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II. — Exposé du fait

Le nommé P..., âgé de quarante-six ans, garde forestier, entre au mois de juillet de cette année 1879, dans mon service, à l’hôpital Saint-Louis, pour y être traité d’un pityriasis d’Eischledt trop étendu pour qu’il puisse aisément et sùremeift s’en guérir sans interrompre son travail ; pendant les quelques jours que dure ce traitement, qui consiste exclusivement en bains simples et en frictions, convenablement exécutées, de savon mou de potasse, on reconnaît sur le visage du malade une éruption singulière, sur laquelle il n’attire en aucune manière l’attention et dont il ne sait pas au juste l’époque de début.

Cette éruption, qui se détache nettement du fond basané de la teinte du visage, occupe surtout la moitié supérieure de la face, notamment le dos du nez, ainsi que les régions orbitaires et temporales, qu’elle déborde dans toutes les directions, pour se continuer d’une manière insensible avec les

en 1806; nous l’avons î-cclierchéc, trouvée, et nous donnons plus loin 'la traduction textuelle et intégrale. 1

parties saines. Elle semble, au premier abord, être constituée par un semis confluent de vésicules citrines; mais leur consistance solide à la palpation et à la pression, le résultat négatif des piqûres faites à l’aiguille, démontrent immédiatement que ce ne sont que des apparences de vésicules.

Ce sont des éléments non liquides, de petites élevures brillantes, citrines et translucides, n’affectant pas la forme régulière des vésicules vraies, ni même des papules communes, mais semblant déterminées seulement dans leurs contours par les plus fines plicatures du derme, et échappant à toute description par la variété des formes ; leur volume est également très-variable, depuis le point jaune brillant appréciable seulement à la loupe, jusqu’au volume d’un grain de mil et même d’un grain de blé.

Lorsque les assistants se furent convaincus, et il fallut pour cela de nombreuses piqûres d’aiguille ou d’épingle, que ces éléments jaunâtres n’étaient pas des vésicules, puisque ces piqûres donnaient à peine écoulement à une gouttelette sanguine, les plus instruits demandèrent si on n’avait pas affaire à un cas de xanthélasma dont la disposition différerait un peu des dispositions décrites et "aujourd’hui bien connues; mais il fallut bien abandonner celte supposition : la maladie de Rayer, d’Addison et de Gull réalise des taches, des points, des plaques, des lignes ou des tubérosités qui ont aussi une teinte jaunâtre ; mais celte teinte est tout autre, elle est « chamois » et non citrine, et les éléments éruptifs ne sont jamais, comme ceux de notre forestier, brillants et translucides, mais au contraire toujours mats et opaques.

Mais s’il était aisé de dire ce que cela n’était pas, il ne l’était en aucune manière, pour quiconque n’avait pas lu l’observation de E. Wagner, de dire et de démontrer ce que cela était. Il fallait cependant le faire, cela fut rapide : un raclage explorateur futfait par nous, séance tenante, et montra immédiatement la curette remplie d’une matière gélatineuse, citrine, légèrement teintée en rouge groseille par le peu de sang qui s’écoula; c’était évidemment, même à l’œil nu, de la matière colloïde, ce que l’examen histologique extemporané, que nous allons rapporter tout à l’heure, montra d’ailleurs surabondamment.

Yoici en attendant, pour ne rien interrompre, la suite et la fin de notre histoire clinique. En examinant attentivement la conjonctive oculaire, il était évident qu’elle participait à la lésion de la face, car on constatait des deux côtés, à l’extrémité interne du grand diamètre transversal de la cornée, de petites masses jaunâtres, lisses, lobulées, mobiles avec la

enjambant les ponts, longeant les canaux de la Venise du Nord, rencontrant partout porte close. Ce ne fut qu’à la nuit qu’il put, avec l’aide d’un jeune Hollandais dont son embarras avait excité l’intérêt, trouver sur le port, dans un quartier lointain, un gîte honorable et un hôte bienveillant. Ce dernier était d’ailleurs absolument étranger à la langue de Descartes, et pendant huit jours on dut recourir au langage primitif, moins facile à manier qu’on ne l’imagine au premier abord. On s’en tira cependant, chacun à son honneur, et les difficultés de la correspondance n’enflèrent pas sensiblement le montant de la note finale. Combien de nos confrères voudraient en dire autant! Sans vouloir médire des hôtels d’Amsterdam, dont l’installation laisse beaucoup à désirer, les prix seuls étaient au niveau des établissements de premier ordre de Paris ou de Londres. Il est vrai que le tarif normal était au moins triplé pour la circonstance. C’est sans doute une revanche des tarifs parisiens de 1878.

A part ces misères, la vie s’écoulait assez doucement sur le

sol hollandais. La matinée était consacrée aux séances du congrès; la journée aux promenades, visites des musées, excursions dans les environs. Plusieurs de ces excursions, dirigées par les membres du congrès, furent d’un vif intérêt.

Tout en rendant pleine justice aux organisateurs, dont le zèle et l’affabilité ne se démentirent pas un instant, il faut bien reconnaître que l’imprévu eut la part un peu trop large. Beaucoup de communications auraient véritablement gagné à rester dans les portefeuilles. Nous ne voulons rien préciser, et le lecteur a jugé par les comptes rendus de ce que nous voulons dire. En somme, l’intérêt scientifique a été médiocre.

La faute n’en était pas à la pénurie des hommes de talent et même des savants éminents, que Ton coudoyait à chaque instant; mais il y aurait eu tout avantage à s’entendre un peu à l’avance, à se consulter sur le choix des travaux à produire, à s’organiser entre soi, à réserver la tribune à des communications de réelle valeur. Des travaux absolument étrangers à la médecine auraient trouvé place ailleurs, et l’attention

JO Octobre 1879

muqueuse, et certainement semblables aux masses colloïdes de la peau. Une petite saillie analogue fut relevée en bas de la cloison, dans la narine gauche. Rien autre ni sur le reste de la peau, ni en aucun point des muqueuses accessibles.

Les symptômes locaux attachés à l’éruption ont été trouvés nuis : à peine un peu de prurit lorsque le malade est exposé à l’air et surtout au soleil ; mais, en réalité, c’est exclusivement depuis que nous examinons son cas avec une sollicitude bien extraordinaire pour lui, quo notre forestier s’occupe de l’état de son visage.

Il était indispensable d’acquérir une notion générale de l’état de ce malade, et nous l’avons soumis à l’examen le plus approfondi. Son aspect est satisfaisant; la circulation est régulière et ses organes sans altération aucune qui soit appréciable; les urines sont normales en qualité et en quantité; elles ne contiennent ni pigment biliaire, ni sucre, ni albumine. Le foie et la rate sont normaux; l’appétit et les digestions sont satisfaisants ; sur ce dernier point, toutefois, il y aurait un léger nuage, et le malade serait sujet àdes accès de coliques avec pneumatose.

Mais notre homme accuse des céphalées occipitales, presque quotidiennes, et s’en plaint positivement depuis qu’on s’occupe chaque jour de lui. Ce détail méritait d’être noté à part, car on le retrouvera dans le fait de Wagner. Enfin nous aurons comblé la mesure du nécessaire quand nous aurons ajouté qu’il n’y a ni intoxication paludéenne, ni alcoolisme, ni tuberculose, ni syphilis antécédente, Aucune adénopathie en aucun point.

Notre intervention thérapeutique, commencée en môme temps que l’opération exploratrice, fut continuée en peu de séances ; elle fut d’une extrême simplicité, le sujet étant docile et militairement discipliné. L’écoulement sanguin, au moment du raclage, était presque nul, et cédait en quelques instants à la compression avec les éponges; pendant la période d’exsudation leucocytique, abondante durant les premières heures, le pansement avec l’emplâtre de Vigo, puis avec l’iodoforme porphyrisé, concourut à amener une cicatrisation rapide, belle et lisse. Le malade se déclara satisfait et voulut retourner à son bois. La plus grande partie de l’éruption était effacée; mais pour atteindre les moindres éléments de la périphérie, il eût fallu quelques séances supplémentaires de raclage. Nous saurons exactement quelle sera la suite.

n’aurait pas été souvent fatiguée par des lectures qui n’avaient ] d’intérêt que pour le lecteur lui-même, ou par des communications relatives à des faits connus de tout le monde médical. Une mesure de ce genre devra s’imposer pour les congrès à venir. Les médecins de chaque nationalité auront à dresser au préalable le programme de leurs communications, l’ordre dans lequel elles devront être faites, les procédés dont on voudrait s’aider pour les démonstrations. Tout le monde y gagnerait; les auditeurs aussi bien que l’orateur. Nos travaux français en particulier auraient singulièrement gagné à être présentés de cette façon.

Les honneurs du congrès ont été sans conteste pour le professeur Lister (d’Edimbourg). A plusieurs reprises on lui décerna de véritables ovations, justifiées d’ailleurs par son grand nom chirurgical. Nous avions déjà eu occasion de voir M. Lister à la tribune de la rue des Saints-Pères. Il gardera, nous n’en doutons pas, bon souvenir du congrès d’Amsterdam, qui marquera une des étapes les plus flatteuses de sa

Voici maintenant la partie histologique de notre observation, dans laquelle seront complétées et rectifiées les constatations faites par E. Wagner.

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