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III. — Expériences sur le système lymphatique

Il me reste à m’occuper en dernier lieu du système lymphatique. Afin de procéder avec méthode, j’étudierai successivement, au point de vue qui m’occupe, le contenu des vaisseaux lymphatiques, puis des ganglions.

A. Vaisseaux lymphatiques. — Mes expériences relatives au rôle de la lymphe ont été faites sur des chevaux. C’est l’espèce animale qui se prête le mieux à ces recherches, tant à cause de son aptitude vaccinogène,, qu’en raison du volume considérable des vaisseaux lymphatiques, et de la finesse relative de la peau. La méthode dont je me suis servi a été la suivante :

Je commence par pratiquer une cinquantaine d'inoculations vaccinales sur la face interne du boulet et du canon de Tim des membres postérieurs. Sept à huit jours après, au moment où l’éruption est dans son plein, je découvre, au niveau du tiers supérieur du tibia, les deux troncs lymphatiques satellites de la veine saphène interne ; je passe sous chacun d’eux un fil que je lie; je coupe le vaisseau au-dessus du fil; j’ouvre alors le bout inférieur du vaisseau, et je recueille dans un vase la lymphe qui s’en écoule goutte à goutte, et qui,

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d’après ce que je viens de dire, provient médiatement d’une région vaccinée.

Les tentatives d’inoculation directe que j’ai faites avec la lymphe de cette provenance, en la portant au moyen d’une lancette sous la peau d’un animal de l’espèce bovine, ne m’ont donné jusqu’ici que des résultats négatifs. J’ai même pu injecter impunément dans le tissu cellulaire sous-cutané d’un veau le contenu d’une seringue de Pravaz remplie de cette lymphe. Non-seulement aucune éruption ne s’est développée localement, mais chez ce même animal une vaccination ultérieure a pu être faite avec succès.

Donc, il faut l’avouer, avec de petites quantités de lymphe, je n’ai pas été plus heureux que je ne l’avais été dans mes expériences sur les enfants, avec de petites quantités de sang.

Restait, pour apprécier le pouvoir virulent de la lymphe, il en faire pénétrer directement dans le sang une quantité un peu considérable. C’est une opération assez délicate. La lenteur même de l’écoulement de la lymphe par le vaisseau ouvert fait qu’un temps fort long est nécessaire pour en avoir une quantité suffisante, et pendant ce temps la lymphe est sujette à s’altérer.

Dans une première opération, où j’avais injecté dans la veine jugulaire d’un cheval 55 centimètres cubes de lymphe provenant d’un autre cheval vacciné au canon, comme il est dit ci-dessus, l’animal récepteur eut des accidents graves, de la fièvre, et succomba au bout de six jours. Les hémorrhagies multiples que je trouvai à l’autopsie, principalement sous le péritoine, et l’état de dissolution du sang, me firent supposer que j’avais eu peut-être affaire à une septicémie, que j’attribuai à ce que la lymphe, recueillie en trois séances, aurait subi un commencement de décomposition putride.

Aussi ai-je eu soin, dans les expériences suivantes, d’injecter une quantité moindre de lymphe que je ne recueillais qu’au moment de m’en servir, et que je commençais par passer à travers une flanelle, de manière à la défibriner et à la débarrasser en même temps des impuretés qu’elle pouvait contenir.

C’est dans ces conditions qu’a été obtenu le résultat important que j’ai communiqué à l’Académie des sciences. Un cheval ayant reçu dans la veine jugulaire en deux fois, à vingt-quatre heures d’intervalle, 22 centimètres cubes de lymphe fraîche, on vit, le seizième jour, apparaître chez cet animal une magnifique éruption en tout semblable au horsepox spontané, sur les lieux d’élection, c’est-à-dire aux naseaux, aux lèvres, sur la muqueuse de la langue, des gencives, de la face interne des joues. Le liquide de ces pustules, ayant été recueilli, fut inoculé à un veau, chez lequel il produisit une éruption vaccinale légitime.

Je n’ai pas besoin d’insister sur l’importance de ce fait. Voilà un animal qui n’a pas reçu un atome de virus vaccin en nature, mais bien de la lymphe provenant médiatement d’une région vaccinée, et cela a suffi pour lui donner le horse-pox. On ne peut s’empêcher de penser que cette lymphe devait être un véhicule de virus.

Particularité qui n’est pas sans intérêt : tandis que le horsepox spontané est une affection essentiellement bénigne, le horse-pox provoqué dont il s’agit ici a été d’une gravité telle que l’animal allait infailliblement succomber, lorsque je pris le parti de le sacrifier; à l’autopsie, je trouvai des lésions très-comparablesàcelles des fièvres graves, telles que congestion et collapsus des poumons, engorgement des ganglions mésentériques, etc.

Mais cette lymphe, qui s’est montrée si puissamment virulente, l’était-elle parce qu’elle provenait spécialement d’une région vaccinée? Ne l’était-elle pas simplement en tant que liquide emprunté à l’organisme d’un vaccinifère? C’est ce que l’on est autorisé à se demander.

Dans le but de résoudre celte délicate question, j’ai conçu et réalisé une expérience comparative donlvoici le programme :

vacciner un cheval à un seul des membres postérieurs; cela fait, et après le délai voulu, recueillir séparément la lymphe du côté vacciné pour l’injecter dans la jugulaire d’un cheval sain, et celle du côté non vacciné pour l’injecter également dans la jugulaire d’un autre cheval; puis observer le résultat.

C’est ce que j’ai fait. Un premier cheval ayant été vacciné, et ses vaisseaux lymphatiques satellites de la saphène ayant été mis à nu, deux autres chevaux ont, dans les conditions que je viens d’indiquer, reçu chacun 35 centimètres cubes de lymphe dans la veine jugulaire. Cette fois aucun accident ne s’en est suivi. Après vingt-six jours d’attente, rien ne s’ôtant montré, les deux chevaux récepteurs ont été vaccinés; ils l’ont été avec succès.

La première idée qui se présente, c’est que cette expérience contredit absolument la précédente, puisque, au total, le résultat a été négatif. Mais il se trouve justement que des cloutes sérieux peuvent être élevés sur la légitimité du vaccin né sur le canon du cheval qui a fourni la lymphe mise en expérience. Ce vaccin s’était développé, comme d’habitude, du septième au huitième jour, mais il m’avait frappé par son apparence impétigineuse. Je l’avais recueilli dans des tubes. En présence de cet insuccès, je crus devoir, à titre de contrôle, l’inoculer à deux veaux et à un enfant. Or, ces trois inoculations ont été absolument stériles; pas un seul bouton ne s’est développé. Avais-je donc eu affaire, chez le cheval, à une fausse vaccine non spécifique? C’était en tout cas, pour le moins, un mauvais vaccin, et cela suffit pour que de l’ensemble de l’expérience on ne puisse rien conclure. Je le regrette d’autant plus que je n’ai pu recommencer jusqu’ici cette expérience très-longue et très-dispendieuse.

Je ne puis laisser passer cette question de la fausse vaccine chez le cheval, sans signaler incidemment un fait bien propre à faire ressortir les difficultés d’interprétation auxquelles on est exposé dans ce genre de recherches, 11 m’est arrivé une fois, après avoir vacciné un cheval, de voir les inoculations rester localement stériles, tandis que la peau du tronc se couvrait, du septième au neuvième jour, d’une abondante éruption de pustules semblables à celles qui accompagnent souvent l’éruption naso-buccale du horse-pox, pustules qui ont laissé après elles des croûtes arrondies, mais dont le liquide (chose importante à indiquer) ne s’est pas montré inoculable.

J’ai, du reste, plus d’une fois, rencontré chez le cheval des éruptions spontanées, semblables à celles dont il vient d’être question ; ces éruptions, plus ou moins confluentes, occupaient la peau du tronc et des membres, mais respectaient les muqueuses. Toutes les tentatives d’inoculation faites avec le liquide que j’en ai pu recueillir ont été infructueuses.

Ce n’est pas ici le moment de rentrer dans la question d’identité, si controversée et toujours si intéressante, soulevée à propos du grease, des eaux aux jambes, de la maladie aphtheuse, etc. Tout ce que je veux retenir des faits que je viens d’indiquer en passant, c’est qu’il existe chez le cheval des éruptions non spécifiques, très-semblables objectivement à celle du horse-pox , et qui ne s’en distinguent, à vrai dire, que par le résultat négatif de l’inoculation. Ce qu’il y a de curieux, c’est qu’une vaccination, même non suivie d’effet local, puisse servir d’occasion au développement d’une semblable éruption.

Quoi qu’il en soit, il me semble prudent, en pratique, de n’admettre avec certitude l’existence d’un horse-pox qu’après en avoir vérifié l’inoculabilité.

B. Ganglions lymphatiques. — Il ne me reste plus à exposer que les expériences que j’ai faites sur les ganglions lymphatiques; mais auparavant il est indispensable de dire un mot du rôle considérable dévolu à ces organes dans Révolution de la vaccine naturelle. Ce rôle, ou à tout le moins cette participation des ganglions, ne me paraissent pas avoir été jusqu’ici suffisamment mis en lumière.

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L’engorgement des ganglions les plus proches qui reçoivent les vaisseaux lymphatiques d’une région vaccinée est, d’après mes observations, suffisamment multipliées pour que je ne conserve aucun doute à cet égard, un fait absolument constant. Il n’y a pas à faire intervenir ici l’inflammation plus ou moins intense qui entoure le bouton de vaccin. L’existence de ce boulon suffit à délerminer l’engorgement ganglionnaire.

Cela est vrai d’abord du horse-pox spontané. J’ai pu m’en assurer récemment dans un cas magnifique développé dans les écuries du collège Stanislas; les ganglions sous-maxillaires étaient énormes.

Cela est vrai également chez les génisses qui servent à la vaccination animale. Ces animaux, comme on sait, sont habituellement inoculés sur la peau du ventre, au voisinage de la ciçatrice ombilicale. On voit alors constamment survenir au bout de peu de jours une tuméfaction considérable des ganglions inguinaux, qui peuvent atteindre la grosseur d’une orange.

Cela est vrai enfin dans l’espèce humaine, comme il était aisé de le prévoir par analogie, mais comme j’ai tenu à m’en assurer. H est même étonnant que ce fait si simple ne soit pas mentionné dans les descriptions classiques de la vaccine. Il ne faut jamais, en médecine, se hâter d’affirmer que l’on est le premier à dire une chose; je ne crois pourtant pas que le fait dont je parle ait guère été signalé jusqu’ici. Presque partout on ne parle du gonflement des ganglions que comme d’une complication de la vaccine liée à une lymphangite accidentelle. Or, le gonflement est la règle; il suffit, d’un peu d’allcntion pour le constater avec certitude. On n’a, pour s’en convaincre, qu’à examiner avec soin un jeune enfant du cinquième au septième jour après la vaccination; les nouveaunés se prêtent surtout à cet examen, parce que chez eux le tissu adipeux est encore peu développé. Toujours on trouvera dans la région axillaire un ou dèux ganglions plus ou moins profondément situés, de la grosseur d’un pois, roulant sous le doigt, d’ailleurs parfaitement indolents. La comparaison de la sensation que l’on éprouve avec celle que donne l'aisselle d’un enfant de même âge non vacciné ne laisse aucun doute. Le développement du ganglion est généralement en raison directe de celui de l’éruption Enfin, si, comme il arrive souvent, le vaccin a manqué à un bras, l’engorgement ganglionnaire n’existe que du côté où le vaccin a réussi. Tout cela, je le répète, est d’observation facile et n’exige aucun effort pour cire cru.

Il me paraît impossible de ne pas établir une analogie entre cette adénopathie caractéristique, véritable bubon vaccinal, et le bubon du chancre induré de la syphilis. On conçoit, dès lors, de quelle importance il peut être de rechercher maintenant si le ganglion qui reçoit les vaisseaux lymphatiques d’une région vaccinée ne serait pas virulent à un moment donné. Cette question, j’ose le dire, joint à son intérêt général un intérêt d’actualité depuis l’importante communication de M. Colin relative au charbon. L’Académie n’en a certainement pas perdu le souvenir. La méthode du savant professeur d'Alfort consiste, après avoir inoculé du liquide charbonneux, à enlever le ganglion le plus proche de la plaie d’inoculation (il s’agit, dans ses expériences, du membre postérieur et du ganglion poplité). Il remarque alors que ce ganglion, peu d’heures après l’inoculation, est rouge, tuméfié, et contient déjà une matière inoculable. Il lire de là des conclusions générales^relalives à l’incubation des maladies virulentes. Celle-ci n’aurait, dès lors, plus rien de mystérieux; elle serait simplement la période pendant laquelle les virus s’accumulent dans les ganglions avant de se répandre de là dans le reste de l’économie.

Je laisse pour le moment de côté la question encore brûlante de la présence ou de l’absence des bactéridies dans le ganglion malade.

Il était bien tentant de rechercher si des faits analogues se passeraient après l’inoculation du virus vaccin. C’est

l'étude que j’ai voulu faire sur le veau, eu faisant porter mes recherches sur le ganglion poplité, lorsque l’animal avait été vacciné au canon, sur les ganglions inguinaux lorsque la vaccination avait été faite sur la peau du ventre. Examinés directement quelques jours après la vaccination, les ganglions se sont toujours montrés très-luméûés, trois ou quatre fuis au moins plus gros que leurs congénères du côté opposé, Ordinairement il n’y a pas autre chose que du gonflement; le ganglion présente à la coupe sa couleur blanche normale. Une fois seulement j’ai noté une hyperhémie un peu prononcée.

Le suc de ces ganglions a été recueilli par le raclage. J’ai toujours eu soin d’en prendre sur différents points de la coupe, soit au centre, soit à la périphérie, de manière que l’expérimentation portât sur toute l’épaisseur de l’organe.

Recueilli avec cès précautions, le suc ganglionnaire était inoculé à un veau sain. Je me suis arrangé de façon à varier les conditions de durée, d’incubation. Ainsi le ganglion à étudier a été enlevé au bout de vingt-quatre heures, au bout de quarante-huit heures, au bout d’une semaine, au bout de quinze jours. J’ai constamment échoué, c’est-à-dire que le suc du ganglion n’a jamais déterminé d’éruption vaccinale aux points d’inoculation.

Quelque interprétation que l’on veuille donner de ce résultat, il me paraît dès à présent établir, comme on voit, une ligne de démarcation bien nette entre le charbon et la vaccine,

La possibilité, dans la maladie charbonneuse, d’extraire au bout de peu d’heures une matière inoculable du ganglion le plus voisin du lieu d’inoculation est assurément un trait caractéristique et bien digne d’intérêt. Mais on pouvait s’y attendre. En fait, cette circonstance ne marque qu’une étape dans la marche envahissante du mal. La barrière provisoire opposée parle ganglion est bientôt franchie; bientôt, nonseulement le sang est envahi à son tour et acquiert du même coup des propriétés contagieuses, mais le moment ne se fait guère attendre où tout sera pris, liquides et solides de l’organisme entier, où une goutte de sérosité exprimée d’un organe quelconque sera capable de transmettre le charbon. Celle propagation est fatale, ce n’est qu’une question de temps.

On remarquera qu’il n’en est ainsi ni dans la vaccine, ni dans aucune maladie virulente. Aucune ne nous montre cette imprégnation progressive et continue de tous les tissus par une matière morbifique. C’est là un caractère qui appartient en propre à la maladie charbonneuse. Celle-ci ne possède, comme le pense avec juste raison M. Colin, que les apparences de l’incubation. La vérité est que le principe délétère du charbon, à partir du moment même de son inoculation, commence à se propager de proche en proche. II n’est donc pas surprenant qu’il manifeste sa présence d’abord dans le ganglion le plus voisin. Mais n’est-ce pas là un argument puissant en faveur de la doctrine soutenue par M. Davaine et M. Pasteur? Comment ne pas voir dans ce fait la preuve delà multiplication prodigieuse et prodigieusement rapide des bactéridies, multiplication qui se fait d’emblée lorsqu’elle trouve un terrain favorable, qui ne respecte aucun tissu et qui n’a d’autres limites que la mort du sujet infecté?

Cela prouve, à mon humble avis, que le charbon nous présente un type achevé des maladies parasitaires, mais (jùil doit être, par cela même, exclu du cadre des maladies virulentes, lesquelles possèdent, entre autres caractères, une incubation non pas apparente, mais réelle.

Pour m’en tenir à la vaccine, qui fait seule l’objet de la présente étude, voici donc le double fait en présence duquel nous nous trouvons : d’une part, le ganglion le plus proche du point d’inoculation n’est pas virulent, ou du moins son suc n’est pas inoculable. D’autre part, j’ai pu surprendre des traces non équivoques de virulence dans la lymphe, entre le point d’inoculation et le ganglion. II est vrai de. dire, pour être complètement exact, que les deux expériences ne sont pas absolument comparables. Les traces de virulence dont il s’agit dans la lymphe n’ont pu être recounues que grâce à

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l’emploi d’une quantité relativement considérable de ce liquide, tandis que le liquide de la pulpe ganglionnaire ne peut être employé que par gouttes et se refuse à être injecté dans le sang.

(A suivre.)

SOCIÉTÉS SAVANTES

Académie des sciences.

Élection. — M. Schwann est élu membre correspondant, pour la section de médecine et de chirurgie, en remplacement de M. Rokitanski, décédé.

Sur le dosage de l’urée. Note de M. C. Méhu. — Tous les chimistes admettent aujourd’hui que le volume d’azote est inférieur de 8 pour 100 au volume prévu par le calcul. Une longue série d’observations a conduit l’auteur à penser que les urines des diabétiques donnaient un rendement d’azote plus complet que les urines non chargées de glycose. 11 a donc été amené à comparer les rendements d’azote de deux solutions contenant rigoureusement le même poids d’urée sous le même volume de liquide, l’une d’elles préparée avec de l’eau pure, l’autre avec de l’eau chargée de glycose ou de sucre de canne. Constamment la solution d’urée sucrée fournit un rendement d’azote plus élevé de 1/14 que la solution non sucrée. Constamment de la solution sucrée il se dégage un volume d’azote en parfait accord avec la théorie, tandis que la solution non sucrée produit un volume d’azote inférieur d’environ 8 pour 100, toutes les corrections de température et de pression étant faites. Il s’ensuit donc que, pour obtenir à froid tout l’azote de l’urée qu’une urine renferme, il faut préalablement ajouter du sucre à un volume déterminé de cette urine avant de faire réagir sur elle l’hypobromile de sodium.

Sun le fer réduit par l’hydrogène. Note de M. H. Moissan. — Lorsque l’on veut obtenir du fer réduit par l’hydrogène, l’opération demande un certain temps; si le courant d’hydrogène n’est pas sec et assez rapide, si l’expérience n’est pas poussée assez loin et si la température, bien qu’élevée, n’est pas uniforme, on obtient un mélange de fer, de protoxyde de fer et d’oxyde magnétique. C’est ce qui arrive pour la plupart des fers réduits du commerce.

Excitation électrique de la pointe du cœur. Note de MM. Dastre et Morat. — On sait que chez les vertébrés à sang froid la portion inférieure du ventricule séparée par une section ou par une ligature du reste del’orgaue demeure inerte, tandis que l’autre segment du cœur (base du ventricule et oreillettes) continue ses battements rhythmiques pendant un certain temps. La pointe du cœur est dans les conditions d’un muscle ordinaire muni de ses terminaisons nerveuses, puisque, comme celui-ci, elle ne se contracte qu’autant qu’on l’excite. C’est cette circonstance qui a permis d’étudier méthodiquement le muscle cardiaque en comparaison avec les muscles volontaires, de préciser l’action qu’exercent sur lui les divers stimulants et de vérifier les lois de l’excitation électrique.

Action du courant continu. — Nous employons un courant toujours de même durée (un quart de minute, par exemple), mais dont, chaque fois, on augmente l’intensité. L’action d’un tel excitant présente quatre phases bien déterminées. On observe :

1° Une contraction à la fermeture du courant. L’intensité venant à augmenter, on voit se produire : 2° une contraction à la fermeture et une à l’ouverture. Il convient, pour observer ces phénomènes, d’employer un courant très-faibie et de faire croître trèslentement et graduellement son intensité ; 3° on observe ensuite une contraction à la fermeture, suivie de contractions rhythmiques pendant toute la durée du passage du courant; -4” la tétanisation.

De ces quatre effets, le premier, le deuxième et le quatrième sont assimilables à ceux du courant continu sur les nerfs moteurs et les muscles de la vie de relation. Le troisième est un phénomène nouveau...

Action des courants induits répétés à court intervalle (courant interrompu). — Nous employons un courant interrompu cent fois par seconde au moyen d’un diapason: les courants induits engendrés par ces interruptions traversent la pointe du cœur pendant la même durée (un quart de minute). Nous faisons, à chaque fois, varier l’intensité d’une façon graduelle. Une excitalion interrompue composée d’éléments très-rapprochés se comporte tout à fait comme le courant continu...

I” Contraction au commencement de l’excitation; 2° contraction au commencement et à la fin (équivalant aux contractions de fermeture et d’ouverture); 3“ contractions rhythmiques pendant la durée de l’excitation, fait déjà observé par Éckhardt, mais qui, lui aussi, ne constitue qu’un cas particulier de l’action des courants répétés; -4° tétanisation. Celle expression de tétanisation ne doit pas être prise dans le sens qu’on lui donne habituellement. Le tétanos du cœur ne parait pas résulter de l’association d’un certain nombre de secousses composantes : c’est plutôt une contracture; M. Ranvier l’a décrite et figurée sous le nom de tétanos de tonicité.

Note relative a l’action physiologique du brohhydrate de conine, par M. J.-L. Prévost. — Voici les conclusions tirées par l’auteur de ses expériences sur divers animaux :

1° La paralysie produite par le bromhydrate de conine est le résultat de la paralysie des nerfs moteurs, qui perdent aussi leur excitabilité.

2° Quand on interrompt la circulation dans le train postérieur d’une grenouille, en ménageant les nerfs qui s’y rendent, et que l’on introduit une dose de 15 milligrammes à 2 centigrammes de bromhydrate de conine sons la peau du dos, les nerfs des membres postérieurs restent excitables, et ces membres postérieurs réagissent aux excitations faites sur les membres antérieurs situés en amont de la ligature, ces membres antérieurs étant eux-mêmes paralysés par le poison.

3° On rend cette expérience plus manifeste en strychnisant la grenouille; on peut, alors observer simultanément, sur le même animal, l’effet de la strychnine et du bromhydrate de conine.

4° Le nerf pneumogastrique est paralysé avant les autres nerfs, et son excitabilité réapparaît plus promptement que celle des autres nerfs dans la période d’élimination du poison.

5° Les sécrétions urinaire, salivaire, lacrymale, sont excitées par le bromhydrate de conine.

ü° J’ai pu constater expérimentalement le passage du bromhydrate de conine dans les urines; les urines d’un chat empoisonné par le bromhydrate de conine, évaporées au bain-marie jusqu’à consistance sirupeuse et injectées sous la peau de plusieurs grenouilles, ont produit chez ces animaux les symptômes caractéristiques de l’empoisonnement par le bromhydrate de conine.

7° Les nerfs glandulaires conservent encore leur excitabilité et provoquent la sécrétion quand on les électrise; lorsque les nerfs vagues et les nerfs des muscles striés ont perdu leur excitabilité sous l’influence du bromhydrate de conine, l’excitation électrique du sympathique cervical et du nerf tympanico-lingual a produit l’écoulement de la salive. L’excitation 'du bout périphérique des nerfs du bras a produit la sécrétion de la sueur dans la paume de la patte d’un chat, quand l’électrisation de ce nerf ne provoquait plus de contractions musculaires.

8" Chez les animaux à sang chaud, empoisonnés par le bromhydrate de conine, et dont on a entretenu ia respiration artificielle, le cœur présente une grande résistance : il est Yultimum moriens; il continue à battre pendant plus longtemps qu’un cœur normal après la cessation de la respiration artificielle, ou quand on le sépare du corps.

Chez les lapins et les chats, l'électrisation directe du cœur par un fort courant d’induction n’a pas produit sa paralysie quand l’empoisonnement était poussé jusqu’à la perte complète de l’excitabilité du nerf sciatique. Cette expérience a échoue chez un coq. Quand, chez les lapins, l’excitabilité du sciatique n’était pas tout à fait détruite, l’électrisation du cœur a pu produire sa paralysie, mais il a fallu des tentatives réitérées pour obtenir cet effet.

9° Il est fort douteux que les centres nerveux soient directement atteints par le bromhydrate de conine; les convulsions observées chez les animaux à sang chaud, dans la dernière période de l’empoisonnement, sont le résultat de l’asphyxie due à la paralysie des

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agents mécaniques de la respiration. Ces convulsions peuvent être évitées au moyen de la respiration artificielle.

10° La contractilité musculaire n’est point modifiée par le brom hydrate de conine.

Sun la sécrétion biliaire. Note de M. P. Picard. — De plusieurs expériences sur des chiens, l’auteur conclut que la sécrétion biliaire ne développe que des pressions faibles et très-inférieures à celles que peuvent produire les sécrétions salivaires ou même rénales; que la sécrétion biliaire se rapproche de la sécrétion rénale quant aux conditions physiologiques. qui la déterminent. Les différences qui séparent ces deux fonctions peuvent se déduire des deux points suivants : 1" C’est un système vasculaire artériel qui fournit l’urine, tandis que c’est un système veineux qui donne la bile. 2° Dans la sécrétion biliaire, certaines substances formées dans le foie sont entraînées par le mouvement de sonie du liquide.

Académie de médecine.

L’Académie reçoit : 1“ Une note do M. le docteur Bourdin (do Choisy-Ie-Roi), intitulée : ha constatation des décès, ce qu'elle est, ce qu’elle devrait être. — 2” Un extrait du testament do M. Io docteur Jacquemier, qui lègue à l’Académie lu somme do 20,000 francs, à la charge do fonder un prix triennal qui portera sou nom, et qui sera décerné par elle, cil séance publique, à l'autour d'un travail sur un sujet d'obstétrique qui aura réalisé un progrès important. Ce travail devra être publié six mois au moins avant l'ouverture du concours. — 3“ Une note de M. le docteur Burcq, sur la statistique des décès. — 4° Une note do M. le docteur Rosolimos, intitulée : Recherches expérimentales sur l'occlusion des orifices auriculoventricul aires ; du premier bruit du cosur. — 5° Un mémoire do il. le doctuur Rozan, sur io rétablissement dos tours. — . 0° Un rapport de M. le docteur Doin, médecin-major do Ir” classe, sur le service médical do lu troisième division à l'hôpital militaire de Bourbonne.

M. Hardy présente, au nom de il. le docteur Patay (d’Orléans), une brochure intitulée : Statistique médicale de la ville d’Orléans.

M. Chatin présente, au nom de M. Heckel (do Marseille), un mémoire intitulé: Considérations générales sur la répartition des alcaloïdes dans les végétaux, et Étude physiologique do l'action do lu strychnine et do ses sels sur les mollusques gastéropodes. •

M. Lancercaux oll're en hommage le premier fascicule du tome II do son Traité d'anatomie pathologique.

M. Laboulbène. présente, au nom de M. Émile Brasseur, un volume intitulé : Elude de chirurgie dentaire.

M. Le Fort présente, au nom do M. le docteur Michaux (do Louvain), une brochure intitulée : Résumé du traitement des polypes naso-pharyngiens.

M. A. Chercau présente, au nom de M. le docteur Rampai (de Marseille), le tome X des Comptes rendus dos travaux d’hygiène et do salubrité de la ville de

Emploi du cristal de roche en ophtiialmologie. — M. le. Président met sous les yeux de l'Académie des échantillons de cristal de roche recueillis au Mexique, aux environs de volcans, et envoyés à M. Galezowski. Ce médecin a soumis un certain nombre de morceaux de ce cristal de roche à la segmentation et a obtenu ainsi des lames de verre pouvant remplacer les verres teintés en noir de fumée, et offrant une translucidité graduée suivant l’épaisseur des lames. Ces verres ont, sur les verres ordinaires, Davantage de ne pouvoir être ni rayés ni cassés, et d’être sans valeur commerciale.

Statistique médicale municipale. — M. /, agneau donne lecture, au nom de la commission, des conclusions modifiées d’après la discussion de la dernière séance.

Voici ces conclusions:

1° L’Académie approuve pleinement l’intention qu’auraient le Conseil municipal de Paris et l’administration préfectorale de demander aux médecins traitants leur coopération dans la détermination des causes de décès; mais elle pense que cette coopération ne doit être obtenue qu’en se conformant aux conditions suivantes:

2° Il ne sera introduit aucune modification dans le service des médecins de l’état civil ;

3° Après les formalités relatives à la déclaration et à la

constatation d’un décès, l’administration enverra par la poste au médecin traitant un bulletin sur lequel il indiquera la cause de la mort ; il le renverra par la poste au bureau de statistique. Ce bulletin ne portera ni le nom ni les prénoms du décédé ;

4° Des deux certificats de décès actuellement remplis par le médecin de l’état civil, celui envoyé au bureau de statistique, de même que le bulletin nosologique du médecin traitant, ne portera aucune indication des nom et prénoms du décédé ;

5° La statistique des causes de décès sera faite à l’Hôtel de Ville par des médecins ;

6° Le bulletin hebdomadaire de la statistique des causes de décès sera gratuitement expédié à tous les médecins de la ville.

Après quelques observations de MM. Bourdon, Hardy el Fauvel, ces conclusions sont mises aux voix et adoptées par l’Académie.

Rapports. Décoration des jouets par des substances inoffensives. — M. J. Rochard donne lecture, au nom d’une commission dont il fait partie avec MM. Bergeron et Delpech, d’un rapport sur un mémoire- de M. Turpin sur la décoration . des jouets par des substances inoffensives. M. Turpin, à l’aide de substances complètement inoffensives, dont quelques-unes étaient alors de découverte toute récente, a dressé une table chromatique qui ne comporte pas moins de 1440 teintes différentes disposées suivant la coordination des couleurs telle qu’elle a été indiquée par M. Chevreul.

L’auteur a adressé celte table à l’Académie, ainsi qu’une collection de 72 tubes de ces couleurs sans poison. Il en donne, dans son mémoire, la composition exacte, le mode de préparation et d’emploi.

Déjà les substances employées par M. Turpin avaient été analysées dans le laboratoire de M. WurtZ, mais il n’était pas démontré que celles dont l’Académie était mise en possession fussent de même nature. Elles ont été analysées de nouveau par M. Ernest Hardy, chef des travaux anatomiques de la savante Compagnie, qui a reconnu l’exactitude parfaite des furmules données parM.Turpinetla complète innocuité des matières colorantes dont il se sert.

En résumé, les jouets prépares selon les formules de l’auteur du mémoire ont pour base une combinaison de caoutchouc, de carbonate ue chaux, de soufre et d’oxyde de zine. Ce dernier est complèlement exempt d’arsenic ; les matières colorantes dont les échantillons ont été adressés ne renferment aucun principe toxique.

M. Turpin a donc rendu à l’hygiène un important service. M- le rapporteur propose d’adresser des reinercîments à l’auteur, et de déposer honorablement son mémoire dans les archives de l’Académie.

Après avoir entendu la lecture de ce rapport, l’Académie en adopte les conclusions, et décide le renvoi du mémoire de l’auteur à M. le ministre de l’agriculture et du commerce.

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