XIII. — Ouvrages anatomiques de Jean Riolan, le fils
Quoiqu’il n’ait laissé aucun écrit personnel sur l’anatomie, Guy Patin a eu toujours un goût très-prononcé pour cette science. Aussi le voit-on, dès son admission au baccalauréat (1623), accepter avec joie les fonctions d ’ Archidiacre des écoles, c’est-à-dire de chef des travaux anatomiques, et, en 1654, entrer au Collège de France comme professeur d’anatomie et de botanique, en remplacement de son maître, de son « bon ami », Riolan. Il est certain que Patin, plus lettré, plus habile à manier la plume de critique, n’a pas été étran¬
ger aux nombreuses publications de Riolan. Les fameuses Curieuses recherches, mises au jour sous le nom de ce dernier, en 1651, montrent bien des passages où l’on reconnaît la touche, la manière de faire de son spirituel élève. Mais, sans s’arrêter à ce qui ne peut être qu’une supposition, on est assuré que, sans Guy Patin, nous n’eussions pas eu ni YEn-r cheiridium anatomicum et pathologicum de Riolan, publié en 1648, in- 16, ni les Opéra anatomica vetera recognitd et auctiora, du même Riolan, données en 1653, in-fol. de 872 pages, et qui sont comme le testament scientifique de l’auteur.
Qu’on ouvre, en effet, YEncheiridium anatomicum, dédié « Eruditissimo medico doctori Parisiensi, D.-D. Guidoni Patino, amieo et collegæsuo », voici en quels termes Riolan rend hommage à celui qui l’aidait dans ses travaux :
« Mon ambition n’est pas portée à chercher le nom de quelque grand seigneur pour le placer entête de mon livre, comme un Dieu tutélaire ; je n’ai jamais brigué les faveurs ni les louanges,
584 — N° 37 - GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 12 Septembre 1819
domicilié dans l’intestin grêle de l’homme, se détachent par anneaux remplis d’œufs fécondés et, passent dans les déjections sous. le nom de cucurbitïus ; celles-ci sont recueillies par certains animaux chez lesquels ils vont constituer, dans le premier cas, l’échinocoque; dans le second, le cysticerque, et c’est de chez ces mêmes animaux que nous les reprenons, sans nous en douter, en mangeant de la viande qui les renferme.
Les entozoaires sous-conjonctivaux, sans être absolument rares, sont loin d’être fréquents; ce n’est que depuis une uarantaine d’années que l’attention des chirurgiens a été veillée sur ce sujet. Baum (de Dantzig) fit en 1838 connaître le premier cas de cysticerque ladrique sous la conjonctive. Depuis cette époque, J. Sichel fit paraître dans le Journal de chirurgie, en 1843, un mémoire original très-complet sur le développement du cysticerque sous la conjonctive, dans lequel il en- rapporte trois observations personnelles.
Un peu plus tard, avril 1847, il fit paraître dans la Revue médico-chirurgicale de Malgaigne la relation d’un quatrième cas de cysticerque sous-conjonctival, et enfin, lorsque, en 1859, il publia sa magistrale Iconographie oplithalmologique , le nombre total dès cas counus s’élevait à 13, dont 7 avaient été observés par lui. C’est donc ce savant praticien qui a contribué dans la plus large mesure à l’étude de cet intéressant sujet, car c’est tout au plus si les cas publiés jusqu’à ce jour s’élèvent à une vinglaine en tout.
Cette rareté suffira, pensons-nous, pour justifier le choix de la communication que nous faisons aujourd’hui, dans le but d’attirer l’attention des praticiens sur un point qui n’arrive pas toujours à la connaissance des oculistes, car bien des fois il doit arriver que la vésicule hydatique contenue dans la tumeur s’échappe spontanément avec le pus que renferme le kyste. C’est pourquoi il nous paraît utile de préciser les caractères cliniques à l'aide desquels un kyste à hydatides pourra être distingué des autres tumeurs occupant le tissu sous-conjonctival, et capable de donner le change sur la véritable nature de celle qu’on a sous les yeux.
Ces caractères cliniques, tracés de main de maître par Sichel dans son Iconographie, nous paraissent devoir être intégralement reproduits, car à eux seuls ils sont suffisants pour permettre à celui qui n’en a jamais vu de les discerner du premier coup. a. On pourra, écrit ce savant ophtalmologiste, se prononcer sans hésitation sur la présence d’un cysticerque sous la conjonctive, toutes les fois qu’on trouvera, vers l’un des angles, et plus ou moins rapprochée du diamètre transversal de l’hémisphère antérieur de l’œil, une tumeur recouverte par la conjonctive, arrondie, rose pâle, semi-diaphane, où l’on reconnaîtra presque toujours, vers la partie moyenne, un disque blanchâtre ou jaunâtre circonscrit; que cette tumeur sera d’un rouge plus foncé et plus vascularisée
que celles des hommes doctes et experts, passionnés pour les .lettres, et qui ont mérité qu’on se souvienne de leurs travaux. Je vous ai choisi le premier et comme celui à qui le droit et les mérites ont acquis la dédicace et la défense de ce livre. C’est en votre nom que j’ai jeté mes filets (in luo nomine jactavi retes)-, vous avez été bien souvent le solliciteur et le promoteur de l’impression de mes livres anatomiques, et vous m’avez vous-même donné un libraire... Mais ce qui m’oblige davantage, c’est que vous avez voulu vous-même avoir soin de l’impression... » \
Dix ans plus tard, Sauvin, traducteur dèiÊncheiridium anatomicum, sous le titre de Manuel anatomique et pathologique (Paris, 1661, in-12), non-seulement dédiait sa traduction à Guy Patin, mais encore lui rendait justice en le déclarant le promoteur et le correcteur du livre.
La preuve n’est pas moins facile à donner en ce qui concerne les Opéra anatomica. Riolan avoue qu’il ne pensait guère à réunir en un corps d’ouvrage toutes ses publications
à sa circonférence, élastique, mais peu dure et se déplaçant latéralement dans une certaine étendue, mais adhérente par le centre de sa face postérieure à la sclérotique.
ï> Il n’existe aucune douleur spontanée; quelquefois seulement le malade accuse la sensation d’une légère pression ou d’une gêne, lorsque les paupières se rapprochent.
» Au toucher, la tumeur ne montre que la sensibilité ordinaire de la conjonctive; la vision n’éprouve point de trouble réel, mais seulement, dans quelques cas exceptionnels, une gêne plus ou moins grande dépendant de la position du kyste. »
Tels sont les signes cliniques à l’aide desquels On reconnaîtra la présence du kysie hydatique. Est-il besoin d’ajouter ue l’examen microscopique devra toujours être pratiqué, et onner sa consécration au diagnostic porté, en montrant d’une façon irrécusable l’existence des caractères histologiques de la variété de l’entozoaire auquel appartient le ver vésiculeux qu’on a sous les yeux.
Sur un total de 18000 malades inscrits à la clinique, nous avons rencontré deux cas de kystes hydatiques sous-conjonctivaux.
Le premier concerne une jeune fille de seize âns inscrite sous le n° 11815 et atteinte d’un kyste à échinocoque; il a été publié in extenso dans notre compte rendu cliniqne de 1878 (Fragments d'ophthalmologie. Delabaye , 1879); aussi nous bornerons-nous à en relater sommairement les principales particularités; et d’abord nous devons dire qu’il n’était pas, à proprement parler, sous-conjonctival, car il occupait les fibres musculaires du droit externe, et s’ét.ait développé de façon à former une tumeur qui avait lentement acquis la dimension d’un gros marron, repoussant l’œil en avant et en dedans, au point d’avoir, par l’extension qu’elle avait prise, compromis la vision de cel. œil. Evidemment les signes cliniques précédemment cités ne pouvaient s’appliquer au dia-^ gnoslic de cette tumfeur, qui n’était sous-conjonctivale que d’une façon médiate, et qui avait subi plusieurs ponctions exploratrices depuis son apparition.
L’extirpation de la tumeur fut pratiquée sans aucune entrave; elle fut laborieuse et longue, comme toutes les fois qu’il s’agit d’une tumeur de l’orbite et qu’on veut faire le moins possible de destruction; les suites en furent des plus simples, et nous pouvons dire des plus heureuses. La jeune fille qui en était atteinte put s’efi retourner chez elle au bout d’un mois, parfaitement guérie de sa tumeur, et ne conservant à la place de l’exorbitis qui la défigurait qu’un strabisme interne qui du reste l’inquiétait fort peu, et qui résultait de la destruction ou tout au moins de la mutilation du muscle droit externe.
L’examen de la tumeur, préalablement durcie, nous permit, à l’aide de coupes pratiquées en divers sens, de constater
antérieures, et que, s’il s’y est décidé, c’est grâce à Guy Patin, « l’auteur et le promoteur » de cette publication, et celui auquel les élèves devront tous les bénéfices qu’ils pourront en tirer. Patin a même eu sa part dans l’élément matériel du livre; car c’est lui qui afait l'index alphabétique des matières, index copieux, abondant, et qui n’a pas absorbé moins de 56 pages à deux colonnes. Plusieurs fois il parle, comme avec orgueil, de ce travail à ses correspondants. (Lettres à Falconet, 28 mai, 23 juillet 1649; à Spon, 22 juin, 20 juillet, 5 novembre 1649.)