VALEUR THÉRAPEUTIQUE DE LA FUCHSINE DANS LA MALADIE DE BRIGIIT
Dans un précédent article (Gaz. hebd., n" 30), j’ai analysé et discuté les observations dans lesquelles la fuchsine a été employée, seule ou associée à un autre traitement. Je vais donner actuellement le résultat de mes observations personnelles, prises dans mon service de l’hôpital Ménilmontant.
' Obs. I. — Zélie Dargent, entre à l’hôpital Ménilmontant (salle Laénnecj n° 14), le 2 avril 1879. 11 y a trois ans, cette malade fut prise de douleurs lombaires, de toux, et d’accès d’oppression qui apparaissaient surtout dans la première. partie de la nuit. Vers la mèmè époque, fréquentes envies d’uriner (1); bourdonnements dans les deux oreilles, demi-surdité dans l’oreille gauche ( Des troubles auditifs dans le mal de Bright; Oieulafoy, in Gaz. Itebd., 1878, n» 4).
Un an plus tard, il y a deux ans par conséquent, crampes trèsdouloureuses dans les membres inférieurs, fourmillements et engourdissement dans les doigts des mains, refroidissement passager et sensation du doigt mort (2).
Depuis cette époque, quelques épistaxis peu abondantes ; la malade a souvent mouché du sang.
Il y a trois semaines, l’oedème s’est montré pour la première fois aux malléoles, puis aux jambes et aux cuisses.
(1) Los troubles urinaires sont varic's chez les brightiquos ; certains ont envie d’nrinor, 5, 6, 8, 10 fois par nuit, sans que pour cela il y ait polyurie. D'autres ont
lilô des urines rendues ot lo nombre dos mictions sont doux phénomènes distincts et Souvent indépendants.
(2) Chez un grand nombre do brightiquos j’ai trouvé ce phénomène. Lo malade éprouve des fourmillements dans un ou dans plusieurs doigts de la main. Ces fourmillements sont souvent accompagnés do refroidissement, de décoloration de l’extrémité dos doigts, de la scnsalion vulgairement nommée le doigt mort. C’est un symptôme sur lequel jo reviendrai pius longuement dans une aulre circonstance.
Actuellement, à l’oedème des extrémités s’est joint un œdème des paupières. La dyspnée est très-accusée (35 inspirations par minute); crampes dans les jambes, bourdonnements d’oreille. Râles sibilants et sous- crépitants des deux côtés de la poitrine; rien au cœur.
La malade répond mal et lentement aux questions qu’on lui adresse, son regard est fixe, son air hébété ; je redoute une complication cérébrale (œdème ou hydrocéphalie).
État de l'urine. — Eu vingt-quatre heures, une seule miction, 125 grammes d’urine ; la quantité d’albumine équivaut à 26 grammes par litre.
Devant un état aussi grave je n’ose pas expérimenter la fuchsine seule, et je joins le régime lacté à 15 centigrammes de fuchsine par jour. Je ferai lg part des deux agents à la lin de cette observation.
En dix jours de- traitement, la malade rend 1800 grammes d’urine en vingt-quatre heures, il y a cinq mictions, et. l’urine ne contient plus que 9 grammes d’albumiuo par litre. L’état comateux a disparu, la dyspnée est beaucoup moindre, les râles sont moins nombreux.
Le 21 avril, même régime lacté, on supprime la fuchsine. La malade urine plus souvent (6 à 7 fois en vingt-quatre heures) et la quantité d’urine, d’abord stationnaire, augmente ensuite d’un demi-litre. L’œdènie a disparu.
Le 5 mai, même régime lacté, on reprend la fuchsine à la même dose. Le nombre des mictions et la quantité des urines, en tenant compte de quelques oscillations, persistent dans les mêmes proportions. Il y a 3 grammes d’albumine par litre.
Le 21, suppression de la fuchsine: état sensiblement stationnaire dans le nombre des émissions et dans la quantité d’urine ; 2sr,40 d’albumine par litre. L’état général de la malade est fort amélioré.
Le 5 juin, reprise de la fuchsine : aucune modification sensible ne survient dans la quantité d’urine et dans le nombre - des mictions ; 2«r,i0 d’albumine par litre. Alternatives de dyspnée et de calme.
Le 15, suppression de la fuchsine : aucune modification à signaler.
FEUILLETON