PRIX PROPOSÉS POUR L’ANNÉE
Prix de l’Académie. — Question : De l'influence des maladies du cœur sur les maladies 'du foie, et réciproquement . — Ce prix sera de la valeur de 1000 francs.
Prix fondé par M. le baron Portai.. — Question : Anatomie pathologique des cartilages articulaires. — Ce prix sera de la valeur de 1200 francs.
Prix fondé par madame Bernard de Civrieux. - Question : Du rôle du système nerveux dans les maladies du cœur. — Ce prix sera de la valeur de 1500 francs.
Prix fondé par M. le docteur Capuron. — Question : Influence de la luxation coxo-fêmorale sur la conformation du bassin.— Ce prix sera de la valeur de 1500 francs.
Prix fondé par M. le baron Barbier. — Ce prix sera de la valeur de 7000 francs.
Prix fondé par M. le docteur Godard. — Ce prix sera décerné au meilleur travail sur la pathologie interne. 11 sera de la valeur de 1500 francs.
Prix fondé par M. le docteur Desportes. — Ce prix sera décerné à l’auteur du meilleur travail de thérapeutique médicale pratique. Des récompenses pourront, en outre, être accordées à l’auteur ou aux auteurs des travaux de même nature. Il sera de la valeur de 2000 francs.
Prix fondé par madame veuve Henri Buignet. — Ce prix, qui est de la valeur de 1500 francs, sera décerné tous les ans à l’auteur du meilleur travail manuscrit ou imprimé sur les applications de la physique ou de la chimie aux sciences médicales. 11 ne sera pas nécessaire de faire acte de candidature pour les ouvrages imprimés; seront seuls exclus les ouvrages faits par des étrangers et les traductions. Le prix ne sera pas partagé; si une année aucun ouvrage ou mémoire n’était jugé digne du prix, la somme de 1500 francs serait reportée sur l’année suivante, et, dans ce cas, la somme de 3000 francs pourrait être partagée en deux prix de 1500 francs chacun.
Prix fondé par M. le docteur Orfila. — Question : De la vératrine, de la subadilline, de l’ellébore noir et du varaire blanc. — Ce prix sera de la valeur de 2000 francs.
Prix proposé par M. le docteur Faliiet. — Question : De la folie désignée sous les dénominations de folie circulaire, folie a double forme, folie à formes alternes. Les concurrents devront réunir dans leur travail le plus grand nombre possible d observations cliniques. — Ce prix sera de la valeur de 1500 francs.
Prix fondé par M. le docteur IIuguier.— Ce prix sera décerné à l’auteur du meilleur travail manuscrit ou imprimé en France sur les maladies des femmes, et plus spécialement sur le traitement chirurgical de ces affections (non compris les accouchements). 11 n’est pas nécessaire de faire acte de candidature pour les ouvraies imprimés; seront seuls exclus les ouvrages faits par les étrangers et les traductions. - Ce prix ne sera pas partage. Il sera de la valeur de 2000 francs.
Prix fondé par M. le docteur Saint-Lager ( Extrait de la lettre du fondateur).— * Je propose à l’Académie de médecine s une somme do 1500 francs pour la fondation d un prix de pareille
» somme destiné à récompenser l’expérimentateur qui aura produit » la tumeur thyroïdienne à la suite de 1 administration, aux ani- » maux de substances extraites des eaux ou des terrains des pays s à endémie goitreuse. » Le prix ne devra être donné que lorsque les expériences auront été répétées avec succès par la commission académique.
476 — N° 30 — GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MEDECINE ET DE CHIRURGIE 25 Juillet 1879
Prix de la commission de l’hygiène de l’enfaiîce. — Question : Du sevrage et de son étude comparative dans les différentes régions de là France. — Ce prix sera de la valeur de 1000 francs.
Fondation Auguste Monbjnne. — M. Auguste Moubinne a légué à l’Académie une rente de 1500 francs, destinée « à subventionner, par une allocation annuelle (ou biennale de préférence), des missions scientifiques d’intérêt médical, chirurgical ou vétérinaire. Dans le cas où le fonds Monbinne n’aurait pas à recevoir la susdite destination, l’Académie pourra en employer le montant soit comme fonds d’encouragement, soit comme fonds d’assistance, à son appréciation et suivant ses besoins. »
Nota. — Les mémoires ou les ouvrages pour les prix à décerner en 1880 devront être envoyés à l’Académie avant le 1" juillet de l’année 1880. Ils devront être écrits en français ou en latin, et accompagnés d’un pli cacheté avec devise, indiquant les noms et adresses des auteurs.
Tout concurrent qui se sera fait connaître directement ou indirectement sera, par ce seul fait, exclu du concours. Les concurrents aux prix fondés par MM. Godard, Barbier, Huguier, üesportes et Buignet, pouvant adresser à l’Académie des travaux manuscrits ou imprimés, sont exceptés de celte dernière disposition.
Pleurésie multiloculaire. Valeur des vibrations thoraciques. — M. Noël Guencau de Mussy vient communiquer à l’Académie le résultat de ses recherches personnelles sur la valeur sémiotique des vibrations thoraciques dans les affections de poitrine.
M. Jaccoud affirme, d’après l’opinion émise par Monneret en 1848, que les adhérences pleuro-pulmonaires transmettent les vibrations vocales aux parois thoraciques. M. Maurice Raynaud, au contraire, pense que ces adhérences annihilent les vibrations vocales, opinion également émise par Monneret en 1863.
M. Gueneau de Mussy croit avec le docteur William, qui, bien avant Monneret et le docteur Winlrich, avait étudié celte question, que les vibrations du thorax pendant la phonation peuvent persister, augmenter même, comme l’a constaté le docteur William, au niveau des adhérences pleuro-pulmonaires, et que, dans d’autres cas, ces mêmes adhérences interrompent complètement les vibrations.vocales. Cette contradiction dans les manifestations d’une même lésion se retrouve dans les épanchements pleurétiques : le plus souvent alors, comme l’a dit Laënnec, les vibrations vocales du thorax sont interrompues ou affaiblies, en même temps que la sonorité thoracique est remplacée par la matité ; mais, dans d’autres cas, comme cela a été indiqué par les docteurs William et Skoda, cette sonorité persiste; elle prend même habituellement alors lin caractère tympanique et les vibrations de la voix continuent à ébranler la paroi- thoracique.
Ces résultats, en apparence discordants, peuvent s’expli¬
quer et se concilier, si l’on se rappelle les conditions dans lesquelles se produisent les vibrations des parois thoraciques, et si on en déduit les causes qui peuvent les empêcher.
Ces conditions se résument dans la proposition suivante: Les vibrations perçues par la main pendant la phonation supposent une consonnance des parois thoraciques avec les sons laryngés; elles expriment un rapport harmonique entre la tonalité de la voix qui les produit et le diamètre de la cage thoracique vibrante.
Si toutes les parois thoraciques ne sont pas aptes à fournir des vibrations appréciables à la main, et si toutes les voix ne sont pas également propres à faire vibrer ces parois, il est clair que l’absence de ces vibrations n’a qu’une valeur relative ; qu’il faut toujours, pour en tirer quelque induction diagnostique, étudier comparativement les deux côtés de la poitrine, les comparer en plaçant la main de chaque côté, à la même hauteur. •
Mais, même en prenant toutes ces précautions, l’absence ou la présence des vibrations n’ont pas toujours une signification univoque ; les adhérences, comme les épanchements, peuvent laisser subsister ou interrompre les vibrations.
En résumé, les vibrations thoraciques, perçues pendant la phonation par l’application de la main sur la poitrine, ont certainement une valeur aii point de vue du diagnostic, soit qu’elles se montrent exagérées comme dans le cas d’indurations et d’excavations pulmonaires, soit qu’elles disparaissent ou s’affaiblissent, comme cela a lieu le plus souvent dans les épanchements pleurétiques.
Statistique médicale municipale. — M. Lagneau vient répondre à quelques-unes des objections qui lui avaient été adressées dans une des séances précédentes.
L’orateur rappelle que tput le monde est d’accord dans la commission sur la nécessité de faire coopérer les médecins traitants à la statistique médicale, mais des opinions divergentes avaient été émises en ce qui concerne le moins faciendi.
En modifiant le moins possible la rédaction de la conclusion combattue par M. Bourdon, tout en se conformant à la proposition émise par M. Hardy, la conclusion nouvelle adoptée par la commission serait la suivante : « Immédiatement après la déclaration d’un décès à la mairie, le médecin traitant est engagé à remplir le bulletin nosologique qtii lui est envoyé par la poste. Lorsqu’il le juge nécessaire, il peut supprimer les nom et prénoms du décédé écrits sur une partie de ce bulletin qui, limitée par une ligne ponctuée à jour, peut être facilement séparée. »
En son nom personnel, M. Lagneau propose, non pas de laisser facultative la suppression des nom et prénoms du décédé sur le bulletin nosologique, mais de la rendre obligatoire. De cette façon, le secret professionnel serait absolument sauvegardé. .
En résumé, acquiesçant, ainsi que tous les membres de la commission, aux conclusions premières, avec la modification proposée par M. Hardy, M. Lagneau demande si, pour éviter la divulgation du secret médical, elle ne jugerait pas convenable de décider d’abord, d’une manière générale, que le bulletin nosologique du médecin traitant ne portera ni nom ni prénoms du décédé ; ensuite, que des deux certificats de décès actuellement remplis par le médecin de l’état civil, celui envoyé au bureau de statistique médicale, de même que le bulletin nosologique du médecin traitant, ne porteront aucune indication des nom et prénoms du décédé.
M. Hardy fait remarquer que souvent les parents ou amis de la famille du décédé, que les témoins qui les accompagnent ne connaissent pas le nom du médecin traitant, et ne peuvent, en conséquence, donner d’indication à ce sujet. Le médecin traitant ne peut donc pas toujours être avisé immédiatement après la déclaration de décès, comme le veut la rédaction de l’article de la commission.
25 Juillet 1879
En ce qui concerne le secret professionnel, M. Ilarily pense nue l’intérêt particulier d’une famille doit s’effacer devant rintérêt général qui s’attache à la connaissance de la cause des décès. D’ailleurs, il est exceptionnel qu’il y ait un intérêt majeur à cacher cette cause.
M. Bourdon croit que l’indication des nom et prénoms du décédé est indispensable à la confrontation et au contrôle des bulletins, car il peut arriver que, dans la même maison, il y ait deux ou trois décès le même jour, ce qui, à défaut de l’indication des nom et prénoms, pourrait créer une confusion regrettable.
M. Lagneau ne partage pas l’avis deM. Hardy relativement à l’observance du secret professionnel, dont son collègue lui paraît faire trop peu de cas. Il pense que la loi du secret médical doit être absolue; il ne faut pas donner aux médecins traitants le prétexte de la violation du secret professionnel, prétexte dont ils pourraient se servir pour refuser leur coopération à la détermination de la statistique des causes de décès.
M. Depaul dit que la loi du secret médical est la première loi du médecin. En ce qui le concerne, rien ne pourrait l’obliger à divulguer les secrets de familles qui ont mis en lui leur confiance. 11 aimerait beaucoup mieux donner un diagnostic erroné que de trahir cette confiance. Les statistiques, telles qu’elles sont laites généralement, n’ont d’ailleurs rien de sérieux. Ce n’est pas la peine, pour un intérêt d’aussi minime importance, de créer une législation nouvelle. Mieux vaudrait que l’administration se bornât à adresser aux médecins traitants une circulaire dans laquelle on leur représenterait l’intérêt et l’importance d’une bonne statistique de la cause des décès, et on leur demanderait leur coopération.
M. Bergeron dit que, malgré tous les soins qu’on pourra prendre, la statistique sera toujours imparfaite, mais elle vaudra mieux que celles qu’on a faites jusqu’à présent.
M. Le Fort propose un nouveau système de doubles bulletins à souche qui pourrait remédier à quelques-uns des inconvénients signalés.
M. le Président propose à l’Académie, avant de clore la discussion, d’examiner de nouveaux projets de Bulletins de décès qui ont été adressés à la commission par des médecins.
La proposition de M. le président est acceptée et la continuation de la discussion aura lieu dans la prochaine séance.
Société médicale des hôpitaux.
Altération spéciale des os maxillaires chez les ataxiques avec chute des dents consèoutive : M. VaUin. — Éruption provoquée chez une hystérique anesthésique et analgésique : M. Dujardin-Beaumetz. - Des modifications des couches épithéliales de la peau dans la variole hémorrhagique : M. Corail.
M. Vallin fait une communication sur une altération spéciale des os maxillaires , chez les ataxiques , avec chute des dents consécutive. Ayant l’occasion d’observer, dans son service hospitalier, un assez grand nombre de malades atteints d’ataxie locomotrice, M. Vallin a constaté à plusieurs reprises, dans le cours de cette maladie, une chute des dents survenant sans avoir été précédée de phénomènes de carie et sans douleurs. Il se fait au niveau du bord alvéolaire une raréfaction du tissu osseux qui permet à la dent de quitter spontanément l’alvcole. Celte altération trophique des maxillaires, sorte d’ostéoporose non sénile, n’a pas encore été signalée dans l’ataxie locomotrice; elle mérite d’appeler l’attention, car elle peut être un phénomène assez précoce de la maladie.
M. Luys a observé chez deux ou trois malades la modifi¬
cation de la face signalée par M. Vallin. Dans ces cas, la lèvre inférieure empiète sur la lèvre supérieure sans que pour cela il y ait eu chute des dents.
M. Lereboullet a eu l’occasion d’observer un malade qu’il croyait atteint d’aplasie lumineuse; ce malade présentait de l’atrophie musculaire, de la diplopie, de la perte des dents. Trois mois après l’on pouvait parfaitement faire le diagnostic: ataxie locomotrice.
— M. Dujardin-Beaumetz présente une femme hystérique, complètement anesthésique. Cette femme présente une particularité dont il ne connaît pas d’exemple : c’est que, toutes les fois que l’on écrit un mot sur une partie quelconque du corps, au bout de quelques minutes, il se produit sur tous les points touchés une élevure de la peau absolument semblable à de l’urticaire, et l’inscription reste ainsi marquée pendant quatre ou cinq heures; en même temps la température s’élève sur tous ces points. Sur aucun point du corps on ne trouve d’urticaire spontané, et depuis que M. Dujardin- Beaumetz examine cette malade, il n’a jamais constaté d’autre éruption que celle qu’il a provoquée lui-même. M. Vulpian a observé (le cas n’a pas été publié) un jeune homme non hystérique sur lequel on déterminait des élevures de la peau semblables à celles de la malade en question, et cela par le même procédé. Chez un autre malade, M. Dujardin-Beaumetz a produit de l’érythème sur tous les points où il appliquait un aimant. Il y a là un fait particulier : Tout d’abord on peut se demander si ces troubles vaso-moteurs ne déterminent pas des troubles encéphaliques et ne provoquent pas l’apparition des accidents hystériques.
M. Strauss rappelle un article d’un médecin allemand publié dans le Cenlralblatt (1878) sur les troubles vaso-moteurs de la peau chez les hystériques. Cet auteur publie un certain nombre de faits semblables ou à peu près semblables à celui que vient de présenter M. Dujardin-Beaumetz.
M. Besnier fait remarquer que ces éruptions sont fréquentes chez des personnes sujettes à l’urticaire. Il suffit de faire un simple grattage pour déterminer aussitôt la formation de plaques "ortiées. Mais ce qui est intéressant dans le cas de M. Dujardin-Beaumetz c’est l’intensité de l’éruption, la facilité qu’on a à la déterminer et les rapports de ces phénomènes avec l’hystérie.
M. Constantin Paul communique le fait suivant, fait qui présente des rapports avec celui de M. Dujardin-Beaumetz. Sur le dos d’un malade, atteint d’urticaire il est vrai, on pouvait écrire des mots qui restaient nettement marqués. Ce qui enlève à ce fait une partie de son intérêt, c’est que, sur d’autres points du corps, on trouvait de l’urticaire spontané.
M. Constantin Paul a eu l’occasion de soigner une malade hystérique chez laquelle il a observé une corrélation entre les douleurs hépatalgiques et les éruptions d’urticaire. Cette malade présentant de l’hépatalgie, l’éruption disparaissait pour revenir au moment de la cessation des douleurs du foie. Cette alternance entre ces deux phénomènes persiste depuis quatre ans.
M. Dujardin-Beaumetz ajoute, à propos de sa malade, qu’eile rentre dans les cas miraculeux, dans les cas des malades stigmatisées. Il n’a pas encore voulu faire d’expériences à ce point de vue; il a voulu présenter la malade en appelant l’attention sur ces faits particuliers du côté de la peau, faits assez curieux pour que M. Mesnet ait donné à cette femme le nom de femme lithographique <■; mais il va procéder à une série d’expériences dont il fera part à la Société.
— M. Cornil a étudié les modifications des couches épithéliales de la peau dans la variole hémorrhagique. Dans la pustule variolique, on constate que les cellules sont gonflées et qu’il existe sur quelques points de petites cavités; ces cavités sont constituées par des cellules altérées qui communiquent entre elles; c’est dans ces cavités que l’on observe des
25 Juillet 1879
leucocytes plus ou moins nombreux, selon que la lésion est plus ou moins avancée. Dans la variole hémorrhagique les lésions sont les mêmes, mais plus prononcées ; on trouve une grande quantité de globules rouges et de granulations dans le corps muqueux de Malpighi.
Cet épanchement est rapide : il est dû fatalement à une altération des vaisseaux ; mais cette altération est peu connue. Yoici cependant ce que M. Corail a pu observer :
Les vaisseaux situés au niveau de la pustule hémorrhagique ne sont rompus en aucun point; mais les cellules endothéliales sont très-gonflées, elles diminuent considérablement le calibre du vaisseau qui, lui-même, offre l’aspect d’une fente de forme étoilée à cause de la disposition des cellules endothéliales gonflées et adossées. Au centre de cette fente on voit, comme dans toutes les artères, un grand nombre de globules sanguins.
On voit donc qu’il est encore difficile d’expliquer le procédé par lequel les globules rouges sortent des capillaires pour se répandre dans la couche muqueuse de Malpighi et dans les cavités formées par les cellules altérées.
Société de chirurgie.
Traitement de l'étranglement interne ; laparotomie et entérotomie : M. Terrier. — Modification apportée à l'opération, de l’hydrocèle : M. Guyon.
M. Terrier fait un rapport sur une observation adressée à là Société de chirurgie par M. Julliard (de Genève). Kyste de l’ovaire compliqué d’étranglement interne; ovariotomie, libération de l’intestin; guérison. Une femme de quarantehuit ans, atteinte de kyste ovarique, ayant eu plusieurs poussées de péritonite, fut prise dans la nuit du 20 au 21 mars de vomissements. Les accidents allèrent en augmentant; constipation, vomissements fécaloïdes. Le 27 mars, l’état était désespéré ; M. Julliard résolut de tenter l’opération.
Le péritoine était épaissi et couvert de flocons pseudomembraneux ; le kyste fut isolé avec peine, deux grosses brides furent liées et sectionnées. Le kyste enlevé, on trouva l’intestin entouré de pseudo-membranes et infléchi deux fois sur lui-même au niveau de la fosse iliaque droite; on libéra ces anses en les disséquant; l’opération dura une heure et demie. Pansement antiseptique, guérison rapide. L’opération a été faite en pleine péritonite, et malgré les complications opératoires la malade guérit : ces particularités s’observent dans les ovariotomies.
M. Pollàillon apporte deux faits à l’appui de l’observation rapportée par M. Terrier dans une précédente séance et montrant qu’il vaut mieux faire la gastrotomie sur la ligne médiane. Un fait a été publié dans Y Union médicale; ayant fait la kélotomie, M. Polaillon trouva que l’anse intestinale n’était pas étranglée dans le sac. En cherchant sur la face postérieure de la paroi antérieure de l’abdomen, il rencontra une bride qu’il déchira et l’étranglement cessa à l'instant. Cette recherche par l’incision inguinale fut tellement pénible que, bien que la malade ait guéri, M. Polaillon prit la résolution de faire à l'avenir la gastrotomie.
Dans la deuxième observation, une femme de vingt-six ans entre à la Pitié; cinq ans auparavant, elle avait eu à la suite d’une couche un peu de péritonite. Au moment de son entrée à l’hôpital, elle avait des coliques et de la constipation ; vomissements, pouls à 140 pulsations. Le 1er février, un purgatif est vomi, un lavement donne une évacuation; le 2 février, amélioration ; mais le 5, les vomissements fécaloïdes apparaissent; le 7, le faciès est amaigri > le ventre est ballonné; le rectum est vide, pas de selles, pas de gaz.
M. Polaillon fait la gastrotomie sur la ligne médiane;:la malade trop faible n’est pas chloroformée; méthode de Lister sans pulvérisation. Longue incision sur la ligne médiane : un liquide fécaloïde sort aussitôt: l’intestin était perforé au-dessus de la bridé qui produisait l’étranglement. La malade meurt le 10.
A l’autopsie, l’intestin grêle était distendu ; les anses intestinales étaient agglutinées, le bassin rempli de pus et de matières fécales ; l’intestin grêle était détruit par la gangrène dans toute sa circonférence à 6 centimètres du cæcum. Impossible de reconnaître le mécanisme de l’étranglement. M. Polaillon a fait cinq fois l’entérotomie par la méthode de Littré : les cinq opérés sont morts ; il donne la préférence à la gastrotomie faite sur la ligne médiane.
M. Le Fort a pratiqué il y a dix ans la gastrotomie sur la ligne médiane; le cas fut doublement malheureux: en effet, la malade a succombé et il y avait erreur de diagnostic; il s’agissait d’un cancer de l’S iliaque. A l’exemple des Allemands, on peut donner à cette opération le nom de laparotomie pour la distinguer de la gastrotomie, et de la gastrostomie. La laparotomie doit-elle être substituée à l’opération de l’entérotomie?
Laissant de côté les oblitérations congénitales de l’intestin, et les réductions en masse dans les hernies étranglées, on peut ramener à quatre variétés les diverses causes d’étranglement interne : 1° Compression de l’intestin par une tumeur extra-intestinale; 2° Cancer de l’intestin: 3° Invagination intestinale ; 4" Etranglement par les brides. Peut-on faire le diagnostic de ces cas divers? AI. Le Fort, pour résoudre cette question, a analysé divers travaux publiés récemment (Adelmann, in Journal de Prague; Asurd, in American Journal; Hamilton, in Medico-surg. transact). Quand on a affaire 5 un cancer de l’intestin, ou à la compression de l’intestin par une tumeur, les symptômes n’éclatent pas d’une manière soudaine, imprévue; en général, il y a depuis quelque temps une constipation qui cède, pour reparaître ensuite, etc. Dans le cas de tumeur extra-intestinale ou de rétrécissement cancéreux, il ne faudrait pas avoir recours à la laparotomie, mais bien à la colotomie.
La lecture des observations d’invagination intra-abdominale indique qu’on peut soupçonner cette invagination à l’écoulement de sang qui se fait par le rectum au début des accidents. Autre symptôme : la palpation fait reconnaître une tumeur allongée, formée par l’intestin qui a doublé ou triplé d’épaisseur. L’invagination est très-fréquente chez les enfants: un mémoire relate 162 observations chez les enfants, 36 guérisons. 126 fois le siège de l’invagination a été reconnu par l’autopsie ; 11 fois l’intestin grêle s’est invaginé dans l’intestin grêle; 10 fois l’intestin grêle dans le gros intestin. Dans un autre mémoire publié par Warrant, on trouve 33 guérisons, 94 morts. Il y eut 25 fois élimination d’intestin par gangrène, dont 18 guérisons. Les injections forcées, l’insufflation ont aussi donné des guérisons.
Dans ces cas d’invagination, on a aussi fait la laparotomie (in Adelmann, 4 guéris et 5 morts). Il y a deux ans la Société médico-chirurgicale de Londres a discuté la question de la laparotomie et de l’entérotomie pour les invaginations intestinales : l’entérotomie ne supporte pas la comparaison avec l’ouverture du ventre. Dans la laparotomie, on a la chance de pouvoir désinvaginer l’intestin. Cependant, on peut rencontrer des difficultés, comme Laroyenne (de Lyon) qui ne put dégager l’intestin adhérent, et dut terminer son opération par un anus anormal.
Chez les adultes, la cause la plus fréquente d’étranglement interne est l’étranglement par les brides. Les symptômes apparaissent avec une grande acuité : presque certainement on a affaire à une bride. La mort ne tient pas à l’obstacle au , cours des matières, mais à l’irritation des nerfs splanchniques et à la réaction sur le grand sÿmpàthiqiie. Parfois on fait
25 Juillet 1879
disparaître momentanément les accidents par l’emploi des opiacés ; M. Le Fort a pu à trois reprises suspendre les accidents d’étranglement chez un malade, mais au bout de deux mois le malade succomba. A l’autopsie, on constata une double hernie de l’intestin grêle dans une perforation de l’épiploon.
Faut-il intervenir, et comment faut-il intervenir? Les injections par le rectum, les purgatifs, rendent rarement des services réels. Une fois la ponction aspiralrice a été suivie de succès. Un malade entra à Beaujon avec les symptômes de l’étranglement interne. M. Le Fort fit une ponction aspiratrice dans l’intestin, au niveau de la fosse iliaque droite, il sortit peu de gaz. Deuxième ponction dans le côlon transverse, il sortit encore peu de gaz. Le lendemain le malade alla à la garde-robe, et il guérit! Dans le mémoire d’Àdelmann on trouve sur 10 opérations faites pour l’étranglement par des brides, 8 morts, 2 guérisons ; dans la statistique d’Aschult, sur 57 opérations, 39 morts, 18 guérisons.
Faut-il faire la laparotomie ou. l’entérotomie? M. Le Fort est partisan de la laparotomie. Si, en effet, on fait l’entérotomie, on laisse la cause des accidents et on a encore les chances de la péritonite; on opère au hasard. Avec la laparotomie, la guérison devrait être la règle, la difficulté est de trouver l’obstacle. Une fois Dupuytren a ouvert le ventre et ne put trouver l’obstacle. Cet inconvénient est fréquent, surtout avec les petites incisions.
Autre difficulté : quand on fait la laparotomie, l’intestin est distendu par des gaz, l’intestin s’échappe aussitôt l’incision faite, et pour le rentrer M. Le Fort dut faire un jour des ponctions en divers points. Hamilton dut également chez un enfant ponctionner l’intestin plusieurs fois pour obtenir la rentrée dans l’abdomen. Dans une observation, les piqûres ne se sont point refermées, et le malade mourut de péritonite.
Les succès ont été publiés presque tous, les insuccès plus rarement, mais on peut affirmer que l’entérotomie ne donnera pas autant de guérisons que la laparotomie.
M. Lucas-Champ i minière fait une 'remarque relativement à une difficulté opératoire dont parle M. Le Fort. Il a fait la laparotomie chez une femme de quatre-vingts ans; les intestins étaient très-distendus par les gaz, et malgré cela il arriva facilement sur une bride fibreuse sous laquelle l’intestin grêle était engagé. L’opération faite par M. Terrier a été. laborieuse, parce qu’on ignorait le siège de l’étranglement.
Quand on fait une incision petite et latérale, on est très-gêné par les intestins; si l’incision est grande et sur la ligne médiane, la gêne n’existe plus, et après l’opération on rentre facilement les intestins.
M. Verneuil est étonné qu’on n’ait pas insisté plus souvent sur la sortie en masse de l’intestin ; ce n’est pas une difficulté pourl’opération ; mais, après l’opération, il est trèsdifficile de rentrer les anses intestinales. M. Verneuil a toujours vu mourir les opérés chez lesquels on manipulait longtemps les intestins pour les rentrer dans le ventre.
M. Niçoise cite deux faits à l’appui de la difficulté qu’on éprouve parfois à rentrer l’intestin dans l’abdonien après l’opération.
— M. GUy ou a apporté une petite modification à l’opération de. l’hydrocèle. Quand on fait l’injection, il est parfois difficile de pousser régulièrement le piston ; une’ impulsion brusque du liquide peut produire un véritable traumatisme. M. Guyon a employé l’entonnoir de Toynbee monté sur la canule du trocart, il a versé la teinture d’iode qui a pénétré facilement et sans secousse dans la tunique vaginale. M. Guyon a opéré six fois de cette façon, la douleur est certainement diminuée et l’opération simplifiée. Si la canule se déplaçait, le liquide ne pénétrerait pas dans le tissu cellulaire.
M. Pollaillon a remplacé depuis deux ans la teinture d’iode par une solution de chlorure de zinc, pour la cure de l’hydrocèle; 7 malades siir 8 ont guéri.
M. Després pense que l’entonnoir de M. Guyon ne suffira pas quand le liquide est mêlé de coagulum. Le procédé de Velpeau est encore préférable à tous les autres.
M. Le Fort. Dans l’injection iodée la douleur est due au contact de l’iode avec la tunique vaginale, et non à la contusion produite par le jet liquide.
Trajet cérébral du nerf facial supérieur : M. Hallopeau. — Trajet des fibres irido- dilatatrices et vaso-motrices carotidiennes au niveau de l’anneau de Vieussens : M. François-Franck. — Synthèse des corps albuminoïdes : M. Grimaux. — Procédé d'arrachement du moteur oculaire commun : M. Laborde. — Statistique de la myopie : M. Javal. — Résistance des membranes de l'œuf humain : M. Ribémont.
M. Hallopeau communique une observation de paralysie de l’orbiculaire des paupières, grâce à laquelle on peut établir le trajet du nerf facial supérieur à travers les hémisphères cérébraux. Une femme, atteinte do mal de Bright, meurt d’une hémorrhagie cérébrale dont le foyer situé à gauche occupait le corps strié, la capsule interne, la capsule externe et F avant-mur. Elle avait présenté comme symptômes une hémiplégie droite complète, frappant les deux membres et la face et étendue à l’orbiculaire lui-même. Bien que l’électrisation des muscles innervés par le facial n’ait pas été tentée, leur paralysie, en raison des circonstances où elle s’est produite, est évidemment d’origine centrale. Deux cas semblables existent seuls dans la science : l’un appartient à Hugucnin, l’autre à Chovsteck. Tous deux, comme le cas actuel, présentent une lésion du noyau lenticulaire du corps strié : c’est à cette lésion, commune aux trois observations désormais connues, que M. Hallopeau attribue la paralysie du facial supérieur. Les fibres de ce nerf partiraient donc du noyau lenticulaire, suivraient peut-être l’anse lenticulaire de Gratiolet où. Huguenin avait même cru pouvoir localiser leur origine, gagneraient la partie interne du pédoncule cérébral et s’entre-croiseraient dans la protubérance pour se jeter dans le noyau de la septième paire du côté opposé. Diverses objections" peuvent être faites à celte interprétation. En premier lieu, puisque l’artère sylvienne, comme l’a indiqué M. Dure.t, fournit au noyau lenticulaire, comment ses oblitérations n’entraînent-elles pas la paralysie de l’orbiculaire? M. Hallopeau fait observer que les affirmations de M. Duret sont trop absolues. Le noyau lenticulaire reçoit souvent des branches de la cérébrale antérieure (Rendu); il reçoit souvent un rameau né du point même où se séparent la cérébrale antérieure et la sylvienne (Hubner) ; il peut même en recevoir de l’artère choî'oïdienne ; la région où passe le facial supérieur est sans doute de celles qui ne sont pas tributaires de la sylvienne. On pourrait se demander aussi comment les destructions totales du corps strié ne s’accompagnent pas de paralysie de l’orbiculaire. Mais cette destruction totale est fort rare, une petite région peut y échapper, et M. Mathias Duval fait observer que le point où M. Hallopeau place le facial supérieur, situé tout à fait à la partie inférieure du corps strié, est, en raison même de sa situation et peut-être aussi d’une irrigation artérielle spéciale, dans les meilleures conditions pour être souvent épargné. M. Landouzy rappelle que si les paralysies totales du facial sont l’exception dans les cas de lésions cérébrales, les convulsions de tous les muscles qu’il innerve sont au contraire ia règle ; fort souvent alors les altérations anatomiques prédominent du côté opposé, au niveau de la partie inférieure de la scissure de Sylvius, c’est-à-dire près de la région sur laquelle M. Duval vient d’appeler l’attention: Il croit néanmoins que la localisation proposée par M. Hallopeau ne saurait être admise sans réserve.
25 Juillet 1879
— M. François-Franck fait une communication sur le trajet des fibres irido-dilatatrices et vaso-motriees carotidiennes au niveau de l'anneau de Vieussens :
1° Filets indo-dilatateurs. ( Expériences sur le chien et le chat). Ces filets fournis par la moelle cervico-dorsale, tout à fait indépendants des filets vaso-moteurs de l’une et l’autre branches de la carotide, traversent le ganglion premier thoracique et gagnent le ganglion cervical inférieur exclusivement par la branche antérieure de Vanneau de Vieussens.
Le ganglion premier thoracique paraît jouer, par rapport aux filets irido-dilatateurs qui le traversent, le rôle de centre tonique. En effet, si on isole ce ganglion de toutes ses communications avec la moelle par la section successive des filets nerveux vertébraux, des premiers rameaux communiquants dorsaux et du cordon de jonction du sympathique thoracique immédiatement au-dessous du ganglion, on observe un certain degré de rétrécissement pupillaire permanent : ce rétrécissement augmente notablement quand on coupe ensuite la branche antérieure de l’anneau de Yieussens, c’est-à-dire quand on supprime l’influence propre du ganglion premier thoracique sur les nerfs irido-dilatateurs. Ce ganglion semble donc exercer sur les filets iriens qui le traversent une action tonique analogue à celle que M. Yulpian a reconnue au ganglion cervical supérieur sur les mêmes filets. {Archives de physiologie, t. VI, 1874, p. 177).
L’influence propre du ganglion premier thoracique ne se maintient pas au delà de quelques heures. Quand on a successivement sectionné le sympathique cervical d’un côté et les connexions médullaires au ganglion thoracique supérieur du côté opposé, on remarque que le rétrécissement delà pupille, d’abord moins accusé du côté où le ganglion était encore en rapport avec les nerfs iriens dilatateurs, arrive assez rapidement à égaler celui de la pupille correspondant à la section du cordon cervical du sympathique: on peut supposer que l’influence propre du ganglion premier thoracique s’atténue graduellement, le ganglion séparé de la moelle n’élant plus lui-même soumis à l’action centrale qui entretient sa propre activité. Ce fait présente un certain intérêt au point de vue de la physiologie générale des ganglions considérés comme des relais périphériques subordonnés à l’influence du système nerveux central.
2° Filets vaso-tnoteurs du système carotidien. — La différence de répartition des filets irido-dilatateurs entre les deux branches de l’anneau de Yieussens ne se retrouve pas pour les nerfs vaso-moteurs venant de la moelle et gagnant le cordon cervical du sympathique.
Ces nerfs se divisent au sortir du ganglion premier thoracique vers lequel ils avaient convergé de différents points de la moelle cervico-dorsale, et forment deux groupes dont chacun suit une branche de l’anneau de Vieussens. Les vasomoteurs du réseau de la carotide externe ne sont pas distincts à ce niveau des vaso-moteurs du réseau de la carotide interne. En effet, si on met un manomètre enregistreur en rapport avec le bout périphérique de chacune de ces branches de la carotide, on observe une élévation simultanée de pression dans les deux tracés, qu’on excite le segment périphérique de la branche antérieure ou celui de la branche postérieure de l’anneau de Yieussens.
Pendant l’excitation de la branche postérieure, qui détermine cependant le resserrement du réseau carotidien profond, on n’observe pas de dilatation de l’iris, ce qui constitue un argument nouveau en faveur de la théorie de l’indépendance des mouvements pupillaires par rapport à la circulation, théorie admise par un grand nombre d’auteurs et à l’appui de laquelle j’ai présenté déjà quelques résultats d’expériences et de dissections.
La dissociation des nerfs vaso-moteurs carotidiens superficiels et profonds n’est pas plus démontrable au niveau des rameaux communiquants eux-mêmes, c’est-à-dire entre le premier ganglion thoracique et la moelle : on peut dire que
tous les rameaux communiquants cervico-dorsaux qui contiennent des vaso-moteurs pour le réseau carotidien superficiel en contiennent aussi pour le réseau carotidien profond. C’est seulement à la bifurcation de la carotide primitive que s’effectue la séparation anatomique des filets vaso-moteurs externes et internes.
Dans aucun cas je n’ai observé, soit par l’exploration manométrique artérielle et veineuse, soit par l’examen direct des vaisseaux de l’oreille ou des muqueuses oculaire, nasale, buccale, soit par l’examen direct des vaisseaux de la pie-mère’ la dilatation active des vaisseaux carotidiens par l’excilation de l’une ou l’autre branche de l’anneau de Vieussens : ce n’est qu’à la suiLe d’un resserrement vasculaire prolongé qu’on constate une dilatation des vaisseaux, dilatation bien connue comme phénomène secondaire, mais tout à fait distincte de la dilatation active résultant de l’action immédiate de filets vaso-dilatateurs.
La dilatation paralytique des vaisseaux consécutive à la section des rameaux communiquants qui aboulissent au premier ganglion thoracique ne m’a pas paru s’exagérer par la section des branches de l’anneau de Vieussens, pas plus que par la section du sympathique cervical : on ne rétrouve donc pas sur ces nerfs vaso-moteurs carotidiens l’influence propre du ganglion premier thoracique sur les filets irido-dilatateurs.
— M. Grimaux. Les notions que la chimie possède actuellement sur les corps albuminoïdes sont vagues et pem étendues. Que sont ces corps, en effet? Des espèces à proportions définies ou des mélanges? Ils n’ont pas de point de fusion, ils ne cristallisent pas, ils n’ont ni réactifs ni poids moléculaires connus. Ils n’ont même pas de bonne définition. C’est cette dernière lacune que M. Grimaux a voulu tout d’abord combler : la comparaison des caractères présentés par les albuminoïdes l’a amené à la définition suivante : ce sont des « colloïdes azotés susceptibles de se dédoubler en acide carbonique, acides amidés et ammoniaque. Ces colloïdes présentent comme propriétés principales de perdre facilement leur solubilité, de passer lentement à travers les membranes, de donner naissance à des hydrates gélatineux. »Ces points bien établis, M. Grimaux, cessant de s’adresser à l’analyse qui lui semble avoir donné entre les mains de M. Schützenberger presque tous les résultats qu’on peut en attendre, a cherché à reproduire un corps dont les caractères répondissent à la définition proposée, en un mot, à faire la synthèse d’un albuminoïde. Prenant alors l’acide aspartique, qui est un des plus simples acides amidés, il l’a chauffé pendant huit jours à 200 degrés dans un courant d’acide chlorhydrique ; il a obtenu ainsi un produit (C32 H26Az8 O17) qui, mêlé à de l’urée et chauffé pendant deux heures à 125 degrés, s’est transformé en un corps colloïde, filtrant lentement à travers les membranes, soluble dans l’eau et laissant sa solution s’évaporer dans le. vide jusqu’à consistance sirupeuse sans st précipiter, mais se coagulant par la chaleur et les acides ainsi que par les cristalloïdes (sulfate de potasse, chlorure de sodium), un corps possédant tous les caractères assignés aux colloïdes par Graliam, et qui, véritable albuminoïde, pouvait se dédoubler en acide amidé (aspartique), acide carbonique et ammoniaque : la synthèse cherchée était faite. M. Grimaux ne s’arrêtera pas à cet unique fait : une voie de recherches nouvelles s’ouvre devant lui. Celte communication marque le point de départ d’une série d’expériences dont les résultats seront communiqués un jour à la Société.
— M. Laborde. Le procédé de Cl. Bernard pour l’arrachement du nerf moteur oculaire commun consistait à pénétrer dans le crâne par sa partie supérieure et entraînait forcément des lésions de la substance cérébrale. Sur le lapin, on peut, en se guidant sur le condyle de la mâchoire inférieure, pénétrer dans le crâne par sa base, pousser un crochet jusqu’à la selle turcique et accrocher le nerf cherché sans toucher au cerveau. Un lapin opéré par ce procédé est mis sous les yeux
de la Société; il ne présente aucun autre symptôme que ceux I de la paralysie de la troisième paire.
— M. J aval. Le nombre des myopes, par rapport au nom- | brc des élèves d’un collège, s’accroît dans les classes les plus j élevées. De ce simple résultat statistique, on a conclu que la j myopie augmentait avec l’âge. Il n’en est rien ; à partir de douze ans, il est exceptionnel de devenir myope; et les chiffres obtenus s’expliquent par ce fait que les sujets myopes sont restés à l’école, tandis que beaucoup de non-myopes l’ont quittée. Dans les deux termes dont on établit le rapport, le ! numérateur n’a pas augmenté, mais le dénominateur a dimi- j nué : de là la progression du quotient par un procédé auquel on accorde généralement trop peu d’attention en statistique.
— M. Ribémont. La résistance des membranes de l’œuf humain, qui ne peut être étudiée qu’expérimentalement, l’a été jusqu’ici d’une façon insuffisante. Elle peut l’être mieux par' le procédé suivant : un lambeau de membrane est fixé sur l’orifice d’un bocal de 10 centimètres de diamètre, représentant ainsi les dimensions du col utérin dilaté. A la partie inférieure du bocal est adapté un tube qui y conduit de l’eau sous une pression graduellement croissante dont les progrès sont constatés à l’aide d’un manomètre inscripteur et d’un cylindre enregistreur. Une pression moyenne de 10k,300 est nécessaire pour rompre les trois membranes réunies; l’amnios seul résiste à peu près autant que les deux autres ; une membrane déchirée soutient d’une façon notable les deux qui sont encore intactes, puisqu’elles ne se déchirent que sous une pression supérieure à celle qui aurait suffi si elles avaient été isolées de la première. La rupture des trois membranes est en général simultanée et se fait sous forme d’une fente en croissant, étoilée, quelquefois linéaire, quelquefois circulaire. Dans ce dernier cas, un lambeau arrondi se trouve détaché : c’est ce qui a lieu lorsque l’enfant naît coiffé. Dans les cas peu fréquents où la rupture est successive, elle se fait le plus souvent en deux temps et porte d’abord sur l’amnios, puis sur le chorion et la caduque à la fois. Les deux déchirures peuvent se superposer ou au contraire constituer deux plaies de forme, de grandeur et de directions différentes. Quelquefois, l’amnios s’étant déchiré le premier, le liquide s’insinue entre ce feuillet d'une part, le chorion et la caduque de l’autre, et forme ainsi une nouvelle poche des eaux. Si pareil fait se produit sur le vivant, et si la déchirure amniotique est située assez haut pour que la tête fœtale vienne la masquer en s’appliquant à son niveau contre la paroi utérine, on pourra avoir deux poches successives à percer. Tel est sans doute le mécanisme par lequel se produisent ces poches dites amnio-choriales.