie. »
36000 hommes à peine résistèrent à ces misères, qui durèrent trois mois, du 13 novembre 1812 au 10 février 1813.
La neige n’est pas moins désastreuse que le froid le plus rigoureux, et c’est elle surtout qui a fait périr un certain nombre de Grecs. Au mois de janvier 1845, une petite colonne française de 2800 hommes opérait en Afrique une retraite de Bou-Thaleb sur Sétif, dans la province de Constantine (Sétif est à 1100 mètres d’altitude). La température ne descendit guère au-dessous de — 4 degrés; il y avait plus de 40 centimètres de neige couvrant le sol. Pendant la nuit du
I il a vu qu’à la suite de l’hémisection de la moelle à la partie inférieure de la région dorsale l’excitation galvanique de la base du cerveau du côté opposé ne produisait pas de mouvements ; l’excitation du côté correspondant produisait au contraire des mouvements exagérés. L’encéphale et la moelle ont donc les mêmes influences suspensives l'une sur l’autre.
— M. Laborde présente un lapin dont le sciatique a été sectionné quelque temps auparavant et chez lequel les attouchements ae la patte déterminent de petites attaques d’épilepsie spinale. Chez un cochon d’Inde dont le sciatique a été coupé, les attaques d’épilepsie ne sont pas encore généralisées : elles se produisent seulement dans le membre postérieur quand on irrite la peau du cou : M. Laborde considère ces accès partiels comme le premier degré de l’accès généralisé.
— M. M. Duval, revenant sur une assertion qu’il avait émise sans autre développement dans une précédente communication, à savoir que les trous de Monro n’existent pas dans le cerveau adulte des mammifères, apporte aujourd’hui les preuves sur lesquelles repose son opinion. Il faut, dit-il, considérer les trous de Monro : 1° au point de vue de la communication qu’ils établiraient entre les ventricules latéraux et le ventricule moyen; 2° au point de vue du passage des plexus choroïdes. En pratiquant des coupes successives on constate qu’il n’y a pas de communication persistante entre le ventricule moyen et les ventricules latéraux dans le cerveau de l’homme", du chien, du chat, du rat, à l’état adulte. Le plexus choroïde est en dehors de la cavité ventriculaire comme l’intestin est en dehors de la cavité péritonéale : il est revêtu d’une couche de substance nerveuse dont il s’est coiffé et qu’il a refoulée devant lui en se développant vers le ventricule latéral.
Ces faits sont importants aussi bien au point de vue de la distribution normale du liquide céphalo-rachidien qu’au point de vue du mode de production des hydropisies ventriculaires, comme le font remarquer MM. I*. Bert et Bochefontaine.
— M. Laborde présente une note de MM. Caillol et Livon, sur la substitution de l’arsenic au phosphore dans les centres nerveux à la suite de l’empoisonnement par l’arsenic.
— M. Galezowski a constaté que plusieurs opérés de cataracte avaient des impressions rouges persistantes, et, ne pouvant attribuer ces troubles visuels à faction de la belladone, il se demande s’il n’y aurait pas perception du rouge rétinien par les opérés à la suite de l’ablation du cristallin.
M. Pouchet fait remarquer qu’il s’agit ici sans doute d’un phénomène seulement subjectif ; à son avis ces sensations anormales de la vision ont leur source non dans la rétine, mais dans le cerveau lui-même. D’après ce qu’on sait de la fonction des différentes couches de la rétine, il est difficile
2 au 3 janvier, 208 hommes périrent pendant la marche; 250 hommes seulement peuvent être considérés comme ayant complètement échappé à l’influence désastreuse de la neige ; 532 entrèrent à l’hôpital ; les autres, au nombre de 1800 environ, furent traités à la caserne (Shrimpton, Relation de la retraite de Èou-Thaleb, in Mém. de méd. milit., 2" série, t. I, p. 154).
Si nous voulons porter nos souvenirs sur une époque encore bien récente, et consulter le Rapport sur les résultats du service médico-chirurgical des ambulances de Crimée pendant la campagne d’Orient, nous y verrons que 309 268 hommes furent envoyés de France et d’Afrique pendant les années 1854, 1855 et 1856 ; le thermomètre descendit jusqu’à — 22 degrés, et les cas de congélation dans l’armée française s’élevèrent à 5290, parmi lesquels 1178 se terminèrent par la mort (Chenu, Rapport, etc.; Paris, 1865, in-4, p. 8). ■
D’après cet aperçu historique, il est hors de doute que, dès la plus haute antiquité, des médecins ont été attachés
402 — N° 25 — GAZETTEjgHEBDOMADAlRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE
20 Juin 1879
d’admettre que le rouge rétinien soit en cause dans les cas dont parle M. Galezowski, puisque cette matière colorante siège en arrière des couches sensibles de la rétine.
Du reste on pourrait trancher la question en exposant l’œil à une vive lumière pendant un temps assez long. Comme on le Sait, le rouge rétinien se détruit à la lumière à mesure qu’il se forme, et si les sujets continuent à avoir la perception persistante du rouge à la suite de cette exposition au grand jour, c’est qu’ évidemment la cause de cette sensation n’est pas dans le rouge rétinien.
— M. Paul Bert rapporte un cas de survie chez un chien à la suite d’un empoisonnement par le curare, prolongé pendant trente-neuf heures : l’animal avait été soumis du samedi au lundi à la respiration artificielle. A ce propos M. Laborde rappelle qu’il a vu dans ses expériences sur l’aconitine des animaux en état de mort apparente revenir à la vie après vingt-quatre heures d’insufflation. II a noté le même fait chez des animaux empoisonnés par le venin du Cobra capella. M. Laborde ajoute qu’il serait très-important d’avoir des moyens pratiques de faire chez les asphyxiés, les noyés, la respiration artificielle prolongée, et M. Budin dit qu’on emploie chez les nouveau-nés un tube laryngien très-bien construit, à l’aide duquel l’insufflation pulmonaire s’opère facilement.