DU DORAX EN POUDRE POUR LA CONSERVATION DE LA VIANDE
par M. G. Le Bon. — L’auteur maintient, contre ses contradicteurs, que la viande conservée par le borax en poudre a perdu ses propriétés nutritives et finit, après quelques semaines d’emploi, par déterminer des troubles intestinaux.
Academie de médecine.
sëancedu21 janvier1879. — présidence de m. richet.
L’Acack'raie reçoit : 1“ Un travail manuscrit do M. Aumignon, intitulé : Quelques observations au sujet du vaccin et des revaccinations ; — 2” Un travail manuscrit do MIL los docteurs Planai et Hugues (do Nice), intitulé : Recherches sur les températures locales au moyen de l’appareil thermo-électrique.
M. Gosselin oiTre on hommage un oxcin plaire do la troisième édition de son ouvrago intitulé : Clinique de l'hôpital de la Charité.
M. Bergeron présente, au nom do M. le docteur Émile Duché (do l'Yonne), une
parlement de l’Yonne.
M. Bergeron présente en outre, on son nom et au nom de ses collaborateurs, le premier numéro d'un recueil qu’ils viennent do faire paraître sous le nom de Revue d'hygiène.
M. le docteur Delmas (de Bordeaux) demande l’ouvorturo d’un pli cacheté déposé par lui dans la séance du 8 décembre 1877.
M. le Secrétaire perpétuel ouvre ce pii cacheté, qui contient cinq propositions « originales », relatives à l’action du froid et de la chaleur sur l’organisme.
M. le docteur Bucquoy, médecin do l'hépital Cocltin, lit un travail intitulé : Anévrysme de l'aorte ascendante traité avec succès par la méthode électrolylique.
Nécrologie. — Sur l’invitation de M. le président, M. Henri Gueneau de Mussy donne lecture du discours qu’il
a prononcé, au nom de l’Académie, aux obsèques de M. Ambroise Tardieu. (Cette lecture est accueillie par de nombreuses marques d’approbation.)
Anévrysme de l’aorte. — M. Bucquoy donne lecture d’une observation d’anévrysme aortique Traité avec succès par l’électrolyse, et présente à l’Académie la malade qui fait le sujet de son travail.
Il s’agit d’un anévrysme de l’aorte ascendante, développé spontanément chez une femme de cinquante-huit ans. Deux ans environ après son début, la tumeur, animée de battements intenses, faisait au côté droit du thorax un relief considérable; elle occupait les 2e, 3° et 4“ espaces intercostaux, sur une étendue de 10 ou 12 centimètres en largeur et de 8 centimètres en hauteur, dans laquelle on ne trouvait plus vestige des côtes ni de leurs cartilages. Il n’y avait aucun signe de compression intra-thoracique, pas de différence entre les deux pouls, pas d’insuffisance aortique, ce qui p rmellait de diagnostiquer un anévrysme sacciforme, occupant la paroi droite de l’aorte. Les symptômes fonctionnels étaient graves : douleurs très-vivès irradiées dans le bras, dyspnée et sensation indicible d’angoisse précordiale.
Dans ces circonstances, M. Bucquoy, enhardi par la situation latérale et excentrique de l’anévrysme, pressé d’ailleurs par l’imminence des accidents, s'est décidé à appliquer l’électrolyse, d’après la méthode de Ciniselli. La première séance eut lieu le 12 juin 1878, sous les yeux du docteur Dujardin- Beaumelz et suivant le procédé modifié dû à ce médecin : deux aiguilles furent enfoncées dans les parties les plus saillantes de la tumeur, à une profondeur de 2 centimètres et demi, et mises alternativement en contact pendant cinq minutes avec le pôle positif d’une pile de Gaiffe, dont le pôle négatif était appliqué sur la cuisse de la malade; la durée totale du passage du courant fut limitée à vingt'minutes.
L’opération détermina une douleur très-vive, qui fut suivie d’une tension inflammatoire de la tumeur, avec sensibilité à la pression. Mais en même temps les troubles généraux et fonctionnels se calmaient rapidement, la dyspnée diminuait et le sommeil redevenait possible. Quinze jours après, une seconde séance d’électrolyse fut suivie des mêmes phénomènes, mais amena un affaissement marqué de la tumeur; après trois nouvelles opérations, celle-ci était en grande partie solidifiée, et la malade se trouvait assez bien pour quitter l’hôpital et reprendre son travail. Deux mois plus tard, elle revenait très-fatiguée, très-essoufflée ; la poche anévrysmale était de nouveau plus développée, mais il s’en fallait de beaucoup qu’elle eût repris son volume primitif. Quatre nouvelles séances d’électrolyse firent cesser tous les désordres et amenèrent l’anévrysme à l’état où on peut le voir actuellement : la poche affaissée forme une plaque dure, peu dépressible, de consistance fibreuse; à l’extrémité supérieure, il persiste une saillie acuminée, du volume d’une petite noix, animée d’assez forts battements. La guérison n’est donc pas complète, mais rien n’autorise à penser qu’elle ne pourra pas être obtenue.
M. Bucquoy s’appuie sur ce fait et sur plusieurs autres pour établir que l’électrolyse peut rendre de grands services dans les cas d’anévrysme sacciforme, à orifice étroit, n’inléressant qu’un point de la paroi aortique.
Il pense aussi que, dans ces conditions, l’application du pôle négatif n’offrirait aucun danger et qu’on pourrait revenir à la méthode telle qu’elle a été inaugurée par Ciniselli.
Septicémie. — M. Perrin continue la discussion ouverte à la suite de la communication de M. Panas. La première partie de son discours est consacrée à réfuter les arguments mis en avant par M. Colin.
Une des raisons les plus sérieuses invoquées par M. Colin contre la doctrine de M. Pasteur, c’est que, les germes existant partout dans l’air atmosphérique, tous les blessés sans distinction devraient succomber à la septicémie; il ne devrait
pas, suivant lui, exister une si grande différence entre les résultats des opérations, suivant qu’elles sont faites dans les hôpitaux ou en dehors des hôpitaux, entre les résultats des accouchements, suivant qu’ils ont lieu à la campagne ou dans les maternités.
Cependant la raison logique de ces différences serait, suivant M. Perrin, bien facile à démontrer. Que laut-il, en effet, pour que la septicémie prenne naissance ? Il faut : 1“ la présence de germes, condition qui, d’après M. Pasteur, ne saurait manquer jamais; 2“ un terrain bien préparé, c’est-à-dire l’existence, dans l’organisme, de liquides putrescibles capables de fermenter et de multiplier les germes; 3" enfin des produits développés sur place, comme dans un milieu de culture, et pouvant pénétrer dans l’organisme par voie d’absorption.
Or les plaies des parties molles ne sont pas souvent suivies de septicémie. Dans les plaies contuses , les tissus restent vivants, les liquides aussi, particulièrement la lymphe plastique susceptible de s’organiser rapidement et d’échapper ainsi à l’influence de la putréfaction. Il n’y a que le sang et le pus qui soient exposés à cette influence, et encore seulement dans les cas où il y a stagnation de ces liquides exposés au contact de l’air.
Combien différentes sont les conditions dans lesquelles se trouvent les blessés atteints de plaies du système vasculaire ou du système osseux ! Ce sont ces deux catégories de plaies qui donnent le plus souvent naissance à la septicémie. D’une part, en effet, leur puissance réparatrice est moindre, et, d’autre part, les vaisseaux restant béants au fond de la plaie constituent des voies toujours activement ouvertes à la résorption .
En face de cette septicémie de cause externe, démontrée par les expériences de M. Pasteur, n’y a-t-il point de place pour une septicémie de cause interne, qui serait due à la présence, dans l’organisme, d’éléments septiques non venus du dehors, mais ayant pris naissance au sein de l’organisme lui-même? Certains faits sembleraient conduire à l’admission de cette nouvelle forme d’empoisonnement. M. Gosselin et d’autres chirurgiens ont trouvé des bactéries dans le pus des parties profondes de l’organisme non exposées à l’air; on en a trouvé également dans des collections purulentes survenues à la suite de fièvres graves, de la fièvre typhoïde, de la variole, etc. ; M. Perrin a ponctionné un kyste hydatique dont le liquide a été trouvé plein de vibrions.
Il est donc admissible que, sans l’intervention de l’air, des éléments putrides existent dans l’organisme, susceptibles, par leur multiplication, de déterminer des accidents analogues ou identiques à la septicémie de cause externe.
Ces deux ordres de faits sont, suivant M. Perrin, de nature différente et méritent d’être distingués l’un de l’autre. De là le nom de septicémie interne qu’il propose de donner aux faits du deuxième ordre. Celte catégorie est, sans doute, encore mal connue, l’explication de cès faits est encore insuffisante; mais ce sera l’œuvre de l’avenir d’en donner l’explication logique, et de compléter ainsi la grande découverte de M. Pasteur.
— 7 A. quatre heures et demie, l’Académie se forme en comité secret, pour entendre le rapport de M. Laboulbène sur les titres des candidats aux places de correspondants.
Société tic biologie.
Hémianesthésie et contracture hystériques traitées par les courants électriques : M. Leloir. — Action purgative du sulfométhylate de sodium : M. Rabuteau. — Changements de coloration chez les seiches pendant l'accouplement; étude des spermatophores : M. Pouchet. — Athètose limitée aux orteils : M. Tison. — Présentation d'un cerveau d'aphasique : M. Magnan. — Thermométrie cérébrale : M. Sert
M. Leloir donne le résumé de trois observations d’hystériques. Deux femmes atteintes d’hémianesthésie complète ont été guéries, en une seule séance de cinq minutes, par l’application des courants faradiques. Une d’elles a cependant conservé quelques troubles sensoriels. Une troisième a été débarrassée de contractures déjà anciennes par l’application, pendant douze jours, de courants galvaniques ; chaque séance durait dix heures. Dans aucun cas il n’y a eu de phénomènes de transfert.
— M. Rabuteau présente des échantillons d’un sel dont il vient d’étudier les propriétés purgatives. C’est le sulfomêthylale de sodium : CiP'NnSO1, dérivé de l’acide sulfomélhylique, lequel s’obtient en traitant l’acide sulfurique par l’alcool méthylique : IPSO'1 + (C1I3)H0 — (CIP)HSO1 (acide sulfo-inélhylique) — j- H20. Ce sel, difficilement cristallisable, facilement altérable à l’air, injecté à la dose de 10 grammes dans les veines d’un chien, a produit chez cet animal de la constipation. M. Rabuteau a conclu de ce fait que le même sel ingéré dans les voies digestives devait être purgatif; et l’expérience tentée sur deux malades a justifié celle hypothèse. C’est un purgatif qui n’a pas de saveur désagréable et provoque sans coliques des selles rapides. Il agit à la dose de 15 à 18 grammes; pris en quantité plus faible, il est absorbé, décomposé et éliminé avec les urines sous forme de sulfate.
M. Bert fait observer que les purgatifs salins, absorbés lorsqu’on les administre à petites doses, doivent, dans ce cas, agir comme constipants. M. Leven rapproche cette action de celle de l’opium, qui donné en petite quantité détermine l’anémie de la muqueuse gastro-intestinale et arrête la diarrhée, et qui trop longtemps continué ou pris en trop forte quantité produit les phénomènes opposés. M. Rabuteau persiste à croire que les purgatifs salins, auxquels seuls il applique cette considération, agissent uniquement en modifiant les phénomènes d'osmose qui se passent à la surface de l’intestin. Injectés dans les veines, ils constipent : M. Moreau et M. Jolyet ont reconnu ce fait qu’avait contesté Cl. Bernard; introduits dans l'intestin, ils purgent, mais sans déterminer aucune congestion de la muqueuse.
— M. Poucliet, en son nom et au nom de M. Barrois, fait part à la Société de divers phénomènes qu’ils ont observés chez les seiches à Concarneau. Deux animaux de stature inégale mis en présence l’un de l’autre ont aussitôt offert sur les parties dorsales et latérales du corps unesériedelignes alternativement brunes et blanches, ligrage très-élégant qui adisparu pendant une lutte à laquelle ils se sont livrés. Bien que les deux sujets fussent mâles, M. Pouchet a regardé leur enlacement comme une tentative d’accouplement, car il a trouvé sur le long bras de l’un d’entre eux des spermatophores. Ceux-ci ont été recueillis et examinés au microscope : outre les spermatozoïdes rangés en séries parallèlesàl’une de leurs extrémités, les spermatophores contiennent une substance agglutinative qui se dégage par l’autre extrémité au moment où le spermatophore est projeté, et qui le fixe au point sur lequel il tombe. Enfin la paroi interne de l’enveloppe commune du spermatophorp est doublée d’une couche de matière hygroscopique, dont le gonflement expliqué l’expulsion successive de cette sorte de glu etàsa suite des spermatozoïdes eux-mêmes.
24 Janvier 1879
— M. Tison lit une observation d’athétose. M. L..., âgé de trente-trois ans, atteint à vingt ans d’une simple hémiplégie faciale droite qui disparut rapidement, présente depuis l’âge de vingt-cinq ans des mouvements involontaires continus limités aux trois derniers orteils du pied gauche, et depuis une date plus récente quelques oscillations analogues, mais très-faibles, daus les derniers orteils droits. Il n’existe aucun autre trouble d’innervation motrice; aucun trouble de sensibilité, sauf un peu d’engourdissement de la jambe gauche. M. Tison porte le diagnostic d’athétose, rattache cette alfection à l’hémiplégie faciale antérieure, malgré la faible intensité de celle-ci ; il fait remarquer le long intervalle qui a séparé l’hémiplégie de l’athétose, le croisement au point de vue du siège des deux ordres de phénomènes, et la limitation tout à fait rare des mouvements athétosiques aux orteils.
— M. Magnan présente le cerveau d’un aphasique. Pendant sa vie, le sujet avait présenté cette variété d’aphasie où le langage intérieur est conservé, c’est-à-dire que, sans pouvoir nommer les objets, le malade savait très-bien les désigner du geste lorsqu’il en entendait prononcer le nom. A l’autopsie, ou constate la présence d’uu gliosarcome qui, disséquant, pour ainsi dire, le tiers postérieur de la troisième circonvolution frontale gauche, se portait en dedans de celle-ci et l’isolait de l’insula. Cette disposition des lésions, rapprochée des phénomènes observés avant la mort, semble favorable à l’opinion des physiologistes qui établissent une distinction entre les centres destinés à l’idéation et les appareils de transmission destinés à la production même de la parole.
Comme fait accessoire, M. Magnan signale l’usure, sans aucune trace de suppuration, des points les plus saillants des bords supérieurs des deux rochers, et, malgré les soupçons de syphilis que fait naître l’autopsie, demande s’il ne s’agit pas là d’une absorption interstitielle due à la compression de la base crânienne par le cerveau, que la tumeur de la voûte refoulait en bas d’une façon continue. M. Malassez approuve celte manière de voir, et rappelle à ce sujet l’usure des os par les anévrysmes.
— M. Bert, laissant le fauteuil à M. Malassez, indique les premiers résultats d’observations qu’il entreprend sur la thermométrie cérébrale, au moyen d’appareils thermo-électriques. Les rhéophores sont appliqués sur le front, toujours d’une façon symétrique; les régions du cuir chevelu ne peuvent convenir à ces recherches, en raison même des causes d’erreur qu’implique la présence des cheveux par leur abondance variable, par la façon dont ils retiennent la chaleur, etc. A l’état de repos intellectuel, les deux côtés semblent présenter la même température; quelquefois pourtant elle est un peu supérieure à gauche; elle le devient au moment du travail (déclamation, effort de mémoire pour réciter des vers); parfois aussi elle est restée stationnaire. Dans aucun cas elle n’a été inférieure.