X. Arnozan
REVUE DES JOURNAUX
B.es institutions tle police sanitaire internationale et les maladies pestilentielles exotiques, par M. le docteur A. Fauve l.
Dans le nouveau journal ( Revue d'hygiène), dont M. le docteur Vallin vientde prendre la direction, et qui se présente sous les meilleurs ausqiees, M. le docteur Fauvel aborde avec une grande compétence, une question qui a soulevé dans ces dernières années des discussions ardentes et souvent passionnées, celle de l’efficacité des quarantaines maritimes et par conséquent de leur maintien ou de leur suppression. Il pose comme règle que : « le seul critérium de l’utilité de ces mesures est que la somme des garanties qu’elles donnent à la santé publique soit supérieure à celle des inconvénients
qu’elles présentent. » Or, d’après lui (et il cite l’exemple de Marseille préservée en 1873, tandis que le choléra avait envahi Gênes et Naples d’une part, Rouen et Paris de l’autre), ces garanties sont souvent très-réelles; du reste, elles sont subordonnées àmille circonstances et aux intérêts quisonl en jeu.
Mais les quarantaines maritimes, comme toutes les mesures du même genre, pour pouvoir donner de bons résultats, ont besoin d’être appliquées avec discernement et d’une manière complète; c’est pour ce motif que M. Fauvel est l’ennemi d’une législation trop rigoureuse, qui n’est jamais complètement respectée, parce que tous ont intérêt à s’y soustraire. Il concède cependant que pour le choléra, qui tient le premier-rang sous le rapport des maladies pestilentielles dont l’invasion est redoutable en Europe, les mesures sanitaires soient bien plus rigoureuses dans les ports méridionaux, et surtout dans ceux de la Méditerranée, que dans les Etals du Nord; c’est ainsi, du resle, que les quarantaines sont bien plus sévères en Italie, en Portugal, en Espagne et surtout à Gibraltar que dans les autres pays.
M. Fauvel fait de plus observer que la provenance ordinaire des navires que reçoivent certains ports, par exemple nos ports de l’Océan et de la Manche, peut modifier les règlements qui les concerne, et il cite comme exemple la différence des quarantaines à Bordeaux, Nantes ou le Havre d’une part, et à Marseille et Toulon de l’autre. Les mesures prises à l’intérieur du pays, pour éviter la propagation, peuvent égalemént modifier la législation des quarantaines, et c’est ainsi que l’Angleterre, si sévère pour les quarantaines maritimes à Gibraltar, à Malte, à Aden, est au contraire chez elle, où l’hygiène est bien surveillée, d’une excessive douceur.
En somme, c’est seulement contre le choléra, la fièvre jaune et la peste que, dans l’état actuel, on peut prendre des mesures de prophylaxie générale.
Pour ce qui est du choléra, par exemple, quand il suit la voie de terre et qu’il arrive en Europe par la Perse et la Russie, les quarantaines maritimes n’ont qu’une importance secondaire, et peuvent seulement retarder l’invasion du mal et préserver certains pays. Que si, au contraire, il nous est importé par la mer Rouge, Suez et la Méditerranée, il est évident que les quarantaines acquièrent une énorme influence, et que bien observées, réglementées, en se basant sur une connaissance exacte de l’incubation et de la contagion du mal, elles peuvent en arrêter la marche, et dans ce dernier cas l’Egypte sera la véritable barrière à lui opposer; et M. Fauvel fait remarquer que deux fois déjà, en 1872 et 1878, des mesures sanitaires sagement observées en Egypte ont préservé l’Europe de l’invasion du choléra.
Pour ce qui est de la fièvre jaune, il est important de irendre quelques mesures, mais beaucoup moins que pour e choléra.
Est-il nécessaire de prendre des mesures prophylactiques contre la peste bubonique? Cette question se représente après avoir été fermée pendant un quart de siècle, où la peste était éteinte, même en Orient; mais depuis vingt ans on l’a vue reparaître à diverses reprises, soit dans la province de Tripoli, soit, bien plus fréquemment, dans son berceau originel, dans le bassin du Tigre et de l’Euphrate. Cette apparition à grande distance nous expose à des invasions. Voyons maintenant quel est l’ensemble des mesures proposées. Ici, comme pour le choléra, le point le plus important est d’éviter l’invasion de l’Egypte, car l’Egypte envahie, c’est, à cause du grand commerce qui se fait par Alexandrie et Suez, tout le bassin de la Méditerranée menacé, c’est tout le commerce de l’Inde compromis; il est donc, dans ce cas, nécessaire que le commerce comprenne qu’il a tout intérêt, par des quarantaines bien observées dans le golfe Persique et sur la côte d’Egypte, à éviter à tout prix l’envahissement de ce dernier pays.
La conclusion générale est donc que l’ensemble des mesures à prendre contre le choléra et la peste consiste à protéger hors de l’Europe l’Egypte et les côtes de la mer Casr
piénne; mais cela n’enlève pas l’intérêt des quarantaines locales, qui peuvent éviter l’invasion par des navires ou caravanes ayant forcé la barrière, ou encore circonscrire l'épidémie.
M. Fauvel termine le plaidoyer en faveur du maintien des mesures prophylactiques, en faisant remarquer que, vu la grande importance du mouvement maritime, le nombre des navires atteints est très-reslreint.
Nous avons voulu résumer pour nos lecteurs les principaux traits de cette étude, car en France l’hygiène publique est souvent trop négligée. C’est un point important de la médecine, à une époque où les relouons internationales se multiplient si vite, que d’étudier ce qui se passe chez nos voisins et de nous garantir des épidémies dont ils souffrent. Ce but est un de ceux que se propose d’atteindre la Revue d'hygiène, dont nous extrayons cet article; elle mettra ainsi la médecine française à même d’appliquer les règles reconnues salutaires. ( Revue d'hygiène et de police sanitaire, lrc année, n° 1, p. 8. — G. Masson.)
B>e IVinploi «le la belladone dans le traitement de
lolislrueiion intestinale, par le docteur NORMAN KeiIII (de Londres).
L’auteur rapporte 5 observations d’obstruction intestinale guérie par la belladone à haute dose. Voici comment le trailemenl fut appliqué : 1 ou 2 grains d’extrait de belladone toutes les heures (6 à 12 centigrammes), fomentations opiacées sur le ventre, lavements chauds. Presque tons les malades étaient dans une situation désespérée. Or, ils guérirent complètement, et cette guérison fut obtenue dans un laps de temps qui varia de six à neuf heures. L’un prit jusqu’à 10 grains d’extrait, près de 1 gramme. L’auteur ne donne aucun renseignement précis sur la nature de l’obstruction. ( Archives médicales belges, novembre 1878.)
lî« (riiiicmciil chirurgical de la dysménorrhée,
par le docteur Marion Sims.
Dans ce mémoire, Fauteur donne une description détaillée des deux opérations connues sous les noms de Simpson et de Sims. Ces deux opérations diffèrent comph-tement l’une de l’autre. Dans la première, il s’agit d’une incision bilatérale pratiquée dans le but de guérir la sténose du col utérin; dans l’opération de Sims, l’incision est antéro-postérieure. Bien plus, les deux opérations ne s’appliquent pas aux mêmes affections. Celle de Simpson convient aux cas où il existe une sténose dftjd portion vaginale d’un col régulièrement développé; celle de Sims ne s’applique qu’aux cas où le col est irrégulièrement développé, c’est-à-dire lorsque le segment postérieur est plus long que l’antérieur, et qu’il existe en même temps de l’antéflexion.
Le but de ce mémoire est d’établir la distinction qui existe entre ces deux opérations, qui ont chacune une origine différente et des applications diverses. A Simpson revient sans contredit le mérite d’avoir proposé et pratiqué une opération chirurgicale pour le traitement de la dysménorrhée; à Sims revient la priorité d’avoir proposé plus tard une opération différente pour le traitement de la sténose du col et de. la stérilité. ( New-Yorlc med. Record, 18 octobre 1878.)
»c l’emploi du lait comme dissolvant et comme véhicule
delà «itiinine, par le docteur Batterbury.
L’auteur appelle l’attention des médecins sur ce fait que le lait est non-seulement un bon dissolvant de la quinine, mais encore dissimule l’amertume de ce médicament. Il affirme
ue 5 centigrammes de sulfate de quinine dissous dans 0 grammes de lait donnent une solution dont l’amertume est à peine perceptible, et que 10 centigrammes dissous dans la même quantité de lait ne lui communiquent pas une amertume marquée. Une dose de 25 centigrammes peut être administrée dans 60 grammes de lait sans le rendre désagréable, et, si on met celle quantité dans un verre de lait, toute amertume disparaît.
Celte méthode parait présenter des avantages spéciaux pour l’administration de la quinine aux enfants.
M. Palmer, médecin de Birmingham, a confirmé ces observations et recommandé l’usage d’une solution de quinine dans la glycérine à la dose de 5 centigrammes pour 5 grammes. Le remède est donné dans un verre de lait. ( Archives médicales belges, novembre 1878.)
dans l’urine, par M. ROUVIER.
Voici le procédé préconisé par l’auteur :
On laisse reposer l’urine pendant douze heures, après addition d’un peu de benzine, en été, pour empêcher la putréfaction; on décante et l’on recueille le précipité floconneux. Ce précipité est introduit dans un tube à essai. On l’additionne d’un peu d’éther, et l’on agile vivement le mélange.
Au bout de quelques minutes l’éther se réunit à la surface du liquide sous forme gélatineuse. Cet éther, retiré avec une pipette, est versé dans un verre conique et additionné d’une petite quantité d’eau distillée. Tous les spermatozoaires de l’urine à essayer se trouvent ainsi réunis dans un très-faible volume, et chaque préparation microscopique en contiendra au moins cinq ou six en moyenne par champ. (Lyon médical, l ’r décembre 1878.)
Observai ion «le rupture périnéale chez une multipare sans lésion de la vulve, par le docteur REEVES.
Il s’agit d’un cas de déchirure du périnée sans implication de la vulve, la délivrance ayant été effectuée par le rectum. L’auteur rapporte cette observation : 1" à cause de sa rareté : il n’a pu trouver dans les annales de la science que deux cas de ce genre; 2" à cause de sa rareté chez les multipares : il n’a pu trouver aucun cas de rupture centrale du périnée observé chez une multipare. ( New-Yorlc medical Record, ^octobre 1878.)
Oc In dégénérescence amyloïde «lu rein,
par le docteur Litten.
L’albuminurie a toujours été regardée comme un symptôme des plus importants de la dégénérescence amyloïde des reins. Litten conteste cette opinion d’après quelques cas qu’il a observés. Dans le premier, il s’agissait d’un jeune homme de dix sept ans, chez lequel on avait diagnostiqué une phthisie pulmonaire et intestinale avec coïncidence de dégénérescence amyloïde du foie, de la rate et de la muqueuse intestinale. L’examen des urines fut fait chaque jour et jamais on n’y con slala la présence d’albumine, jamais non plus le microscope n’y montra des éléments anormaux. Ces caractères négatifs avaient fait admettre que les reins ne participaient pas à la dégénérescence. L’autopsie, faite avec soin, confirma le diagnostic sur tous les points, sauf le dernier; les deux reins étaient altérés, et le microscope y démontra, avec une entière évidence, la dégénérescence amyloïde.
Dans le deuxième cas, il s’agissait aussi d’un phthisique; dans le troisième, c’était un syphilitique. Dans ces deux cas encore, l’examen journalier de l’urine n’y décela jamais l’ai-
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bumine, et à l’autopsie on trouva l’altération amyloïde des reins.
Litten insiste surtout sur le premier cas, où l’on a pu vérifier pendant trois mois l’absence d’albuminurie. Dans tous les trois, le résultat de l’examen microscopique est donné avec beaucoup de détails.
Après une étude attentive de ces cas et d’autres de Pleich et Klob, dans lesquels il s’agit de syphilides viscérales graves, avec dégénérescence amyloïde de divers organes et des reins, et dans lesquels aussi l’albuminurie a fait défaut, s’appuyant encore sur les divers auteurs qui assignent des dates différentes à l’apparition de l’albuminurie dans la dégénérescence amyloïde des reins, il conclut : Ce qu’on peut dire avec quelque certitude, c’est que, dans la dégénérescence amyloïde limitée aux anses capillaires des glomértiles, il y a albuminurie, et c’est le cas le plus fréquent; mais dans la dégénérescence amyloïde limitée aux capillaires interstitiels, avec faible altération de ceux des glomérules, l’albuminurie peut manquer. ( Berlin . klin. Wochensrh. juin 1878; et Lyon médical, 1er décembre 1878.)
BIBLIOGRAPHIE
Traite pratique «les maladies vénériennes, par M. le docteur Louis Jullien. 1 vol. in-8 de 1 1120 pages, avec 127 fig. intercalées dans le texte. — Paris, 1879, chez J. -B. Baillière et fils.
Si ce sujet n’a pas encore été traité magistralement, c’est, on peut le dire sans viser au paradoxe, c’est parce que, jusqu’ici, il n’avait été traité que par des maîtres. Chacun d’eux, chacun de nous, — qu’on me souffre ce mouvement d’orgueil qui va vile recevoir son châtiment, — chacun de nous a, sinon sa doctrine générale, au moins sa conception préférée, son point spécial dans la spécialité. Aussi, qu’arrïve-t-il? Tous les ouvrages ex professo, ou sont dès leur apparition incomplets, ou le deviennent par le fait même de leur mérite (témoin l’excellent livre de M. Rollet, le seul, en faveur duquel je voudrais faire une exception, et où tant de pages, jadis indispensables pour une démonstration alors contestée, doivent aujourd’hui au triomphe de ces idées l’honneur d’étre devenues inutiles). Ailleurs, dans nos divers classiques, ici prédomine le culte de l’érudition, là celui des formules toutes faites. L’un s’attache à l’étude des lésions d’un seul appareil organique, l’autre à l’impossible réhabilitation d’un passé qui n’appartient même plus à la discussion. A côté de celui-ci, lestement bâclé en vue d’un concours académique, apercevez-vous celui-là, rédigé en vue de la postérité qui en suit avec plus d’impatience que d’espoir la trop consciencieuse élaboration? Telin-12 parait s’adresser exclusivement auxjclients; tel in-8, admirablement rempli cependant, ne se préoccupe que d’un sexe ; attrayant spécimen dont l’embonpoint ne laisse pas que de nous inspirer quelque perplexité sur ce que pourra bien être le frère, s’il doit naître digne d’une telle sœur !
L’œuvre de M. Jullien a une origine, un caractère et, nous le croyons, une portéu tout à fait dissemblables. Connu jusqu’ici par une seule monographie qui révéla un talent hors ligne de dialecticien et d’écrivain, M. Jullien a trouvé dans son obscurité primitive les conditions de son succès. Elève île la première école syphiligraphique française (I), puis, poursuivant ses études à Paris, partout il s’est fait aussi sympathique aux personnes qu’indépendant des doctrines : partout, conséquemment, il a pu puiser aux sources mêmes, que sa notoriété de futur classique faisait ouvrir devant lui avec une libéralité sans réserve. Grâce à ces premières relations,
(I) Je crois pouvoir qualifier ainsi celle où a vu le jour, ù cùtd do la thdorio qui règno (Rollet), la thdrapeutiquo qui régnera.
il a pu établir à l’étranger la correspondance la plus fructueuse avec les sommités enseignantes ou militantes de notre monde spécial.
Le voyez-vous, dès lors, le jeune agrégé, libre d’ambition, plus libre encore de clientèle, tout entier au travail qui le passionne ; collationnant les textes; contrôlant la tradition, vjire l’assertion magistrale, par la clinique et le microscope; aux heures de doute, ranimant son ardeur aux éloquentes leçons et aux colloques familiers des chercheurs de vérités; voyant jaillir sous sa plume les solutions inattendues qu’engendre à coup sûr l’incubation assidue d’un sujet exploré, d’une cause instruite à fond ! Ali ! je ne saurais, sans enthousiasme, retracer ce tableau où tant d’entre nous vont retrouver leurs plus chers souvenirs; mais je ne saurais non plus m’y reporter sans quelque jalousie, car à bien peu de nous les conditions de toute nature ont souri aussi propices.
De ce tête-à-tête non interrompu avec la plus austère des muses, le résultat est sous nos yeux. Et vraiment, ce n’est pas sans fierté qu’un syphili-philographe voit sur sa table ce magnifique volume de onze cent vingt pages de texte serré, et ou se devine à chaque instant la nécessité qui s’est imposée à l’auteur d’abréger, de condenser, pour y faire facilement figurer rien que les notions réellement constituantes d’une spécialié dont le baptême scientifique date à peine d’un demisiècle.
Le but que s’est proposé M. Jullien peut, ce nous semble, s’énoncer en deux mois : rassembler des informations en quantité et qualité telles que, sur chaque question, tantôt elles permettent à l’auteur d’asseoir dès à présent un jugement conforme aux lois de la méthode expérimentale, et que tantôt, au contraire, elles l’obligent à ajourner ce jugement en se contentant jusque-là d’un modus vivendi capable de satisfaire aux exigences de la pratique.
L’analyse deM. Jullien aboutit, le plus souvent, à une solution positive. Mais il a bien soin, dans ce cas, de ne présenter la conclusion qu’accompagnée des prémisses qui la suggèrent et l’appuient, car procéder par simple affirmation, fùt-ce môme au nom d’une expérience étendue et consciencieuse, ne saurait suffire à fonder une loi.
J’en puis, à mes dépens, citer un bon exemple. Dès que j’eus âge de spécialiste, j’ai dit, écrit, professé sans relâche, que les plaques muqueuses résistent obstinément au traitement spécifique interne, si on ne lui associe pas une médication locale, astringente ou caustique. Or, qu’est-il advenu de ma prédication? Simplement ceci : à ce que je disais avoir observé, on a constamment opposé une dénégation aussi nette, aussi absolue et se réclamant, disait-on, d’une pratique non moins vaste, non moins éclairée ; si bien que j’ffn étais à douter presque de moi-même, à me demander si ce que je voyais depuis trente-cinq ans, je l’avais bien réellement vu!
Sur ces entrefaites, intervient M. Jullien. Lui aussi,' il opine dans mon sens; lui aussi, il argue de l’observation. Mais, de plus, il explique le fait clinique par l’examen histologique. Mettant à profit les recherches récentes, il scrute, il décompose la texlure élémentaire de la lésion dite plaque muqueuse, et finalement établit, avec autant de certitude dans la preuve que de précision dans les termes, que, en ce qui regarde celte lésion anatomique, « l’hyperplasie des papilles ne représente que le produit d’un processus vulgaire évoluant sur un sol infecté », lumineux aperçu qui, faisant entrer le fait empirique parmi les faits explicables, lui donnera enfin sa place au nombre des acquisitions définitives de la science. Cette conquête, d’ailleurs, n’est point stérile. Elle paye immédiatement, si l’on peut ainsi parler, ses frais de culture, en confirmant dogmatiquement la prééminence du traitement local dont M. Jullien expose avec un soin extrême non-seulement les règles générales, mais ce qu’il y a de particulier dans leurs procédés d’application selon l’espèce des lésions et selon le siège qu’elles affectent.
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Nous avons laissé entrevoir que l’auteur n’est pas moins instructif quand il croit devoir suspendre son jugement que lorsqu’il est immédiatement en mesure de le prononcer. Il faut aussi donner une idée de sa manière dans ce second cas beaucoup plus commun que ne le pensent les satisfaits de l’état actuel, ceux que Vidal appelait les syphiligraphes arrêtés.
Ce droit de douter, précieuse sauvegarde de la vérité scientifique, est, — suivant la manière dont on l’exerce, et surtout dont on le justifie, — soit le refuge d’un esprit justement exigent en fait de preuves, soit au contraire l’expédient d’un arbitre qui n’a pas pris le temps d’instruire suffisamment l’affaire. Quoique M. Juilien use incomparablement plus souvent de la première, nous ne serons point embarrassé néanmoins pour trouver dans son livre un frappant exemple de l’une et de l’autre de ces deux manières, et nous lui devons de les exposer l’un et l’autre avec la même franchise.
Il en est des systèmes scientifiques comme des partis politiques. Quand ils ont fait leur temps, quand ils deviennent bons à remplacer, ne comptez point pour atteindre ce but sur une charge à fond de train, sur un adversaire exclusif, passionné, se proposant de faire table rase. Ce qui en vient sûrement à bout, c’est une opposition modérée, impartiale, signalant les prétentions injustifiables, les lacunes évidentes, sans se refuser à tenir compte des services rendus et des mérites réels, enlevant ainsi à l’accusé la ressource d’alléguer qu’on l’a jugé sans l’entendre et de parti pris. Eh bien ! c’est irécisément là l’excellente position que M. Juilien prend dans a grave et litigieuse question des indications du mercure comme agent curatif de la diathèse syphilitique. Dans l’impossibilité de reproduire ici ses considérants presque tous empruntés à la statistique, donnons en quelques lignes le dispositif de ce jugment, bien fait pour rallier les suffrages de quiconque a vu à l’œuvre, en mutuel conflit, la maladie et son spécifique. ci Quant au chancre, dit-il, la lésion est-elle grave, le sujet paraît-il, en raison de sa constitution ou de ses antécédents, mal défendu contre l’intoxication virulente, nous ne nous croirions pas en droit de lui refuser l’appui d’un allié aussi efficace que le traitement mercuriel. Telle serait également notre conduite en présence d’un malade insouciant, rebelle aux soins de l’hygiène et susceptible de répandre la contagion. Tout autre serait notre manière de traiter un chancre absolument bénin, développé sur un sujet résistant, soumis aune hygiène irréprochable; à celui-ci nous conseillerions l’abstention du mercure comme une chance à courir, du moins tant que la syphilis serait bénigne.» — Pendant la période secondaire, « les nombreux faits de vérole naturelle que nous avons recueillis, dit M. Juilien, pt ceux qu’offre chaque jour la pratique prouvent sans contestation possible la curabilité spontanée des syphilides. D’autre part., l’observation n’est pas moins affirmative en ce qui concerne l’influence réelle fiu mercure sur leur dislarition. Par conséquent, si la syphilis est très-légère, e malade, pour le moment, ne gagnera pas grand’chose à user des spécifiques; il est même probable qu’il bénéficiera de l’abstention mercurielle, abstention qui, du reste, pourra et devra n’être prolongée qu’aulant que les accidents resteront bénins. Sont-ils graves, au contraire, il fautsans hésiter prescrire l’hydrargyre, car livrés àeux-mèmes, l’expérience nous a appris qu’ils guérissent très-lentement ou même subissent uneineessante aggravation. Pôur les premiers donc, hygiène et toniques; pour les derniers, spécifiques. » — Enfin, quant à la réalité de l’action du mercure pour éteindre la diathèse : « En dépit des traitements les plus opiniâtres, dit l’auteur, ou voit chaque jour des malades en bulle à de désespérantes récidives, et la statistique nous apprend que, s’ils sont souvent retardés, les maux de la phase ultime ne sont point évités par l’absorption d’une grande quantité de mercure. Dès lors, la logique conseille de ne demander au spécifique suspect que la part d’action strictement nécessaire
à la cure des lésions exislanles. Guérissez donc l’accident, mais ne croyez pas qu’en centuplant la quantité d’hydrargyre nécessaire pour blanchir le sujet, vous atteindrez la cause du mal. »
Après celte question si impartialement et si profondément creusée, il nous faut, pour remplir la dernière partie de notre programme, en rappeler une où la critique ne nous paraît pas empreinte au même degré de ces qualités essentielles. Quelques auteurs — parmi lesquels je réclame une bonne place — professent que le fœtus né d’un père syphilitique peut, durant la gestation, transmettre l’infection à sa mère. Plus de trente faits venus de diverses sources, et plusieurs d’entre eux publiés avec tous les détails nécessaires, ont été rassemblés à l’appui de cette opinion. M. Juilien était admirablement en mesure de discuter ces observations dont quelques-unes, il faillie reconnaître, sont fort discutables. Mais, soit par un senliinentde déférence — dont on ne lui saura aucun gré, — soit faute d’espace (ce problème n’est abordé qu’à la page 999), il se borne à dire que « la lecture des observations ne lui semble pas de nalureà entraîner une conviction absolue. » Nous déplorons d’autant plus ce sommaire déni d’examen, chez l’ingénieux auteur du Traité pratique des maladies vénériennes, que nous avions plus espéré de son intervention dans un débat qui, en dehors de la médecine proprement dite, touche à tant de mystères, physiologiques et conjugaux (1).
D’autres problèmes plus en rapport avec les tendances actuelles de la science sollicitaient l’ardeur investigatrice de M. Juilien. Ils ne l’ont pas sollicitée en vain. Toutefois, nous demandons instamment à n’ètre point, à cet égard, cru sur parole, mais bien et seulement sur preuve, que nous fournissons en résumant la description, tracée de main d’histologiste et de clinicien, de l'étal général pendant la période secondaire.
Avant de faire connaître les éruptions qui caractérisent plus spécialement la phase secondaire de la syphilis, l’auteur consacre de longs développements à l’étude des. troubles généraux inséparables de celte période. La plupart se rattacheraient, selon M. Juilien, à la lésion primordiale du système lymphatique. C’est l’hyperplasie ganglionnaire, locale d’abord, puis généralisée ; c’est la lymphite avec ses cordons noueux le long des membres, ce sont ces abcès, peu fréquents à la vérité, auxquels on a donné'le nom d 'écrouelles secondaires. Et, poursuivant jusque dans Ses moindres diverliculums les ramifications de ce vaste système, Hauteur, dans une généralisation hardie, nous fait assister comme à une sorte d’imprégnation spécifique des tissus lymphoïdes. La rate se gonfle entravant la circulation des vaisseaux courts et produisant alternativement soit l’anorexie, soit la boulimie ; dans les glandes de Pever, dans les follicules intestinaux, lé même processus, qui peut être suivi d’ulcérations graves, amène souvent l’entérite. Dans l’arrièrer-bouche et dans le revêtement de l’isthme du gosier, les amygdales et les glandes vasculaires sanguines delà muqueuse subissent un gonflement antérieur au développement des altérations superficielles. Enfin il ne serait point irrationnel, selon lui, d’attribuer l’hyperchromie cutanée qui constitue la syphilide pigmentaire a. trouble fonctionnel que subissent vraisemblablement les cap
maintient sur la réalité (le la syphilis par conception, M. Juilien me dit : « Puisque toute mère d'un enfant héréditairement syphilitique peut allaiter cet enfant sans prendre de lui la syphilis (loi de Colles), c’est parce qu’elle était déjà syphilitique. Or, si elle l’élait, pourquoi serait-ce son enfant, et pourquoi no serait-ce pas son mari qui l'a infectée ? » — A quoi je répondis immédiatement : « Assurément le mari
même forme, savoir : un chancre initial, suivi, dans le delà) ordinaire, do lésions se-
qui il o consiste qu’en l’irréccplivilé au contact des lésions de son nourrisson infeclé ;' !■ celle (répondant à ma syphilis par conception) où les lésions secondaires
l'une ni l’aulrc do ces deux formes ne rappelle ccllo qui résulte d'une contagion. venani du mari, que resle-l-il pour en rendre logiquement compte, sinon lu IramsmiST sion s'étant opérée du fœtus a la mère,? »
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suies surrénales. Mais ce n’est pas tout : s’emparant des données récentes, mais peut-être contestables de l’histologie, l’auteur ne voit dans une certaine catégorie d’ostéopathie que la conséquence de phénomènes similaires se passant au sein du squelette. Etant admis que les cellules médullaires sont des cellules lymphatiques, « quoi de plus rationnel, dit-il, en effet, que d’attribuer le soulèvement du périoste à la tuméfaction de.la couche médullaire qui le tapisse, et qui, fatalement, comme la rate, comme les amygdales, ou tout organe lymphoïde, subit l’influence du virus? Et ces douleurs dont l’os devient le siège vers la même époque, ne dénotent elles pas qu’un semblable phénomène, se passant au sein de la moelle, met en jeu la sensibilité de cet organe, si vive, on le sait, à l’état normal? »
Vient ensuite l’interprétation étiologique des désordres cérébraux hépatiques et rénaux : l’épilepsie, l’ictère, le diabète, l’albuminurie, la phosphaturie transitoire, sont successivement mentionnés à ce point de vue. Sur ces symptômes, non plus que sur les arlhropathies et l’ensemble dos lésions qui constituent le pseudo-rhumatisme syphilitique, je n’insisterai pas; mais je tiens à signaler le paragraphe relatif aux troubles des fonctions utérines, à cause de la comparaison établie par l’auteur entre les effets du virus syphilitique et ceux de l’intoxication saturnine. Hien de plus démonstratif que les faits relatés dans ce parallèle saisissant qui permet à 1 auteur de se prononcer entre les diverses théories émises jusqu’ici pour expliquer la stérilité.
Le chapitre se termine par l’examen de l’influence que l’état général syphilitique peut exercer sur les maladies intercurrentes traumatiques ou spontanées. Sur cette question trèsfort à l’ordre du jour actuellement, je dirais presque à la mode, M. Jullien s’est appliqué à ne produire que des faits précis. Aussi a-t-il su se garder de l’exagération que nous serions bien tenté de reprochera plus d’un auteur contemporain.
Ces extraits pris aux bons endroits, il est vrai, mais assez nombreux, assez étendus pour disculper l’analyste dù'reproche de partialité, nous dispensent de tirer plus explicitement de semblables prémisses la conséquence qu’elles font si clairement pressentir. Mieux qu’une appréciation personnelle, en effet, ils permettent au lecteur déjuger quelles ressources il trouvera dans une œuvre où l’abondance et la sûreté des informations, la judicieuse réserve de la critique, la justesse des aperçus originaux, s’allient àuneélégante sobriété de style et — qualité, dans notre spécialité, trop peu en usage pour ne pas y être tenue en honneur — aune courtoisie de polémique dont la science a certes plus encore à se féliciter que les savants.
P. Diday.
Bsidcx biMiogi'aphiqne.
Hospice de Marseus. Rapport général administratif et relevé STATISTIQUE DU SERVICE MÉDICAL POUR LES ANNÉES 1875, 1876 ET 1877, par M. le docteur Girard de Cailleux, médecin-directeur de l’asile. Deux broch. in-8. — Fribourg, 1877-1878. Imprimerie Fraguière.
> M. Girard de Cailleux a entrepris la difficile tâche de créer et d’organiser un asile d’aliénés, destiné à recevoir tes malades du canton de Fribourg, en Suisse. Cet établissement, situé à Marseus, a été ouvert le 20 novembre 1875, et depuis cette époque, grâce aux qualités d’administrateur de son médecin en chef, il n’a fait que progresser et gagner en importance. On sait qu’en France les directeurs sont obligés de présenter chaque année un rapport médico-administratif, qui doit être soumis au conseil général du département sur lequel est situé leur asile. i\I. Girard de Cailloux a suivi, pour l’hospice de Marseus, cette excellente obligation, et les deux rapports qu’il a déjà publiés nous donnent des renseignements, non sans intérêt, sur les diverses parties de son service. Tout ce qui concerne la situation financière, les frais d’exploi-
latiou du domaine qui entoure l’hospice, les coupes des forêts, l’entretien des bâtiments, le chauffage, l’éclairage, etc., tout cela constitue des questions de ménage qui ne peuvent nécessairement intéresser nos lecteurs. Il y a heureusement une bonna partie des rapports qui est consacrée à l’exposition des résultats médicaux.. Nous y apprenons que l’établissement, qui a commencé avec 22 malades, en possédait déjà 89 an 31 décembre 1877, dont 49 hommes et 40 femmes. L’auteur indique successivement les professions exercées par ses malades, leur état civil, leur culte, etc. Puis il énumère les formes de délire dont ils sont atteints ; ici nous ne pouvons nous empêcher de faire quelques objections à la nomenclature qu’il a adoptée et qui nous semble à tous égards vicieuse et inacceptable. M. Girard de Cailleux a une tendance — tendance fâcheuse, à notre avis — de multipliera l’infini les espèces morbides. Ainsi, pourquoi ees distinctions subtiles qu’il cherche à établir entre ce qu’il appelle le délire mélancolique avec convictions délirantes de persécutions et penchant au suicide et le délire mélancolique avec idées imaj inair es de persécutions ; puis, plus bas, et dans le môme tableau, il admet encore le délire de persécution avec réactions et double penchant au suicide et à l’homicide et le délire de persécutions avec mélancolie. Que deviendrait la nomenclature si M. Girard de Cailleux, au lieu de 89 malades, en avait 300 ou 400? Elle serait interminable, à voir la tendance qu’il a de créer autant de distinctions morbides que de phénomènes incidents que présentent les aliénés. C’est là une exagération contre laquelle on ne saurait assez réagir.
Électricité statique. — Traitement des maladies nerveuses,