‹ Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgieChapitre 2 sur 249 · AMBROISE PARÉ · texte numérisé non relu

AMBROISE PARÉ

Le camp de La Fère et le camp d’Amiens.

C’était au mois d’août 1558 : — « Estant deschargé de ma légation, ie pensois, dit Paré, m’en retourner vers le Roy. Mais le seigneur de Bourdillon me pria de demeurer à la Fere auec luy, pour penser vn bien grand nombre de blessez qui s’y estoyent retirez apres la bataille (1), et qu’il rescriroit au Roy la cause de ma demeure : ce que ie fis.

(I) Do Saint-ftuenlin, dite aussi do Sainl-Laurout.

» Les playes des blessez estoyent grandement puantes et pleines de vers, auec gangrené et pourriture, où il me fallut ioiier des couteaux pour amputer ce qui estoit gasté, et ne fut sans couper bras et iambes, et aussi en trépaner plusieurs. Or, on ne trouuait point nuis médicamens à la Fere, parce que les chirurgiens de nostre camp auoyent tout emporté. le descouury que le chariot de l’Artillerie estoit demeuré à la Fere, et n’y auoit-o'n encore touché. le dis audit seigneur le Mareschal, qu’il me fist deliurer vne partie des drogues qui estoyent dedans; ce qu’il fist, et m’en fut donnée la moitié seulement pour vne fois, et cinq ou six iours après il me fallut prendre toute la reste, encore n’y en auait-il pas à moitié pour penser le grand nombre de blessez : et pour corriger et arrester la pourriture et tuer les vers qui estoyent en leurs playes, ie les lauois d’Egyptiac dissout en vin et eau de vie, et leur faisois tout ce que ie pouuois: neantmoins toutes mes diligences, il en mourut beaucoup.

» Il se trouua à la Fere des gentils-hommes qui auoyent

3 Janvier 1879

Nous comprenons fort bien que les physiologistes constatent l’innocuité des lésions pratiquées sur des animaux sains ; mais nous pourrions facilement démontrer que, dans ces cas, les expériences n’ont pu être menées jusqu’au but que grâce à des soins minutieux ; aujourd’hui le physiologiste doit être aussi minutieux dans ses opérations au point de vue de la septicémie que le chirurgien.

A notre avis, du reste, cette objection tirée de l’innocuité des opérations chirurgicales n’a pas toute la valeur qu’on tend à lui attribuer. En vérité, sommes-nous donc si loin de ces épidémies désastreuses d’infection purulente, d’érysipèles, de septicémie, de gangrène, de fièvres puerpérales qui ont provoqué le mouvement chirurgical qu’on pourrait qualifier de la lutte antiseptique? Faut-il donc s’étonner que cps complications ne restent pas aussi fréquentes? Ce serait une exagération singulière que cette argumentation consistant à accumuler les causes d’infection sans tenir compte des moyens de défense ou d’élimination. M. Colin, par exemple, insiste sur l’absorption des germes par les poumons; la muqueuse et ses sécrétions faciliteraient l’introduction des germes. Or, pour nous, il paraît, au contraire, bien plus physiologique détenir compte des replis delà muqueuse des premières voies respiratoires, de l’épithélium vibratile, bien plutôt destiné àrepousser les poussières et les germes qu’à les absorber. Fort heureusement, l’organisme résiste à ces causes de septicémie, de putréfaction, de mortification; ces germes, nous les digérons ou les brûlons, nous les neutralisons, et si cette lutte constante n’est pas toujours facile à reconnaître, nombre de faits nous la démontrent. Si nous laissions de côté la physiologie ou la chirurgie pour parler des maladies zymotiques dites médicales, nous aurions à soulevertoutleproblème des maladies infectieuses à la suite du professeur Bouillaud ; mais nous souhaitons que nos maîtres en médecine prennent l’initiative de ces débats théoriques.

Pour le moment, ce que nous appelons de tous nos vœux , c’est une discussion approfondie de la théorie de M. Pasteur, parce que, convaincu de la vérité de ce fait d’observation que, dans la septicémie, les bactéries et leurs germes ont un rôle prépondérant, il nous semble que c’est dans nos laboratoires que cette doctrine doit recevoir sa consécration, Il nous faut donner à nos travaux une impulsion qui puisse répondre aux expérimentations si nombreuses faites eu Allemagne, et, pour n’en citer que quelques-unes, nous rappellerons les travaux de Klebs, Tiegel, Eberth, et principalement les études expérimentales du docteur Anton Friseh, de Vienne ( Expe -

charge de trouuer le corps mort de M. de Bois-Dauphin l’aisné, qui auoit esté tué en la bataille; ils me prièrent les vouloir accompagner au camp pour le choisir, s’il estoit possible, entre les morts : ce qui estoit impossible le pouuoir recoguoistre, attendu que les corps esloyent tous effondrez par pourriture et desuisagez.

» Nous veismes plus de demie lieuë autour de nous la terre toute couuerte de corps morts, et n’y demeurasmes gueres, pour la grande puanteur cadauereuse qui s’eleuoit des corps, tant des hommes que des chenaux : et croy que nous fusmes cause de faire esleuer de ces corps vne si grande quantité de grosses mousches, qui s’estoient procréées de l’humidité des corps morts et de la chaleur du Soleil, ayant le cul verd et bleu, qu’estans en l’air faisojent ombre au Soleil. On les oyoil bourdonner à grand merueille, et croy que là où ils s’assirent, c’esloit pour rendre l’air pestilent et y causer la peste. (Mon petit Maistre, ie voudrois qu’eussiez esté là comme moy, pour discerner des odeurs et pour aussi en

rimentelle Studien ueber die Verbreitung der Faülniss-organismen inden Geweben, 1874).

Ces divers travaux nous montrent que l’expérimentation, conduite rigoureusement, produit des résultats non moins variables que ceux que la clinique a enregistrés. Il nous suffira d’indiquer un exemple : lorsqu’on prend comme réactif de la septicémie la cornée du lapin, c’est-à-dire lorsqu’on inocule dans la cornée des liquides septiques, ainsi que l’a fait le docteur Friseh dans plus de deux cents expériences, on peut suivre l’infiltration des bactéries dans chaque interstice du tissu, en même temps que le travail d’élimination qui, le plus souvent, succède à l’inoculation. M. Bouillaud l’a répété aujourd’hui même, c'est en imitant des recherches de ce genre ou en s’inspirant des expériences remarquables que M. Chauveau a imaginées et de la méthode rigoureuse de M. Pasteur, qu’on élucidera les moindres détails de la théorie septicémique.

M. Gosselin, dans la séance d’aujourd’hui, est revenu au point de départ de la discussion qui nous occupe. Nous aurons sans doute à rappeler les préceptes si pratiques dus à M. Gosselin, qui dans le fond admet l’utilité de la trépanation des os dans l’ostéite épiphysaire, mais adresse quelques critiques à la dénomination que M. Lannelongue a adoptée, c’est-à-dire à l’ostéomyélite.

A. Hénocque.

Restauration du canal de l’urèthre chez la femme.

Nous avons signalé dans les Travaux à consulter (n“ 41, p. 657) une observation de M. Rose dans laquelle ce chirurgien a pratiqué avec succès une opération fort remarquable. Chez une femme qui avait perdu, à la suite d’une diphthérie grave, toute la paroi antérieure du vagin, M. Rose se décida à pratiquer une communication entre le vagin elle rectum; il pratiqua ensuite l’occlusion vaginale, de sorte que la vessie communiqua avec le rectum, et que le sphincter de l’anus put remplacer le sphincter uréthral d’une manière suffisante, en ce sens que l’urine pouvait être retenue quelques heures dans le rectum.

La priorité de la conception de celte opération est réclamée par M. le docteur Da Costa Duarte, qui, dans une monographie très-intéressante sur les fistules vésico-vaginalcs (J.-B. Baillière, 1865, Paris), a proposé comme procédé original, dans des cas analogues, de pratiquer l’oblitération va-

faire rapport à ceux qui n’y ont esté) (1). Il m’ennuyoit beaucoup là : ie priay monsieur le Mareschal de me donner congé de m’en aller, et auois peur de demeurer malade pour le trop grand trauail et puanteur des blessez, qui mouroyenl quasi tous, quelque diligence qu’on y peust faire. Il feil venir des Chirurgiens pour paracheuer à traieterles blessez, et m’en allay auec sa bonne grâce. Il escriuit vne lettre au Boy de la diligence que i’auais faite enuers les pauures blessez (2)... »

Il ne faut pas se méprendre sur le litre militaire de Bourdillon, que Paré qualifie mareschal. On pourrait le croire maréchal de France et le commandement exercé par lui se prêterait à cette supposition ; mais il ne figure ni sur la liste des grands officiers de la couronne, ni dans l’ouvrage de

(1) Celte apostrophe au Petit Maistre se reproduit souvent dans les récits d'Ambroise Parc. Nous croyons qu'elle s'adresse au « docteur-régent Gourmclen, n l'un de scs plus fougueux adversaires.

(2) (Eûmes . Apologie et voyages, édit, de <585, p. MUCJtxXVI-vn.

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ginale après avoir établi une communication entre le vagin et le rectum, et par suite entre le rectum et la vessie. M. Da Costa n’a malheureusement pas eu la possibilité de pratiquer l’opération qu’il avait imaginée; mais la lecture des arguments qu’il avait présentés en faveur de son projet d’opération augmente l’intérêt de l’observation de M. Rose.

TRAVAUX ORIGINAUX

Pathologie externe.

Contribution a l’étude des accidents de l’éruption de la dent de sagesse INFÉRIEURE, par le docteur L. Magitot. (Observation recueillie par le docteur E. Aguillon.) L’éruption de la dent de sagesse, qui représente la dernière phase de l’évolution du système dentaire, est si souvent l’occasion d’accidents plus ou moins sérieux, qu’elle doit être considérée comme une époque véritablement critique. La fréquence de ces accidents est telle, en effet, que dans une enquête encore inédite du docteur David, il faut compter environ 75 sur 100 des sujets de dix-huit à trente ans chez lesquels on peut les constater à des degrés divers.

Leur nature et leur intensité varient toutefois singulièrement : les plus fréquents et les moins graves sont ceux qui ont pour siège la muqueuse gingivale au moment de son soulèvement par la couronne en voie d’ascension. Ce sont alors des accidents muqueux, qui revêtent si fréquemment la forme ulcéreuse, qu’on doit les faire figurer, pour le plus grand nombre des cas, dans une certaine variété de stomatite décrite comme spécifique, épidémique et contagieuse, la stomatite ulcéreuse des soldats. Mais c’est là un sujet sur leque nous n’avons pas l’intention de nous arrêter en ce moment. 1 Considérés au point dé vue de leur mécanisme de production et de la nature des phénomènes morbides, les accidents de la dent de sagesse doivent se diviser en plusieurs catégories.

Dans un premier cas, les accidents sont purement muqueux, c’est-à-dire que la dent produit par son éruption des compressions ou des lésions de la muqueuse buccale.

Dans un second cas, les accidents sont osseux, c’est-à-dire que la dent, incluse au sein de son alvéole dans un espace insuffisant, exerce encore des phénomènes de compression dont l’issue ordinaire est l’ostéite et la nécrose de l’os.

Dans un troisième cas enfin, les phénomènes observés sont de nature nerveuse, et les accidents sont tantôt névralgiques sur le trône ou les branches secondaires du nerf dentaire comprifhé, tantôt réflexes sur d’autres réseaux nerveux ou certains organes des sens.

Nous avons déjà, à plusieurs reprises, indiqué cette classification, que M. Heydenreich a d’ailleurs adoptée dans un travail récent ( Thèse d'agrégation en chirurgie, Paris, 1878, p. 30). Elle est, du reste, tout à la fois conforme aux données pathogéniques et aux faits de la clinique journalière.

C’est dans la première division de ces accidents — les accidents muqueux — que se place l’observation que nous avons récemment recueillie dans notre pratique personnelle; mais le fait a présenté une telle gravité par l’importance et la durée des accidents, et un si grand intérêt au point de vue des détails opératoires qui ont amené la guérison, que nous avons songé à en publier la relation.

On verra du reste, dans ce cas particulier, que la dent de sagesse inférieure a été frappée, dès le début de son éruption, d’une anomalie de direction telle, que de son point d’implantation dans l’alvéole elle s’était dirigée transversalement en dehors, de manière à se présenter tout à fait horizontalement du côté de la joue où elle était absolument incluse, sans présenter à l’observation directe aucun point visiblement appréciable. Cette situation tout à fait exceptionnelle n’a été signalée à un tel degré par aucun observateur, et elle a donné lieu, par suite, à une série d’accidents particuliers, ainsi qu’à un manuel opératoire tout à fait insolite.

Obs. Anomalie de direction de la dent de sagesse inférieure gauche, poussée horizontalement en dehors ; inclusion totale de la couronne dans l'épaisseur de la joue; abcès multiples de la face depuis quinze mois; rétraction du masséter; première tentative d’extraction restée infructueuse. Deuxième opération : ablation temporaire de la deuxième molaire; excision des tissus cicatriciels de la joue; extraction laborieuse de la dent de sagesse ; Réimplantation (greffe par restitution) de la deuxième molaire; Guérison.

Dans les premiers jours du mois de novembre 1878 , JI. V..., étudiant en médecine, âgé de vingt-trois ans, vint, sur le conseil de M. le professeur Verneuil, nous consulter au sujet d’abcès nombreux qui s’étaient succédé sans interruption depuis quinze mois le long de la mâchoire inférieure gauche. M. V... nous apprit qu’un premier petit abcès avait apparu au début des accidents, à l’interieur de la joue, puis s’était ouvert et guéri spontanément en quelques jours. Trois mois plus tard, nouvel abcès se terminant de la même manière, mais laissant après lui une légère induration. A partir de ce moment, les poussées inflammatoires devinrent plus vives, plus douloureuses et surtout plus fréquentes, de telle sorte que les abcès apparaissaient à peu près tous les mois. Le dernier ne s’était pas ouvert spontanément, et il avait fallu recourir au bistouri.

Le .sujet est vigoureux, bien portant, d’une constitution qui ne permet pas de songer à des accidents scrofuleux. Pas d’antécédents syphilitiques ni diathésiques d’aucune sorte.

La région malade offre à notre examen les particularités suivantes : la face externe et inférieure de la joue est le siège d’une induration assez étendue, dont les limites sont : en arrière, l’angle de la mâchoire; en avant, le bord antérieur du masséter; en haut,

Pinard; nous ne le trouvons même inscrit en aucune biographie militaire, bien que sa conduite courageuse le lui eût mérité. Bourdillon était simple maréchal des camps et armées du roi, grade équivalent à celui de général de brigade, mais investi d’une lieutenance générale, litre auquel il devait de n’être comptable de ses actes qu’envers le souverain. Sa correspondance directe avec le roi, jointe aux rapports également directs que faisait l’illustre ColignL gouverneur de la Fère, furent très-favorables à notre chirurgien et décidèrent, selon toute apparence, son élévation prochaine au poste si envié de premier chirurgien du roi.

Quittant la Picardie, théâtre, bierf triste pour un cœur sensible et généreux, des maux inimaginables qu’enfantait la guerre, Paré cheminait vers Paris, l’âme pénétrée de l’accomplissement d’un double devoir : d’abord rendre compte de sa mission ; puis répandre le plus vite possible dans le cœur d’une femme aimée, de parents et d’amis nombreux qui le chérissaient, les témoignages d’affection dont lui-même se

sentait pénétré. Il reste muet sur l’accomplissement de cette tâche ; sans doute par discrétion respectueuse vis-à-vis du monarque; peut-être aussi par retenue délicate, pour des intimitésdomestiquesdont Y aparté fait presque toutlecharme.

Sous le contraste où nous sommes de deux civilisations différentes, entre lesquelles ont déjà passé trois siècles, rien n’est difficile comme d’établir d’une manière même approximative le parallélisme des idées. Leur cours toutefois offre avec les événements d’inévitables rapports, tels qu’en se pénétrant bien de la réciprocité d’action qu’exercent la chose et la pensée générale qui doit naître d’elle, on peut saisir certaines concordances lumineuses échappées aux distractions de l’histoire.

Nous trouvons la vie parisienne actuelle difficile, troublée, décevante et néanmoins trop rapide, jusque 'dans les gammes discordantes de ses angoisses ; mais au seizième siècle, quand la guerre, la famine, les épidémies ravageaient notre malheureux pays; quand l’impuissance de lois diversement

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une ligne correspondant au bord gingival supérieur. La peau est rouge violacé, amincie en certains points, où l’on éprouve une manifeste sensation de fluctuation; cependant il n’existe point d’ouverture cutanée.

L’exploration du système dentaire nous met sur la trace de la cause de ces accidents. En effet, tandis que du côté droit la dent de sagesse est en place et complètement développée, nous n’en trouvons aucune apparence du côté malade. Une autre particularité remarquable est que la dent de sagesse inférieure droite offre un volume considérable et anormal ; elle a cinq tubercules et semble aussi grosse que la première molaire (1).

Nous concluons, a priori, des observations précédentes, que la dent de sagesse du côté gauche s’est probablement développée en même temps que sa congénère, mais qu’elle a été entravée dans son évolution par son volume même, qui l’a empêchée de prendre place sur le bord alvéolaire, et quelle se trouve dans une position vicieuse.

Poursuivant, en effet, l’exploration de la bouche au moyen d’un stylet, nous percevons à travers les tissus mous et en arrière de la seconde molaire, dans l’épaisseur même de la joue, l’existence d’un corps lisse, arrondi, très-dur, qui manifestement ne peut être autre choseque la couronne de la dent. L’émail seul peut donner en effet au toucher la sensation aussi nette d’une surface dure et polie.

Celte couronne enchâssée dans la joue, véritable corps etranger, est bien évidemment Ja cause des accidents par l’irritation permanente que sa présence a occasionnée dans les tissus. Son extraction est jugée inévitable; elle est ici le seul mode rationnel de traitement.

Première opération. — Une première tentative d’extraction est faite le 9 novembre; elle ne donùe aucun résultat. Nous nous trouvons en présence de difficultés si exceptionnelles, si inattendues, qu’il est nécessaire d’en indiquer les détails.

En premier lieu, nous pratiquons dans la joue plusieurs incisions divergentes en dehors, dans le but de découvrir la couronne ; mais l’épaisseur des tissus ambiants est telle que nous n’arrivons qu’à apercevoir de temps en temps un petit point blanc de quelques millimètres de surface Cette première manœuvre confirme le diagnostic, mais ne paraît devoir faciliter en rien l’opération.

Nous essayons cependant d’appliquer l’instrument connu sous le nom de langue de carpe; mais ce levier, si parfait en général pour extraire les dents de sagesse dans les cas ordinaires, n’avait ici ni point d’appui ni point de résistance; car les deux faces opposées des molaires entre lesquelles il aurait dù être insinué, au lieu d’être parallèles, formaient un angle ouvert en haut et laissaient la pointe de l’instrument dans un espace vide.

Enfin d’autres tentatives pour saisir la dent, soit avec des daviers ou des pinces, soit avec la clef de Garengeot, n’eurent pas de meilleur résultat. L’espace manquait évidemment pour appliquer aucun instrument.

Ces manœuvres, continuées pendant une demi-heure, avaient épuisé le malade, menacé de syncope et d’accidents nerveux. Nous sommes contraint de renvoyer à un autre jour de nouvelles

expliquées ou de décrets tombés en désuétude laissaient à l’arbitraire toute liberté d’action; quand deux cultes rivaux, se mesurant du regard, attendaient l’occasion frémissante d’en venir aux mains et vidaient ieurs querelles par les rues, les places, les temples, jusqu’à ce que des troupes organisées eussent élargi la lutte sur un champ de bataille, l’état moral était-il moins déplorable, l’avenir plus certain, le bonheur moins problématique qu’aujourd’hui? Et lorsqu’après une longue séparation, l’honnête père de famille regagnait son foyer, la crainte d’un sinistre possible, toujours probable, n’empoisonnait-elle point fatalement les joies du retour, en y mêlant des images sombres? L’illusion, lueur consolante de l’àme, éprouvait en avançant vers le vrai, une atténuation graduée de ses teintes primordiales, et l’arbre d’espérances vaines où par elle avaient miroité tant de fleurs, n’était plus, au seuil du logis, qu’un tronc amaigri, desséché, dont tous les pétales couvraient la route.

L’esprit de Paré dut ressentir ces angoisses. On n’en dé¬

tentatives, malgré notre appréhension au sujet des suites de ces longues et douloureuses tentatives.

Dès le lendemain, en effet, il se produit une nouvelle poussée inflammatoire, avec rétraction complète du masséter ; un nouvel abcès se forme et s’ouvre à l’extérieur.

Nous avons dù attendre la cessation de ces accidents et surtout le retour du masséter à l’état normal, pour entreprendre une seconde opération, qui n’a été possible que le 2 décembre.

Deuxième opération. — Le malade se présente, il faut le dire, dans des conditions encore plus défavorables que la première fois : il est très-afl'aibli par les accidents signalés plus haut, et peut à peine ouvrir la bouche; la distance des bords des incisives centrales n’est que de 18 millimètres.

Nous prîmes alors une résolution : ce fut de sacrifier la seconde molaire, afin d’avoir un passage suffisant, tout en espérant, si les circonstances le permettaient, de la réimplanter, et de conserver ainsi par la greffe une dent si utile aux fonctions de la bouche. Il fallait d’ailleurs à tout prix essayer d’enlever la dent de sagesse par la bouche, afin d’éviter au malade l’opération plus grave qui avait été proposée, et qui serait devenue la seule ressource en cas d’insuccès : fa section de la joue en dehors, et la recherche de la dent de sagesse par celte voie.

En conséquence, la deuxième molaire est avulsée au moyen de la clef de Garengeot, vu l’impossibilité de placer un davier ; elle est ensuite enfermée dans un linge .imbibé d’eau tiède. Puis les plus gros bourrelets de tissus cicatriciels et indurés qui recouvraient la dent de sagesse sont excisés. Malgré toutes ces précautions, malgré le grand espace laissé vide par l’extraction de la deuxième molaire, il nous est encore impossible de saisir la dent de sagesse. Pendant près d’une heure, les instruments de formes les plus diverses sont appliqués sans succès.

Le malade, qui avait supporté avec beaucoup de courage toutes ces douloureuses manœuvres, était épuisé; nous étions nous-mômc à bout de forces. Il était nécessaire de prendre un peu de repos. Le malade fut laissé sous la surveillance de notre assistant M. le docteur Aguilhon, qui parvint à lui donner un peu de calme au moyen de quelques inhalations de chloroforme.

M. Aguilhon eut alors l’idée que si l’on parvenait à glisser entre la couronne et la joue une tige rigide, il serait peut-être possible de lui trouver un point d’appui pour en faire un levier, au moyen duquel on luxerait la dent. A cet effet, plusieurs daviers furent démontés, afin de rechercher si parmi les branches de l’un d’entre eux il s’en trouverait dont la forme permît d’atteindre le but désiré. Il s’agissait, en un mot, de trouver une lige dont les courbures fussent analogues à celles des parties malades, ainsi qu’en obstétrique une branche de forceps est appliquée de manière à suivre les contours du bassin. La branche gauche du davier qui sert à l’extraction des bicuspides inférieurs nous sembla la plus convenable. Son bec en forme de cuiller, recourbé à angle obtus sur le manche, put être glissé par une des incisions de la muqueuse, audessus de la face de la couronne qui regardait en haut. Dans cette situation, le manche portait au niveau de son articulation, sur la face triturante des molaires supérieures. M. Aguilhon put alors agir fortement sur la dent au moyen de ce levier, en lui imprimant un mouvement de bascule de haut en bas et d'arrière en avant.

Un certain degré de luxation étant ainsi réalisé, nous reprîmes

couvre nulle trace dans son volumineux ouvrage, où figurent tant de détails étrangers à l’art : le silence qu’il garde, loin d’infirmer notre supposition, la corrobore, car on y voit une retenue, des réticences poussées jusqu’aux dernières limites. En ne nommant personne, il évitait de compromettre ceux de sa famille ou de ses amis qui professaient le huguenotisme ; il n’encourait point le danger d’un soupçon de connivence avec les coupables. Immanquablement après chaque campagne, Ambroise apprenait que tels parents, tels amis convaincus, soupçonnés d’hérésie, étaient en fuite ou gémissaient sous les verroux : aussitôt il leur prêtait appui, les secourait d’une manière efficace, ne ménageant ni la peine, ni l’or, ni celte perspicacité prévoyante qui; sait éviter, tourner chaque obstacle. Les gentilshommes blessés, les victimes d’infection vénérienne, plus nombreuses encore que les blessés, absorbant d’autre part tous loisirs restés à notre chirurgien, ses jouissances domestiques s’eflaçaient sous l’austère autorité d’obligations impérieuses.

en ce moment l’opération, et nous réussîmes à introduire cette fois, au-dessous de la dent légèrement ébranlée, et à travers les tissus indurés, la branche droite démontée d’un davier droit à mors en forme de cuiller. Dans cette situation, l’inslrument, agissant comme un levier simple, prit son point d’appui sur l’alvéole laissée libre par l’avulsion de la deuxieme molaire. Enfin, par un mouvement brusque de bascule de bas en haut, nous soulevons la dent, qui est rejetée dans la bouche.

Cette dent était parfaitement saine et ne présentait d’autre particularité que son volume considérable et la torsion de la pointe de ses racines, qui s’observe souvent en pareil cas.

Bien que la deuxième molaire eût été extraite depuis prés de deux heures, et que son alvéole fût lésé aussi bien par les manœuvres de la clef que par la pression du levier, elle fut néanmoins remise en place.

Le lendemain ue l’opération, 3 décembre, le malade passe toute la journée sans souffrance. Mais dans la nuit une fièvre assez vive se déclare, accompagnée d’insomnie, d’agitation et de vives douleurs au niveau de la dent greffée.

Le 4 décembre, le malade peut néanmoins se présenter à notre consultation. Nous constatons un état très-satisfaisant : l’inflammation de la joue a déjà notablement diminué. La deuxième molaire est cependant encore très-sensible à la pression, symptôme qui nous permet d’attribuer à une périostite traumatique les phénomènes de la nuit précédente.

Les jours suivants le mieux continue. Le 8 décembre tous les accidents ont cessé; il ne reste qu’un peu de sensibilité de la deuxième molaire à la pression, mais elle est solide dans son alvéole. La fistule cutanée se ferme; la guérison est complète.

Des faits qui précèdent nous croyons pouvoir tirer les conclusions suivantes ;

1° Parmi les anomalies de la dent de sagesse inférieure qui peuvent entraîner la production d’accidents, l’une des plus rares est la direction anormale par horizontalité en dehors.

2° La conséquence immédiate de cette anomalie est l’inclusion de la couronne dans l’épaisseur de. la joue et la production de phénomènes inflammatoires plus ou moins graves, accompagnés de rétraction considérable, parfois complète, du masséter.

3° L’indication de l’ablation de la dent de sagesse s’imposant d’une manière absolue, on devra. la tenter par la bouche avant de recourir à la section horizontale de la joue proposée en pareil cas.

4° Cette tentative devra être précédée de l’écartement lent et progressif des arcades dentaires, au moyen de la vis conique ou des écarteurs appropriés.

5° L’opération proprement dite devra consister en trois temps : a. Etablir dans la continuité de l’arcade dentaire une voie de passage, et ce par l’ablation temporaire de la deuxième molaire. — b . Débridements multiples de la poche; recherche et ablation de la dent déviée. — c. Réimplantation (greffe par restitution) de la deuxième molaire maintenue dans un milieu

humide et tiède pendant la durée des manœuvres opératoires.

Conduite de cette manière, la thérapeutique des cas de ce genre devra donner au chirurgien un résultat satisfaisant, amener la guérison complète, et permettre au malade de recouvrer l’intégrité de l’arcade dentaire, moins la dent déviée, cause des accidents.

Clinique médicale.

De l’aortite aigue, par M. Poulin, interne des hôpitaux. )| y

Les faits d’inflammation aiguë de l’aorte ou du moins de l’origine de ce vaisseau sont, croyons-nous, assez rares, et c’est seulement dans ces derniers temps que l’anatomie pathologique de ces altérations, aussi bien que les symptômes qui s’y rapportent, ont été étudiés d’une manière rigoureuse.

Un fait intéressant d’aortite aiguë s’est offert à notre observation dans le service de notre excellent maître, M. le docteur Blachez. Notre observation peut venir se joindre à celles qui sont rapportées dans la thèse récente d’un de nos col- . lègues, M. Léger ( Etude sur l'aortite aiguë, thèse, 1877).

L’aortite aiguë, ou du moins cette variété d’aortite, est caractérisée, au point de vue anatomo-pathologique, par des lésions siégeant sur les trois tuniques du vaisseau. Il y a à la fois endartérite et périartérite.

L’examen histologique montre qu’il y a des lésions inflammatoires aiguës siégeant sur les trois tuniques, le processus aigu étant surtout marqué au niveau de la tunique moyenne et de la tunique externe.

Au point de vue des symptômes, les traits caractéristiques de l’affection sont : une sensation de constriction presque continuelle à la région précordiale, des accès d’angine de poitrine, la mort subite survenant soit pendant un de ces accès, soit au moment où l’on s’y attend le moins et en dehors de toute crise douloureuse.. A ces symptômes fondamentaux s’en ajoutent d’autres fournis par l’auscultation, sur lesquels nous aurons occasion de revenir.

On voit qu’il y a loin de cette description de l’aortite aiguë à celle que nous trouvons même dans des articles récents.

Dans l’article Aortite du Dictionnaire encyclopédique, article de MM. Charcot et Bail, nous voyons décrite seulement l’inflammation suppurative des parois de l’aorte. Dans les seuls cas, disent ces auteurs, où l’inflammation de l’aorte était hors de toute contestation (c’est-à-dire lorsqu’il existait des abcès), on a observé la marche suivante : 1° une période d’invasion caractérisée par du malaise, de la dyspnée, des frissons, de la fièvre, et quelquefois par un oedème partiel et des bruits vasculaires anormaux sur le trajet de l’aorte ;

Son retour au milieu des siens fut de courte durée. En automne, nous le voyons au camp d’Amiens; réunion confuse d’hommes armés, où présidait Henri II, où pérorait le cardinal archevêque Charles de Lorraine, où la guerre, faisant une halte pour laisser parler la politique, se'- réveillait par intermittences : c’était un chassé-croisé d’escarmouches, d? expéditions folles mais héroïques, de courses échevelées à lu bague, de luttes aux jeux de paume, de danses, de chasses à courre et de passes-d’armes. Une existence aussi désordonnée, énervante par ses excès et dont la continuité semble dépasser les forces humaines, n’était pas seulement dans les habitudes du sexe fort ; certaines grandes dames de la cour s’y mêlaient avec fougue, avec passion, et rien ne témoigne qu’elles en aient souffert. S’il y a des grâces d’état il n’est pas moins pour la femme des grades de fantaisies qui •lui permettent de résister aux plus notables imprudences. Sa complexion délicate ne saurait affronter le danger, mais elle se glisse impunément au travers.

Les dames de l’armée ne donnaient donc point à Paré grand souci; il n’en était pas de même des maris et des amants. Bien que le duel devant l’ennemi fût défendu sous peine de mort, on savait tromper la vigilance du grand prévôt : presque chaque jour quelque rencontre avait lieu et les chirurgiens appelés secrètement n’étaient jamais dénonciateurs. Des secrets de ce genre ont rempli la conscience d’Ambroise. Interrogé par un général, un grand prévôt, un ministre, même par le roi, il osait répondre : « la des choses que ie tiens pour les dire à Dieu, mon souuerain maistre, et rien qu’à luy. »

L’accumulation, aux environs d’Amiens, de bandes consir dérables, la plupart de nouvelle levée, mal aguerries, -campées sur un sol humide, dans une saison déjà froide (fin d’octobre), engendrait des dysenléries, des fièvres muqueuses épidémiques avec symptômes typhoïdes, et parmi les vénériens, les ulcérés et les blessés, des cas nombreux de pourriture d’hôpital. Bien qu’en raison de la prééminence du corps

2° une période de rémission et d’amendement ; 3° une période où les accidents de l’infection purulente se développent subitement pour amener la mort.

C’est là une forme d’aortite aiguë distincte, au point de vue anatomo-pathologique comme au point de vue des symptômes, de celle qui est décrite dans la thèse de M. Léger.

Il existe donc une variété d’aortite aiguë suppurative, caractérisée par des symptômes d’infection purulente; et, d’autre part, une forme d’aortite diffuse n’aboutissant pas, en général, à la formation d’abcès, et remarquable surtout par les accès d’angine de poitrine qui en constituent le symptôme le plus remarquable.

L’observation que nous publions est un exemple de cette variété 'd’aortite aiguë.

Obs. — Le 16 novembre au soir, la nommée Justine Julien entrait à l’hôpital Necker, service de M. le docteur Blachez, dans un état des plus graves.

Au moment de son arrivée, cette femme était très-oppressée; elle accusait une douleur extrêmement vive à la région préconliale, en un mot paraissait en proie à une crise d’angine de poitrine.

Pourtant les symptômes alarmants cessèrent, et le lendemain, à l’heure de la visite, la malade était calme.

Cette femme n’a jamais eu de rhumatisme articulaire ; mais depuis plus d’un an elle se plaint de palpitations, avec une sensation presque continuelle de constriction à la région précordiale. De plus, elle accusé depuis huit mois des accès d’angine de poitrine qui sont devenus surtout fréquents depuis quelques semaines.

La malade décrit parfaitement ces crises, constituées par une douleur très- vive à la région du cœur, avec irradiation dans le bras.

J . . . présente une teinte subictérique prononcée. C’est une femme de quarante ans, paraissant d’ailleurs vigoureuse.

Le cœur est volumineux, la pointe nettement abaissée. A l’auscultation, on est frappé immédiatement par le timbre particulier des bruits. Le second bruit est éclatant, retentissant, spécialement à la base, au foyer aortique. De plus, il y a un souffle systolique léger, prononcé surtout à la base, au foyer aortique. Pas' de bruit de souffle appréciable au second temps. Le pouls est fort, sans irrégularités; les pulsations des deux radiales sont isochrones.

L’auscultation de la poitrine révèle l’existence d’un épanchement limité à la base du côté droit. 11 y a en ce point de la matité, du souffle et de l’égophonie extrêmement nets.

L’épanchement d’ailleurs est localisé, ët ne remonte certainement pas jusqu’à la partie moyenne de la poitrine.

Tel est l’état de la malade. — Vésicatoire au niveau de l’épanchement. Potion avec 20 centigrammes de feuilles de digitale en infusion.

La journée du 1 7 se passe sans nouvel accès d’angine de poitrine.

Le 18, à neuf heures du soir, la malade est prise de la môme crise qu’au moment de son entrée ; douleur précordiale, anxiété, etc. A minuit, J... est calme; elle demande à boire à la religieuse, puis s’affaisse tout à coup et meurt.

Autopsie. — Nous trouvons un épanchement remplissant la moitié de la plèvre droite. A la base du poumon droit, du côté de la pleurésie, sous la plèvre, se trouve un infarctus caséeux.

médical sur les chirurgiens, ces derniers n’eussent rien à connaître aux affections internes, voire même aux mesures d’hygiène, la position d’Ambroise auprès du roi, et ses missions spéciales lui donnaient dans les camps la plus haute, la plus salutaire influence. Elle eût marqué davantage encore si Henri II, tantôt pour des motifs personnels, tantôt pour des raisons politiques, ne l’avait distrait d’œuvres d’intérêt général. Tel fut un voyage périlleux à Dourdan, d’où le monarque lui recommanda expressément de rapporter sa tête. Paré n’avait garde d’y manquer et voici comme il le raconte avec naïveté sans crainte d’être accusé d’égoïsme et de poltronne, tant il était pénétré du sentiment profond de sa valeur individuelle et du grand cas que la cour faisait de lui :

« Le Roy m’enuoya à Dourlan (1), et me feit conduire par le capitaine Gouast, auec cinquante hommes d’armes, de

(t) Dourdan et non Douvlan, petite ville du département de Seine-et-Oise, sur l’Orge. On y voit encore des restes du vieux château que défendaient les espagnols.

Hypertrophie du ventricule gauche. Léger épanchement intrapéricardique. Il n’y a pas de lésions des valvules auriculo-ventricu- Iaires. Les valvules aortiques sont épaissies, mais non déformées et relativement peu malades. En versant de l’eau par l’aorte, on constate un très-léger degré d’insuffisance. A la partie centrale, entre les trois valvules, reste un petit orifice par lequel l’eau s’écoule dans le ventricule.

C’est du côté de l’aorte que nous trouvons des lésions profondes et nettement caractérisées. Tout d’abord il existe une dilatation nette de la portion ascendante de la crosse aortique. La circonférence du vaisseau mesuré au niveau de la portion ascendante donne 10 centimètres.

La surface interne est irrégulière, comme chagrinée. Immédiatement au-dessus des valvules sigmoïdes, près des orifices des artères coronaires, on constate deux ou trois petits points athéromateux présentant l’aspect, la consistance des véritables plaques d’athérome avec calcification. Au-dessus les lésions sont plus jeunes, on voit des bosselures ou plutôt des plaques saillantes de consistance fibreuse, jaunâtres. Il n’y a pas de plaques gélatineuses à aspect rosé ou opalescent, telles que nous les voyons signalées dans plusieurs des observations de la thèse de M. Léger.

Entre les plaques saillantes, la membrane interne est plissée, et nulle part, dans la portion ascendante de la crosse, elle ne présente l’aspect lisse et poli qui lui est habituel. Ces lésions s’observent dans toute l’étendue de la crosse aortique, mais sont beaucoup plus prononcées dans la portion ascendante.

Abdomen. — Nous trouvons une hydropisie de la vésicule biliaire avec un calcul engagé dans le canal cyslique. Les reins sont congestionnés.

Encéphale.. — Le cerveau est absolument sain; il n’y a pas d’athérome des artères de la base.

Examen histologique. — Nous avons pratiqué des coupes, après durcissement, dans un des points où les lésions paraissaient le plus accentuées, sur un fragment pris au niveau de la portion ascendante de la crosse.

L’examen de ces préparations colorées par le picro-carrainate nous montre de la manière la plus nette que nous avons eu affaire ici à un processus inflammatoire aigu.

La tunique interne est épaissie et irrégulière. Les lésions au niveau de celle tunique ne paraissent pas tout à fait récentes. On voit de nombreuses cellules fusiformes allongées dans le sens de la direction du vaisseau’; par places seulement se remarquent de petits îlots de cellules rondes embryonnaires. Les lésions sont plus prononcées et l’inflammation plus aiguë au niveau de la tunique moyenne. 11 y a, en effet, une véritable infiltration embryonnaire de cette tunique ; les lames élastiques sont écartées et pour ainsi dire dissociées. En de nombreux points des traînées de cellules embryonnaires pressées s’étendent de la tunique externe à la tunique élastique et viennent se terminer sur les limites de la tunique interne. v?

Les mêmes lésions inflammatoires aiguës s’observent sur la tunique externe; de plus, en ce point, se voient des coupes de vaisseaux en quantité notable.

En résumé, il y a là des lésions incontestables d’aortite aiguë. M. le docteur Ducastel, chef du laboratoire de l’hôpital Necker, a bien voulu examiner les préparations, que nous avons d’ailleurs présentées à la Société anatomique.

peur que ie ne fusse pris des ennemis : et voyant que par chemin estions tousiours en alarmes, ie feis descendre mon homme, et feis qu’il estoit maistre; car ie montay sur son cheual qui portait ma malle, et alloit bien du pied s’il eust fallu gaigner le hault, et pris son manteau et chapeau, et,luy baillay ma monture, qui estoit vne belle et petite hacquenee. Mon homme estant dessus, on l’eust pris pour son maistre et moy pour son valet. Ceux de Dourlan nous voyant de loin, pensovent que fussions ennemis et nous tirèrent des coups de canon'. Le capitaine Gouast, mon conducteur, leur feit signe auec son chapeau que n’estions ennemis ; enfin cessèrent de tirer et entrasmes à Dourlan auec vne grande ioye. Ceux de Dourlan auoyent fait vne sortie sur l’ennemy , cinq ou six iours auparauant : lesquels tuerent et blessèrent plusieurs de nos Capitaines et bons soldats, et entre les autres le Capitaine Sainct Aubin, vaillant comme l’espee, que monsieur de Guise aimoit fort et pour lequel principalement le Roy m’enuoyait là, lequel estant en accez de fiéure quarte, voulut

3 Janvier 1879

Dans la thèse de M. Léger, nous trouvons deux observations avec examen histologique des parois de l’aorte. Dans les deux cas les lésions trouvées étaient analogues à celles que nous avons pu constater. M. Léger note également que le processus inflammatoire aigu était surtout prononcé dans la tunique moyenne ; les plaques saillantes de la surface interne étaient constituées par des cellules fusiformes. Comme lui, nous n’avons pu trouver aucune trace de vaisseaux dans la tunique interne. Dans certains cas, pourtant, on pourrait trouver des vaisseaux au niveau des plaques gélatineuses, vers leurs parties profondes. M. Lancereaux en a constaté plusieurs fois et admet ainsi la possibilité de la vascularisation de la tunique interne, dans les cas de son inflammation aiguë (Lancereaux, Société de biologie, 1863). M. Lancereaux a signalé également la teinte ecchymotique et l’ecchymose de la membrane interne. Ces lésions n’existaient pas dans le cas que nous rapportons. Remarquons d’ailleurs que nous n’avons pas observé de véritables plaques gélatineuses, lisses, transparentes, parfois d’une couleur rosée ou opalescente, telles que nous les trouvons décrites dans plusieurs observations. La surface interne de l’aorte n’était pas colorée, et les lésions, surtout à l’œil nu, ne présentaient guère l’aspect de lésions inflammatoires aiguës. Les plaques saillantes étaient jaunâtres et de consistance fibreuse.

Si nous insistons sur cette particularité, c’est que, dans des cas semblables, l’examen microscopique n’étant pas fait, on pourrait ne pas reconnaître l’inflammation aiguë des parois de l’aorte.

Au point de vue des symptômes, notre malade a bien présenté les signes de l’aortite aiguë, tels que nous les voyons décrits dans les diverses observations que nous avons parcourues : accès d’angine de poitrine; douleur presque continue à la région précordiale; mort subite. Notons que la mort brusque est survenue non pas dans un accès d’angine de poitrine, mais après la terminaison de la crise, alors que la malade était calme et que rien ne pouvait faire prévoir cette terminaison aussi rapide.

SOCIÉTÉS SAVANTES

Académie des sciences.

Sur l’infection vaccinale. Rôle élaborateur des ganglions lymphatiques, par M. Maurice Raynaud.

La démonstration cherchée, en ce qui concerne le rôle des ganglions lymphatiques, peut se ramener à ce double problème :

sortir pour commander à la plus grande partie de sa compagnie. vn Espagnol voyant qu’il commandoit, apperceut estre vn Capitaine, et luy tira vn coup de hacquebutte tout au trauers du col. Mon Capitaine Sainct Aubin pensait de ce coup estre mort, et de la peur ie proteste à Dieu qu’il perdit sa fiéure uarte et en fut du tout déliuré. le le pensay auec Anthoine ortail, Chirurgien ordinaire du Roy (î), et plusieurs autres soldats : les vns mouroyent, les autres reschappoyent, quittes pour vn bras ou vne iambe, ou perte d’vn œil, et ceux-là disoit-on estre quittes à bon marché : eschappe qui petit. Lors que les ennemis eurent rompu leur camp, ie m’en retournay à Paris. Icy ie me tais de mon petit Maistre, qui estoit plus aise en sa maison que. moy à la guerre (2). » Emile Bégin.

(I) Portail ou Dtiportail n’est inscrit dans aucune biographie médicale, ce devait être néanmoins un chirurgien habile, comme l’étaient lous les praticiens qu’on attachait à la cour.

(î) Œuvres. Voyages du camp d'Amiens, p. mccxxxvii.

1° faire pénétrer dans l’économie le virus vaccin par une voie qui se rapproche autant que possible de celle des lymphatiques et du tissu conjonctif (ce qui, au point de vue anatomique, est tout un), mais qui soit telle cependant que le virus n’ait pas à passer patun ganglion, et s’assurer alors que, dans ces conditions, l’immunité n’existe pas ; 2° supprimer l’action du ganglion, et, grâce à cette suppression, pouvoir inoculer la peau sans que l’immunité en soit la conséquence.

Premier problème. — Lavoie qui se rapproche le plus possible de celle des lymphatiques et du tissu conjon'ctif est la chambre antérieure de l’œil. La membrane de Descemet est, en effet, histologiquement analogue aux espaces lymphatiques. Néanmoins, on ne connaît aucun ganglion qui soit en rapport avec les membranes internes de l’œil ; en fait, les inflammations profondes du globe oculaire ne donnent jamais lieu à une adénite.

Avec une seringue de Pravaz, l’auteur injecte sous la cornée d’un veau 3 centigrammes de sulfate d’atropine dissous dans un peu d’eau distillée. Trois quarts d’heure après, on recueille l’urine de cet animal; une goutte de cette urine instillée dans l’œil d’un cabiai produit la dilatation pupillaire. On injecte donc dans la chambre antérieure de l’œil d'un veau quelques millimètres cubes de bon vaccin. Sept jours après, je pratique une nouvelle inoculation à la peau par les procédés ordinaires; elle réussit. Cette expérience a été faite deux fois avec le même succès.

<c Second problème. — Dans une expérience antérieure, le ganglion poplité d’un veau ayant été préalablement extirpé, je faisais sur la face externe du canon quelques inoculations. Une semaine après, les boutons étant bien développés, je pratiquais sous lé ventre une nouvelle inoculation, qui restait stérile,, comme cela alieu dans les conditions ordinaires. La première inoculation n’était donc pas restée un accident local et avait bien produit l’infection, malgré l’absence du ganglion. Mais cette expérience est passible d’une grave objection. On peut admettre que le virus secondairement éclos dans les boutons de vaccin avait été charrié par les lymphatiques jusque dans la plaie du creux poplité, puis repris là par l’absorption, et transporté à des ganglions ultérieurs. C’est cette cause d’erreur que j’ai voulu éviter.

» Je suis obligé de rappeler ici un fait capital : si, après avoir fait une inoculation, on enlève, le lendemain, la petite rondelle de peau inoculée, l’animal n’en est pas moins dûment vacciné et réfractaire à une nouvelle inoculation, bien qu’il n’ait pas eu d’éruption locale. Cela ne tiendrait-il pas à ce que, dans 1 intervalle de temps écoulé, quelques parcelles de lymphe virulente ont pu pénétrer jusqu’au ganglion le plus proche, de sorte que, au moment où l’on enlève la rondelle de peau, déjà l’ennemi est dans la place? Quoi qu’il en soit de cette interprétation, il m’a paru instructif, pour le but que je poursuis, de combiner cette expérience avec celle de l’extirpation préalable du ganglion. Voici comment je procède : Je commence par enlever le ganglion poplité de mon veau, puis je fais, comme ci-dessus, trois points d’inoculation vaccinale sur la face externe du canon. Voulant laisser les choses en l’état, assez de temps pour être certain que l’absorption a pu se faire, mais assez peu pour qu’il n’y ait aucun travail de prolifération locale, je reviens au bout de dix-huit heures, et j enlève la languette de peau inoculée; puis, au moyen de sutures métalliques, je réunis par première intention : naturellement! il. ne se produit aucune éruption locale.

Concours. — Par arrêté du 12 novembre dernier, le ministre de l’intérieur a décidé qu’il serait procédé, par voie de concours sur titres, à la nomination de deux médecins • dans là Maison nationale de Charenton, l’un pour le quartier des hommes, et l’autre pour le quartier des dames. — Les candidats devront être inscrits au ministère de l’intérieur, direction du secrétariat, quatrième bureau, rue de Grenelle-Saint-Germain, 101, jusqu’au 11 janvier 1879, à cinq heures du soir.

Désignation nouvelle de l’Hôpital Temporaire (rue de Sèvres). — Un grand nombre de médecins des hôpitaux de Paris 'ont adressé une demande au directeur de l’Assistance publique, pour le prier de donner à l’Hôpital Temporaire la désignation d’hôpital Laennec. (Union médicale.)

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» D’après ce que je (lisais lout à l’heure, dans les conditions ordinaires, l’immunité devrait être acquise. Or, elle ne l’est pas, car lorsque, après six jours écoulés, je fais une nouvelle inoculation sur le ventre, celle-ci réussit et donne lieu à une belle éruption. Donc, la première fois, il y avait eu absorption, mais il n’y avait pas eu infection.

» Quelle différence y a-t-il entre celte expérience et celle de l’enlèvement pur et simple de la languette d’inoculation? Une seule : c’est qu’ici le ganglion a été préalablement extirpé. Le virus qui a pu être absorbé pendant dix-huit heures n’a pas rencontré de ganglion où il pût être élaboré; il est resté inoffensif. D’un autre côté, les boutons de vaccin n’ayant pu se développer, grâce à la résection du lambeau cutané récepteur du virus, ce dernier n’a pas proliféré; il n’y a pas eu de matière virulente secondairement absorbée. Aussi, les piqûres faites n’ont-elles eu que la valeur d’un simple accident local, et l’économie, restée vierge, a été apte à une réinoculation.

» Les deux problèmes expérimentaux dont je parlais en commençant ont donc reçu leurs solutions, et ces solutions concordent dans le sens durôle que j’avais cru pouvoir attribuer aux ganglions lymphatiques, s

Recherches sur l’ürée. Note de M. P. Picard. — Urée des reins. — Voici les principaux faits qui résultent des expériences de l’auteur :

1° Les quantités décelables dans 1000 grammes de ce torgane augmentent avec l’activité de la sécrétion urinaire. Les chiffres élevés résultent de la présence de l’urine dans les canalicules urinifères.

2° La quantité d’urée contenue dans le liquide mixte qu’on obtient en pratiquant une fistule du canal thoracique pendant la digestion est très-voisine de celle qui est contenue dans le sang.

3° Chez le lapin, 1000 grammes démuselés blancs se comortent comme s’ils contenaient : premier lapin, 3 grammes 'urée ; deuxième lapin, 3gl',l. 1000 grammes de foie se comportent comme s’ils contenaient (période digestive active) : premier lapin, 0«r,3 d’urée; deuxième lapin, 08r,5.

Ce sont là des quantités analogues à celles que contenait le foie du chien à jeun. Ce résultat pouvait être prévu, puisque j’ai annoncé que la proportion d’urée du foie varie avec celle du sang, et cette dernière avec celle de l’urée éliminée en vingt-quatre heures par les urines (Comptes rendus de la Société de biologie, 1877).

4° Si Ton pratique sur un chien la section des nerfs qui entourent l’artère hépatique, et si, après cette opération, on fait des saignées à l’animal, on trouve dans le sang une quantité d’urée moindre, en général, que celle qui existe chez l’animal normal ; quelquefois elle est à peu près la même; en tout cas, elle n’est jamais plus considérable.

De l’inflüence des différentes couleurs du spectre sur le développement des animaux. Note de M. E. Yung. — Trois séries d’observations ont porté sur les œufs de la Rana temporaria et de la R. esculenta, une série sur les œufs de truite ( Salmo trutta) et une série sur les œufs du lymnée des étangs ( Lymnea stagnalis ). Voici le résultat de ces observations :

1° Les divers rayons colorés de la lumière solaire agissent d’une manière très-différente sur le développement des œufs des animaux cités plus haut. 2° La lumière violette active d)une manière très-remarquable le développement. Elle est bientôt suivie sous ce rapport par la lumière bleue, puis par la jaune et la blanche. 3° Les lumières rouge et verte paraissent nuisibles en ce sens que nous n’avons jamais pu obtenir le développement complet des œufs dans ces couleurs. 4° L’obscurité n’empêche pas le développement ; mais, contrairement aux résultats de MM. Higginbottom et Mac Donnell, nous avons constaté qu’elle le retarde. 5° On peut disposer les différentes couleurs du spectre, eu égard à leur influence sur le développement, dans la série décroissante suivante : violet, bleu, jaune, blanc, obscur, rouge, vert, fi0 Des têtards de grenouille de même taille et soumis jusqu’alors aux mêmes

conditions physiques, privés de toute nourriture, meurent sensiblement plus vite d’inanition dans les rayons violet et bleu que dans les autres; ils consomment plus rapidement leur économie alimentaire. 7° La mortalité paraît plus grande dans les lumières colorées que dans la lumière blanche. Toutefois, les chiffres n’ayant pas toujours concordé sur ce point, il serait prématuré de se prononcer d’une manière positive.

Falsification du café, du thé et des chicorées. — M. C. Husson adresse une note relative à une méthode de recherche de ces falsifications.

Anatomie comparée du placenta. — M. Turner, prolesseur à l’Université d’Edimbourg, adresse à l’Académie une série de mémoires imprimés Sur l'anatomie comparée du placenta.

SÉANCE DU 23 DÉCEMBRE 1878. — PRÉSIDENCE DE M. FIZEAU. Rien de médical dans cette séance.

Académie de médecine.

M. le ministre de l'instruction publique annonce à l’Academie qu’il recevra sa députation le mardi 31 décembre à une heure.

L’Acade'mie reçoit: 1° La recette d’une pommade à laquelle M. Siméon attribue la propriété de guérir les maux do dents. ( Commission des rcmàdes secrets et nouveaux.) — 2° Des pièces relatives au procédé de conservation de l’eau de iner inventé par le docteur Liste. — 3° Le rapport général de M. le médecin-inspecteur des eaux

M. Brachel adresse à l’Académie une note relativo à l’éclairage électrique.

Nouveau local de l’Académie de médecine. — En rendant compte de la réception faite par le ministre de l’instruction publique à la députation de l’Académie à l’occasion du nouvel an, M. le Président annonce que la question du local de l’Académie a été traitée dans cette entrevue. M. le ministre, cédant aux instances de M. le secrétaire perpétuel de l’Académie, a accordé 1600 au lieu de 1200 mètres de terrain

our la construction du nouveau local dans les terrains du

uxembourg.

Rapports : Eaux minérales.— M .Poggiale donne lecture, au nom de la commission des eaux minérales, d’une série de rapports dont les conclusions favorables sont mises aux voix et adoptées.

Remèdes secrets et nouveaux. — M. Planchon donne lecture d’une série de rapports dont les conclusions négatives sont adoptées.

Élections. — L’Académie procède au renouvellement partiel des commissions pour Tannée 1879. Sont élus :

Epidémies : MM. Lancereaux, Hérard, Goubaux.

Vaccine : MM. Guyon, Parrot.

Eaux minérales : MM. Fauvel, Bouis.

Remèdes secrets : MM. Hervieux, Riche.

Comité de publication : MM. Dechambre, Rochard, Verneuil, Magne, Lalour.

Ostéomyélite pendant la croissance. — A l’occasion du rapport lu par M. Panas sur le mémoire de M. Lannelongue, M. Gosselin fait connaître ses appréciations, non pas sur les questions relatives à la septicémie, mais sur les ostéites et Tostéoinyélite.

Ces ostéites aiguës de l’adolescence, que M. Gosselin désigne sous le nom d'ostéites épiphysaires, sont graves surtout par la suppuration. Quand celle-ci envahit d’emblée toutes les parties constituantes de l’os, la gravité est grande, les chances de guérison sont pour les cas dans lesquels la suppuration se

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localise sous le périoste. Or, l’expérience de M. Gosselin, dans ces dernières années, lui a appris que la suppuration médullaire arrivait surtout lorsque la suppuration sous-péi iostique avait persisté plusieurs jours, sans issue donnée au pus. Il a été frappé surtout de quelques observations dans lesquelles l’incision ayant été faite largement et de bonne heure, avec drainage, injections phéniquées et pansements phéniqués, l’ostéite s’est arrêtée dans sa marche envahissante et n’a gagné ni les parties profondes de la ligne épiphysaire, ni- le canal de la moelle. Il lui a semblé que ces incisions larges et prématurées que l’on conseille depuis longtemps, mais devant lesquelles reculent encore beaucoup de chirurgiens, préviennent l’ostéomyélite suppurée, surtout lorsqu’on les combine avec le drainage et l’emploi abondant de l’acide phénique. On voit, dès lors, que M. Gosselin a une nouvelle raison pour rejeter la dénomination générale d’ostéomyélite ; c’est que la continuation de ses études sur ce sujet l’a amené à croire que nous avons dans l’ostéite épiphysaire aiguë un traitement préventif de la forme la plus grave, savoir la forme ostéomyélite suppurée. Au début, l’ostéite est générale; mais tant qu’elle n’a pas suppuré, peu importe que la moelle du canal médullaire en prenne sa part. Ce qui importe, c’est que rien ne suppure ou que, si la suppuration arrive, elle se limite, et qu’au besoin elle puisse être limitée par les soins du chirurgien aux couches extérieures de l’os. C’est ce que les générations nouvelles comprendront mieux si on leur présente la maladie sous le nom d’ostéite épiphysaire aiguë, et ce qu’elles comprendront moins bien si on continue à leur parler seulement de périostite phlegmoneuse et -d’ostéomyélite.

En ce qui concerne la trépanation, M. Gosselin se rallie aux conclusions de M. Lannelongue et conseille de pratiquer cette opération. D’une part, l’ostéite suppurée du canal médullaire est si grave; d’autre part, la trépanation ajoute si peu de chose au danger, qu’il est permis de la risquer, quand bien môme la suppuration ne serait pas certaine. Pourquoi d’ailleurs, dans les cas douteux, ne ferait-on une ou deux perforations exploratrices que l’on remplacerait par une trépanation évacuatrice une fois qu’on aurait vu le pus s’écouler? Maintenant que l’opération est proposée avec un succès à l’appui par un chirurgien aussi sérieux que M. Lannelongue, il ne s’agit plus que de la régulariser en en faisant un moyen de diagnostic en même temps qu’un moyen de traitement.

Septicémie. — La communication de M. Gosselin ne se rapportait que très-indirectement à la discussion pendante sur la septicémie; mais M. Bouillaud vient formuler quelques propositions qui se rattachent directement à la septicémie. Voici comment l’éminent académicien résume ses opinions sur la fermentation putride en général.

1° Pour que les substances de l’organisme puissent éprouver la fermentation septique, il faut préalablement, selon la doctrine universellement reçue jusqu’ici, qu’elles aient été mortifiées, gangrenées I II importe de ne pas confondre les caractères de cet état préalable de gangrène ou de mortification avec ceux propres à la décomposition putride, qui peut ensuite s’en emparer.

2° Elles ne se putréfient réellement que dans les cas où, par une voie ou moyen quelconque, elles se trouvent soumises à l’action de ferments spécifiques, dits, en raison même de cette action, putrides ou septiques, dont M. Pasteur, le premier, a fait une espèce d’ares organisés, et qu’il a désignés par un nom qui leur est propre.

3° Pour que l’air, en particulier, puisse exercer sur les substances de l’organisme elles-mêmes, ou sur quelques-uns de leurs produits, un pouvoir putrigènique, il est nécessaire que ces substances ou ces produits soient préalablement privés de vie, et qu’ils renferment les germes ou ferments spécifiques de la décomposition septique ou putride.

4° Mais est-il suffisamment démontré que nulle partie

organique ne pourrait, au contact de l’air pur ou normal, éprouver le travail de la fermentation ou décomposition putride? Il semble bien qu’il en soit ainsi, en présence de ces merveilleux appareils au moyen desquels des matières animales, séparées du corps vivant (sang, muscles, urines, etc.), préservées de la présence des ferments spécifiques de la putréfaction, mais non de celle de l’air convenablement expurgé, sont conservées pendant un temps indéfini, indemnes de toute septicité.

Société de biologie.

M. Dumontpallier annonce que la Société de physiologie de Londres s’inscrit pour la somme de 90 liv. sterl. (environ 2000 francs) à la souscription ouverte pour ériger un monument cà Claude Bernard.

— M. Galezowski a observé trois cas de lésions cornéennes coïncidant avec la glycosurie. Dans l’un, il s’agissait d’un ulcère à marche extensive ; dans les deux autres, d’opacités survenues rapidement. Ces kératites glycosuriques n’avaient pas encore été signalées. La quantité de sucre trouvée dans les urines a varié de quelques traces à peine appréciables au chiffre de 00 grammes par litre. Il n’y avait, chez les trois malades, aucun trouble de la santé générale.

— M. Künckel a trouvé, chez une punaise de bois, insecte de l’ordre des Hémiptères, la larve d’un insecte appartenant à l’ordre des Diptères. Ce parasite est muni, pour sa propre respiration, d’une sorte de siphon corné qui s’ouvre dans lestrachées mêmes de l’insecte habité. C’est un exemple assez remarquable d’appareil d'emprunt.

— M. Gréhant a recherché quelle quantité d’oxyde de carbone produit la combustion du gaz d’éclairage. Un bec d’Argant brûle sous une cloche où le gaz et l’air arrivent au moyen de tuyaux dont le débit est connu, et les produits de la combustion sont refroidis et recueillis dans un ballon. La respiration de 20 litres des gaz ainsi obtenus diminue seulement de 0“,5 le pouvoir absorbant du sang d’un chien pour l’oxygène. La différence est de 1 centimètre cube si, au lieu d’employer pour la combustion du gaz un bec d’Argant, on a pris un bec de Bunsen. Dans tous les cas, c’est à peine si les produits obtenus renferment des traces de GO. Si la combustion, au lieu d’être alimentée par de l’air pur, l’est par un air mélangé de 1/400“ de CO, ce dernier gaz disparaît et l’on n’en trouve plus trace. Cette décomposition d’un gaz combustible mélangé à un gaz comburant pourrait trouver son application dans L>s mines : en y laissant constamment allumés des becs de gaz, on réussirait peut-être à entraîner la destruction continue des gaz explosibles, à mesure même qu’ils se produiraient, et à prévenir ainsi les terribles effets du grisou.

— M. François-Franck fait une communication sur les doubles battements des anévrysmes intra-thoraciques.

Ces doubles battements ne s’observent pas seulement, comme on le dit en général, dans le cas d’anévrysme de l’aorte; ils existent aussi dans les anévrysmes des grosses artères qui émanent de la crosse.

Souvent l’application du doigt sur la tumeur ne permet pas de percevoir deux battements successifs distincts, mais dans

3 Janvier 1879

tous les cas ces doubles battements sont rendus évidents par l’e mploi des appareils enregistreurs. S’ils échappent au toucher, c’estque l’intervalle qui les sépare peut être trop court, d’où le défaut de dissociation des deux impressions tactiles consécutives; il peut arriver aussi que le premierde ces deux battements ait une trop grande intensité par rapport au second et que l’impression produite par ce dernier soit relativement nulle.

Quant au mode de production du double battement des anévrysmes inlra-thoraciques, M. François Franck croit qu’il est nécessaire pour le comprendre de se reporter aux conditions physiologiques de la circulation : si l’on se réprésente une artère affaissée sur elle-même et recevant du cœur une forte ondée sanguine, le vaisseau subit tout d’abord une brusque dilatation qui tend ses parois (premier battement) ; le sang continuant à pénétrer dans le vaisseau tendu qui résiste davantage, les parois artérielles subissent une nouvelle' dilatation qui se surajoute à la première (second battement). Ceci s’observe normalement dans les grosses artères situées à une faible distance du cœur; le double battement, correspondant à une pénétration dédoublée du sang dans le vaisseau, est rendu plus évident encore par la présence d’une dilatation anévrysmale qui amplifie les effets mécaniques dont il s’agit.

Cette interprétation concorde avec les faits. Car l’examen des tracés de pulsations des anévrysmes intra-thoraciques montre une ascension en deux temps. La théorie du double battement par reflux dans l’anévrysme du sang des grosses artères voisines ( Bellingham ) est au contraire en désaccord avec ce fait d’observation que }es deux battements successifs correspondent à la période d’expansion de la tumeur anévrysmale. La théorie du refoulement brusque de l’ondée sanguine par l’occlusion des sigmoïdes (Jaccoud) n’est pas non plus d’accord avec ce faitquele double battementaété observé par M. François-Franck dans des cas d’insuffisance aortique large (par exemple chez un malade du docteur Bernulz). Il semble donc logique d’admettre que le double battement des anévrysmes intra-thoraciques reconnaît pour cause la pénétration du sang dans le sac en deux phases successwes, plus •ou moins espacées et donnant par suite au doigt la sensaiion plus ou moins nette de deux soulèvements consécutifs. Il faut de plus reconnaître que ces doubles battements ne sont en rien spéciaux aux anévrysmes de l’aorte ; ils se retrouvent dans les anévrysmes du tronc brachio-céphalique et des carotide et sous-clavière gauches.

M. Parrot demande à M. Franck de préciser les rapports de ces doubles battements avec la systole ventriculaire.

M. Franck montre par un tracé que le double battement se produit pendant la phase systolique.

— -M. Leloir rapporte deux observations de monoplégie brachiale droite chez des syphilitiques. Chez l’un des deux, qui a succombé aune méningite cérébro-spinale, on a trouvé’ outre les lésions de cette affection, une plaque de méningite gommeuse ancienne avec adhérences au tiers supérieur de la circonvolution, frontale ascendante gauche. La moelle sera ultérieurement étudiée. Les nerfs et les muscles du membre paralysé n’étaient pas altérés,

— M. Courserant a plusieurs fois constaté, chez les hypermétropes, que les directions des deux canaux lacrymonasaux, au lieu d’être convergentes en haut et en dedans, restent parallèles ou mêmes divergentes.

— M. d'Arsoneal indique quelques modifications qu’il a apportées dans la construction des appareils destinés à l’étude de la chaleur animale, modifications que Cl. Bernard avait déjà mises à profit pour ses derniers travaux. Il a raccourci les aiguilles du galvanomètre, les a soustraites aux influences toujours variables du magnétisme terrestre, en les plaçant sous l’influence d’un méridien artificiel représenté par un fort barreau aimanté; il n’emploie, pour les sondes qu’il

glisse dans les vaisseaux, que des fils métalliques d’un seul morceau, sans pièces de raccord. Mais ce sont surtout les a guilles piquantes qui ont été transformées. Au lieu de deux fils métalliques revêtus de vernis isolant et soudés à leurs extrémités, il prend un tube très-fin qui représente l’un des fils, et dans la cavité duquel il glisse l’autre jusqu’au fond, où il le soude. De cette façon, on n’a plus à craindre la chute du vernis et la production de courants hydro-électriques capables de troubler les résultats de l’expérience.

M. P. Bcrt fait observer que celte modification permettra de mieux étudier la production de chaleur chez les végétaux.

— M. Magnan donne le résumé de trois observations d’aphasie, avec autopsie. Les deux premières n’ont rien qui ne soit absolument classique. Le troisième malade, au cours de son aphasie, a présenté tout à coup une incohérence qui s’est manifestée par du délire d’action très-variable et par la diversité des intonations, qui semblaient changer à chaque instant la signification des deux syllabes dont il composait tout son répertoire. L’hémisphère cérébral gauche, recouvert d’une vaste néomembrane, était marbré d’un nombre considérable de plaques jaunes : l’insula, la troisième circonvolution frontale étaient atteints. M. Magnan insiste sur la dissémination des lésions, sur la destruction des fibres communicantes qui vont d’une circonvolution à l’aulre et croit que l’incohérence peut être attribuée à cette dernière lésion. M. Luys confirme les assertions de M. Magnan; il croit que les troubles du langage, trop facilement "confondus sous le nom A’-aphasie, peuvent être dissociés et assimilés, par exemple, soit à la paraplégie, soit à l’ataxie ou à la chorée. Il insiste sur les lésions de l’insula et même du corps strié dans l’ataxie, et croit que les lésions des lobes postérieurs ne sont pas sans influence sur la production de l’incohérence.

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