LE PROFESSEUR TARDIEU
Des députations de la Faculté et de l’Académie de médecine, suivies d’une foule nombreuse de confrères et d’amis, rendaient, mercredi dernier, les derniers devoirs au professeur Ambrçise Tardieu. Une longue maladie, dont les premières atteintes remontaient à plusieurs années, le tenait depuis quelques mois éloigné de ses occupations. La vaste nef de l’église de la Madeleine ne suffisait pas à contenir le long cortège de ceux qui avaient voulu donner à sa mémoire une dernière preuve de sympathie.
Bien que Tardieu ait dû surtout sa grande réputation à ses travaux de médecine légale et à la façon brillante dont il remplissait ses fonctions de médecin légiste, il doit compter au nombre des pathologistes les plus distingués de son époque. On en a la preuve dans un de ses premiers ouvrages, le Manuel de pathologie interne, dont le succès a été considérable. Sous une forme modeste cet ouvrage était un remarquable résumé des notions élémentaires de la pathologie et indiquait déjà -chez son auteur de rares facultés d’exposition. Les nombreuses éditions n’en ont pas encore épuisé le succès.
Les ouvrages de médecine légale de Tardieu sont tous devenus classiques. Le Traité des empoisonnements, publié
47 Janvier 1879
en collaboration avec le docteur Roussin, contient des idées nouvelles sur la recherche des poisons et une sorte de réaction contre certains principes d’Orfila. Tandis que ce dernier s’attachait surtout aux recherches chimiques, à la démonstration matérielle de l’empoisonnement, Tardieu prouva que dans beaucoup de cas, principalement dans les empoisonnements par les alcaloïdes végétaux, alors que les recherches chimiques peuvent demeurer sans résultats, une autre voie s’ouvre au médecin expert dans l’étude de la symptomatologie. En provoquant chez des animaux, à l’aide de matières empruntées aux organes suspects, des accidents semblables à ceux qui avaient causé la mort de la victime, on pouvait arriver à déterminer la cause de l’empoisonnement, alors que toutes les investigations chimiques restaient stériles.
Le Traité de l’attentat aux mœurs est arrivé aujourd’hui à sa septième édition. L’Elude sur les avortements et enlin le Dictionnaire d’hygiène et de salubrité (en quatre volumes), sont des ouvrages qui assurent à leur auteur un rang éminent parmi les médecins légistes.
A côté de ces ouvrages spéciaux viennent se placer d’intéressants mémoires sur le choléra, sur le diagnostic anatomique des névroses, sur la morve etlefarcin, etc., et de nombreux travaux publiés dans les Annales d’hygiène et de médecine légale. La liste complète en serait trop longue pour figurer ici.
■ On voit à combien de sujets s’attaquait l’activité scientifique de Tardieu. Cette rare ardeur jointe à une merveilleuse facilité de travail, à une remarquable faculté d’assimilation, est peut-être ce qui caractérise le mieux le talent du regretté professeur. Tous ces dons étaient rehaussés par une facilité d’élocution, une élégance de parole qui donnaient un grand charme à son enseignement.
Les occupations multiples qui surchargeaient la vie de Tardieu lui laissaient peu de temps pour la clinique hospitalière. Ceux d’enfre nous qui l’ont suivi à une époque où il pouvait consacrer ;plus de temps au service d.es hôpitaux ont pu apprécier ses qualités éminentes de clinicien. Personne ne savait mieux que lui se tirer des difficultés d’un examen compliqué, et arriver sûrement au diagnostic. Nul doute que si cette voie eût été choisie par lui, il n’eût acquis une haute position dans l’enseignement clinique.
Tardieu eut pendant quelques années les,, honneurs du décanat. Son accueil facile, sa bienveillance, étaient à ce moment fort appréciés des élèves; on n’a pas oublié cependant les scènes de désordre qui eurent lieu à son cours après les fâcheux scandales du congrès de Liège, et les incidents qui amenèrent alors sa démission.
Banûuet a la Faculté de MÉDEctNE de Paris. — Au moment où l’on mettait sous presse notre dernier numéro, avait lieu à la Faculté de médecine de Paris, dans la salle des assemblées, artistement disposée pour la circonstance, le banquet offert par MM. les professeurs à M. le ministre de l’instruction publique. Ce banquet, qui n’avait pas été provoqué par une circonstance spéciale, et qui n’avait d’autre motif que là reconnaissance de la Faculté envers un ministre soucieux des intérêts de l’enseignement médical, a été suivi d’une soirée intime à laquejle avaient été conviés tous les membres du personnel enseignant et lés fonctionnaires de la Faculté.
■ Société de chirurgie de Paris (séance annuelle le 22 janvier, à trois heures et demie). — Ordre du jour : allocution de M. le président Guyon; compte rendu des travaux, par M. Horleloup, secrétaire annuel; éloge de Bouvier, par M. de Saint-Germain, secrétaire général; proclamation des prix, par M. le secrétaire annuel.
Société médicale de l’Élysée. — La Société vient de constituer J>àü bureau pour l’année 1879, de la manière suivante : président,
M. Fieuzal ; vice-président, M. Peter; secrétaire général, M. Gouël ; secrétaires des séances, MM. Blache, Boucoumont; secrétaire trésorier, M. Guillon.
t Légion d’honneur. — Ont été nommés dans l’ordre de la Légion d’honneur les médecins dont les noms suivent :
Au grade de commandeur : MM. Baizeau (Anacharsis), médecin inspecteur; Champenois (Paul-Athanase), médecin principal de lro classe.
Au grade d'officier : M. Duprat (Alphonse-Léopold), médecinmajor de lrc classe.
Au grade de chevalier : MM. Peter, professeur à la Faculté de médecine de Paris; Danguillecourt (Frédéric-Gabriel), médecin de 2e classe de la marine; Destrem (Marie-Antoine), médecin de 2° classe de la marine; Roux (César-Louis), médecin auxiliaire de 2e classe de la marine; Roussin (Henri), médecin auxiliaire de 2= classe de la marine; Pécliaud (Jacques- Joseph), médecin-major de 2e classe; Sériziat (Charles-Viclor-Emile), médecin aide-major de 1™ classe; Cavoret, médecin à Duclair (Seine-Inférieure).
Souscription en faveur des médecins morts de la fièvre jaune au Sénégal. — Le corps de santé de la marine vient d’ouvrir une. souscription pour élever un monument à la mémoire de ceux des seurs qui ont succombé à la lièvre jaune du Sénégal. La Société d’anthropologie s’est associée à la souscription pour une somme de 300 francs, en souvenir de l’un de ses membres, le docteur Bougarel, qui a été l’une des premières victimes .
Comité consultatif d’iiygiène. — M. le professeur Wurlz a été nommé président du Comité en remplacement de M. Tardieu.
Fièvre jaune au Sénégal. — Un service funèbre solennel a été' célébré, hier matin, à la cathédrale de Toulon, en mémoire des médecins, des pharmaciens et des officiers de la marine et de l’infanterie de marine, morts victimes de la lièvre jaune, au Sénégal.. Tous les officiers de terre et de mer assistaient à cette cérémonie, qui a eu un caractère très-imposant.
Hospice de la Salpétrière^ — Le docteur Auguste Voisin reprendra ses conférences sur les maladies mentales le dimanche : 19 janvier, à neuf heures et demie, et les conlinuera.les dimanches, suivants à la môme heure.
Avis.. — Le docteur Romain-Vigouroux (de Paris) désire faire savoir a scs confrères qu’il n’a rien de commun avec un sieur , Vigouroux qui distribue des prospectus dans diverses villes de l’ouest, eu se disant médecin spécialiste de Paris.
État sanitaire de la ville de Paris :
Du 3 au 9 janvier 1879, on a constaté 1005 décès, savoir :
Fièvre typhoïde, 19. — Rougeole, 8. — Scarlatine, 3. Variole, 10. — Group, 18. — Angine couenueuse, 14. — Bronchite, 44. — Pneumonie, 92. — Diarrhée cholériforme des jeunes enfants, 6. — Choléra nostras, 0. — Dyssenterie, 2. — Affec tions puerpérales, 6. — Erysipèle, 4. — Autres affections aiguës, 249. — Affections chroniques, 452 (dont 159 dues à la accidentelles, 25.
SOMMAIRE. — Paris. La méthode dosimétrique et le ministère de la guerre.
Travaux originaux. Pathologie interne : Note sur deux cas de rhumatisme trèsgrave traités par le salicylatc de soude. — Sociétés savantes. Académie des sciences — Académie de médecine. — Société médicale dos hôpitaux. — Société de chirurgie. — Société do biologie. — Société de thérapeutique. — Revue des JOURNAUX. Trois cas d’ompoisonnemeut par l’ellébore vert. — Sur un cas de Icyslo hydatiquo acéphalocyslc du péricarde. — Des trois faits physiologiques principaux, qui servent de guide lors des ancslhésiations. — Les traumatismes de la yepsic. — :Moycn do calmer rapidement la douleur produite par la cautérisation au sulfate de cuivre dans la conjonctivite. — Travaux à consulter. — Bibliographie.' La théorie atomique. — Index bibliographique. — Variétés. Le professeur Tardieu.
G. Masson, Propriétaire-Gérant.
Vingt-sixième année
K7st/.:
24 Janvier 1879
GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MEDECINÏ ETJDE CHIRURGIE
Comité de rédaction : fl. DECHAMBRE , président ; BLflCHEZ, DIEULflFOY, fl. HÉNOCQUE, L. LEREBOULLET, fl. H. MARCHAND
•Adresser tout ce qui concerne la rédaction au siège du Comité', chez M. DechambRe, 91, rue de Lille (avant le mardi de préférence)
HISTOIRE ET CRITIQUE