LE BÉGAIEMENT DE DÉMOSTIIÈNE
On sait que dans la plupart des écrits qui traitent du bégaiement, on raconte que Démosthène, atteint de cette infirmité, terrible pour un orateur, s’était guéri en s’exerçant à parler à haute voix et même à déclamer de superbes harangues après s’être, au préalable, rempli la bouche de cailloux. Cette méthode de traitement au moins bizarre parait n’avoir pas étonné ceux qui, en matière de médecine, se piquent d’érudition. Le fait, pourtant, est-il exact. L’auteur de l’article Bégaiement du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, M. Guillaume, dans une étude historique fort intéressante, regarde comme douteux que Démosthène ait été atteint de bégaiement « ce mot n’étant même pas prononcé une seule fois dans la traduction de Plutarque par Amyot». Plutarque cependant, dans sa Vie de Démosthène, raconte que le grand orateur, pour renforcer sa voix qui était faible et petite, s’exerçait à courir « contre-mont des coteaux qui étaient droits et raides en prononçant quant et quant, et à grosse haleine quelques harangues et quelques vers qu’il savait par cœur » . On sait au reste que Démosthènes s’exerçait aussi à déclamer devant un grand miroir. Enfin, pour corriger une élévation disgracieuse des épaules, il employait le moyen ingénieux de suspendre audessus d’elles des épees qui l’avertissaient au moment d’avoir à mesurer ses gestes. Mais nous ne voulons parler ici que de l’histoire des cailloux. Plutarque n’y fait aucune allusion : qui donc en a parlé le premier? Déjà Cicéron en avait fait une mention formelle. Dans son livre De Oratione (I, 01), il s’exprime ainsi : t Qui (Dcmosthenes), ut memoriæ proditum est, conjeclis in os calculis summa voce versus multos uno spiritu pronuntiare consuescebat. » Cicéron ne nous dit pas où il a pris l'histoire ; mais comme il en raconte beaucoup d’autres tout aussi controuvées, le silence de Plutarque prouve que sou témoignage n’est pas à invo-
uer. Quel est, parmi les auteurs anciens, celui auquel il convient
'ajouter foi à cet égard? C’est un problème à soumettre aux érudits.
Conseil d’hygiène et de salubrité. — Nous avions exprimé le regret de ne pas voir le nom de M. J. Bergeron parmi les membres du nouveau comité consultatif d’hygiène. On comprendra donc le plaisir avec lequel nous annonçons l’acte de justice qui vient, par un décret individuel, de rappeler au comité notre savant et distingué confrère.
Bienfaiteurs de l’Association. — M. le docteur Auguste Brun, trésorier de l’Association générale des médecins de France, a reçu les dons suivants :
M. Hérard, 100 francs; M. Herbent, 100 francs; M. Ivrishaber, 400 francs; M. Preterre, 200 francs; les Sociétés de la Marne et de Vitry-le-Français (quête à la suite de leur réunion annuelle), 174 francs; la Société médicale d’émulation de Paris (reliquat de sa liquidation), 1463 fr. 50; M. Emile Vidal, 6 francs de rente; M. Lasègue, 20 francs de rente ; la famille du professeur Chauffard, 15 francs de rente; M. Amédée Monteils, député, 12 francs de rente; la famille du professeur Gubler, 25 francs de rente.
(I) Premières ébauches, 1 vol. iu-8, Sandoz et Fiscbacher.
31 Octobre 1879
Maison nationale de Charenton. — Internat : Une place, d’interne est actuellement vacante. Les candidats sont priés de s’adresser, dans le plus bref délai, au directeur de l’établissement. Les conditions exigées sont les suivantes : 1° avoir pris toutes ses incriptions et passé un exameu de doctorat; 2° avoir été attaché pendant un an au moins à un service d’aliénés ou être externe des hôpitaux de Paris.
Faculté de médecine de Bordeaux. — M. Lagardelle, docteur en médecine, est chargé du cours complémentaire de clinique des maladies mentales, en remplacement de M. Auzouy, décédé.
École de médecine de Dijon. — Par décret en date du 20 octobre 1879, rendu sur la proposition du ministre de l’instruction publique et des beaux-arts, il est créé à l’Ecole préparataire de médecine et de pharmacie de Dijon : 1° une chaire d’anatomie, par dédoublement de la chaire d’anatomie et physiologie; 2’ une chaire de chimie et toxicologie; 3° une chaire d’histoire naturelle.
Aux termes du même décret : la chaire d’histoire naturelle et thérapeutique prend le titre de chaire d’hygiène et thérapeutique. La chaire de pharmacie et toxicologie prend le litre de chaire de pharmacie et matière médicale.
La Morgue. — Des travaux importants doivent être exécutés à la Morgue, au commencement de 1880, sur les indications de M. le docteur Brouardel. On y installera une salle d’autopsie, un appareil frigorifique pour la conservation des cadavres ; des laboratoires d’histologie, de chimie et de moulage; une bibliothèque, un herbier, un chenil, un bassin à grenouilles, etc. ; bref, toutes les dispositions nécessaires pour assurer le fonctionnement d’un véri-, table cours de médecine légale.
Ces améliorations doivent doter la; France, à l’instar de plusieurs pays étrangers, d’un établissement où les opérations médicolégales pourront être suivies avec grand fruit par les étudiants et par les médecins.
Le personnel médical de réserve. — Le ministre de la guerre vient de prendre de nouvelles mesures pour les destinations qu’il convient d’assigner dorénavant aux étudiants, en médecine ou en pharmacie reçus docteurs ou pharmaciens de 1™ classe et proposés pour être commissionnés dans le cadre de réserve. Faute d’emplois vacants dans le corps d'armée sur l’étendue régionale duquel ils étaient domiciliés, ces médecins ou pharmaciens avaient été jusqu’ici affectés à des troupes ou ambulances d’autres corps d’armée. Cette manière de procéder, ayant de sérieux inconvénients au point de vue de la rapidité de la mobilisation, ne sera plus employée qu’à titre exceptionnel, quand les communications permettront aux médecins et pharmaciens ainsi appelés dans une localité éloignée de leur domicile, de rejoindre rapidement leur poste.
Nécrologie. — Nous avons la douleur d’annoncer la mort de M. le docteur Emile Molland, médecin de l’hôpital des Enfants- Malades, chevalier de la Légion d’honneur, etc., décédé à Paris, le 26 octobre 1879, à l’âge de cinquante-trois ans.
Têtes de Canaques. — Le docteur Broca a présenté à la Société d’anthropologie deux têtes de canaques conservées dans de l’espritde-vin, adressées à la Société par un chirurgien de marine. L une d’elles présente un intérêt historique particulier : c’est celle d’Altaï, le célèbre chef canâque qui a fomenté et dirigé la dernière insurrection. La tête d’Altaï est très-remarquable. D’un noir mat uniforme, le visage dénote une grande énergie et une sérieuse intelligence. Le front est très-développé, les lèvres médiocrement épaisses, le nez large, les yeux grands. Les cheveux sont courts et laineux ; une barbe peu fournie garnit les joues et le menton. La main est forte et large, les doigts longs; le pouce est ankylosé depuis longtemps à la suite d’une blessure.
L’autre tête appartenait, au contraire, à un métis nègre. Elle est plus petite, plus large, plus déprimée, et porte des cheveux bien plus longs que ceux d’Altaï, et lisses. C’est celle d’un magicien ou médecin canaque tué dans le même engagement.
Hôpital des Enfants Malades. — Thérapeutique infantile. — Le docteur Jules Simon commencera ses conférences sur les maladies des enfants et la thérapeutique infantile lé mercredi 12 novembre,, à neuf heures, et les continuera les mercredis suivants, à la même heure. Le samedi, consultation clinique.
Hôpital Lariboisière. — Conférences de clinique chirurgicale. — M. le docteur S. Duplay, chirurgien de l’hôpital Lariboisière, commencera ses conférences de clinique chirurgicale le jeudi 6 novembre, à neuf heures, et les continuera les jeudis suivants, à la même heure. Visite des malades à huit heures et demie. Opérations à dix heures.
Maladies de la peau. — M. le docteur Lailler, médecin de l’hôpital Saint-Louis, commencera ses conférences cliniques le vendredi 7 novembre, à huit heures et demie, et les continuera tous les vendredis à la même heure.
École pratique. — Cours d’ophihalmologie. — Le docteur Javal commencera ce cours le mercredi 19 novembre, à huit heures, dans l’amphithéâtre n° 3, et le continuera les mercredis suivants, à la même heure. Il traitera de l’hygiène de la vue et des principales questious pratiques.
— Cours pratique et élémentaire d'ophthalmologie. — Le docteur X. Gorecki commencera ce cours le mardi 18 novembre, à huit heures, dans l’amphithéâtre n° 2 de l’Ecole pratique, et le continuera les mardis et jeudis suivants, à la même heure. Il traitera des principales affections des yeux, au point de vue de la pratique ordinaire et de la thérapeutique.
Cours théorique et pratique d’accouchements, par MM. Porak et Loviot. S’adresser pour tous les renseignements,' 10, rue Hautefeuille, de quatre heures à cinq heures.
État sanitaire de la ville de Paris :
Du 16 au 23 octobre 1879, on a constaté 934 décès, savoir :
Fièvre typhoïde, 21. — Rougeole, 1. — Scarlatine, 2. Variole, 21. — Croup, 9. — Angine couenneuse, 16. — Bronchite, 48. — Pneumonie, 50. — Diarrhée cholériforme des jeunes enfants, 42. — Choléra nostras, 0. — Dyssenterie, 0. — Affections puerpérales, 7. — Erysipèle, 1. — Autres affections .aiguës, 223. — Affections chroniques, 433 (dont 158 dues à la accidentelles, 29. i ;;
SOMMAIRE! Histoire et critique. Dos lavements alimentaires. — TRAVAUX
G. Masson, Propriétaire-Gérant.
OUVRAGES DÉPOSÉS AU BUREAU DU JOURNAL
Traité des maladies de l’estomac, par le docteur Leven. 1 Vol. in-8. Paris,
. V. A. Delahaye et C'A 7 &■
Traité de la gastrostomie, par le docteur Henri Petit; ouvrage précédé d'une introduction, par M. le professeur Vcrneuil. 1 vol. in-8. Paris, V. A. Dolahayo et C". . . 6 fr.
Élude médico-légale sur les testaments contestés pour cause de folie, par le docteur Legrand du Saulle. 1 vol. in-8. Paris. V. A. Delahaye et C">. 0 fr.
Traité d’hématologie dynamique pour servir de fondement à un système de pathologie vitaliste, par le docteur Dassnget. 2 forts vol. in-8. Paris, V; A. Delàliay et ci”. 20.fr.
Anatomie pathologique de l’œil, par le professeur F. Panas, et le docteur A. Rémy. 1 vol. in-8, avec 20 planches dont 6 en chromolithographie; Paris, V. A. Delahaye etc1”. : 12 fr-
Bulletin de la Société clinique de Paris, rédigé par MM. les docteurs Labadie Lagrnve et Huchard. 1 vol. in-8. Paris, 1878, V. A. Delahaye et C'". Car-
Vingt-sixième année
7 Novembre 1879
Comité de rédaction : A. DECHAMBRE, président ; BLACHEZ, DIEULAFOY, A. HENOCQUE, L. LEREBOULLET, A. H. MARCHAND
Adresser tout ce qui concerne la rédaction au siège du Comité, chez M. Dechambre, 91, rue de Lille (avant le mardi de préférence).
Paris, 4 novembre 1879.
Académie de médecine : Analgésie thérapeutique locale