‹ Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgieChapitre 218 sur 249 · Doin · texte numérisé non relu

Doin

Nous réunissons en un même article l’étude de deux livres qui n’ont pas seulement entre eux l’analogie de quelques sujets traités dans chacun d’eux, mais qui se ressemblent en ce point qu’ils sont l’ expression d’une même tendance de leurs auteurs à faire œuvre d’érudition. Us montrent l’un et l’autre que si les progrès de l’expérimentation et de l’observation scientifique ont été surtout rapides, l’érudition cependant est moins négligée en France qu’elle ne l’était il y a une quinzaine d’années.

M. Verneuil proclame avec une grande autorité que l’érudition française tend à reconquérir sa place au premier rang, et nous qui avons, avec M. verneuil et le savant directeur de notre journal et du Dictionnaire encyclopédique, apporté nos efforts incessants à l’œuvre de vulgarisation des recherches modernes aussi bien qu’à la conservation des traditions les plus sévères, nous applaudissons aux chaleureux élans de M. Verneuil quand il plaide, ou plutôt encore quand il réclame en faveur des érudits, l’estime et les encouragements des savants. La cause, d’ailleurs, nous semble bien près d’être gagnée, quand nous considérons les travaux de bibliographie, les analyses, les revues et la publication continue de monographies facilitant les connaissances des travaux modernes, d’études dogmatiques ou critiques, qui réunissent les résultats de l’érudition et ceux de l’observation, sous des formes variées, soit dans les dictionnaires, soit dans les publications périodiques.

Nous le constatons avec une grande satisfaction, la science médicale, même lorsqu’elle est spécialisée en quelques points, est devenue décidément éclectique dans l’emploi des méthodes d’investigation. Laissant à chacun le choix de celle qu’il lui convient mieux d’employer, nous continuons à penser que pour atteindre aux conceptions de synthèse qui sont notre but scientifique le plus élevé, il faut être familiarisé avec toutes les méthodes de recherches. Les progrès constants de l’esprit d’observation et d’expérimentation rendront plus facile cette éducation préalable ; mais en même temps il faut que l’érudition, basée sur une conscience sévère, établisse un classement des faits, en y ajoutant la critique. Celte méthode, déjà ancienne pour les recherches historiques, doit être appliquée dans les sciences médicales, et de jour en jour l’accumulation des faits provenant de tous pays rend nécessaires ces travaux de bibliographie qui, savamment coordonnés, constituent des documents dont la valeur ne diminue jamais. Bien des fois nous avons vu remettre en lumière des documents qui étaient tombés dans l’oubli en même temps que les sujets qu’ils traitaient, mais qui reprenaient toute actualité à la suite d’observations nouvelles ou de discussions académiques; et c’est alors que nous avons pu apprécier le mérite de l’érudit qui a consulté les textes et qui ne s’est pas borné à des citations puisées à des sources trop souvent explorées pour être pures. De grands esprits n’ont pas échappé à celte tentation de l’érudition facile ; s’ils y trouvent pour quelque temps des succès comme professeurs ou comme critiques, ils en portent bientôt la peine, quand un travailleur consciencieux prend à tâche de rétablir la vérité historique. Malheureusementl’ardeur des luttes pour le progrès scientifique oblige souvent à se contenter d’une bibliographie hâtive ; il est donc indispensable que des savants plus patients et plus désintéressés établissent le classement méthodique

de ces matériaux ; et s’ils ont des succès moins immédiatement tangibles, ils sont assurés d’une estime durable.

L’exemple de M. Henri Petit est encourageant à cet égard. Un prix de la Société de chirurgie, une préface entraînante du professeur Verneuil, voilà des titres suffisant à démontrer l’intérêt que présente la monographie de cet auteur. Nous ne voulons pas insister sur l’historique de la gastrostomie, mais nous résumerons brièvement les indications qui résulent de l’étude de 46 observations de gastrostomie représentant le bilan actuel de cette opération.

On sait que la gastrostomie, proposée en 1837 parEgebert, chirurgien norvégien, fut pratiquée pour la première fois en 1849 par Sédillot; mais les insuccès furent la règle, et un seul cas de succès peut être cité parmi 31 observations recueillies pendant une première période de vingt-sept ans. Cependant depuis 1876 les opérations se multiplient puisque M. Petit a pu recueillir 15 observations dans ces trois dernières années; en même temps d’ailleurs, les succès se montrent et l’on peut compter sur ces derniers faits cinq guérisons dans 8 cas, et le résultat favorable a persisté plus de deux ans (Verneuil), deux mois (Schoenborn), quatre mois (Trendelenburg), six mois (Studsgaard), etc.

Cette division historique des deux séries de faits offre d’autant plus d’intérêt que l’explication en apparaît d’elle-même. Il est, en effet, remarquable que les chirurgiens soient devenus à la fois plus entreprenants et plus heureux dans ces dernières années; il semblerait, il est vrai, que les exemples de gastrotomie, d’ovariotomie et d’autres opérations analogues aient familiarisé les chirurgiens avec la susceptibilité spéciale du péritoine; mais il est une explication plus véritable et qui honore plus encore les chirurgiens, c'est qu’un grand progrès a été obtenu dans le procédé opératoire. En effet, grâce aux indications topographiques établies par M. Labbé à propos d’un fait de gastrotomie désormais célèbre, grâce à l’explication méthodique du procédé de M, Verneuil, les chirurgiens peuvent à bon droit réclamer pour leur habileté, pour leur minutieuse sollicitude envers les opérés, le mérite de succès auparavant inconnus.

Bien que le procédé de M. Verneuil soit bien connu de nos lecteurs, nous en rappellerons les principales règles.

Emploi de la méthode antiseptique d’après les préceptes de Lister, anesthésie générale par le chloroforme, plaie petite de 5 centimètres faite à 2 centimètres du rebord des fausses côtes, sans dépasser en bas le neuvième cartilage et autant que possible dans l’interstice qui sépare le muscle droit des obliques, hémostase au fur et à mesure de l’ouverture des vaisseaux, fixation de l’estomac à la plaie pariétale au moyen d’une série de points de suture distants de 5 à 6 millimètres. C’est alors qu’on pratique l’incision de l’estomac sur une étendue de 1 centimètre, puis on introduit dans l’estomac une sonde en caoutchouc rouge flexible qui permet l’alimentation immédiate; cette sonde est fixée par une suture métallique au bord de l’ouverture. Enfin la paroi abdominale est immobilisée à l’aide d’une couche de collodion, et un pansement antiseptique est appliqué.

Les résultats obtenus par les chirurgiens qui ont employé ce procédé régulièrement ou avec des modifications d’importance secondaire, sont d’une éloquence telle qu’il importe de les rapporter avec quelques détails.

Le procédé adopté et préconisé parM. Verneuil a été suivi exactement dans 8 cas, et a donné cinq guérisons (Verneuil, Lannelongue, Trendelenburg, Studsgaard, Trendelenburg) et trois morts. Ce même procédé, avec la modification consistant à ne faire l’ouverture de l’estomac que quelques jours après la suture préalable, a donné deux guérisons (Langenbeck, Schœnborn) et trois morts.

En définitive il y a eu avec le procédé Verneuil et ses modifications, sept guérisons sur treize gastrostomies, tandis que les autres procédés n’ont donné que deux guérisons sur trente-cinq opérés (Messenger Bradley, Sydney, Jones). Ces

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chiffres dispensent de tout commentaire ; mais pour bien apprécier toutes les causes du succès il faut lire ces observations mémorables, il faut admirer ces efforts persévérants dans ces luttes contre des affections incurables où la diathèse et ses complications cachectiques se présentent sous les formes les plus variées et viennent si souvent renverser l’espoir chèrement acheté par l’opération. Mais ces cas malheureux eux-mêmes n’auront pas été stériles, car on peut dire avec la certitude d’être approuvé par les chirurgiens, que la gastrostomie est devenue une ressource nouvelle ; ce n’est plus une de ces opérations extraordinaires pour lesquelles on se demande s’il faut plus s’étonner de la hardiesse cle l’opérateur que de la chance heureuse d’un résultat sur lequel l’expérience n’autorisaitpas à compter; la gastrostomie est constituée comme procédé opératoire aussi méthodique que l’ovariotomie, et de plus g est une opération acquise à la pratique, et la meilleure manière d’affirmer ce résultat c’est de discuter les indications de l’opération.

A cet égard, il faut désormais séparer franchement la gastrostomie de la gastrotomie qui comprend les opérations ayant pour but l’extraction des corps étrangers de l’estomac; la gastrostomie est, comme le dit M. Petit après M. Sédillot, « l’opération par laquelle on établit à travers les parois de l’abdomen et de l’estomac maintenues en contact, une ouverture permanente pour fournir à l’alimentation une voie artificielle, chez des malades qu’un rétrécissement de l’œsophage ou du cardia condamne à mourir d’inanition ». Cette définition bien qu’un peu longue ne comprend pas les cas où l’on a appliqué la gastrostomie au traitement des rétrécissements du pylore, mais elle comprend les deux circonstances principales où l’indication peut être posée. S’il s’agit d’un rétrécissement de l’ œsophage d’origine traumatique, l’indication est formelle lorsqu’on s’est assuré de l’imperméabilité de l’obstacle, et il y a lieu de ne pas attendre les phénomènes d’inanition ; dans ces cas on peut même espérer que la gastrostomie' pourra permettre la dilatation du rétrécissement en procédant de l’estomac vers l’œsophage.

S’il s’agit de cancéreux, les indications sont bien moins précises ; à priori, on serait tenté de considérer l’opération comme une ressource exceptionnellement applicable, et en effet la durée de la survie chez les cancéreux guéris ne semble pas très- encourageante ; cependant voici les chiffres que donne la statistique : « Les cancéreux guéris ont survécu vingt-six jours, quarante jours, trois mois, six mois. » Ces documents doivent être présents à la mémoire du chirurgien pour décider l’indication ; il faut y ajouter d’autres éléments du jugement : d’une part le soulagement immédiat qui suivra l’opération, d’autre part, le danger d’abréger la triste fin des cancéreux ; enfin, il y a lieu de tenir compte du désir du malheureux atteint de cancer, de l’espoir que peut lui apporter l’opération, ce sont là des indications qui touchent quelque peu au sentiment et que le chirurgien doit juger dans sa conscience, parce qu’en résumé, c’est disputer à la mort fatale quelques jours de répit ; mais ces jours peuvent être des mois, si l’on n’attend pas pour opérer qu’il y ait une généralisation manifeste du cancer, ou des complications pulmonaires ; car, dans ce dernier cas surtout, c’est la contre-indication qui devient formelle.

Quoi qu’il en soit, nous pouvons nous décider en toute connaissauce, et grâce à M. Petit, le chirurgien pourra toujours, avant de rendre son arrêt, méditer les enseignements de la tradition et s’inspirer de l’expérience de tous ceux qui l’ont précédé dans ces tentatives trop souvent désespérées. C’est dans ces circonstances qu’on peut dire que l’expérience a pour base l’érudition plus encore que la pratique.

L’ingéniosité chirurgicale n’a pas toujours à s’exercer sur des sujets aussi graves; la sottise humaine, trop souvent, et aussi les dangers île certaines professions ont depuis longtemps créé pour les chirurgiens des difficultés pratiques dont l’histoire nous a été transmise par les traditions les plus an¬

tiques; nous voulons parler des corps étrangers en chirurgie. Quel que soit l’intérêt pratique que présente cette étude, on doit constater que dans un grand nombre de traités classiques, les auteurs semblent plutôt s’être préoccupés de signaler des observations curieuses, exceptionnelles, ou présentant certaine saveur anecdotique, plutôt empreinte d’un gros sel gaulois que de fin atticisme. Mais ce n’est pas la faute du chirurgien si le sujet devient scabreux; et comme c’est lui qui est appelé à réparer les « erreurs de lieu » les plus bizarres et les perversions les plus incompréhensibles, il est bon qu’il ait un guide dans les cas embarrassants.

C’est dans ce but que M. Alfred Poulet s’est appliqué à un travail d’érudition qui eût découragé les travailleurs les plus résolus. 11 ne pouvait reproduire, même en simples indications bibliographiques, les innombrables observations de corps étrangers ; mais il a fait une œuvre fort utile à la pratique, en condensant tous ces documents. Pour faire un traité des corps étrangers en chirurgie, il fallait examiner avec méthode les diverses conditions d’origine, de pénétration de substances très-diverses pouvant occuper les cavités les plus variées, envahir tous les organes. L’auteur a appliqué à celte élude des qualités d’ordre et de précision qui rendent son livre fort intéressant à consulter. Les chapitres généraux où sont présentées les notions qui président au classement des divers sujets qu’il a étudiés montrent de bonnes qualités d’exposition ; l’histoire particulière des corps étrangers dans chaque organe est traitée d’une manière suffisamment complète pour rappeler les cas les plus communs et les laits exceptionnels. ‘

Nous n’entrerons pas dans le détail de ces chapitres, mais nous signalerons quelques-uns d’entre eux qui présentent les plus d’intérêt pour la pratique usuelle ; telles sont les études sur les corps étrangers du pharynx, des voies aériennes, et plus particulièrement les corps étrangers de l’oreille, où l’on trouve des indications thérapeutiques très-utiles à consulter.

Nous apprécions fort les recherches érudites de l’auteur ; mais dans un sujet aussi vaste, il est difficile qu’il ne se glisse pas quelques imperfections de détail, c’est ainsi que dans plusieurs observations les indications bibliographiques sont trop brèves ou même quelquefois manquent de nom d’auteur, et dans l’ordre des définitions, l’auteur aurait dû éviter de confondre comme expressions synonymes, la gastrostomie et la taille stomacale.

Nous n’insisterons pas sur ces critiques, parce que nous préférons signaler dans l’œuvre de M. Poulet un livre riche en documents et en indications pratiques.

Albert Hénocque.

Index bibliographique.

Étude sur la pleurésie purulente qui survient dans le cours et pendant la convalescence de la fièvre typhoïde, par M. le docteur La Saigne. In-8 de 95 pages. — Paris, 1879, V. A. Delahayc et Cic.

La pleurésie purulente, considérée comme complication de la fièvre typhoïde, bien connue à l’étranger, est peu connue en France, et l’auteur trouve peu de chose à signaler, sinon une leçon faite à l’hôpital Lariboisière par M. Maurice Raynaud. M. La Saigne a eu la bonne fortune d’observer à l’Hôtel-DieudeLyon six cas de ce genre presque en même temps; c’est en se’ 'basant sur ces faits qu’il publie le mémoire actuel qui constitue une ’ monographie assez complète de la maladie ; de plus, il a ajouté à son livre une bibliographie très-complète.

Voici maintenant les conséquences qu’il tire de ses observations.

La pleurésie peut survenir à toutes les périodes de la fièvre typhoïde ; mais c’est surtout au moment de la chute de la température et pendant la convalescence qu’elle se développe. Elle est souvent rl’un diagnostic difficile; elle peut masquer la fièvre

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typhoïde ou faire croire à une affection différente. Elle devient urulente dans plus de la moitié des cas, et alors se vide par les ronches ou par une fistule pleuro-cutanée (dix fois sur vingt-trois). Cet accident, bien loin d’être grave, constitue en quelque sorte le mécanisme delà guérison. Le pronostic, bénin au-dessous de treize ans, est grave chez l’adulte et présente plus de gravité chez l’homme uue chez la femme. La thoracentèse, souvent indiquée lorsque l'épanchement est séreux, devient le seul traitement possible lorsque l’épanchement est purulent, et, dans ce cas, l’évacuation du pus étant l’indication principale, on doit chercher à l’obtenir par les procédés chirurgicaux appropriés.

De la rétention incomplète d'urine, au point de vue anatomique ET CLINIQUE, DANS LES CAS DE LÉSIONS PROSTATIQUES ET

de rétrécissement de l’urèthre, par M. le docteur Alfred Jean. In-8 de 160 pages. — Paris, 1879, V. A. Delahaye et Cie.

M. Jean fait d’abord remarquer qu’il est rare que la rétention incomplète d’urine se borne à intéresser uniquement les organes urinaires; presque toujours les autres appareils sont touchés, et c’est même parfois sur eux que l’attention du malade est dirigée tout d’abord. Dans ces conditions, on constate presque toujours une hypertrophie de presque tous les éléments de la vessie. Quand la lésion siège dans la région de la prostate, c’est presque toujours dans la couche profonde de la vessie, celle dont les éléments circulaires forment un plexus, que porte l’hypertrophie, et elle produit des saillies horizontales; si, au contraire, l’obstacle siège sur l’urèthre, c’est dans la couche longitudinale superficielle que l’on remarque surtout les lésions. 11 s’agit là d’un processus inflammatoire, car à l’hypertrophie musculaire on voit succéder un processus sclérosique qui enveloppe les couches musculaires. Les reins peuvenl, être le siège soit d'une néphrite interstitielle, soit d’une néphrite suppurée. Outre la fréquence des mictions qui sont plus douloureuses et peuvent même produire l’incontinence, on remarque aussi des troubles digestifs. Le pronostic de pareils symptômes est grave, cela se comprend; suivant les cas, on peut avoir recours aux sondes à demeure ou aux cathétérismes répétés.

VARIÉTÉS

Chronique de l’étranger.

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