DU RÔLE DES GANGLIONS LYMPHATIQUES DANS LA GENÈSE DU
charbon. — M. Colin fait connaître à l’Académie le résultat de nouvelles recherches qui ont pour but de déterminer la porte d’entrée des agents virulents.
Le point délicat, dit M. Colin, est de déterminer d’une manière comparative le mode (Dévolution des lésions ganglionnaires dans les deux formes du charbon, spontané ou inoculé.
Or, ce mode d’évolution offre des variantes qu’il est possible de reproduire à volonté. L’une d’elles établit la transition entre la forme expérimentale et celle qui est ou parait être spontanée. Dans cette forme lente, les lésions qui portent sur la totalité du système lymphatique n’infirment pas la règle qu’il a posée. Les lésions étudiées avec soin peuvent être distinguées parleur âge, leur succession et leurs degrés. Il y a un ordre dans la tuméfaction et l’injection des ganglions. Le
1er Août 1879
ganglion s’injecte à un moment, s’infiltre à un autre ; il devient virulent à une certaine heure, se sature de bactéries, les met en circulation, se trouve frappé de spliaeèle et de mort à des époques qui peuvent être précisées.
Après avoir constaté comment se comportent les ganglions sur les animaux qui contractent le charbon dans de courts délais, M. Colin est arrivé à voir ce que leur action a de particulier sur les animaux où le charbon se développe avec une extrême lenteur et tue seulement au bout dé dix .à douze jours. Ici, la bactéridie se multiplie difficilement et meurt souvent sans déterminer d’accidents.
Enfin, M. Colin a trouvé que, sur les animaux le plus souvent réfractaires au charbon, comme le chien et le chat, la virulence ne réussit pas à s’établir dans le ganglion, quoique cet organe soit en libre communication avec la plaie où l’état virulent est pleinement réalisé pour un certain temps.
Opération césarienne par la méthode de Porro. — M. Tarnier présente à l’Académie une malade sur laquelle il a pratiqué l’opération césarienne suivie de l’ablation de l’uterùs et des ovaires d’après la méthode de Porro.
Cette opération avait déjà été pratiquée une première fois sans succès par M. Tarnier.
Voici un résumé de l’observation de l’opération qui fait l’objet de la présentation de M. Tarnier.
Marie C..., trente-six ans, entre à la Maternité le 20 mars 1879, à onze heures quarante-cinq du matin. Celte femme présente tous lés signes du rachitisme: taille, 1 mètre 23 centimètres; bassin rachitique, pseudo-ostôo-malacique ; il mesure G centimètres d’avant en arrière, mais les parois antéro-latérales sont fortement déprimées, faisant saillie en dedans , et il eût été absolument impossible de faire la céphalolripsie. D’ailleurs le col n’était pas dilaté. Les membranes étaient rompues depuis le 17 mars.
L’enfant était mort depuis deux jours. Opération le 20, à trois heures de l’après-midi. Ouverture des parois abdominales, ouverture de l’utérus ; on retire l’enfant, on amène au dehors l’utérus et les ovaires, et on place sur l’utérus, entre le corps et le col, un serre-nœud de Cintrât; au-dessus du premier fil de fer, une broche transversale, comme pour i’ovariolomie, et au-dessus de cette broche un semi-fil de fer destiné à donner de la solidité à la broche. Pas de frissons, pas de vomissements, pas de douleurs de ventre. Température maxima de l’aisselle 38,6°. Champagne, bouillon, lait. Guérison sans aucun accident.
Ce succès, dit M. Tarnier, n’est pas dû au hasard. L’ablation de l'utérus est une opération qui supprime deux des causes de mort les plus ordinaires après l’opération césarienne, à savoir, l’hémorrhagie utérine et la péritonite par épanchement des lochies dans le péritoine, puisqu’on enlève l’utérus et la plaie par laquelle on a extrait l’enfant.
La seconde raison, c’est que la méthode antiseptique a été employée dans toute sa rigueur. M. Tarnier croit que ces précautions ont accru les chances de l’opération considérée en elle-même. En effet, depuis trois ou quatre ans, MM. Tarnier, Polaillon et Lucas-Championnière ont pratiqué huit grandes opérations dans les salles de la Maternité. MM. Polaillon et Lucas-Championnière ont fait cinq ovariotomies qui ont toutes été suivies de guérison ; M. Tarnier a ouvert deux fois. l’abdomen dans deux cas de grossesse intra-utérine et enfin pratiqué l’opération de Porro. Or, sur ces huit malades, une seule femme a succombé; sept succès sur huit, dans un hôpital décrié etréputé un foyer d’infection, c’est un résultat magnifique qu’il faut attribuer à l’emploi de la méthode antiseptique. M. Tarnier saisit l’occasion qui se présente pour dire à l’Académie que, malgré la mauvaise réputation de la Maternité au point de vue de la mortalité, c’e;t un des hôpitaux où l’on meurt le moins.
M. Tarnier croit être le premier chirurgien qui ait pratiqué, en France l’opération de Porro. A sa connaissance, elle a été
raliquée déjà vingt-neuf fois, et suivie quinze fois de succès 'opération de Porro a été pratiquée pour la première fois le 21 mai 187G.
Qu’adviendra-t-il de celte opération? M. Tarnier croit qu’elle prendra rang dans la chirurgie classique comme l’une des meilleures que l’on puisse faire. Elle lui paraît supérieure à l’opération césarienne simple. 11 est vrai qu’on lui reproche de supprimer les organes de la génération et d’empêcher les femmes de devenir de nouveau enceintes; mais "c’est là un reproche qui a bien peu d’importance quand avant tout il faut songera sauver la femme d’un danger immédiat.
Jusqu’ici M. Tarnier a été partisan de la céphalotripsie ; aujourd’hui ses convictions anciennes sont un peu ébranlées par le succès que donne l’opération de Porro et par celui qu’il a obtenu lui-même. Dans les rétrécissements moyens du bassin, on pourrait hésiter entre l’opération césarienne et la céphalotripsie. M. Tarnier comprend mieux qu’on préfère celle-ci, parce que, une fois la femme guérie, elle peut avoir d’autres enfants quand on a recours pour elle à l’accouchement artificiel. Mais dans les bassins dont le rétrécissement est extrême, mesurant moins de GG millimètres, la céphalotripsie tue tous les enfants et sauve à peine la moitié des femmes. L’opération de Porro sauverait tous les enfants et la moitié des femmes. M. Tarnier croit donc que c’est une opéliori rationnelle qui rendra de grands services, au moins dans les cas de retrait extrême du bassin.
— La séance est levée à cinq heures un quart.
Soeieié «le chirurgie.
Correspondance. — Deux observations de résection. — Angiome sous-cutané douloureux. — Traitement de l'étranglement interne — Nêvrome du nerl sciatique. — Fracture du maxillaire supérieur
La correspondance comprend : 1° Traité du palper abdominal , parM. Pinard.
2" Comparaison des différentes méthodes de taille, par Dollivera Martens (de Lisbonne). Relation de la pratique du professeur d’Almeda, qui est partisan de la taille hypogastrique, opération qu’il a pratiquée 23 fois; 7 opérés sont morts. Il emploie le procédé opératoire de Vidal (de Cassis).
3° Traitement des polypes naso-pharyngiens, par M. Michaux (de Louvain).
— M. Théophile Anger fait un rapport sur deux observations adressées à la Société de chirurgie par M. Napieralsld (de Pont-Audemer).
Le 20 janvier 1879, un individu reçut un coup de fusil à l’épaule droite. Résection de tout le tiers supérieur de l’humérus. Au bout de quarante-cinq jours, la cicatrisation était complète. Au moyen d’un appareil prothétique, l’opéré peut travailler (il est jardinier).
Deuxième, observation : Résection du fémur pour une fracture non consolidée après dix-sept mois de traitement; la fracture n’avait pu être réduite. Consolidation. Six centimètres de raccourcissement.
— M. Trélat fait un rapport sur un mémoire de M. Charles Monod sur l’angiome sous-cutané douloureux. Une femme de cinquante-deux ans avait une tumeur à la région postérieure du coude droit. Trois ans auparavant, la malade avait fait une chute sur le coude, et il restait une induration qui alla en augmentant. La tumeur avait l’aspect d’un lipome avec coloration bleuâtre de la peau. Opération; guérison.
C’était la troisième fois que M. Trélat rencontrait une
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tumeur sous-cutanée qui n’était pas un fibrome et qui avait ce caractère spécial d’être très -douloureuse. Au Congrès de Bordeaux M. Trélat avait communiqué les deux premières observations. Comment pouvait-on expliquer cette douleur? M. Ch. Monod a fait l’examen histologique de la tumeur du coude, et il a rencontré des filets nerveux comprimés par un épaississement de leur' gaine en divers points de l’angiome. La douleur n’est cependant pas un signe pathognomonique, car on la rencontre aussi dans le fibrome sous-cutané et plus rarement dans les lipomes.
— Nomination d’une commission chargée de présenter la liste des candidats au titre de membre titulaire de la Société de chirurgie. Sont élus : MM. Berger, Farabeuf et Giraud ■ Teulon.
— M. Le Vendu a cherché à démontrer, il y a trois ans, que la gastrotomie n’était pas irrationnelle pour la cure de l’étranglement interne. Depuis, la question a marché; mais, aujourd’hui, comme il y a trois ans, c’est encore le diagnostic qui est la base du traitement. On a dit que la gastrotomie était plus grave que l’opération de l’anus artificiel. Il y a des statistiques ; mais elles ne sont pas l’expression de la vérité : tous les insuccès n’ont pas été publiés.
M.Le Denlua fait quatre fois l’opération de l’anus artificiel. Le premier malade, déjà en état de péritonite; anus artificiel ; mort. Cancer de l’intestin.
Deuxième observation. — Hôpital Sainte-Eugénie. Enfant de dix ans. Par le loucher rectal, on constate une tumeur assez proche de l’anus. Incision à droite, sur le cæcum. Mort par péritonite développée non du côté de la plaie, mais autour de l’intestin. Rétrécissement fibreux du rectum.
Troisième cas. — Fille de dix-huit ans, à l’Hôtel-Dieu. Compression de l’intestin par une tumeur. Opération du côté du cæcum; guérison. Morte huit mois après d’un cancer de l’ovaire qui comprimait l’intestin.
Quatrième cas. — Homme jeune. Opération ; mort. Une bride comprimait l’intestin et n’aurait pu être coupée.
Nélaton a fait six fois l’opération de l’anus artificiel : 2 guérisons, 4 morls.
Il est inutile de savoir si la cause de l’obslruclion est une bride, une tumeur fibreuse, etc.; mais le point important est de savoir si la cause est extrinsèque ou intrinsèque, dans les parois de l’intestin ou en dehors. L’exploration du rectum donne des indications. De même, on recherchera le boudin de l’invagination. Ilutchinson conseille d’endormir le malade pour explorer le ventre. On cherchera encore le point maximum delà douleur; au niveau du cæcum existe parfois un point douloureux dû à la distension de cette partie de l’intestin.
Dans l’étr.anglement par brides, le ballonnement du ventre est rapide, mais peu considérable. Chez les enfants, il s’agit presque toujours d’une invagination. Chez les vieillards, c’est le plus souvent une lésion organique de l’intestin. Lamarche de l’étranglement par brides est ordinairement rapide et les vomissements fécaioïdes sont plus fréquents. Dans l’invagination, ils manquent souvent. La gastrotomie, quand elle réussit, permet le rétablissement immédiat du cours des matières. Mais, dans les deux cas d’anus artificiel guéris par Nélaton, le cours des matières se rétablit complètement. Chez un malade opéré par M. Richet (anus artificiel pour un cancer du rectum), le cours des matières se rétablit. M. Le Dentu voudrait savoir dans combien d’observations on a noté cerétablissemenl du cours des matières; car la gastrotomie perdrait un de ses avantages, s’il était établi qu’avec l’opération de l’anus artificiel le cours des matières se rétablit le plus souvent. Cependant, comme on ne supprime pas la cause de l’étranglement avec l’anus contre nature, la gastrotomie vaut mieux en définitive. Il y a quelques réserves à faire au sujet des invaginations. Dans une statistique allemande comprenant 593 cas d’invagination, la terminaison est notée dans 557 observations
et il y a 406 morts, soit près de 27 pour 100 de guérisons. Les selles sanguinolentes et fétides, les vomissements fécaioïdes peuvent faire prévoir l’expulsion du boudin i nvaginé séparé par la gangrène.
Chez les enfants, l’invagination se fait rapidement et prend tout de suite les allures de l’étranglement vrai. Chez les vieillards la mortalité est considérable. M. Le Dentu est partisan de l’abstention, qui donne 60 pour 100 de mortalité; avec l’intervention chirurgicale, on n’obtiendrait peut-être pas un résultat plus favorable. Peut-on faire cesser l’étranglement interne avec les ponctions aspiratrices? Quelques faits paraissent le prouver, mais ils ne sont pas assez nombreux pour être concluants.
M. Trélat. Les obstructions dépendant d’altérations siégeant dans les tuniques de l’intestin ne doivent pas être traitées par la gastrotomie. De plus, la maladie peut guérir spontanément et nos chances opératoires ne sont pas absolues.
Supposons un individu bien portant, ou presque bien portant, ou un individu ayant eu déjà plusieurs crises d’obstruction, pris tout à coup de nausées, de vomissements ; si les symptômes sont violents, si l’on ne trouve pas d’étranglement herniaire apparent, on est en droit de se demander s’il faut faire la gastrotomie ou un anus artificiel. Il faut agir.
Cette année, M. Trélat a observé un cas où il a fait la laparotomie. C’était un homme de trente-trois ans qui, à dix ans, avait eu une hernie inguinale droite. Cette hernie avait amené à plusieurs reprises des accidents d’étranglement. Elle était irrégulièrement maintenue par un bandage.
Le 14 février 1879, le malade eut du malaise, puis des coliques atroces; vomissements, constipation résistant aux purgatifs.
Le 18, il entra à l’hôpital de la Charité. Les orifices étaient libres; pas de hernie. Vomissements fécaioïdes. Douleur vive à la partie latérale droite du ventre.
Le 19, les mêmes phénomènes persistent ; même point douloureux. Opération à cinq heures du soir. La malade étant sous l’influence du chloroforme, M. Trélat fait une longue incision sur la ligne médiane. Il s’échappe aussitôt une fusée de gaz indiquant une perforation intestinale. On constate une forte adhérence ou une bride allant du bord externe du muscle droit vers la partie latérale droite de l’abdomen; cette bride est rompue. On amène alors vers la plaie une anse intestinale perforée en trois points. M. Trélat résèque 6 centimètres de l’anse gangrenée et réunit les deux bouts de l’intestin avec une suture de Gély. L’opéré mourut au bout de quarante-huit heures. .
Si un autre malade, dans les mêmes conditions, mais avec un étranglement récent, se présentait à M. Trélat, il recom- ' mencerait l’opération.
En résumé, dans les cas de tumeur ou de cancer de l’intestin, faire un anus artificiel ou no rien faire. Pour les invaginations, peut-être faire la gastrotomie ; mais M. Trélat comprend que Ton n’opère pas. Dans Tétranglemenl subit par bride ou autre cause, il faut opérer si la péritonite n’est pas très- développée.
— M. Marchand lit une observation de névrome du nerf sciatique; résection.
— M. Lannelongue présente un enfant de cinq à six ans qui, tombé d’un premier étage sur le nez, se fractura les os propres du nez et le maxillaire supérieur. La fracture du maxillaire supérieur est exactement sur la ligne médiane. Quand le malade ouvre la bouche, on croirait à une division congénitale de la voûte palatine, car la muqueuse est déchirée sur la ligne médiane.