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BELGE

Au moment où le projet de loi Roger-Marvaise est l’objet de nos discussious et soulève chez nos voisins des colères qui Indiquent que le législateur a touché juste, il nous paraît intéressant de donner quelques détails sur l’état actuel de la jurisprudence dans un pays où, comme en France, le gouvernement a le droit d’autoriser les médecins étrangers à exercer la médecine sans qu’ils aient justifié de leurs connaissances spéciales devant aucun jury d’examen.

Nous voulons parler de la Belgique, qu’une nouvelle législation datant de 1876 place sur le même pied que la France. L’Académie de médecine belge, justement émue par les nombreux abus qu’engendre l’exercice de la loi nouvelle, vient, sur la proposition de M. Craninx, d’entreprendre une vigoureuse campagne. Si la loi actuelle restait en vigueur, la Belgique ne tarderait pas à être inondée de praticiens de tous pays, qui trouveraient plus commode de se munir d’un diplôme philadelphien que de passer six années auprès d’une université.

Dans un rapport très-bien fait qu’il vient de présenter à l’Académie de Bruxelles, M. Warlomont fait ressortir avec beaucoup d’à-propos les inconvénients qui résultent, pour la Belgique, de la faculté accordée au gouvernement. Ces inconvénients sont, du reste, les mêmes pour la France, où les ministres ont également le droit d’autoriser les médecins étrangers à exercer sur notre territoire sans qu’ils soient tenus à se munir du diplôme qu’on exige des nationaux.

En compulsant les rapports triennanx de l’enseignement supérieur publiés depuis trente ans, on constate qu’il a été délivré en Belgique, depuis la loi de 1849 jusqu’à celle de 1876, c’est-à-dire en vingt-sept années, en tout vingt-trois dispenses. Tandis que, si la Belgique avait été, durant ce même temps, sous le régime de la loi actuelle, ce n’est pas vingt-trois dispenses qu’elle eût délivrées, mais bien, en prenant pour moyenne le chiffre de celles qui ont été

données du 9 novembre 1878 au 2 avril 1879, trois cents dispenses au moins. Le rapporteur n’hésite pas à dire que si la Belgique était menacée d’un semblable avenir, il ne lui resterait plus qu’à eter un voile noir sur son enseignement supérieur, à fermer la porte de ses Facultés de médecine, et, après avoir acheté pour ses fils, moyennant une petite somme d’argent, de quelque université de Philadelphie, le diplôme de docteur en médecine, à solliciter en leur faveur les dispenses légales. L’Etat ne voudrait pas, sans doute, en les leur refusant, se montrer moins généreux pour eux qu’il ne l’est pour les Anglais ou les Américains.

Voici un jeune homme que sa famille a envoyé en Amérique, il y a quelques années, pour y faire fortune dans le commerce ; mais les affaires ne vont pas, le succès tarde à venir. Notre jeune homme se tourne alors d’un autre côté : il fréquente l’Université, et y décroche, de façon ou d’autre, le diplôme de docteur en médecine, qu’il présenle, à son retour en Belgique, à la formalité de l’entérinement. Les programmes de l’université de Philadelphie sont joints à la demande, ils sont complets. Que fera la commission d’entérinement? Que fera le gouvernement? llepousseront-ils la requête du citoyen belge, sous le prétexte que les diplômes de Philadelphie font des docteurs sérieux? qui donc nous dit que celui-là ne l’est pas, et comment s’en assurera-t-on? On le voit, la disposition légale soumise à l’examen de l’Académie de médecine de Begique n’a rien pour elle. Née d’une convulsion parlementaire, elle a passé aux Chambres sans y avoir été l’objet d’aucune discussion. Elle blesse la légalité, en substituant le régime du bon plaisir aux garanties promises par les lois qui régissent l’enseignement. Elle blesse l’intérêt public, en livrant les citoyens aux hasards d’un instinct qui souvent les fourvoiera au lieu de leur donner un guide sûr. Elle blesse la dignité médicale, en établissant, à côté du personnel sorti des écoles ou venu de l’étranger dans des conditions inattaquables, des médecins tolérés, auxquels on a interdit. jusqu’à la possibilité de faire leurs preuves par un examen probatoire. Elle atteint ainsi dans leur considération ceux-là mêmes pour qui elle semble avoir été faite, en leur imprimant un stigmate qu’ils ne peuvent éviter et qu’ils ne pourront effacer.

En conséquence, la commission académique a proposé par l’organe de son rapporteur :

> 1° De demander à M. le ministre de l’instruction publique d’ajourner l’instruction des demandes de dispenses de médecins étrangers jusqu’à ce que, conformément à l’article 12 de l’arrêté royal du 17 octobre 1876, le gouvernement ait déterminé les formalités à remplir dans ces cas ;

2° De lui exprimer le vœu que l’article 42 de la loi soit modifié de la façon suivante : Le gouvernement peut accorder des dispenses aux Belges et aux etrangers munis d’un diplôme de licencié, de docteur ou de pharmacien, sur un avis conforme du jury central d’examen.

En ce qui concerne l’art de guérir, celte dispense ne peut, en aucun cas, être accordée au praticien qui ne justifierait pas, devant le jury, de son aptitude à exercer à la fois comme médecin, comme chirurgien et comme accoucheur. Les dispensés devront résider en Belgique et obtenir, tous les trois ans, le renouvellement de leur dispense. La dernière disposition s’appliquera aux médecins qui ont été dispensés sous le régime de la loi dé 1876.

Nous n’etonnerons personne en disant que ces conclusions ont été adoptées à l’unanimité par l’Académie belge, et nous faisons des vœux sincères< pour que des dispositions analogues soient prises en France, où la situation est exactement la même.

—Il existe en Belgique une vaste association qui, sous le nom de Fédération médicale belge, établit des liens de solidarité professionnelle entre tous les médecins de ce pays. Des réunions annuelles ont lieu chaque année dans une des villes du royaume. C’est à Charleroi que s’est réunie, cette année, la Fédération, sous la présidence de M. Massen. Les questions discutées, plutôt professionnelles que scientifiques, étaient néanmoins très-intéressantes. Voici les plus importantes : Des moyens de combattre l’envahissement des spécialités pharmaceut iques ; De la répression du charlatanisme; Des attributions des sages-femmes au point de vue de l’humanité et des intérêts du corps médical; Des moyens à employer pour arriver à la révision sur l’art de guérir, etc. On voit par ce court exposé que les médecins belges sont aux prises avec les mêmes difficultés que nous. La législation qui régit l’exercice de la médecine et de la pharmacie est du reste la même dans les deux pays, et demande à être réformée dans le plus bref délai.

31 Octobre 1879

INAUGURATION A ALFORT DE LA STATUE DE BOURGELAT, FONDATEUR DES ÉCOLES VÉTÉRINAIRES DE FRANCE.

Nous recevons, au moment de mettre sous presse, quelques renseignements de notre correspondant spécial sur cette solennité qui a eu lieu aujourd’hui à l’école d’Alfort.

L’inauguration de la statue de Bourgelat a eu lieu aujourd’hui à deux heures, sous la présidence de M. Bouley, membre de l’Institut. L’Institut, l’Académie de médecine et la plupart des sociétés savantes y ont été représentées.

Le sympathique président avait à ses côtés M. Goubaux, directeur de l'Ecole d’Alfort, MM. Bergeron, Magne et Leblanc, qui représentaient l’Académie de médecine; M. Chauveau et un grand nombre de savants et délégués des écoles vétérinaires françaises et étrangères.

M. le ministre de l’agriculture et du commerce, qui devait assister à la cérémonie, s’est fait excuser.

Plus de cinq cents personnes assistaient à la séance.

Avant de donner le compte rendu sommaire de la solennité, il convient de faire rapidement connaître la vie du savant qui en a été l’objet.

Bourgelat, à qui les vétérinaires de France élèvent aujourd’hui une statue, est né à Lyon en 1712. Après avoir exercéla profession d’avocat au barreau de Grenoble, il s’adonna à l’étude des sciences naturelles et principalement à celle de la zoologie, qu’il porta à un haut degré de perfectionnement. Contemporain de Buffon, de Voltaire, de Frédéric le Grand, de Ch. Bonnet, de lord Pembrock et du grand Haller, il fut en correspondance avec chacun de ces savants, et surtout avec le premier d’entre eux. On peut dire que Bourgelat a été, par sa zootechnie, le plus grand vulgarisateur des doctrines de Buffon.

Le principal mérite du savant dont l’Ecole d’Alfort célèbre aujourd’hui la mémoire est d’avoir créé en France l’enseignement de l’art vétérinaire, qui n’avait été avant lui l’objet d’aucune organisation régulière. Bourgelat fonda d’abord l’Ecole de Lyon en 1762, et cet établissement ne tarda pas, sous son impulsion, à prendre une importance considérable. L’Ecole d’Alfort fut fondée dix ans plus tard, et c’est dans cette localité que l’illustre savant est mort au milieu de ses élèves en 1779.

Parmi les discours prononcés à l’occasion de cette solennité, nous devons signaler en premier lieu celui de M. Bouley.

L’orateur s"est surtout attaché à faire ressortir les services qu’a rendus Bourgelat aux .populations rurales de la France, en choisissant scs élèves parmi les robustes enfants des campagnes, auxquels il s’efforçait d’inculquer les principes d’une saine méthode. Ceux-ci devinrent a*ors les agents dune propagande salutaire.

Maintes fois le spirituel président a été interrompu par d’unanimes applaudissements; mais surtout après la lecture du passage suivant, que nous reproduisons textuellement et qui a trait à l’ignorance des populations rurales au temps où vivait Bourgelat.

« Nos populations rurales, profondément ignorantes, quoi qu’on veuille prétendre aujourd’hui, étaient une proie offerte à la suerstition qui s’y était « tout entière attachée ». Aussi la sorcelîrie dans les choses de la médecine, et plus particulièrement dans celles de la médecine des bêtes, pour ne parler que de celles-là, avait-elle pris et conservé un trop puissant empire sur les paysans de toutes les provinces. Pour un trop grand nombre, les maladies étaient un sort jeté sur leurs bestiaux, et ils croyaient, dans leur simplicité, à la puissance des exorcismes pour les délivrer du mal qu’ils subissaient. De là le rôle iatrique des jongleurs et des sorciers qui s’étaient donné pour mission de conjurer les sorts par des paroles et des procédés magiques et qui rencontraient partout des croyants convaincus.

» Mais avons-nous le droit même de sourire de cette simplicité de nos pères, nous qui vivons dans un temps encore si « fertile en miracles », et, qui pis est, en miracles dégénérés et quelque peu monotones, qui, loin t de faire éclater la gloire » de celui à qui on les impute, témoignent seulement du peu de ressources de leurs inventeurs et de la singulière faiblesse d’esprit de ceux auxquels ils en imposent »?

L’orateur termine son discours par une allocution adressée aux élèves des écoles vétérinaires de France, qu’il engage à persévérer dans la voie que leur a tracée l’illustre Bourgelat.

— M. Bouley est remplacé à la tribune par M. Baron, professeur de zootechnie à l’Ecole d’Alfort. Dans un discours également applaudi, le distingué professeur a envisagé l’œuvre de Bourgelat

au point de vue zootechnique. L’orateur s’est efforcé de démontrer que le savant aurait connu la portion fondamentale de l’histoire naturelle et de la zootechnie : I’espèce, et qu’il avait beaucoup étudié cette question. Un passage très apprécié est celui dans lequel M. Baron démontre que Bourgelat avait puissamment contribué, avec tous les hommes illustres du dix-huitième siècle, à la grande œuvre de la Révolution française. Dans son remarquable discours, M. Baron a non seulement montré une grande érudition, mais encore toutes les qualités d’un orateur.

— M. E. Thierry (de Tonnerre) a pris ensuite la parole au nom des vétérinaires praticiens, et a retracé les services rendus par Bourgelat à la pratique vétérinaire des villes et des campagnes.

— La séance s’est terminée par une ode à Bourgelat, composée par un jeune vétérinaire. M. Pion, déjà connu par un volume de poésies (1), a recueilli les acclamations unanimes de l’assemblée.

En somme, la solennité d’Alfort a été des plus brillantes et a laissé une excellente impression à tous les assistants.

Disons en terminant que la statue en marbre, d’une hauteur de 2m,60, est l’œuvre d’un artiste éminent, M. Crauk.

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