CONCLUSIONS
1" 11 est démontré que la myopie reconnaît habituellement our cause une application prolongée de la vue pendant l’enince avec un éclairage insuffisant.
2" Dans nos climats, l’éclairage par la lumière diffuse n’atteint jamais, même en plein air, une intensité nuisible.
3n L’opinion qui considère l’éclairage bilatéral comme nuisible à la conservation de la vue ne repose sur aucune base théorique (1).
4° D’après les statistiques les plus récentes, il existe des écoles où, l’éclairage étant bilatéral, la myopie est relativement peu fréquente, et il en existe d’autres où l’éclairage unilatéral étant établi dans les conditions les plus parfaites, la myopie est aussi fréquente que dans les écoles les plus mal aménagées. L’expérience ne se prononce donc certainement pas en faveur de l’éclairage unilatéral.
5” On ne pourra obtenir un éclairage suffisant au moyen de jours pratiqués d’un seul côté que si la largeur de la salle n’excède pas la hauteur des linteaux des fenêtres au-dessus du sol.
6° L’éclairage par derrière, s’il vient de haut, peut être associé utilement à l’éclairage latéral ; l’éclairage par un toit vitré est excellent.
7° L’éclairage bilatéral doit être préféré à tous égards. Dans ce système, la largeur de la classe étant, pour la même hauteur de fenêtres, deux lois plus grande que dans le cas de l’éclairage unilatéral, l’intensité lumineuse au milieu de la salle, qui est la partie la moins favorisée, est double de celle obtenue à la même distance des fenêtres par l’éclairage unilatéral. Il
(I) Les partisans tic l'éclairage unilatéral su fondent snr un passage mal traduit d’une brochure do M. Liobreich : 1 auteur allemand, dans cotte brochure c’crile on anglais, protestait avec justo raison contre l’dclairago antéro-postirienr souvent
ne faudrait cependant pas que la largeur de la classe dépassât le double de la hauteur des fenêtres.
8° 11 faut attribuer une grande importance à l’orientation de l’école, dont l’axe doit être dirigé dn Nord-Nord-Est au Sud- Sud-Ouest ; on ne devrait jamais accorder une tolérance de plus de40degrés de part et d’autre de la direction Nord-Sud, à moins de conditions climatériques exceptionnelles.
9° Le maître fera face au Midi.
10” Enfin il est absolument indispensable de ménager, de part et d’autre de l’axe de la classe, une bande de terrain inaliénable, dont la largeur soit double de la hauteur des constructions les plus élevées qu’on puisse prévoir, en tenant compte des progrès de l’aisance, qui font multiplier les constructions à étages, jadis inconnues dans les campagnes. Cette dernière condition est la plus importante de toutes.
Pathologie interne.
Note sur une épidémie de petite vérole qui a régné a l’iiopital civil et militaire de Moulins (Allier) dans le deuxième trimestre de l’année 1878, par le docteur Henri de Bitixox, ancien interne des hôpitaux de Lyon.
Les faits qui se rattachent à la contagion de la variole méritent d’être recueillis avec soin, parce qu’ils servent à éclairer une question dont les conséquences pratiques sont de la plus haute importance. L’idée de recueillir ceux qui suivent m]est venue en lisant le mémoire si consciencieux de mon ami le docteur Joanny Rendu (De l’isolement des varioleux à V étranger et en France, à propos de l'épidémie de Lyon pétulant les années 1875-76-77. Paris, G. Masson, 1878), mémoire qui a obtenu de l’Académie des sciences une de ses plus hautes récompenses.
Depuis l’épidémie qui avait eu lieu en 1871, au moment de la guerre, aucun cas de petite vérole n’avait été traité à l’hôpital civil et militaire de Moulins. Dans la ville, il n’y avait eu, à la fin de l’année 1877 (novembre et décembre) et au mois de janvier 1878, aucun cas de petite vérole.
C’est dans ces conditions qu’au mois de janvier 1878, une épidémie de petite vérole a pris naissance à l’hôpital de Moulins, et y est restée localisée jusqu’à la fin d’avril de la même année.
Cette épidémie est remarquable par la date précise de son début, par la filiation qu’il est possible de suivre entre ses différents cas, enfin par sa localisation à l’hôpital, aucun cas de petite vérole n’ayant été signalé en ville.
Obs. I. — Le 13 janvier 1878, entrait à l'hôpital civil et militaire de Moulins, le nommé Constant Clément, âgé de vingt-deux ans,
(De antidotis ) désignent Andromaque comme archidtre de Néron : c’est la première mention publique du mot. Quanta la première mention officielle, M. Briau la rencontre dans un décret de l’empereur Constantin, relatif aux immunités des médecins, grammairiens et professeurs de belles-lettres. Suivant sa juste remarque, les termes mêmes du décret montrent que ce titre existait avant l’élévation de Constantin à l’empire; mais il ne figure pas dans le statut d’Antonin. Ce qui rendra toujours incertain l’éclaircissement de ce point par l’épigraphie, c’est que la date des inscriptions est souvent inconnue, et que les inscriptions en langue grecque peuvent correspondre à une époque déjà avancée de l’Empire romain. Cinq de ces dernières sont rapportées dans la brochure; elles viennent de Sparte, d’Æculanum (dans le Samnium), d’Anaphe (dans les Sporades), etc. On en pourrait citer d’autres, celle par exemple d’un certain Ménécrale (différent de celui que cite ailleurs M. Briau), et qui était àp ^tai-po; de la ville de Labranda, en Carie; cette inscription se trouve, si je ne me
trompe, dansle Corpus inscriptionum grœcarum. Mais, pour toutes, les dates sont incertaines. En tout cas, j’incline à penser que la dénomination publique d’archiâlre n’est pas née tout juste au temps de Néron, qu’elle existait antérieurement dans les villes grecques, et que c’est de là qu’elle a été importée à Rome.
A. Dechamiire.
(A suivre.)
École de médecine de Clermont. — M. Rocher, pharmacien de lrc classe, est institué suppléant des chaires de chimie et des sciences accessoires pour une période de neuf années.
École de médecine d’Alger. — M. Spillmann, docteur en médecine, est nommé professeur de pathologie externe et de médecine opératoire en remplacement de (il. Alcantara, démissionnaire.
17 Octobre 1879
cavalier de 2° classe au 13e escadron du train des équipages militaires, en garnison à Moulins.
Je ferai remarquer ici que la caserne de cavalerie de Moulins est séparée de la ville par la rivière de l’Ailier, el que l’hôpital civil et militaire deSaiut-Joseph est situé à l’une des extrémités de la ville, isolé de la plupart des maisons qui l’environnent, soit par de très-vastes jardins, soit par une place spacieuse.
Constant fut dès son entrée à l’hôpital couché au n° 14 de la salle Saint-Martin, qui était en ce moment occupée par des militaires atteints de rougeole. Voici en quelques mots les rapports, importants à connaître, qui existent entre les salles dont nous aurons à parler. Au premier étage, se trouve la grande salle Saint-Louis, occupée par des militaires fiévreux, service de M. le docteur Reignier, médecin en chef de l’hôpital. Cette salle communique directement par une porte avec deux salles adjacentes plus petites; d’une part, la salle Saint-Martin, où se trouvaient les rougeoles au moment de l’arrivée de Constant, el d’autre part la chambre réservée aux officiers malades. Si au lieu d’entrer dans la salle Saint-Louis, on continue à monter quelques marches d’escalier, on arrive à la salle Saint-Henri, où sont en ce moment isolés les varioleux.
Constant était entré à l’hôpital avec une éruption très-confluente de variole : la maladie prit immédiatement un caractère hémorrhagique. Il resta deux jours el demi dans la salle Saint-Martin, et environ douze heures avant sa mort on le transféra dans la chambre, alors vide, des officiers, où il est mort le 16 janvier.
Cet homme venait de l’hôpital militaire de Saint-Etienne (Loire), où régnait à cette époque la petite vérole: il n’est resté que quelques heures au quartier. On l’a fait transporter d’urgence à l’hôpital.
Tel a été le point de départ de l’épidémie de Moulins.
Les trois militaires dont les observations suivent se trouvaient à l’hôpital (dans la salle Saint-Louis) au moment où Constant est venu y mourir.
Obs. IL — D., du 16° chasseurs, vacciné dans son enfance, non revacciné au régiment, était entré le 26 décembre 1877, dans la salle Saint-Louis, pour un épanchement pleurétique. Ce malade gardait le lit. Le 2 février, éruption discrète, variole bénigne. Envoyé en convalescence le 23 mars.
Obs. III. — M., du 16" chasseurs, vingt et un ans, vacciné, non revacciné, est entré le 27 décembre pour une rougeole, salle Saint-Martin; mais il se trouvait dans la salle Saint-Louis au moment où Constant est arrivé. Il sort de l’hôpital Je 22 janvier ; mais bientôt il se présente à la visite du médecin à la caserne, reste deux jours et demi à l’infirmerie, et rentre à l’hôpital lé 31 janvier, c’est-à-dire sept jours après sa sortie et quatorze jours après la mort de Constant. 11 avait en rentrant à l’hôpital' une éruption variolique confluente. Sort guéri le 23 mars, ayant perdu tous ses cheveux.
Obs. IV. — C., du 16° chasseurs, vingt-quatre ans, non vacciné au régiment, est entré le 13 janvier 1878 pour un état fébrile, dans la salle Saint-Louis, et n’est pas sorti de l’hôpital jusqu’au 2 février, époque du début de l’éruption variolique. Variole bénigne; sorti le 23 mars.
Les militaires dont les observations suivent ont été contagionnés indirectement. Ce sont :
Obs. V. — V., du 13° escadron du train des équipages, vingt et un ans, vacciné dans son enfance, non revacciné. Entré à l’hôpital le 6 février 1878, pour une angine, salle Saint-Louis. (Notons qu’à partir du lEr février, c’est-à-dire dès que la maladie a été reconnue, tous les varioleux ont été isolés dans la salle Saint-Henri). V. sort le 16 février, guéri de son angine, el rentre le 27 avec une éruption très-discrète. Varioloïde. Il est encore à l’hôpital le 22 avril.
Obs. VI. — G. de X., maréchal des logis au 16" chasseurs; vacciné, non revacciné au régiment; entré le 2 février 1878 pour une bronchite, salle Saint-Louis. Eruption le 17 février; passe dans la salle Saint-Henri. Sort guéri le 23 mars;
Obs. VII. — B. Louis-François, du 16° chasseurs, l,!r escadron, non vacciné au régiment,, est entré le 12 décembre 1877 pour une arthrite chronique, salle Saint-Joseph, blessés, service du docteur Petit ; évacué à l’hôpital militaire de Lyon le 20 janvier 1878, il
reste pendant un mois et demi dans un service de blessés, sous la conduite de M. Atry, médecin principal, et rentre le l"1 mars avec une éruption confluente. 11 meurt à l’hôpital le 22 avril.
Je présume que ce malade a subi l’influence contagieuse pendant son séjour à Lyon.
Obs. VIII. — Anastasie II..., âgée de trente-sept ans, malade couchée dans une salle appartenant à un bâtiment séparé par une vaste cour de celui où se trouvaient les varioleux. Elle était à l’hôpital depuis le 27 décembre 1877. Eruption le 2 mars : variole hémorrhagique; mort le 5 mars. Cette malade paraît n’avoir eu aucun rapport avec les varioleux. La contagion aura probablement été transmise par les personnes du service.
Obs. IX. — Marie D..., âgée de vingt et un ans, domestique au service de l’hôpital, chargée du service de la lingerie, pliait et raccommodait les linges lavés. Elle avait une grande frayeur de la variole, el ne paraît avoir eu aucun rapport direct avec, les varioleux. Eruption vers le 20 mars. Variole bénigne, guérie actuelle-
Obs. X. — Marie T..., âgée de quatorze ans, née à Neuilly (Allier), vaccinée, est entrée à l’hôpital le 3 janvier. Celte jeune fille, traitée pour un eczéma du cuir chevelu, service du docteur Petit, se trouvait dans le même bâtiment (seulement au rez-dechaussée) que la salle dans laquelle est morte Anastasie H... et où a été soignée Marie D... Cette dernière salle est au premier étage. Cette jeune fille allait voir presque tous les jours Marie 1)..., malgré les défenses qui lui en étaient faites. Eruption le 4 ou le 5 avril. Variole bénigne; guérison.
Obs. XL —G..., du 16e chasseurs, 4° escadron, 3° peloton. Variole hémorrhagique : début le 13 mars; mort le 19 mars 1878. Cet homme est probablement venu à l’hôpital dans le courant du mois de février ; cependant je n’ai pu m’en assurer.
Obs. XII. — P..., du 16e chasseurs, 4° escadron, 1er peloton; vacciné, non revacciné; n’a jamais été à l’hôpital comme malade, mais il y a apporté un homme atteint de rougeole (?) dans le courant du mois de février. Eruption le 14 mars; variole bénigne; est encore à l’hôpital.
Obs. XIII. — D..., brigadier au 16“ chasseurs, 4° escadron, 1er peloton; est probablement venu comme planton à l’hôpital. Eruption discrète le 14 mars : variole bénigne; sorti le 13 avril.
Obs. XIV. — S... (Jean), du 134 escadron du train des équipages militaires, 3° compagnie; vacciné, non revacciné; n’avait jamais mis les pieds à l’hôpital. Eruption le 8 avril; il est encore à l’hôpital, en voie de guérison.
Obs. XV. — C..., du 3" escadron du train des équipages, 3° compagnie ; vacciné, non revacciné ; avait porté V. .. (obs. V), varioleux, le 27 février. Eruption le 9 avril; il est encore à l’hôpital, en voie de guérison.
Obs. XVI. — C..., du 3° escadron du train des équipages militaires, 3° compagnie ; est venu à l’hôpital une seule fois, à la fin du mois de février, pour chercher un enfant de troupe qu’il était chargé de conduire à la gare; n’est pas monté dans les salles. Eruption le 10 avril; il est encore à l’hôpital. Variole bénigne.
Obs. XVII. — J... (Louis), du 3° zouaves ; en congé de convalescence à Moulins; vacciné et revacciné au régiment; est entré à l’hôpital Saint-Joseph le 20 février, salle Saint-Louis, pour une sciatique;, il n’est jamais entré dans la salle des varioleux. Eruption discrète le 2 avril; guérison.
Obs. XVIII. — N..., du 16e chasseurs, 1er escadron; vacciné jeune et revacciné au régiment ; est venu à l’hôpital deux fois, depuis le 1er janvier, pour porter des malades; la dernière fois dans le mois de février; est monté dans la salle Saint-Louis. Eruption le 23 mars; guérison.
En résumé, 17 personnes ont été atteintes de la petite vérole depuis l’arrivée à Moulins de Constant Clément, dans l’espacé d’environ trois mois. Ces 17 personnes habitaient sans exception, soit l’hôpital, soit la caserne de cavalerie, c’est-à-dire les deux seuls endroits où ait séjourné Constant.
Dans la pluparl des cas, il est possible' de constater des
17 Octobre 1879
relations directes entre les individus atteints et les personnes ou les salles manifestement infectées.
Sur les 18 malades atteints de variole, 3 ont eu une variole à forme hémorrhagique et ont succombé.
Depuis le 10 avril 1878 jusqu’à ce jour (30 juillet 1879), les registres de l’hôpital ne font mention d’aucun cas de petite vérole, ni parmi les militaires, ni parmi les civils soignés à l’hôpital; en dehors de l’hôpital, s’il y a eu quelques cas de petite vérole, ils ont été isolés, et ne se rattachaient pas à l’épidémie précédente.
L’épidémie s’est donc éteinte là où elle était née, contrairement à ce qui est arrivé pour l’épidémie de Lyon, qui fait l’objet du mémoire de mon ami le docteur Joannv Rendu. L’épidémie qui a régné à l’hôpital militaire des Colinettes de Lyon, au mois de mai 1875, n’est pas restée limitée aux murs de l’hôpital : elle a rayonné, et, gagnant de proche en proche, de maison en maison, elle s’est étendue sur toute la ville. D’où vient cette différence? Pour moi, elle se rattache à deux causes principales qui viennent à l’appui de la thèse soutenue si brillamment par le docteur J. Rendu : De la nécessité d’isoler les varioleux. Ces deux causes sont, d’une part, la situation des bâtiments; de l’autre, le personnel de l’hôpital.
Aux Colinettes, l’hôpital est entouré par une ceinture de maisons qui, sur quelques points, n’en sont séparées que par l’espace d’une rue très-étroite.
A Moulins, l’hôpital est de tous les côtés très-éloigné des maisons, dont le séparent de vastes jardins ou des rues trèslarges.
Aux Colinettes, le service est fait par un nombreux personnel militaire, qui chaque soir se disperse dans la ville et va y semer des germes de contagion.
A Moulins, le personnel est beaucoup moins nombreux, et, sauf les médecins, il habite l’hôpital.
Donc, au point de vue de la transmission des maladies contagieuses, l’hôpital de Moulins se trouve dans des conditions très-favorables qui réalisent presque l’isolement, et ce sont aussi ces conditions qui doivent être recherchées pour 1 s hôpitaux, partout où elles sont praticables.
SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des sciences.
Sur les effets et le mode d’action des substances
EMPLOYÉES DANS LES PANSEMENTS ANTISEPTIQUES. Note de
MM. Gosselin et Alb. Bergeron. — La quantité d’alcool ajoutée aux préparations phéniquées n’est pas fixe ; elle est approximative et varie suivant les pharmaciens. Les uns en mettent une proportion égale à celle de l’acide phénique, d’autres en mettent le double, d’autres trois ou quatre fois plus. Les auteurs ont fait l’expérience des tubes avec l’eau distillée alcoolisée à 5 pour 100 et à 10 pour 100, et ils ont eu la putréfaction complète le cinquième et le sixième jour, c’est-à-dire deux ou trois jours plus lard que si nous nous étions servis d’eau distillée seule. Quant au mélange d’eau et d’alcool par moitié, ils ne l’ont pas essayé.
Voici le résumé de leurs expériences avec l’acide phénique pur :
Dans un premier tube, disent-il, nous avons ajouté à 10 grammes de sang humain quatre gouttes d’acide phénique pur, soit, d’après notre calcul, environ 20 milligrammes par gramme; jusqu’au vingt-cinquième jour, nous avons eu l’absence de sérosité, la couleur briquetée, la disparition des globules et leur remplacement par des masses granuleuses, caractères qui nous paraissent indiquer l’imputrescence. Dans un second tube, nous avons ajouté à une quantité semblablexle sang trois gouttes, soit 15 milligrammes
par gramme : mêmes résultats. Dans un troisième, deux gouttes, soit 10 milligrammes par gramme de sang. Aucun caractère de putréfaction jusqu’au quinzième jour ; à ce moment les globules sanguins existaient encore, mais ratatinés, déformés, et surtout granulenx à leur surface ; à partir du quinzième jour, nous avons trouvé des bactéries aunelées, indices d’une putréfaction commençante et incomplète. Rien de plus jusqu’à présent (vingt-et-unième jour). Dans un quatrième tube, une, seule goutte d’acide phénique pur pour les 1 0 grammes do sang, soit 5 milligrammes par gramme. Celle fois, les globules ont persisté eh se ratatinant et prenant l’aspect crénelé, mais sans devenir granuleux et sans perdre leur trousparence, et nous avons eu le onzième jour la putréfaction, caractérisée non seulement par des bactéries annelées, mais aussi par des vibrions filamenteux nombreux et très-mobiles. La putréfaction n’avait donc été que retardée, et ce retard avait été de six à sept jours par rapport à ce qui arrive pour le sang que nous laissons à l’air libre.
En rapprochant ces résullats de ceux que les auteurs ont donnés dans les tubes et les verres de montre, la solution phéniquée au vingtième, avec laquelle ils mettaient en présence du sang environ 12 milligrammes d’acide phénique par gramme, ils arrivent à cette conclusion que l’impulrescence de 1 gramme de sang est donnée par une dose de 10 à 15 milligrammes d’acide phénique pur, et qu’à des doses plus faibles la putréfaction est retardée, mais n’est pas empêchée, à moins que la dose ne soit augmentée peu à peu, soit au moyen de l’évaporation, soit par l’addition quotidienne d’une certaine quantité de la solution phéniquée.
Reste à examiner comment agissent l’alcool et l’acide phénique. Les auteurs acceptent d’abord l’opinion qui émane des travaux de M. Pasteur et qu’enseigne exclusivement M. Lister, celle de la destruction possible par l’antiseptique des germes atmosphériques dont le développement produit la décomposition putride et les vibrions. Mais il fait intervenir une deuxième explication, savoir une modification favorable imprimée au sang par le contact môme de l’agent antiseptique, modification qui leur paraît n’être autre chose que la coagulation de l’albumine.
Nous n’avons pas, ajoutent-ils, la prétention de réaliser sur les plaies de l’homme tous les résultats que nous venons de signaler. Userait dangereux de viser à l’imputrescence extemporanée ou très-rapide, parce que, pour la produire, il faudrait des doses nuisibles par leurs effets locaux et généraux. La seule chose que nous puissions obtenir, c’est le retard ou l’amoindrissement de la putridité, que donnent les doses modérées.
Blessures par armes a feu. — M. Larrey présente à l’Académie, de la part de M. T. Longmore, chirurgien général de l’armée anglaise, un ouvrage intitulé : Blessures par armes à feu; leur histoire, traits caractéristiques, complications et traitement, avec la statistique de ces blessures en temps de guerre. 1 volume en anglais de près de 700 pages, illustré de 58 planches.
Académie de médecine.
M. Larrey offre à l'Académie les médaillons en bronzo de Lordat, do Béelard et de Magendie, et un portrait do Gall.
M. le docteur Lardier, chirurgien dol’hùpilal de Rambervillors, adresse un mémoire intitulé : De l'arrêt mécanique et instantané des palpitations dû cœur. (Comm. : MM. Marey et Germain Séc.)
DÉCLARATfoN de vacances. — M. le Président annonce qu’il y a lieu de déclarer trois vacances de places de membre titulaire dans les sections de pathologie médicale, de thérapeutique et d’histoire naturelle médicale, d'anatomie et de pathologie, par suite des décès de MM. Chauffard, Gubler et Piorry.
Spina-bifida. •— M. Jules Guérin présente à l’Académie un enfant nouveau-né, du sexe féminin, atteint de spina-bifida
17 Octobre 1879
accompagné d’une tumeur hydrorachitique, d’imperforation de l’anus, avec ouverture anormale, et de deux pieds-bots varus équins considérables.
Cet enfant est né à huit mois environ. 11 a aujourd’hui neuf jours. Les parents sont bien conformés. La mère n’a éprouvé aucun trouble durant sa grossesse. Le père est âgé de vingtsept ans. Le spina-bifida, situé à la partie inférieure de la colonne vertébrale, comprend les dernières vertèbres lombaires, au-dessous desquelles existe un sillon cicatriciel correspondant à l’extrémité du coccyx. La tumeur, du volume d’un demi-œuf de poulette, correspond exactement à l’écartement des apophyses épineuses. Ses enveloppes, résistantes, d’une couleur rouge violacée, sont amincies à leur centre et le siège d’une sécrétion séro-purulente.
Rapports. Eaux minérales. — M. Bouchardat, au nom de la commission des eaux minérales, lit une série de rapports sur des demandes en autorisation d’exploiter de nouvelles sources minérales pour l’usage médical. Les conclusions de ces rapports sont adoptées sans discussion.
Tumeur fibreuse de l’utérus. Hystérotomie. — En présentant à l’Académie une malade sur laquelle il a pratiqué la gastrotomie et l’ablation de l’utérus pour une tumeur fibreuse, M. Tillaux rappelle qu’il y a quelques années Demarquay avait dit à cette même tribune académique, que l’hystérotomie appliquée aux fibromes était une opération non justifiée, et devait être condamnée.
L’Académie ne doit pas rester sous l’impression des paroles de Demarquay. Le fait rapporté par M. Tillaux prouve qu’un grand nombre de malades peuvent échapper à une mort certaine par rhystérotomie, ou, comme le propose M. Tillaux, par Y hystérectomie.
Voici dans quelles conditions cette opération peut être app iquée :
1° Lorsque la vie de la femme est menacée par des hémorrhagies incoercibles : ce sont les cas les plus fréquents;
2" Lorsque la tumeur détermine des douleurs intolérables et que les malades elles-mêmes demandent l’opération ;
3° Enfin lorsque la compression d’un corps fibreux comprime une portion de l’intestin au point de produire l’occlusion intestinale: ces cas sont les plus rares.
La malade de M. Tillaux est âgé de trente-cinq ans. Après avoir passé deux mois à Lariboisière, et traîné d’hôpital en hôpital, elle revint à Beaujon le 5 mars dernier pour y demander l’opération. Elle était atteinte d’un fibrome volumineux qui occasionnait des pertes continuelles, et l’avait amenée au dernier degré de la cachexie.
La tumeur était arrondie, demi-mobile, et ne laissait aucun doute sur le diagnostic. L’opération fut pratiquée le 19 avril, dans un pavillon isolé de l’hôpital Beaujon, en présence de MM. Marchand, Terrier et Lucas-Championnière.
L’incision fut pratiquée sur la ligne médiane et eut environ 18 centimètres en contournant l’ombilic. La tumeur présentait quelques adhérences dues a des pelvi-périlonites antérieures. Elles purent être détachées assez facilement avec la main. Les deux trompes furent ensuite sectionnées après avoir été liées avec du catgutt. La tumeur put alors être Basculée en avant et placée hors de la cavité abdominale sur le mont de Vénus. Il s’agissait alors d’en pratiquer la section. M. Tillaux plaça une broche qui traversa la tumeur de part en part à sa partie inférieure. Un fil de fer fut placé au-dessous de la broche et serré avec le ligateur Cintrai,1 “afin de bien pédiculiser la tumeur. La masse utérine et fibreuse étant alors bien isolée, la section en fut pratiquée avec le bistouri au-dessus de la ligature. Le pédicule, qui était très-large, fut laissé à l’angle inférieur de la plaie. Le pansement antiseptique de Lister fut appliqué.
Il n’y eut aucun accident. La broche fut retirée le vingtième jour, et la guérison eut lieu lentement, mais sans interruption.
M. Tillaux fait remarquer que dans ce cas il n’a pas jugé nlile d’enlever les ovaires, qu’il n’a pas rencontrés sur son passage.
La tumeur enlevée est sous-muqueuse et pèse environ 2 kilogrammes. Elle s’est développée dans la paroi utérine latérale gauche.
M. Tillaux fait remarquer que le mot d’hystérotomie appliqué à cette opération n’est pas juste; il faudrait dire hystérectomie lorsqu’on pratique l’ablation totale de l’utérus, de même que l’on dit iridectomie quand on enlève l’iris. Hystérotomie voudrait simplement dire incision, et non ablation de l’utérus ; celte opération peut être appliquée aux tumeurs fibreuses, lorsqu’on enlève simplement le fibrome en laissant l’organe.
L’orateur termine en disant que l’Académie ne doit pas rester sous l’impression du rapport de Demarquay, qui avait dit, il y a quelques années, que les chirurgiens ne devraient pas reculer devant une opération qui peut sauver la vie à un grand nombre de femmes.
M. Decliambre pense que le mot hystérectomie n’est pas régulier, ropù voulant dire simplement dissection.
M. Tillaux dit qu’il a consulté Littré avant de faire sa communication, et que le mot nouveau qu’il propose est conforme aux règles grammaticales. D’après Littré, cxi-opi veut dire ablation.
M. Duplay partage complètement l’opinion de M. Tillaux; Thystérotomie lui "paraît devoir entrer dans la pratique chirurgicale. Il présentera â l’Académie une malade sur laquelle il a pratiqué cette opération avec succès.
M. J. Guérin demande si la fonction menstruelle a continué chez cette femme, et si elle a eu des rapports sexuels.
M. Tillaux répond que la menstruation a eu lieu régulièrement pendant les trois derniers mois, mais qu’il ne sait rien quant aux rapports sexuels.
Étiologie du charbon: — A l’occasion du procès-verbal de la séance du 12 août dernier, M. Colin fait une réclamation relative à une lettre de M. Toussaint. « En somme, dit M. Colin, bien qu’on ait pris ma méthode et mon programme, on a laissé la question de l’étiologie du charbon absolument pendante; c’est ce que je tiens à établir pour engager les observateurs indépendants et sans idées préconçues à poursuivre leurs études. Il va sans dire que je mettrai moi-même ce conseil en pratique et que je continuerai à chercher, si découragé que je sois par les dénis de justice. »
De l’altération du sang dans les maladies de la parturition, par M. Colin. — Lorsqu’une femelle meurt après le part, dit M. Colin, elle succombe à des accidents virulents qui laissent indemnes l’utérus et le péritoine, et qui ont leur origine non dans le sang, mais dans la sérosité de l’épanchement pleurétique, qui jouit de la contagiosité et la communique au sang par l’inoculation. Ce n’est pas ainsi que se caractérise la septicémie ou la virulence, qui a son principe dans le sang et qui tue très-rapidement après plusieurs transmissions successives, contrairemenf.au liquide de l’épanchement pleurétique. La virulence peut donc procéder a’un produit de sécrétion, revenir au sang, en laissant à ce liquide les autres particularités de son altération, par conséquent s’atténuer, s’éteindre, indépendamment de l’état auquel elle paraît liée.
M. J. Guérin ditquepour éviter toute cause externe desepticémie, les inoculations devraient toujours être faites sur les animaux par la méthode sous-cutanée.
M. Colin répond que ce mode de procéder a été employé par MM. Coze et Feltz, et que les injections ont donné lieu à des accidents de septicémie malgré l’absence de l’air.
17 Octobre 1879
Société de chirurgie.
Correspondance. — Réflexions sur l’ovariotomie. — Opérations chez les diabétiques. — Présentation d’instruments.
La correspondance comprend : 1° Une observation de M. Lizê (du Mans) : Rétrécissement du bassin; présentation de l’épaule; version pelvienne impossible; éviscération; section du raebis; extraction du fœtus. — 2° Les trois dernières épidémies de peste dans le Caucase, par M. Tholozan. — 3° Les tumeurs pulsatiles des os, par M. Gué fini.
— M. filiaux désire faire quelques observations sur l’ovariotomie, à propos d’une femme de trente-six ans, opérée en mai 1879 aux environs de Paris. Le kyste de l’ovaire gauche contenait 12 litres de liquide. Il avait été ponctionné plusieurs Ibis et avait disparu spontanément deux fois. D’après les renseignements fournis par la malade, la poche s’était rompue et le liquide était entré dans la vessie; c’était donc un kyste déhiscent de l’ovaire.
Etant à l’hôpital de Lariboisière, M. Tillaux a observé une femme qui avait une péritonite. Dans la nuit précédente, cette femme avait ressenti une vive douleur, et une bosse qu’elle avait dans le ventre avait disparu subitement. C’était encore un cas de rupture spontanée de kyste de l’ovaire.
La première malade fut opérée le 30 mai. En renversant le kyste sur les cuisses de la malade, on entraînait un autre corps; c’était la vessie. 11 y avait fusion de la face antérieure du kyste avec la face postérieure de la vessie. M. Tillaux découpa un lambeau de la poche, large comme la paume de la main, et laissa ainsi un peu de la paroi du kyste soudée à la vessie ; sur toute la circonférence de la pièce les vaisseaux étaient très-nombreux, et l’on dut faire 20 ligatures avec le catgutt et la soie.
Ordinairement le chirurgien réduit le pédicule dans le ventre et fait la réunion immédiate; c’est ce que fit M. Tillaux. Il obtint la réunion par première intention, et la malade guérit. Doit-on toujours réduire le pédicule et faire la réunion par première intention? Si le pédicule est long et étroit, il faut le réduire; si le pédicule est large, c’est moins prudent, à cause de la possibilité des hémorrhagies. Si le pédicule est large et très-court, il y a avantage à le diviser au moyen de plusieurs ligatures et à le réduire ensuite.
M. Boinet connaît plusieurs faits de rupture de kystes ovariques suivie de guérison. Ainsi, une femme reçoit un coup de pied dans le ventre : péritonite ; émission d’une quantité énorme de liquide par la vessie; guérison durable. Selon M. Boinet, le liquide du kyste n’a pas passé directement dans la vessie; il a été résorbé peu à peu dans le péritoine.
La réduction du pédicule a été mise en pratique par beaucoup d’opérateurs ; mais cette réduction a amené des hémorrhagies suivies de mort. Quand les adhérences de la poche kystique sont très-intimes avec l’intestin ou la vessie, il faut laisser une portion de la paroi du kyste en empêchant les hémorrhagies.
M. Terrier admet l’ouverture des kystes de l’ovaire dans la vessie. M. L. Gallez montre, dans son mémoire, que la déhiscence des kystes par la vessie, le vagin ou l’intestin, ne constitue pas un fait rare. A la suite d’un traumatisme, le liquide se répand dans le péritoine et souvent la mort s’ensuit. Mais, le plus ordinairement, il s’établit un travail inflammatoire entre la paroi du kyste et un organe voisin, d’où l’ouverture spontanée dans l’organe, et le liquide s’échappe. Tous les opérateurs conseillent de découper la partie de la poche trop adhérente ; M. Terrier serait tenté d’en abraser la surface épithéliale, souvent irritante pour le péritoine.
Il y a longtemps qu’on laisse le pédicule dans le ventre; S. Wells opère ainsi. Quand le pédicule est mince, assez long,
il semble naturel de le laisser dans la cavité abdominale Dans une- opération faite par M. Terrier, il y avait deux kystes : l’un à pédicule assez long; dans le ligament large du côté opposé était un kyste sans pédicule. De ce côté, on fit des ligatures, afin de laisser dans le ventre la partie sectionnée. Quand le pédicule est large, on le sépare en deux et l’on applique plusieurs ligatures sur chaque moitié.
M. Lucas-Championnière. Ordinairement, on laisse le pédicule dans le ventre. Hiss (d’Edimbourg) a comparé les deux manières de faire, et il a trouvé qu’après la réduction on observait parfois des accidents de suppuration ; depuis la méthode antiseptique on n’a plus à craindre ces inflammations.
M. Duplay. Spencer Wells a fait 600 ovariotomies sans rentrer le pédicule (excepté quand il ne pouvait pas l’amener à l’extérieur). Dans ses 300 derniers cas, il semble avoir modifié sa pratique. M. Duplay a toujours eu des succès en laissant le pédicule à l’extérieur; jusqu’à nouvel ordre il ne modifiera point sa pratique.
M. Boinet, quand le pédicule est assez long, le comprend dans la suture abdominale; quand le pédicule est très-court, il le laisse dans le ventre.
M. Terrier est d’avis de lier tous les vaisseaux du pédicule, de manière à laisser ce pédicule dans le ventre. Au dehors, un pédicule met de 20 à 35 jours avant de tomber, tandis qu’en laissant le pédicule dans le ventre, la malade peut se lever au bout de quinze jours.
M. Tillaux. La question est de savoir si, de parti pris, on doit laisser le pédicule dans le ventre; ou bien faut-il que ce soit l'exception? C’est à l’avenir de décider.
— M. Polaillon fait un rapport sur des observations adressées parM. G. Maunoury : 1° Résection du maxillaire supérieur; gangrène de la joue; mort. 80 grammes de sucre par litre d’urine. — 2° Ecrasement du pied ; désarticulation tibio tarsienne; mort. Sucre dans les urines. — 3° Femme de quarante-cinq ans, diabétique; grossesse; hémorrhagies; accouchement à sept mois et demi. Mort sans péritonite.
Ces intéressantes observations seront publiées dans le Bulletin de la Société.
— M. Panas présente, de la part de M. Carré, un couteau destiné à inciser le canal laerymo-nasal.
Société de biologie.
Stroma des globules rouges : M. Hayem. — Troubles trophiques consécutifs aux sections partielles du trijumeau : M. Laborde. — Influence des nerfs sur la sécrétion lactée : M. Laffont. — Procédé de dissociation des glandes de l’estomac : M. Coudereau. — Réclamation sur une question de priorité au sujet de l’étude des strychnées d’Amérique et du curare : M. Jobert. — 1° Effets cardiaques de la ligature du pneumo gastrique ; — 2" Nêcrotome électrique ; — 3“ Restitution des fonctions d’un n6rf comprimé : M. François-
M. Hayem. Lorsqu’on examine au microscope une goutte de sang étalée et desséchée sur une lame de verre, on aperçoit les globules rouges rangés en piles et formant des traînées sinueuses bien connues des histologistes. Si on examine la même préparation après l’avoir soumise au lavage, en y laissant tomber un mince filet d’eau qui a entraîné toute l’hémoglobine, on n’aperçoit plus d’éléments figurés, sauf quelques globules blancs. Mais certains réactifs, tels que l’eau iodée, l’éosine, la fuchsine, font apparaître le stroma des hématies. Ce stroma, qui subsiste nettement après l’élimination de l’hémoglobine, présente les mêmes diamètres que les globules encore intacts, mesurés avant le lavage. Il paraît donc constituer simplement une mince enveloppe étalée à la
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surface de ces globules. Puisqu’il reste seul après le lavage, on pourrait, en opérant sur une quantité notable de sang, étudier sa composition chimique ; on vérifierait ainsi s’il s’agit, comme on le croit généralement, d’une pellicule albuminoïde.
— M. Laborde présente trois lapins sur lesquels il a pratiqué des sections partielles du trijumeau parle procédé qu’il a antérieurement indiqué à la Société. Ce procédé consiste à arracher le nerf au moyen d’un crochet glissé à travers la base du crâne en dedans du condyle interne de la mâchoire. On évite ainsi la lésion des lobes antérieurs du cerveau, inévitable lorsque suivant les anciennes méthodes on fait pénétrer les instruments par la voûte. Les animaux opérés ont été conservés dans des cages, sur du foin, sans aucune précaution spéciale, sans suture des paupières, sans sulure de l’oreille au-devant de l’œil. Au bout de trois semaines seulement, des lésions ont commencé à apparaître ; chez le premier lapin, opéré il y a plus de deux mois, une grande partie de la cornée s’est mortifiée, et les points nécrosés ont été remplacés par un tissu absolument opaque ; chez le second, des lésions analogues sont actuellement en voie de réparation ; chez le troisième, un tout petit point est seulement devenu opaque. Dans les trois cas, les lésions trophiques se sont limitées aux zones anesthésiées, et les points dont la sensibilité avait été épargnée n’ont présenté aucune altération.
M. Frank rapproche ces expériences de celles que M. Ranvier a communiquées à la Société sur les sections des nerfs cornéens : il demande à M. Laborde s’il entrevoit l’explication de l’absence de lésions eornéennes chez les animaux opérés par M. Ranvier, la cornée de ces animaux ayant tout aussi bien été rendue insensible que celle des animaux sur lesquels M. Laborde à lésé le trijumeau.
M. Franck ajoute qu’il doit y avoir un rapport entre l’abaissement de la température locale que Cl. Bernard a signalé à la suite des sections du trijumeau et les troubles nutritifs qui se produisent du même côté de la face; seulement, il faudrait pour étudier ce rapport que la lésion du trijumeau fût assez étendue pour que l’abaissement de température put être constaté; or, dans les expériences de M. Laborde les lésions du nerf paraissent être superficielles.
— M. Regnard, au nom de M. Laffont, lit une note sur l’action des nerfs sur la sécrétion lactée. Sur une chienne curarisée, l’excitation du bout périphérique du nerf mammaire détermine l’abaissement de la pression dans l’artère qui se distribue à la mamelle correspondante, la congestion de celte glande et l’exagération de la sécrétion du lait. Celte exagération persiste après la section du nerf et la cessation des excitations.
— M. Coudereau propose un nouveau procédé pour isoler les glandes de l’estomac et en faciliter ainsi l’examen microscopique. Il suffit de faire bouillir un lambeau de paroi stomacale dans un liquide contenant: liqueur de Millier 1/3, eau 2/3, et nitrate de potasse environ 3/100. La proportion de liquide de Müller devra être plus forte, si l’estomac n’est pas très-frais. Quand cet organe a été ainsi traité, on en orend un fragment, on l’écrase avec la pointe du scalpel, on e porte sur une lame de verre au milieu d’une goutte de glycérine, et on voit alors au microscope les glandes entières ou coupées par le scalpel se dissocier spontanément.
— M. Jobert fait une réclamation au sujet d’une question de priorité. Des études qu’il a faites au Brésil sur différentes strychnées ( Strychnos triplinervia, rubiginosa, liirsula, Gartnerii) lui ont démontré que les strychnées d’Amérique n’ont jamais de propriétés convulsivantes, contrairement aux strychnées d’Asie, et qu’elles constituent la base au curare. Il a communiqué ces faits à la Société de biologie, au congrès de Montpellier (août 1879); enfin, il y a plus d’un an, il les avait exposés dans une conférence publique faite à Rio, en
présence de l’empereur du Brésil et de six cents autres personnes. Parmi les auditeurs se trouvait M. de Lacerda. M. Jobert a donc été vivement surpris de voir, dans les derniers comptes rendus de l'Académie des sciences, MM. Couty et de Lacerda s’approprier toutes ces découvertes et les communiquer comme résultant de leurs propres recherches. Il proteste contre cette usurpation.
— M. François-Franck : 1° Effets cardiaques produits par la ligature du pneumogastrique. — La ligature ou la section du pneumogastrique d’un côté produit sur le chien, le chat et quelquefois le lapin, un court arrêt du cœur ou un ralentissement marqué des deux ou trois battements qui la suivent. Cel effet cardiaque modérateur résulte d’un acte réflexe dont le point de départ est dans l’irritation des filets sensibles du nerf lié, et la voie de transmission centrifuge dans le nerf opposé resté intact. Mais le nerf lié lui-même sert aussi d’agent de transmission centrifuge à l’incitation modératrice : en effet, la ligature d’un pneumogastrique, après que le pneumogastrique opposé à été sectionné, produit encore le ralentissement du cœur. Ce ralentissement ne résulte pas d’une irritation transmise directement aux appareils modérateurs intracardiaques; car une seconde ligature au-dessous de la première, sur le bout périphérique du nerf, n’est suivie d’aucun effet cardiaque chez les mammifères (fait déjà noté par MM. Daslre et Morat) L’effet cardiaque ne peut donc provenir que d’un acte réflexe ayant sa transmission centripète et centrifuge dans le nerf lié lui-mêm,e.
2° Névrotonie électrique. — J’ai cherché à mesurer ce temps, et j’ai, dans ce but fait construire par M. Galante un petit appareil (névrotome électrique) que je présente à la Société. Il a la forme d’un petit litliotriteur entre les branches duquel le nerf peut être comprimé circulairement comme par une ligature ou sectionné, suivant que la branche mâle est constituée par une lame mousse ou une lame tranchante. Il est traversé par un courant de pile qui s’interrompt au moment où celle lame rencontre la branche opposée après avoir détruit la continuité du nerf. Un signal électrique (M. Desprez) marque sur un cylindre enregistreur les instants précis de ces deux contacts, et permet ainsi de mesurer la durée de la section ou de la compression du nerf. Cette durée peut varier au gré de l’opérateur. Si elle dépasse 1/10 de seconde, le réflpxe modérateur a encore le temps de passer dans le nerf comprimé. On sait d’autre part que le réflexe fait défaut si on fait brusquement la section à l’aide de ciseaux fins très-tranchants. La durée précise du temps nécessaire à la production de ce réflexe est à déterminer.
3° Restitution rapide des fonctions du nerf comprimé. — Au cours de ces recherches, j’ai observé un fait qui peut présenter un certain intérêt physiologique et chirurgical. Quand j’ai produit, avec la lame mousse de mon appareil une contusion circulaire du pneumogastrique, en pressant sur la tige avec une certaine force, ce nerf a complètement perdu la propriété de transmettre les excitations dans un sens et dans l’autre : on s’en assure facilement en irritant le nerf (avec des excitations traumatiques, pour éviter la recomposition des courants électriques) au-dessus et au-dessous du point comprimé. lia cessé d’agir sur l’œsophage par exemple, quand on l’irrite au-dessus de la zone contusionnée ; il ne provoque plus d’effets respiratoires quand on l’irrite au-dessous. Mais cette suspension dans les propriétés conductrices n’est que temporaire. Au bout d’un temps variable, souvent très-court, vingt minutes à une heure, la transmission dans les deux sens est de nouveau possible. En répétant les mêmes expériences que plus haut au-dessus et au-dessous du point où a été exercée la conslriction, on constate la réapparition des effets centrifuges et centripètes. Si on examine alors le nerf, on voit que le sillon tracé par la lame est à peu près effacé; le cordon nerveux présente seulement à ce niveau une coloration un peu plus foncée. Sans entrer dans des dé-
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tails plus circonstanciés relatifs au mode d’altération produite et au mécanisme de la restitution fonctionnelle, je me contente de noter ce fait, qu’wra nerf qui a été interrompu physiologiquement par une constriclion linéaire, assez forte pour empêcher la conduction, insuffisante cependant pour détruire la continuité anatomique, reprend très-rapidement ses fonctions.