SUPPLÉMENT
dans la plupart des ambulances de Paris, tous les modes de pansement devinrent mauvais à cause de l’intensité que prit l’épidémie de septicémie grave et de pyohémie.
Il était temps qu’un secours nous arrivât. M. Alph. Guérin nous l’apporta. Naturellement l’emploi du pansement ouaté changea du tout au tout ma pratique, et la rendit relativement excellente, imis j’avais encore çà et là divers accidents et quelque? pyohémies.
il me suffit, pour en diminuer considérablement le nombre, d’adjoindre à l’emploi du coton quelques précautions fondamentales de la méthode antiseptique, de ne plus appliquer le pansement nouveau dans les cas où il a peu de chance de réussir et de le remplacer par différents procédés de la méthode antiseptique.
J’arrivai de la sorte à sauver la presque totalité de mes amputés.
Je ne sais si je continuerai à être aussi heureux, mais, comme on le verra dans mon dernier relevé des amputations pratiquées en 1876, 1877 et partie de 1878, je n’ai plus observé un seul cas d’infection purulente, et mes cas de mort, fort peu nombreux d’ailleurs, ne paraissent plus devoir retomber sur les pansements.
Je crois donc être parvenu à mon apogée ou à peu près. Je l’attribue sans hésitation, d’une part, à l’adoption cl’une série de mesures sévères, tendant à protéger la plaie contre les influences du dehors (germes atmosphériques ou contages, peu m’importe, jusqu’à nouvel ordre); d’autre part, à l’éclectisme dans les pansements, c’est-à-dire à l’application raisonnée, suivant la variété des cas, de procédés variés appartenant tous à la méthode antiseptique.
Je résume tout m«n passé dans les lignes suivantes :
Première période : Réunion immédiate, pansements classiques, nulle précaution contre les agents septiques, résultats mauvais, mortalité très-forte.
Deuxième période : Abandon de la réunion, pansement ouvert, topiques très-simples, eau. fraîche; résultats moins mauvais, dans un hôpital réputé détestable.
Troisième pêiiode : Dans le même hôpital, succès plus nombreux par la seule substitution à l'eau fraîche de l’alcool plus ou muins étendu; c’était un premier pas vers l’emploi des antiseptiques locaux.
Quatrième période: Même hôpital, pansement ouaté, transformation complète des résultats, proportion de succès inconnue jusqu’alors; cependant quelques revers encore.
Cinquième période : Idées théoriques plus nettes sur la septicité, ses causes et ses effets, d’où précautions raisonnées prises contre la septicémie et ses formes graves, et éclectisme dans le choix des pansements; comme résultat, suppression des accidents traumatiques imputables au milieu, disparition de la septicémie et de la pyohémie.
Épidémiologie.
Épidémie de fièvre rémittente a la Guyane, par le docteur Maurel.
En 1857, la France a créé sur la rive droite du Maroni une colonie pénitentiaire dont la population, rapidement croissante pendant les premières années, s’élevait en 1866 à 4000 habitants environ, répartis dans cinq ou six villages. Mais la transportation européenne à la Guyane ayant été supprimée à cette époque, l’essor donné à cet essai de colonisation s’était arrêté et, les maladies s’étant jointes au manque de nouveaux arrivants, le pénitencier ne comptait plus que 1200 personnes, lorsqu’en novembre 1875 j’y fus envoyé comme chef du service de santé.
Ges 1200 personnes, dont 400 appartenaient au personnel libre et 800 à la transportai, n’occupaient plus que deux
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villages : Saint-Laurent, chef-lieu de la colonie, et Saint- Maurice, qui était soutenu par la présence d’une usine à sucré. Quant aux autres centres de population, Saint-Jean et Saint-Louis avaient disparu et Saint-Pierre ne comptait qu’une douzaine d’habitants.
Ces différents villages avaient été distribués sur un terrain assez vaste, limité à l’ouest par le Maroni, sur lequel se trouve Saint-Laurent; au sud par un affluent, le Balété, non loin duquel est Saint-Maurice; au nord par un autre affluent, le Maipouri qui arrose Saint-Pierre, et enlin à l’est par un immense marais qui donne probablement naissance à deux rivières.
Une partie de ce rectangle, celle qui borde le Maroni, est constituée surtout par des terres basses et quelques basfonds marécageux; l’autre, au contraire, accidentée, se compose d’une série de monticules à pentes assez douces, dont les sommets ne dépassent pas 40 mètres, et séparés par des vallées qui, n’ayant aucune direction bien déterminée, retiennent les eaux des pluies ou ne les conduisent aux rivières qu’après leur avoir fait parcourir les trajets les plus capricieux.
Des routes carrossables, bordées de part et d’autre par les habitations des transportés devenus colons, reliaient les différents villages. Mais, depuis l’abandon de quelques-uns d’entre eux, l’entretien des routes a été négligé, et, seules, celles qui desservent Saint-Maurice et Saint-Laurent sont encore praticables aux voitures; ce sont aussi les seules le long desquelles se dressent encore, avec leur monotone uniformité, les maisons de quelques colons.
Chaque habitation est entourée d’une étroite zone de terre cultivée, dite concession, ne s’étendant pas à plus de 100 mètres de la route. Ainsi, même au moment où la colonie était Irplus prospère et avait 3000 hectares en culture, l’espace cultivé n’était rien à côté de celui occupé par les bois. Depuis, la forêt, momentanément dépossédée de ses terres, a commencé à reprendre ses droits et continue à s’étendre avec une désespérante opiniâtreté.
Aussi la population qui a survécu vit-elle pauvrement, ne cultivant que quelques légumes pour son usage, et pour l’exportation la canne à sucre et le manioc.
Quoique près de l’équateur, notre colonie du Maroni a une température qui ne dépasse pas 30 degrés, et son séjour paraît de prime abord d’autant plus supportable qu’elle est souvent traversée par les brises du nord-est qui rafraîchissent l’atmosphère. Mais, de même nue dans les autres parties de 1 1 Guyane, même les plus salubres, ce qui fatigue, c’est la constance de la température, qui, réunie à la quantité considérable de vapeur d’eau contenue dans l’atmosphère, la transforme en une espèce d’étuve humide.
Les vents les plus fréquents sont ceux du nord et du nordest, qui, venant de la mer, sont sains et entraînent une fraîcheur bienfaisante, et ceux du sud et du sud-ouest, qui, n’arrivant qu’après avoir traversé une large étendue de terres marécageuses, sont toujours chauds et amènent souvent les formes les plus graves des affections paludéennes.
Tels sont, en quelques mots, l’historique, la topographie médicale, et la situation de ce pénitencier. C’est là qu’après quelques mois d’immunité complète, j’ai vu naître et se développer l’épidémie dont je vais donner la description succincte.
Après beaucoup d’hésitations au début, j’ai cru devoir la considérer comme composée par des cas de fièvre typhoïde bilieuse et des cas de fièvre à rechute, opinion qui nra paru pleinement justifiée plus tard par sa marche, son génie et son anatomie pathologique.
Cette épidémie a été de ma part l’objet de recherches et d’observations longues et pénibles, que j’ai consignées, soit dans des lettres de service, soit dans un mémoire adressé au Conseil supérieur de santé, et que, sur sa proposition, M. le
ministre de la marine a bien voulu récompenser par un témoignage de satisfaction.
Je crois utile de laisser trace de cette épidémie dans la science : 1“ parce quelle s’est montrée dans un pays souvent fréquenté par la fièvre jaune et constamment soumis à la fièvre rémittente bilieuse, avec lesquelles il est urgent (le la différencier ; 2° parce que c’est la première fois que la fièvre à rechute est signalée à la Guyane; 3° qu’enfin cette épidémie m’a permis de constater, mieux qu’on ne 'avait fait jusqu’à présent, je crois, l’identité de nature de la fièvre typhoïde bilieuse aveclafièvreàrechute, qui ne seraient, d’après moi, que deux manifestations différentes du même genre épidémique.
Les limites d un article de journal ne me permettant pas de donner une description complète de celte épidémie, je me contenterai de reproduire presque textuellement une lettre médicale adressée au chef du service de santé de la colonie au moment où elle venait de finir, et dans laquelle je la résumais.
Née spontanément sur le pénitencier dans le mois de janvier 1876, j’ai pu la suivre jusqu’au mois de juin, époque à laquelle je fus rappelé à Cayenne. Pendant mon séjour, elle avait sévi successivement sur les troupes d’infanterie de marine et les deux convois de transportés, hommes et femmes, qui à courts intervalles étaient venus s’exposer à ses coups. C’est sur ce même personnel que l’observa mon successeur pendant les trois mois qui suivirent mon départ ; puis elle diminua de fréquence et disparut pendant les mois de novembre et de décembre pour laisser place à des cas de rémittente bilieuse et de typhus amaril. Ces affections étaient elles-mêmes devenues moins nombreuses à mon retour au Maroni, le 20 décembre.
Quelques jours après mon arrivée, j’eus à constater dans le personnel officier plusieurs cas d’une gravité extrême et dont quelques caractères me jetèrent dans le doute. Mais peu après l’intensité des symptômes diminua, l’affection s’accentua, et je pus affirmer que je me trouvais en présence de la même affection que pendant mon précédent séjour.
Dans le mois de février, les cas ont diminué, et depuis le 20 mars, date du dernier décès, je n’ai rien observé qui puisse se rattacher à cette maladie.
Quoique l’épidémie que j’ai observée se soit présentée sous deux formes bien tranchées, la fièvre à rechute et la fièvre typhoïde bilieuse, je pense pouvoir les confondre dans une seule et même description, me contentant de signaler, au fur et à mesure que l’occasion s’en présentera, les particularités qui les distinguent.
La physionomie générale de ces deux affections a présenté un aspect tout spécial, unique dans la pathologie. Leur caractère le plus saillant est de procéder en deux temps. Sauf pour quelques cas légers et ceux d’une gravité extrême, qui, rapidement terminés par la mort, n’ont eu qu’une évolution incomplète, cette marche a été constante.
Chaque cas complet a été constitué par deux périodes fébriles bien marquées, ayant une durée moyenne de cinq à sept jours, et séparées l’une de l’autre par une période franchement apyrétique dans la fièvre à rechute, et d une apyrexie incomplète, le thermomètre oscillant entre 38 degrés et 38°, 5, dans la fièvre typhoïde bilieuse. Quant à la durée de cette période intermédiaire, quoique variable, elle peut être fixée entre cinq et sept jours pour la première forme, et deux jours pour la seconde.
Celte marche toute spéciale, et qui est le propre des affections que j’ai observées, est rendue saisissante par la courbe des températures; les deux types joints à ce travail la font nettement ressortir.
Chaque période fébrile est caractérisée par des phénomènes gastriques d’intensité variable, épigastralgie, dysphagie, -nausées, vomissements de natures différentes, ne contenant de sang que pendant la seconde période, alors que des ulcérations hémorrhagiques étendues existent dans l’estomac
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et dans l’œsophage. En outre de ces symptômes, on trouve d’abord ceux qui constituent le cortège habituel de tout mouvement fébrile, céphalalgie, constipation, etc., et ensuite quelques symptômes bilieux qui n’ont jamais dépassé la teinte ictérique et qui fréquemment ont été assez peu marqués pour être douteux. L’hépatalgie n’a jamais été très-intense et a toujours été effacée par d’autres symptômes douloureux, parmi lesquels, et comme fréquence et comme intensité, l’épigastralgie a occupé le premier rang et la sphénopathie le second. Quant aux douleurs lombaires, je ne les ai que rarement observées, et ne les ai jamais vues très-tenaces. De plus, je dois ajouter que, surtout dans la forme typhoïde bilieuse, la maladie peut dès les premiers jours se présenter avec un aspect typhoïde bien caractérisé : faciès pâle, terreux, affaissement, stupeur, etc., aspect typhoïde qu’il est encore bien plus fréquent d’observer à la fin.
Ces deux périodes, qui, à un examen superficiel, paraissent identiques, peuvent cependant être distinguées l’une de l’autre par une série de symptômes dont les principaux sont : l’intensité plus grande "des phénomènes bilieux dans la seconde que dans la première; la nature des vomissements et l’intolérance plus grande de l’estomac pendant la seconde période.
Enfin la courbe thermométrique, qui a pour caractère constant, pen tant la première période, d’être interrompue par une descente brusque, est moins régulière dans la seconde et se rapproche du tracé d’une forme continue.
Quant à la période intermédiaire, dans la fièvre typhoïde bilieuse, elle est parfois de trop courte durée pour se prêter à une description propre, et, clans ce cas, ne se révèle que par l’abaissement de la température et l’apaisement des symptômes graves.
Dans la fièvre à rechute, au contraire, elle est bien marquée et se trouve caractérisée par une diarrhée constante, la rareté du pouls (40 à 50) et l’affaissement du malade.
La convalescence est facile dans les cas légers ; lente au contraire, et quelquefois traversée par des accès fébriles et de courte durée, lorsque la maladie a suivi son évolution complète.
Tels sont les principaux symptômes de cette affection qui s’est présentée à moi, groupés sous un type constant et avec une marche dont la régularité suffirait pour la caractériser.
Les deux lésions dominantes sont le volume exagéré de la rate et l’inflammation de la portion du tube digestif comprise entre le pylore et la cavité buccale.
La rate a présenté des volumes deux et trois fois supérieurs à la normale; elle a été souvent molle, peu résistante, quelquefois se déchirant à la moindre traction.
Les traces d’inflammation ont été constantes; elles se sont révélées, dans les cas promptement suivis de mort, par des arborisations très-riches ; et lorsque la mort a été plus tardive, par des ulcérations profondes, étendues, occupant chez un noir toute la superficie de la muqueuse gastrique et une partie de celle de l’œsophage, donnant à toute cette surface l’aspect d’une vaste plaie en suppuration.
De ces lésions, les plus marquées ont toujours été celles de l’estomac ; en les observant avec soin, il semble que ce processus se.soit d’abord fixé sur cet organe et que ce n’est que successivement qu’il a envahi les parties sus-diaphragmatiques des voies digestives.
En outre de ces lésions, je dois en signaler quelques autres.
Le foie n’a présenté qu’ exceptionnellement des altérations, et encore, dans ces cas, je l’ai toujours vu assez riche en sang et avec une couleur s’écartant peu de la normale ; son volumo a été souvent un peu exagéré.
Dans la grande majorité des autopsies, j’ai trouvé le poumon pâle, décoloré, exsangue; la vessie a toujours contenu une quantité notable d’urine. Enfin, pour être complet, je dois mentionner des adhérences récentes et très-étendues occu¬
pant la plupart des cavités séreuses et les effaçant quelquefois ; leur siège de prédilection a été la cavité pleurale. Dans une autopsie où j’ai vu cette lésion aussi prononcée que possible, les deux plèvres étaient effacées, le foie adhérait au diaphragme, la rate aux organes environnants, les anses intestinales entre elles; enfin, particularité plus surprenante, le grand épiploon était réuni à la paroi abdominale dans toute son étendue, et ce ne fut pas sans peine qu’il en fut détaché. Ces adhérences m’ont toujours d’autant plus étonné que l’intégrité des organes qu’elles fixaient a toujours été constatée.
Je n’ai pu encore compléter les études histologiques, et ne donne leurs résultats qu’avec quelques réserves. Cependant je crois pouvoir certifier les suivantes :
Liquides. — Vomissements, contiennent :
1° Des leucocytes en quantité considérable, le plus souvent bien conservés;
2° Dans quelques cas, les globules sanguins altérés ;
3° Des sporules de cryptocoque du ferment;
4° Des sarcines.
Urines. — Dans certaines périodes de la maladie, contiennent : des sédiments de carbonate de chaux qui, parl’acide azotique, les rendent effervescentes.
Organes. — Estomac. La celluleuse est le siège d’un processus inflammatoire manifeste et sur de nombreux points sa muqueuse offre les caractères d’une membrane pyogénique.
Foie. — Les deux foies que j’ai examinés au microscope n’ont présenté aucune modification des cellules hépatiques. Ils n’ont, entre autres, subi aucune transformation graisseuse, altération facile à observer. Mais, je le répète, je n’ai vu encore que deux foies et je ne saurais m’engager pour l’avenir.
Rein. — Normal à l’œil nu; offre des concrétions qui semblent accumulées sur certains points des tubes, et qui ne doivent pas être étrangères à la diminution de la sécrétion urinaire, que j’ai observée d’une manière constante.
Traitement. — Après quelques tâtonnements, je me suis arrêté à une méthode mixte. La nature franchement inflammatoire de l’affection, ainsi que le prouvent les autopsies, m’a conduit à employer les émissions sanguines. J’ai donné la préférence aux sangsues sur la saignée, parce qu’en même temps qu’elles agissaient sur l’état général, elles me permettaient de combattre certains symptômes locaux, tels que l’épigastralgie, la céphalalgie : aussi est-ce à l’épigastre 1 1 aux apophyses mastoïdes qu’elles ont été le plus souvent placées, et quelquefois à plusieurs reprises différentes. Elles n’ont été appliquées que deux fois sur d’autres points : la première fois à la nuque et la seconde à la région lombaire.
En outre, les purgatifs salins, et tout particulièrement le citrate de magné ie, ont fréquemment trouvé leur emploi contre la, constipation qui accompagne les deux périodes fébriles, soit que je les aie donnés à dose purgative, soit, le plus souvent, à dose laxative.
Le sulfate de quinine a été fréquemment employé, mais seulement comme adjuvant et non comme base du traitement. A haute dose (2,50 à 3 grammes), j’ai constaté ses bons effets antipyrétiques, toutes les fois que l’estomac a pu le tolérer. Dans les cas contraires, je me suis parfois bien trouvé de l’alcool donné dans le même but.
A ces moyens, qui dans la dernière période de l’épidémie ont constitué la base du traitement, je dois ajouter, pour être complet, tous ceux qui se sont adressés à des symptômes particuliers, et dont l’indication naît si souvent dans le cours d’une affection longue et soumise à une certaine variabilité de caractères. Je me contenterai de citer: contre la céphalalgie, outre les sangsues, les compresses froides, vinaigrées, les tranches de citron; contre les vomissements, les vésicatoires morphinés, les préparations gazeuses, et les antispas-
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modiques; enlin, contre les suintements sanguins, Fergotine et les tisanes sulfuriques, chlorhydriques, et au perchlorure de fer.
Tel est, à grands traits, le compterendu de cette épidémie. Quoique incomplet, je le crois suffisant cependant pour en faire saisir les caractères les plus saillants, pour faire ressortir sa' véritable nature, et pour justifier la diagnostic que j’ai porté.
SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des sciences.
Existe-t-il, parmi les êtres inférieurs dont nous nous D4CUPONS, DES ESPÈCES EXCLUSIVEMENT AÉROBIES ET D’AUTRES EXCLUSIVEMENT ANAÉROBIES? TOUS CES ÊTRES DOIVENT-ILS ÊTRE RANGÉS DANS DEUX CLASSES, OU DANS TROIS, OU DANS une seule? Note de M. Trécul. — De nombreuses citations empruntées aux écrits de M. Pasteur Fauteur conclut : 1° que les ferments organisés ne sont que des états particuliers d’espèces plus ou moins compliquées, qui se modifient suivant les milieux dans lesquels elles se trouvent; 2° qu’au lieu d’établir trois classes d’êtres inférieurs, connue le veut auîourd’liui M. Pasteur, il en faut reconnaître une seule, chaque espèce pouvant présenter à la fois un ou plusieurs états aérobiens et un ou plusieurs états anaérobiens. On concevrait d’autant moins, ajoute M. Trécul, l’opposition de M. Pasteur à cette manière de voir, que d’autres travaux de lui appuient cette conclusion. N’a-l-il pas dit ( Comptes rendus, t. LXVV, p. 785) : « On peuL entrevoir... que tout être, tout organe, toute cellule qui vit ou qui continue sa vie sans mettre en œuvre l’oxygène de l’air atmosphérique, ou qui le met en œuvre d’une manière insuffisante pour l’ensemble des phénomènes de sa propre nutrition, doit posséder le caractère ferment pour la matière qui lui sert de source de chaleur totale ou complémentaire. » Cette phrase, qui ne fut publiée qu’en 1872, ainsi que les faits qui l’ont inspirée, ramène oien quelque peu M. Pasteur vers l’opinion de ses adversaires ; aussi est-ce quelque, temps après que notre confrère reconnut que la levûre de Mucor est une réalité. Il ne parla de celle-ci, a ma connaissance, qu’en 1876, dans ses Etudes sur la bière.
— M. Pasteur répondra dans la prochaine séance à l’argumentation deM. Trécul. Il répond aujourd’hui à l’argumentation de M. Berthelot (voy. le compte rendude la précédente séance).
Lorsque, en 1861 , dit-il, j’ai opposé, pour la première fois, l’existence et les propriétés de deux sortes d’êtres en les désignant par l’expression d 'aérobies et d’ anaérobies, ce n’est pas une théorie que j’ai faile. J’ai dit : Il existe des êtres qui ne peuvent vivre, qui ne peuvent se nourrir sans assimiler de l’oxygène libre; ce sont les aérobies; ils ne sont pas ferments. Il existe une autre classe d’êtres pouvant vivre, se nourrir en dehors de toute participation du gaz oxygène libre, par conséquent, en empruntant forcément tout l’oxygène de leurs principes immédiats à des combinaisons, notamment à la matière fermentescible qui est toujours oxygénée : dans ces conditions, ces êtres sont ferments. Mon travail sur ce sujet, son originalité, sont là tout entiers. « Etant admis, dit M. Berthelot, que la levûre est un végétal qui se nourrit et se développe aux dépens de l’oxygène du sucre pendant la fermentation, la levûre ainsi formée devrait être plus riche en^ oxygène que la levûre initiale... v Comment notre confrère ne s’est-il pas dit que la levûre, après avoir pris l’oxygène, pourrait bien le rendre aussitôt à l’étal d’aride carbonique, qui est un produit constant des fermentations proprement dites? Et pourquoi M. Berthelot ne demande-t-il pas à la levûre vivant au contact de l’atmosphère, qui, dans ce cas, prend, à n’en pas douter, de l’oxygène à l’air et le porte sur ses aliments, pourquoi, dis-je, ne demande-t-il
pas à cette levûre des produits plus oxygénés que les principes i umédiats qui lui sont propres? Le raisonnement de M Berthelot est donc de tous points inacceptable...
J’arrive au deuxième point traité par M. Berthelot : t M. Pasteur, dit-il, conlinue à rester étranger à l’ordre d’idées qui nous a conduit à regarder comme ulile la publication des derniers essais de noire cher et regretté confrère... Il ne s’agissait point d’ouvrir une polémique sur un travail interrompu par la mort de son auteur, mais d’en conserver la trace dans la science... Les personnes qui ne partageraient pas les opinions de notre illustre confrère étaient libres de ne pas s’en occuper ou tout au plus de marquer brièvement leur dissidence. »
Quoique M. Berthelot se défende « d’avoir la coutume de caractériser lui-même la méthode et la logique de ses contradicteurs i>, qu’il me permette de lui dire que c’est ce qu’il fait ici de la manière la plus directe. C’est son droit, comme c’était le mien vis-àvis de Bernard et de lui-même ; je ne l’en blâme donc aucunement , mais je dois faire observer qu’il en use dans des termes qui ne sont pas du tout conformes à la vérité de l’histoire, car c’est d’histoire qu’il s’agit. L’utilité, en effet, de la publication des derniers essais de Bernard m’a toujours paru parfaitement justifiée, et je suis le premier à remercier M. Berthelot de l’avoir faile. 11 doit savoir pertinemment que je ne me suis pas associé aux regrets de ceux qui auraient désiré qu’il me donnât connaissance du manuscrit avant de le mettre au jour...
Du l’action de la diastase, de la salive et du suc p incrêatique sur l’amidon et le glycogène. Note de MM. F MusculuselJ. deMering. - Conclusions. Il résulte de nos expériences que :
1° La salive et le suc pancréatique fournissent avec l’amidon les mêmes produits de dédoublement que la diastase, à savoir : dextrines rédactrices, mallose et glycose;
2” Le glycogène donne, comme l’amidon, des dextrines réductrices, de la mallose et de la glycose, sous l’influence de la salive et de la diastase ;
3° Les dextrines du glycogène diffèrent de celles de l’amidon en ce qu’elles sont moins hygro*copiques et que leur pouvoir réducteur est moindre. De plus, il se produit, dans la saccharification du glycogène, une dextrine inattaquable par la diastase et la salive, quand le pouvoir réducteur est arrivé à 37, ce qui n’arrive avec l’amidon que quand le pouvoir réducteur est de 50. La diastase agit moins énergiquement sur le glycogène que la salive ;
4° Il n’existe qu’un glycogène, soit que l’animal dont il provient ait été nourri exclusivement avec des hydrates de carbone, soit qu’il ait été nourri avec des substances albuminoïdes;
5° L’existence de dextrines réductrices et à pouvoir réducteur variable qui accompagnent la mallose et la glycose démontre la uécessilé d’avoir recours à la fermentation pour la détermination du sucre dans les liquides de l’économie, et explique, à noire avis, les divergences qui existent entre les résultats obtenus par les différents expérimentateurs, suivant qu’ils ont employé la méthode de fermentation ou qu’ils se sont contentés de la réduction avec la liqueur bleue. L’un de nous (Mering, Dubois Archiv, 1877) a, en effet, constaté que le pouvoir réducteur de l’extrait alcoolique du sang de la veine porte, après une nourriture amylacée, augmente de 25 pour 100 quand on le chauffe avec de l’acide sulfurique dilué. Cette augmentation est-elle due à la présence de la mallose, ou d’une dextrine, ou aux deux à la lois?
C’est ce que nous espérons pouvoir déterminer à l’aide de la fermentation.
Nouvelles observations sur le développement et les métamorphoses des Tænias. Note de M. P. Mégnin. — Il y a trente ans à peine que l’on sait que les vers vésiculaires sont des larves de Tænias. Le fait a été établi par les belles expériences de MM. Van Beneden, de Siebold, Leuckart, Kiichenmeister, etc., dans lesquelles ces expérimentateurs, faisant avaler à des carnassiers des vers vésiculaires, ont vu ces vers se transformer en Tænias adultes dans les intestins de ces quadrupèdes. De ces expériences ces auteurs ont
24 Janvier 1870 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE - N° 4 — 61
conclu, non-seuleinent que les vers vésiculaires étaient des formes imparfaites de Tænias, et non des espèces déterminées ou des vers égarés, malades et hydropiques, comme on le croyait avant eux, mais encore cju ’ïl était indispensable que ces vers vésiculaires fussent ingérés par un carnassier, un omnivore, un animal étranger enfin, pour pouvoir arriver à l’état parfait, c’est-à-dire à la forme rubanaire et sexuée.
Cette dernière hypothèse rendait bien compte de l’origine des Tænias des carnassiers et de certains des omnivores (des Tænias à crochets), mais elle était impuissante à expliquer l’origine des Tænias des herbivores (des Tænias inermes). En effet, le cheval, le bœuf, le mouton, le lapin, etc., présentent souvent des Tænias adultes, et cependant ils ne dévorent aucun être susceptible d’héberger les scolex de leurs Tænias.
Plusieurs autopsies de chevaux et celles de nombreux lapins de garenne m’ont donné, dans ces derniers temps, le mot de l’énigme. Chez ces animaux, leurs vers vésiculaires (un Ecliinocoque pour le cheval et le Cysticercus pisiformis pour le lapin), quand ils se développent dans des cavités adventives en communication immédiate avec l’intérieur de l’intestin, cavités résultant de l’agrandissement de follicules ou de glandules dans lesquels les embryons hexacanthes se sont introduits, ou môme quand ces vers deviennent libres dans la cavité du péritoine (chez le lapin sauvage), ils continuent leurs métamorphoses sur place et arrivent à l’état adulte, c’est-à-dire rubanaire et sexué, sans quitter l’organisme dans lequel ils ont pénétré à l’état d’œuf microscopique (avant de 0mm,030 à 0mm,070 de diamètre), soit avec l’eau des boissons, soit avec des aliments herbacés; seulement, dans ce cas, ils donnent un Tænia inerme, tandis que, si le môme ver vésiculaire est ingurgité par un carnassier ou un omnivore, il devient, dans les intestins de ces derniers, un Tænia armé, c’est-à-dire qu’ici il conserve les crochets du scolex dont il provient et que dans le premier cas il les perd.
Certains Tænias inermes et certains Tænias armés sont donc deux formes adultes et parallèles du même ver, et les différences, souvent très-grandes, qu’ils présentent, comme, par exemple, le Tænia perfoliata du cheval et le Tænia cchinococcus ou Tænia nana du chien, qui proviennent du même ver vésiculaire, sont dues exclusivement à la différence des terrains et des habitations dans lesquels se sont accomplies leurs dernières métamorphoses.
Nouvelles observations sur les dangers de l’emploi