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COMMUNICATIONS PHARMACEUTIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES

Emploi de la pancréatine dans les dyspepsies et en particulier d.-ins les dyspepsies gastro- intestinales et les diarrhées chroniques (1),

Par le docteur Mario Huchard.

Les bons effets obtenus par la pancréatine, dans certaines affections intestinales, s’expliquent par les propriétés suivantes : 1 gramme de cette substance suffit à émulsionner 15 grammes de matières grasses, à digérer 50 grammes de fibrine, 20 grammes de syntonine, 33 grammes d’albumine cuite, et à changer en gtycose 8,89 d’amidon. Par conséquent, il suffit de cinq pilules à 20 centigrammes chacune pour produire toutes ces transformations, que l’on obtiendra encore plus sûrement si l’on se conforme au sage conseil donné par M. le professeur Gubler, c’est-à-dire si l’on fait recouvrir ces pilules de cire, afin qu’elles puissent passer dans l’estomac sans être attaquées par le suc gastrique et arriver intactes dans la cavité, duodénale.

Nous revenons sur cette question, que nous avons déjà traitée dans ce même recueil (voyez Union médicale, année 1874, tome XVIII, pages 493 et 766), à propos d’un travail intéressant que vient de faire paraître un médecin de marine, Sur l'emploi de la pancréatine dans la diarrhée chronique de Cochinchine. ( Archives de médecine navale, mai 1878, p. 352.)

Le docteur Bertrand, s’appuyant sur l’action, physiologique du suc pancréatique, vient en effet, à son tour, de démontrer tout le parti que l’on peut tirer de l’emploi de cette substance dans la diarrhée chronique de Cochinchine, et nous pensons utile de résumer succinctement les faits contenus dans ce travail, parce qu’ils confirment les recherch que nous avons faites depuis plusieurs années pour des cas à peu près semblables. Il a remarqué que, dans ces cas, soit qu’il s’agisse de la diarrhée chronique d’emblée ou de la diarrhée dysentérique, l’examen des selles démontre que les aliments sont mal digérés, à ce point qu’on les retrouve presque intacts. Or, ce défaut de digestion intestinale est dû à la disparition de la couche glanduleuse de la muqueuse intestinale, à la destruction des glandes de Lieberkühn, ou encore à la production exagérée du tissu embryonnaire qui étouffe et comprime les éléments sécréteurs. De plus, à l’autopsie de plusieurs malades morts de diarrhée chronique dë Cochinchine, l’auteur a trouvé souvent l’atrophie et un certain état de sclérose du pancréas coïncidant parfois avec de pareilles altérations du côté du foie et de la rate. Cette diminution de volume, avec augmentation de consistance du tissu pancréatique, a été signalée du reste par M. Barrallier. ( Arch . de méd. navale, 1875.)

On conçoit qu’après avoir constaté une telle lésion, M. Ber- (1) Union médicale, août 1878, p. 181.

trand ait eu l’idée d’employer la pancréatine pour suppléer à la diminution de sécrétion pancréatique. Sous l’influence de cette médication, les résultats Suivants ont été assez promptement obtenus :

1° L’aspect des déjections s’est heureusement modifié; elles sont devenues plus homogènes, mieux liées;

2° Les aliments prescrits ont été mieux digérés, puisque, chez trois malades attentivement observés, l’exainen microscopique a montré que, dans leurs déjections, la caséine, abondante au début, tendait à disparaître ; que la quantité de globules graisseux diminuait ; que les fibres striées devenaient de plus en plus rares, et que les grains de fécule s’y montraient à peine. Le lait, la viande, le riz avaient donc plus complètement qu’aulrefois tubi la digestion intestinale ;

3° Sous l’influence de cette amélioration, les forces sont revenues assez vite, le poids des malades a augmenté (de 3 kilogrammes en 19 jours pour le premier malade, de2l!>,700 en 12 jours pour le second). Sans aucun doute, le régime lacté reste toujours la médication par excellence dans ces cas de diarrhée chronique; mais, dans certaines conditions, le lait se digère mal, et il paraît formellement indiqué de recourir aux préparations pancréatiques jusqu’à la complète réparation des lésions intestinales.

Tels sont les résultats remarquables obtenus par l’honorable médecin de la marine ; nous avons tenu à les rapporter, parce qu’ils confirment ceux que nous avons également constatés depuis plusieurs années. On sait combien certaines diarrhées chroniques sont rebelles, même dans nos climats, à tout traitement; le régime lacté est parfois mal supporté, les digestions sont toujours pénibles, laborieuses ; l’amaigrissement et la perte des forces font des progrès lents et certains; les eaux minérales, et parmi elles celles de Plombières, ne conjurent les accidents que pour un temps ordinairement assez court. — A ce sujet, je me rappellerai toujours le fait d’une femme, âgée de soixante ans, qui souffrait depuis plus de dix ans de troubles intestinaux caractérisés par de la constipation coïncidant avec de véritables débâcles, diarrhées profuses qui contribuaient puissamment à affaiblir la malade. Tous les eupeptiques avaient été employés : la pepsine, l’extrait de malt, les préparations de noix vomique, de Colombo, etc. L'hygiène alimentaire de la malade était sévèrement et sagement observée; malheureusement le lait était mal digéré et contribuait même pour sa part à augmenter les accidents gastro-intestinaux : deux saisons à Plombières avaient seules réussi à calmer les accidents pendant quelques mois, mais bientôt ils prirent une nouvelle intensité. Le traitement devenait d’autant plus difficile que la guérison de la diarrhée, sous l’influence du sous-nitrate de bismuth, des opiacés, du diascordium, etc., donnait lieu rapidement à une constipation opiniâtre, et que celle-ci devenait à son tour la cause de débâcles diarrhéiques très-abondantes. C’est alors que j’eus recours à l’emploi de la pancréatine (40centigr. en

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deux pilules de 20 ceutigr. au milieu de chaque repas). Sous l'influence de ce traitement, qui fut continué pendant six mois, les digestions devinrent régulières, normales ; les alternatives de constipation et de diarrhée disparurent, et je pus, après quelques mois, ordonner avec le plus grand succès le régime lacté, qui fut alors très- bien toléré. Les garde-robes, qui étaient souvent lientériques, un peu graisseuses, devinrent plus liées, plus normales, avec une moindre quantité d’aliments mal digérés. Depuis un an, la guérison ne s’est pas démentie, à la condition cependant, pour cette malade, de revenir de temps en temps à l’usage de ses pilules pancréatiques.

J’aurais encore plusieurs observations à peu près semblables à présenter ; mais, pour ne pas m’exposer à des redites, je me borne à les signaler. Elles concernent plusieurs dyspeptiques qui, en outre des troubles gastriques (perte d’appétit, digestions laborieuses, flalulenses stomacales , etc.), présentaient souvent des accidents intestinaux caractérisés surtout par de 1 constipation et de la diarrhée. La médication par la pancréatine a toujours réussi dans ces cas, mais à une condition : c’est que cette médication fût continuée pendant un temps assez long, et qu’elle fût même reprise de temps en temps.

Dans certaines entérites de l’enfance, la pancréatine, donnée sous forme d’élixir à la dose d’une cuillerée à café ou d’une cuillerée à dessert, produit les meilleurs effets.

Enfin il est permis de se demander si ce médicament ne pourrait pas trouver aussi son emploi dans ces cas de diabète qui s’accompagnent d’une altération plus ou moins profonde du pancréas, et qui ont été signalés dernièrement par M. Lancereâux. C’est là une question que nous nous bornons à poser, en chargeant l’avenir de la résoudre.

Dans tous les cas, il résulte de tout ce qui précède que la pancréatine est un médicament très-utile, très-actif dans toutes les dyspepsies et surtout dans les dyspepsies gastrointestinales, dans les diarrhées chroniques, dans les dysentéries chroniques, l’entérite de l’enfance et de la vieillesse, dans tous les cas de dégénérescence du pancréas, dans tous es cas oû la sécrétion et l’excrétion de la bile étant entravées, mettent obstacle pour une bonne part à la digestion ou pluôt à l’émulsion des matières grasses, et, par conséquent, dans tous les ictères chroniques.

( Union médicale.)

Fer e« manganèse ; nouvelles recherches sur leur emploi thérapeutique.

4 Les préparations de manganèse, dit M. le professeur » Pétrequin, de Lyon, commencent ajuste titre à fixer l’at- » tention médicale. Le rôle important qu’elles me paraissent » appelées à jouer en thérapeutique me fait une obligation » de revenir sur cette intéressante étude. »

Si, dans l’espèce, obligation il y a pour le savant professeur de l’École de médecine de Lyon, une même obligation nous incombe de le suivre dans ses recherches, puisqu’il affirme qu’il s’est efforcé d’approfondir certains points de la question qu’il n’avait d’abord fait qu’indiquer; qu’il apporte des faits nouveaux, des indications et des vues particulières, une

expérience plus étendue et un ensemble de préparations nouvelles aujourd’hui sanctionnées par la pratique.

Un sait, depuis des années déjà, que le manganèse, comme le fer, existe dans le sang, ce qui a été péremptoirement démontré par des analyses faites par les plus savants chimistes : Scheele, Gahn, Budach, Millon, Marchessaux, Wurzer, Fourcroy, Vauquelin, Gmelin, etc. Un de nos compatriotes même, le docteur Hannon, de Bruxelles, a confirmé ce fait par de nombreuses expériences.

11 y a plus : MM. Pétrequin et Burin du Buisson, faisant des analyses du pus pour un mémoire sur la Pyogénie et la suppuration bleue, reconnurent que le plus louable, exempt de tout mélange de sang et d’impureté, renferme du fer et du manganèse. Donc, que ces deux produits fassent simultanément partie intégrante de notre organisme, c’est un fait irrévocablement acquis à la science, qui ne comporte plus aucune espèce de contestation.

Ainsi, le manganèse doit se trouver en certaines proportions dans l’organisme humain pour constituer l’étal de santé. Dès qu’il diminue outre mesure, comme pour le 1er, la maladie commence et elle s’aggrave comme la perte de ce métal augmente. Il devient alors urgent, pour le praticien, d’en ramener les proportions à l’état normal.

Que l’on guérisse parfois l’insuffisance du fer dans le sang et les maladies qui en résultent, sans le secours du manganèse, M. Pétrequin l’explique par la présence parfaitement établie de ce dernier métal dans l’alimentation animale et végétale; mais, en général, les proportions en sont si minimes qu’elles restent impuissantes à achever une cure radicale et exempte de récidive. Aussi, comme l’ont observé la plupart des praticiens, entre autres Trousseau, Pidoux, Bouchut, Hannon, Cazin, Guersant, Blaud, Wahu, etc., les affections chlorotiques cèdent-elles difficilement à la médication martiale pure.

« Ce sont des maladies, dit Trousseau, dont les femmes » se souviennent toute leur vie, en ce qu’elles sont sujettes » à récidives ou qu’elles conservent, avec les apparences » de la santé, la plupart des troubles fonctionnels qui » forment leur apanage. »

Cela étant établi, on comprend que dans toutes ces affections il ne suffise pas d’administrer le fer seul.

Pétrequin, avec Trousseau et Pidoux dans leur Traité de thérapeutique, ont pratiquement reconnu que si dans ces cas le fer amène plus ou moins promptement une amélioration marquée, en général il est impuissant à compléter la cure. Il se présente donc ici une indication complémentaire à remplir, et cette indication, c’est de donner au fer son adjuvant naturel, le manganèse.

« Si le fer, disait Hannon, ne produit pas de bons effets » après un mois, il faut administrer le métal qui manque (le » manganèse), sans cela, il y a danger ; car, lorsque les ferru- » gineuxneguérissentpasle malade, ils empirent sa position.»

« C’est surtout dans les maladies du sang, dit Pétrequin, » que les préparations ferro-manganiques m’ont rendu de » notables services. Elles ont une action spéciale sur l’appa- » reil vasculaire, sur l’hématose et sur le liquide sanguin » lui-même. Elles m’ont été d’un admirable secours dans la » chlorose que détermine la puberté chez les jeunes per- » sonnes, maladie, selon Blaud et Wahu, beaucoup plus » commune qu’on ne le pense chez les adolescents, même

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» chez les adultes du sexe masculin et chez les femmes à l’âge » critique, où il s’opère dans l’organisme une révolution * inverse à celle de la puberté. »

L’aménorrhée, la dysménorrhée, les métrorrhagies, les cachexies anémiques qui succèdent aux fièvres intermittentes ; les chloro-anémies dont se compliquent certaines opérations; les suppurations prolongées ; les affections slrumeuses, syphilitiques, cancéreuses ; la phthisie, etc., tout cela est justiciable des préparations ferro-manganiques ou d’iodure ferro-manganique. Ces préparations, dit M. Pétrequin, agissent comme toniques analeptiques et régénérateurs, qui exercent une action vivifiante sur l’estomac et le système nerveux, et qui portent au sang les éléments nécessaires à la formation de l’hématosine et à la production de nouveaux globules, de manière à reconstituer l’état normal du liquide sanguin.

La chloro-anémie provoque du côté du cœur des désordres fonctionnels plus ou moins intenses, qu’il importe de ne pas négliger. Il en est de même pour les poumons : souvent la gène de la respiration et de l’hématose est telle que l’on croirait à une lésion organique ; certaines chloroses même simulent la phthisie à cause de la dyspnée, de la toux, des douleurs vagues de la poitrine et du dépérissement.

Il faut couper court à cet état morbide, car plus d’une fois des tubercules ont pu se développer sous l’influence chlorotique ; tandis que la maladie prise à point, cède heureusement aux formules ferro-manganiques.

Enfin, les maladies nerveuses se trouvent intimement liées aux maladies du sang ; elles réagissent les unes sur les autres. C’est ainsi que les névroses et les névralgies de l’appareil digestif sont souvent des complications ou des conséquences de la chlorose. Or là; où les stomachiques et le quinquina avaient échoué, l’auteur s’est très-bien trouvé des préparations ferro-manganiques. 11 en. a été de même dans diverses névropathies, suites d’épuisement de causes diverses.

Le savant professeur de Lyon ne s’est pas seulement borné à rechercher les indications générales et particulières de l’emploi des préparations ferro-manganiques, il a voulu aborder également la question des formules pharmaceutiques, pour en faire un choix restreint, afin de mieux en apprécier les effets.

Voici les préparations auxquelles il s’est arrêté et qu’il a fait préparer par M. Burin du Buisson, pharmacien distingué de Lyon. '

1° Pilules de carbonate ferro-manganeux ;

2° Pilules ou dragées d’iodure ferro-manganeux ;

3° Dragées de lactate ferro-manganeux ;

4° Eau gazeuse ferro-manganique que l’on emploie à la dose d’une cuillerée à café de poudre pour chaque verre d’eau ou de vin que l’on boit aux repas et qui se prend de préférence aux eaux ferrugineuses.

( Tribune médicale.) .

Sève de pin maritime de Lagasse ; son emploi dans la broncbite aiguë et chronique.

Le goudron, depuis quelques années, a obtenu une vogue considérable. Il a été l’objet d’études sérieuses de la part de savants distingués : c’est à qui trouverait la meilleure manière

de l’approprier aux formes pharmaceutiques. Mais le goudron subissant l’action du feu pour sa préparation, et cette action portant une certaine atteinte à ses vertus médicatrices, un pharmacien de Bordeaux, M. Lagasse, a imaginé de faire des préparations pharmaceutiques, tout directement avec la sève de pin maritime au moment même où elle découle de l’arbre. Dans cet état naturel, ces préparations se rapprochent des toniques par les résines, des sédatifs et des analeptiques émollients par les principes gommeux, pectinés et sucrés qu’elles contiennent, ce qui rend leur action à la fois fortifiante, sédative et, dans certains cas, antispasmodique.

Pourquoi envoie-t-on les personnes atteintes d’affections chroniques des voies respiratoires à Arcachon? C’est parce que l’on connaît aujourd’hui parfaitement l’efficacité, dés térébenthacées, résultant de leurs propriétés excitantes, qui diminuent les sécrétions des membranes muqueuses pulmonaires aussi bien que des membranes muqueuses vésicales.

« Il est facile, dit le docteur Amédée Keredan, de Bordeaux, » dans la Revue médicale, de constater les propriétés trèss> prononcées de ces nouveaux agents thérapeutiques dans » les catarrhes, les bronchites, les hémoptysies et autres » états morbides de la membrane muqueuse pulmonaire, et » leur vertu puissante dans les diverses périodes de la >> phthisie.

» Sous leur influence, on voit cesser les expectorations » sanguinolentes, se dissiper les toux les plus opiniâtres ; de » même l’oppression, les douleurs de poitrine, l’altération de » la voix, les fièvres disparaissent peu à peu, l’appétit revient » plus vif, la digestion plus facile, les malades, eu un mot, » éprouvent un changement notable et semblent renaître à la » vie. »

Les médicaments préparés par M. Lagasse, avec la sève de pin maritime, sont offerts sous la forme de strop et de pâte. Ils jouissent de propriétés sédatives très-prononcées, contre les accès nocturnes des asthmatiques, et ils calment les paroxysmes de dyspnée et les quintes de toux, si accablantes dans ces affections. Ces préparations, d’un goût agréable, sont tolérées par les estomacs les plus délicats. Pour obtenir un effet durable, il faut les donner assez longtemps pour modifiei l’organisme tout entier.

« Le sirop et la pâte de sève de pin, dit le docteur Iveredan, » peuvent être conseillés alternativement ou même simulta- » nément, selon les circonstances. Nous ordonnons ces médi- » carnents trois fois par jour à dose progressive, en rapprochant » ou en éloignant les doses, selon les progrès de la lésion or » ganique. Elles varieront avec l’âge, la force du sujet et les » conditions individuelles particulières à chaque malade.

» En moyenne, nous conseillons aux adultes le sirop de » sève depuis quatre cuillerées à bouche jusqu’à six par jour: » pour les enfants, deux à trois cuillerés suffisent le plus » souvent. La pâte s’emploie à la dose de huit à dix morceaux « par jour. »

(Le Scalpel .)

Goutte y rhumatisme et diathèse urique j traitement. |

Le rhumatisme, la goutte et la diathèse urique sont de ] même famille. Ces affections, procédant du mèmè principe j morbide, comportent à peu près les mêmes moyens curatifs. On connaît suffisamment l’étiologie de la goutte ; elle consiste dans la rétention, dansl’iniimité des tissus, des matières destinées à être éliminées, telles que l’acide urique, les urates, les phosphates, etc., considérés par Forber, Parkinson, Wollaston, Petit, Garrod, etc., comme étant la cause prochaine et l’essence même de la goutte et de ses congé- j nères.

Ce fait étant admis, il en est résulté la conséquence toute simple qu’il fallait rechercher les médicaments capables d’éliminer ces produits morbides de l’économie. Ce n’était pas bien difficile à trouver, s’il s’agissait de tenir compte de l’action chimique seulement. En effet, par l’emploi des alcalins, on pouvait espérer d’arriver à la dissolution plus ou moins prompte et complète des sels dont il est ici question. Mais, ainsi que l’ont prouvé les expériences physiologiques et cliniques, les sels de soude activent d’une façon toute spéciale le travail de désassimilation et, par ce fait même, ils placent l’organisme dans des conditions d’imminence morbide qu’il ne faut pas perdre de vue.

« Donner des alcalins, soit dans l’état de santé ou de ma- » ladie, disent. Trousseau et Pidoux, ne peut jamais être » chose indifférente. Pris sans indication durant peu de » temps, ils ne causent en somme qu’un trouble momentané;

» pris en grande quantité et longtemps, ils causent une ca- » chexie, un amaigrissement déplorable.

» Déjà les anciens avaient admirablement indiqué l’in- » fluence des alcalins sur la composition du sang. Ils avaient » vu que ce liquide nourricier devenait plus fluide, qu’il se » décolorait et que, à la fin, il s’établissait une cachexie ajea- » line, caractérisée par la pâleur, la bouffissure générale et » des hémorrhagies passives. En outre, il survenait un amai- » grissèment irréparable. Depuis quelques années, l’usage » excessif que l’on a fait des eaux de Vichy, de Carlsbad et » de Pougues, dans le traitement de la goutte, a permis de » juger cette grave question, et nous ne craignons pas de dire » que l’abus des alcalins a causé plus de mal que l’abus de » l’iode et du mercure. »

Aujourd’hui, Trousseau et Pidoux ne sont pas seuls à penser de cette façon. Les expériences physiologiques faites en France, en Allemagne, en Angleterre, etc., ont suffisamment établi que les alcalins, non-seulement ne méritent guère la faveur spéciale dont ils ont joui pendant longtemps, mais qu’ils doivent être administrés avec une grande prudence si l’on ne veut voir éclore la cachexie alcaline, l'anémie et toutes ses conséquences.

Si les alcalins, à cause des dangers auxquels ils exposent, ne peuvent être employés, à quelle autre médication devrait-on avoir recours pour arriver à prévenir ou à combattre la diathèse uro-rhumatismo-goulleuse? Il semblerait que l’on trouve réunis dans un seul et même produit pharmaceutique, dans l’huile de genévrier, tous les éléments nécessaires pour atteindre ce but avec succès.

L’huile de genévrier, résultant de la combustion et de la distillation réunies des baies et du bois de genévrier, parti¬

cipe tout à la fois des propriétés du goudron par ses produits résineux et balsamiques et de celles de la térébenthine par son huile essentielle. Or, voici ce que dit Bouchardat à ce sujet :

« Introduits dans l’appareil de la circulation, les principes » actifs des balsamiques y produisent des effets dignes d’être » notés. C’est d’abord une stimulation générale, qui se ma- » nifeste plusieurs heures après leur administration par une » élévation du pouls, une agitation fébrile insolite, etc.; mais » ce qui est surtout remarquable, c’est de la pesanteur dans » la région des reins, c’est la modification que l’urine éprouve » dans son odeur et souvent aussi dans sa composition. »

L’huile de genévrier a une action très-bienfaisante sur l’appétit, les digestions et la circulation. Il en résulte un mouvement plus rapide du sang, une élaboration plus complète des éléments fournis par l’absorption intestinale, et, de là, une augmentation de l’urée, une diminution de l’acide urique et la sécrétion d’unè quantité plus' considérable d’urine.

<c L’infusion des baies de genévrier et leur extrait, disent » Trousseau et Pidoux, sont plus spécialement appropriés à » faciliter la sécrétion de l’urine dans les hydropisies et à » fortifier l’estomac. »

« Leur spécialité d’action ou la prédominance de leurs.

» effets du côté de l’appareil urinaire, dit M. le professeur » Gubler, a fait réserver leur emploi pour les cas où il » convient d’augmenter la diurèse. »

L’huile de genévrier possède encore la propriété d’insensibiliser les surfaces au contact desquelles elle est amenée eLde soulager promptement les- coliques néphrétiques, comme elle a celle de guérir le catarrhe vésical, de ramener la contraction des parois musculaires de l’organe qui se vide plus complètement; elle prévient ainsi la fermentation des urines et les prédispositions à l’hématurie.

De tout ce qui précède, il faut conclure que :

1° L’huile de genévrier remplace avantageusement les sels alcalins dans toutes les affections goutteuses, arthritiques, dans la gravelle, etc., en un mot, dans toutes celles qui sont caractérisées par la présence, en excès, d’acide urique et autres sels de nos sécrétions;

2“ Excitant de digestion, elle relève les forces en activant les fonctions digestives au lieu de produire l’anémie, comme tous les alcalins ;

3° Excitant de- combustion, elle provoque l’oxydation complète des corps dzotés et assure leur transformation en urée ;

4" Puissamment diurétique, elle opère la dissolution ou l’élimination de tous les sels qui auraient de la tendance à séjourner dans les reins;

5° Balsamique, elle arrête les fermentations ammoniacales de l’urine dans la vessie, guérit les catarrhes de sa muqueuse, ramène sa contractilité, prévient et guérit les hématuries ;

()“ Anesthésique, elle enlève rapidement les accès de coliques néphrétiques.

(Tribune médicale)

Paris. — imprimerie de e. uArtikbiv hue iiionon, 1

Vingt-sixième année

31 Janvier 1879.

Comité de rédaction : fl. DECHAMBRE, président; BUCHEZ, DIEULAFOY, fl. HÉNOCQUE, L. LEREBOULLET, fl. H. MARCHAND

Adresser tout ce qui concerne la rédaction au siège du Comité , chez M. DechambrEj 91, rue de Lille (avant le mardi de préférence)

ÉTUDES CLINIQUES

lies formes frustes du mal de Briglit.

Lemot.de fruste, primitivement appliqué par Trousseau à la scarlatine, a fait fortune. « Les maladies peuvent être frustes, c’esl-à-diré que souvent le médecin n’y lira qu’un mot de la phrase symptomatique, et avec ce mot il devra reconstruire la phrase tout entière, comme l’archéologue et le numismate retrouvent l’inscription effacée sous les lettres qui restent; et, de même que l’archéologue, dans un mot, dans une lettre, déchiffrera une inscription perdue, de même le médecin expérimenté devinera, dans une seule manifestation delà maladie, là maladie tout entière (1) ».

La maladie fruste n’est pas la maladie latente (2), car la maladie latente est celle qui poursuit sournoisement son œuvre sans se révéler par aucun symptôme. L’arlérite diffuse cérébrale est une maladie latente par excellence, elle prépare lentement les anévrysmes miliaires, et pendant bien des années la lésion iie se traduit par . aucun symptôme jusqu’au jour [où brusquement éclate l’hémorrhagie cérébrale.

La maladie fruste n’est pas davantage la maladie larvée. La maladie larvée se dépouille de ses symptômes les plus habituels pour revêtir le masque ( induit larvam) d’une autre maladie. Ainsi la névralgie faciale, d’origine palustre, qui remplace l’accès fébrile intermittent, est un type de maladie larvée.

La désignation de fruste n’est point synonyme de la désignation ù' anomale. Cette qualification d’anomale doit être réservée aux maladies qui s’écartent du type et de l’évolution qui leur sont presque fatalement assignés. Les fièvres éruptives sont, dans ce. cas, la. variole surtout. Pour prendre un exemple, la succession des symptômes dans la variole, modifiée ou non, présente une telle régularité, que si cette régularité est notablement altérée dans l’une de ses périodes, la maladie est dite anomale (Van Swieten, Borsieri), et par conséquent fort grave.

Ce serait ehcore un tort de remplacer la désignation de fruste par la désignation de rare, car telle forme de maladie, qui paraissait rare quand on la connaissait mal, devient plus fréquente quand on apprend à la mieux connaître.

Nous appliquerons donc l’épithète^de fruste à la maladie de Bright en lui réservant la signification qu’on lui a toujours donnée depuis Trousseau. .On dit de la scarlatine qu’elle est fruste, quand, au lieu de se présenter, avec ses symptômes habituels et son éruption, elle ne se manifeste que par un

(1) Trousseau. Clinique de VHÔtel-Dieu, t. I, p. 121.

(2) Huclmrd, Des néphrites latentes [Union médicale, 187-1). — Guépi», Débuts insidieux dus à l'albuminurie (Bulletin de Ihérap ., 1800).

symptôme isolé ou secondaire, tel que l’angine ou l’anasarque. On dit de Y ataxie locomotrice qu’elle est Truste (Charcot), quand, au lieu de se présenter avec ses symptômes habituels, douleurs fulgurantes, troubles céphaliques, incoordination des mouvements, anesthésie, elle ne se manifeste pendant des mois ou des années que par des symptômes isolés ou secondaires, tels que l’amaurose, les crises gastriques, etc. On dira donc de la maladie de Bright qu’elle est fruste, quand, au lieu de se présenter avec ses symptômes les plus habituels, œdèmes et urines albumineuses, elle ne se manifeste pendant un temps variable que par des symptômes isolés ou secondaires, tels que hémorrhagies, lésions cardiaques, troubles auditifs, etc. (1).

Il est entendu que sous la dénomination de mal de Bright nous réunissons toutes les néphrites chroniques, àl’exempledu grand clinicien qui avait établi, du premier coup, que les différentes formes de la néphrite chronique ne constituent pas des espèces morbides distinctes, mais seulement des variétés. Je ne reviens pas sur cette question que j’ai longuement traitée ailleurs (2), et je me contente de dire que les formes frustes du mal de Bright sont plus fréquentes quand la néphrite est interstitielle ou mixte que lorsqu’elle est parenchymateuse.

On va voir dans les observations suivantes que les hémoptysies peuvent être, en dehors de toute tuberculose, le seul symptôme initial d’une néphrite chronique.

Observation I. — Au mois de mars 1876, un jeune garçon de vingt ans, d’un tempérament lymphatique, mais d’une santé régulière, fut pris d’une hémoptysie qui apparut brusquement et qui dura deux jours. La quantité de sang perdu avait été assez considérable, et, bien qu’il n’y eût pas dans la famille d’antécédents tuberculeux, bien que ce garçon n’eût aucun signe de tuberculose pulmonaire, on eut néanmoins quelque crainte, et on ne put s’empêcher de pensera ces hémoptysies qui parfois précèdent comme signe avantcoureur les autres symptômes de la tuberculisation. Pendant six mois, le jeune malade n’eut à signaler aucun nouveau symptôme, et ce n’est qu’au mois d’août qu’il éprouva une polyurie si accusée qu’il était obligé de se lever cinq et six fois pendant la nuit pour uriner.

Au mois de novembre, une nouvelle hémoptysie apparut, accompagnée cette fois de quelques épistaxis, et trois mois après cette hémoptysie, un an par conséquent après le premier crachement de sang, la face devint bouffie. A cette époque les urines furent examinées, et on trouva une notable proportion d’albumine. Alors apparurent d’autres symptômes, la dyspnée, les palpitations, les bourdonnements, d’oreille, l’amblydpie, et il devint évident que le malade était atteint de néphrite chronique.

(1) Redon, Des formes frustes du mal de Bright. Thèse do Paris, 1870.

(2) Voyez Gazette hebdomadaire.

31 Janvier 1879

Je vis ce garçon au mois de septembre 1877, et je constatai les signes et les symptômes que je viens d’énumérer. La face était pâle et bouffie, la respiration étaif gênée et on entendait à l’auscultation de la poitrine des râles sous-crépitants d’œdème pulmonaire, plus nombreux aux deux bases des poumons. A l’auscultation du cœur on percevait ce bruit de galop sur lequel M. le professeur Potain a si bien appelé l’attention. Les urines étaient fréquentes, mais peu abondantes; elles contenaient lsr,25 d’albumine par litre.

A ce moment se déclara une épistaxis dont les caractères étaient alarmants; l’hémorrhagie nasale ne survenait pas par intervalles, mais le suintement de sang se faisait continuellement jour et nuit par les deux narines et dans l’arrièregorge. Celte épistaxis n’était que le prélude d’hémorrhagies multiples que rien ne pouvait arrêter. Le malade eut des crachements de sang, puis des hémorrhagies intestinales, et le mélæna, prenant les mêmes caractères que l’épistaxis, se faisait sous forme de suintement continu.

J’appelai M. le professeur Peter en consultation, mais, en dépit de différents traitements vigoureusement institués, la faiblesse augmenta rapidement, l’œdème se généralisa, le refroidissement survint et le malade mourut dans le coma.

Observation II. — Il y a deux ans, Mme X., âgée de trentehuit ans, fut prise, au milieu d’une excellente santé, d’hémoptysies fort abondantes qui persistèrent pendant huit jours. On ne savait à quoi attribuer ces hémoptysies. M** X. était bien réglée, et il n’y avait pas lieu desonger à une hémorrhagie supplémentaire ; quant à l’hypothèse d’une tuberculose commençante, elle n’était pas plus admissible, faute désignés suffisants. La malade conserva pendant deux mois après son hémoptysie une certaine faiblesse, puis la santé revint, complète en apparence, et, durant une année, aucun nouveau symptôme ne parut.

Un an plus tard, M™0 X. se plaignit de bourdonnements d’oreille; elle racontait dans sa famille qu’elle devenait sourde de l’oreille gauche, et elle était prise d’envies si fréquentes d’uriner qu’elle devait se lever cinq et six fois par nuit. Sur ces entrefaites, une nouvelle hémoptysie se déclara, moins abondante que la première, et celte hémoptysie fut accompagnée d’une légère bouffissure des paupières. Ces symptômes disparurent et furent remplacés six mois après par des accès d’oppression beaucoup plus violents la nuit que le jour, et accompagnés de quintes de toux et de battements de cœur.

Quand je vis la malade, je constatai un léger œdème palpébral et un œdème malléolaire. Il existait également un œdème étendu aux deux bases des poumons. A l’auscultation du cœur ori percevait un bruit de galop très-net. Les envies d’uriner étaient telles que la malade se levait jusqu’à sept et huit fois par nuit. Les urines furent examinées par M. Yvon, qui trouva 30 centigrammes d’alburnine par litre. Le diagnostic n’était pas douteux, il s’agissait d’une néphrite interstitielle qui pendant une année nè; s’était révélée que par un seul symptôme, DJiémoptysie. J’ajoute - que la tuberculose n’existe pas dans la famille de madame X..., et qu’elle n’a jamais, elle-même, soit avant son hémoptysie, soit depuis, cette époque, présenté le moindre signe de tuberculisation pulmonaire.

La malade a été soumise a un régime lacté exclusif; elle prend des préparations d’acide gallique et de ratania; actuellement sa santé est en apparence excellente, mais le bruit de galop persiste et les urines contiennent toujours quelques cern

tigrammes d’albumine, qui augmentent rapidement dès qu’il y a infraction au régime lacté.

Discussion des faits cliniques. — Chez les deux malades dont je viens de rapporter sommairement l’histoire, il est évident que l’hémoptysie a été pendant longtemps le seul symptôme par lequel s’est révélée la néphrite chronique. D’une façon générale, on sait combien les hémorrhagies sont fréquentes dans le cours des néphrites chroniques, je parle principalement de la néphrite interstitielle. Les épistaxis constituent certainement l’hémorrhagie la plus fréquente. Après elle vient l’hémorrhagie cérébrale, et Grainger-Stewart affirme que sur 100 cas d’hémorrhagie cérébrale on retrouve 15 fois la néphrite interstitielle (lj.

Signalons encore comme assez fréquentes, les hémorrhagies méningées et rétiniennes, et les hémorrhagies intestinales. J’ai actuellement dans mon service, à l’hôpital Ménilmontant, une malade atteinlé de néphrite interstitielle, et' chez laquelle une hémorrhagie de l’oreille n’a pas cessé depuià huit jours.

Eh bien, ces différentes hémorrhagies àppâraisséut généralement dans le cours de la néphrite interstitielle, elles se montrent à une époque plus ou moins avancée de la maladie : c’est un fait tellement connu qu’il me paraît inutile d’y insister. Mais ce qui est moins connu, ce qui est plus rare, c’est que ces ; hémorrhagies peuvent marquer le début de la néphrite, elles en sont parfois le premier et le seul symptôme, si bien que pendant longtemps la néphrite est à i’état fruste et représentée seulement par le symptôme hémorrhagie. ,

Dans plusieurs cas d’hémorrhagie cérébrale observés par Berice Jonès, l’hémorrhagie cérébrale fut la seule manifestation appréciable, et la néphrite interstitielle était arrivée à sa période terminale ou atrophique sans que son existence eût été autrement soupçonnée (2).

Les hémorrhagies pulmonaires et labronchorrhagie sont fréquentes dans le cours de la néphrite interstitielle; elles ont été. signalées par Bright, par Pellegrino Levi, par Rayer, etc. J’en ai recueilli, pour ma part, onze observations ; et dans là thèse de M. Deckherr (3), faite sous l’inspiration de M. Lasègue, on trouve deux observations où les hémoptysies ont joué un rôle important. Dans la très-grande majorité des cas, les autopsies ont démontré qu’il ne s’agissait pas là de tuberculose, et il ne faut pas confondre ces hémorrhagies pulmonaires, associées au mal de Bright, avec les hémorrhagies pulmonaires des phthisiques atteints d’albuminurie. Ces deux états morbides sont fort différents; dans le dernier, l’albuminurie n’est qu’un épisode, et le malade crache le sang parce qu’il est tuberculeux; dans le premier, au contraire, la tuberculose n’a rien avoir avec l’hémorrhagie pulmonaire, elle est directement associée au mal de Bright.

Mais comment lui est-elle associée, et comment une maladie chronique des reins peut-elle donner naissance aux hémorrhagies du poumon? Faut-il accuser la composition vicieuse du sang et sa richesse moindre en principes albuminoïdes? Evidemment non, puisque les hémorrhagies surviennent principalement dans les cas de néphrite interstitielle, alors que le malade ne perd que quelques centigrammes d’albumine et à une époque parfois si rapprochée du début que l’hémorrhagie n’a aucun caractère des hémorrhagies eacliectiquès.

(1) Ldcorchô, Traité des maladies des reins, p. *00 — Rondu. Élude compara- \live îles néphrites ehroniques.ipiiSjl.' ■

(2) U'corclié, loc. cil., p. 400.

j (3) Hémorrhagie pulmonaire dans le mal de Drighl, thèse do Paris, 1872.

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Faut-il accuser la lésion cardiaque, et l’hypertrophie du ventricule gauche, si fréquente et si considérable (Traube) dans les cas de néphrite interstitielle? Je suis loin de nier l’influence morbide de la lésion cardiaque sur le développement des hémorrhagies, mais je pense que la véritable cause doit en être recherchée ailleurs, car les hémorrhagies se voient assez souvent en dehors de l’hypertrophie ventriculaire, et les épistaxis, par exemple, devancent parfois de bien longtemps toute lésion cardiaque.

Faut-il alors rechercher les causes des hémorrhagies dans une altération des vaisseaux? Pour ce qui est de l’hémorrhagie cérébrale, la question paraît jugée, car on retrouve en pareil cas la lésion le plus habituellement cause de l’hémorrhagie, l’anévrysme miliaire. Mais en ce qui concerne les autres organes, les altérations vasculaires sont peu connues, de sorte qu’on peut dire avec Bartels qu’il n’y a pour le moment aucune théorie qui explique d’une façon satisfaisante la pathogénie de ces hémorrhagies.

Ce qu’il faut savoir et ce qu’il faut retenir, au point de vue clinique, c’est qu’il est des hémorrhagies, entre autres les hémorrhagies pulmonaires, qui sont relativement fréquentes dans le cours du mal de Bright; dans quelques cas, même, les hémoptysies peuvent apparaître comme un symptôme isolé, donner le change pour une hémorrhagie supplémentaire, ou faire soupçonner une tuberculose qui n’existe pas, alors qu’il s’agit d’une néphrite chronique en voie d’évolution.

Observation III. — Les formes frustes du mal de Bright sont multiples, et il est des cas où le premier symptôme révélateur de la maladie est constitué par une lésion cardiaque. Ces faits ont été bien mis en lumière par M. le professeur Potain, qui s’est occupé avec un soin tout particulier des altérations du cœur liées aux altérations du rein. Il est même des cas où les deux lésions semblent marcher parallèlement, au point qu’on se demande si on a affaire à une lésion des reins avec accidents cardiaques ou à une lésion du cœur avec retentissement sur le rein.

Il y a deux ans, je voyais uné dame qui venait me demander conseil pour sa maladie de cœur ; elle éprouvait depuis plusieurs mois des palpitations auxquelles se joignait une sensation continuelle d’étouffement et d’angoisse. « Il me semble, disait-elle, que mon cœur est énorme, » et elle ne se trompait pas, car elle avait une hypertrophie cardiaque assez considérable. En dehorsde ces troubles elle n’éprouvait aucun autre malaise; à l’auscultation du cœur je ne trouvai pas de lésion d’orifice, les valvules mitrale et aortique étaient saines, mais on percevait un bruit de galop. Cette hypertrophie cardiaque survenue chez une femme jeune encore, en dehors de toute diathèse rhumatismale, sans lésion d’orifice, sans altération de l’aorte, sans athérome artériel, me parut devoir être mise sur le compte d’une néphrite interstitielle. Je' dois dire qu-’il n’existait aucun symptôme de mal de Bright : la polyurie, les épistaxis, la dyspnée nocturne, l’œdème palpébral, les troubles visuels, les troubles auditifs, tout faisait défaut. Je fis examiner les urines par M. Yvon, qui me renvoya l’analyse avec ces mots : « Albumine, traces indosables ». Il y avait si peu d’albumine qu’il n’était point possible de la doser, mais il y en avait néanmoins. Or, l’absence d’albumine n’est pas une raison suffisante pour abandonner le diagnostic d’une néphrite interstitielle, car il n’est pas rare dans le courant de la maladie de voir l’albumine paraître ou disparaître à plusieurs reprises.

Te m’arrêtai donc à l’idée d’une hypertrophie cardiaque

d’origine rénale et la malade fut mise exclusivement au régime lacté. Sous l’influence de ce régime, les palpitations diminuèrent puis disparurent et la sensation d’étouffement cessa complètement.

Après avoir perdu de vue cette malade, je la revis quatorze mois plus tard, mais, cette fois, envahie par un œdème de là face, avec œdème pulmonaire et anasarque; elle avait à ce moment 10 grammes d’albumine par litre; et il est probable qu’une néphrite parenchymateuse s’était jointe à la néphrite interstitielle, formant ainsi le type mixte le plus fréquent.

Ce cas m’a paru intéressant à signaler. Certes, les troubles cardiaques survenant dansle cours du mal de Bright sontbien connus, mais il est bon d’avoir l’attention appelée sur ce fait, que parfois ces troubles cardiaques apparaissent d’une façon plus ou moins isolés comme s’ils constituaient à eux seuls toute la maladie, alors qu’ils ne sont qu’un symptôme révélateur de l’une des formes frustes du mal de Bright.

Les accidents qui viennent d’être décrits récemment par M. le professeur Lasègue, sous la dénomination de « bronchites albuminuriques » (1), peuvent eux aussi constituer une des formes frustes du mal de Bright. « La localisation pulmonaire, dit M. Lasègue, peut être le symptôme initial qui éveille l’attention. Pour la saisir au passage et la rattacher à sa cause dialhésique, il est indispensable de connaître ses caractères distinctifs. » Et après avoir étudié les caractères distinctifs de ces bronchites, les accès terribles de dyspnée, l’apparition le plus souvent nocturne de ces accès, l’absence presque complète de toux et d’expectoration, M. Lasègue ajoute : « Il se peut que ces phénomènes soient le premier indice de l’albuminurie commençante ou latente. Je me rappelle, étant jeune médecin, avoir été très-frappé d’un | diagnostic de Trousseau, mon maître et ami. Je l’avais appelé auprès d’un malade atteint de suffocations intermittentes dans les conditions que je viens de résumer. Son premier mot fut : C’est un albuminurique, » et il avait raison.

Je voyais il y a deux ans, avec M. Potain, un malade chez lequel l’albuminurie éclata dans des conditions analogues. Pendant plusieurs semaines il n’eut rien autre chose que des accès de suffocation plus violents la nuit que le jour, accompagnés d’une toux et d’une expectoration insignifiante. A l’auscultation on percevait des deux côtés de la poitrine des foyers de râles sous-crépitants fins, plus abondants à gauche qu’à droite et d’une ténacité telle que j’avais eu un moment la crainte de lésions pulmonaires chroniques à forme caséeuse. Le malade eut plus tard toute la série des' accidents, crachats sanglants, anasarque, hydiolhorax, ascite, hypertrophie cardiaque, hypertrophie du foie. Aujourd’hui il est à peu près guéri.

Je pourrais encore énumérer d’autres formes frustes du mal de Bright; j’ai vu plusieurs fois des troubles auditifs, les bourdonnements d’oreille et la surdité apparaître et disparaître à plusieurs reprises avant toute autre manifestation de la néphrite chronique et j’ai signalé dans une autre circonstance (2) la fréquence de ce symptôme.

En résumé, à côté des formes latentes, rares ou anormales de la maladie de Bright, il y a aussi des formes qui méritent d’être appelées frustes, à l’égal de la scarlatine, de l’àlaxie locomotrice, etc.

Dans ces formes frustes du mal de Bright, les symptômes

(1) Archive*. générales de médecine,, janvier 1879...;

(2) Gazette hebdomadaire. 1877, u° H.— Tissot,: thèso <t« Paris 1878. Des trouble S; auditifs dans le mal de Bright.

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les plus habituels font défaut, et pendant un temps, la maladie ne se révèle que par un signe ou par un symptôme en apparence secondaire ou étranger.

Les hémorrhagies, les hémoptysies, l’hypertrophie cardiaque, les bronchites à allure dyspnéique, les troubles auditifs ou visuels, me paraissent constituer les formes frustes les plus habituelles de la maladie de Bright.

Dieulafoy.

TRAVAUX ORIGINAUX

Démographie.

Des déformations céphaliques en France, par Gustave Lagneau.

Le singulier usage de soumettre la tète à des déformations artificielles non-seulement a existé chez de nombreux peuples d’Amérique, mais aussi a existé chez certains anciens peuples des bords de la mer Noire et des rives du Danube, et voire même existe encore, quoique à un moindre degré, chez certains habitants de diverses régions de la France. En Amérique, les Nootka-Colombiens, Chenooks, les Chaclas ou Têtes-Plates, les Insulaires de Sacrificios, les Péruviens d’Ancon, de Tiahuanaco, les Huancas, les Chinchas, les Aymaras, ont présenté les déformations les plus extrêmes, soit que, portant principalement sur le frontal, comme chez ces derniers, le crâne soit refoulé en arrière; soit que, portant également sur l’occipital, comme chez les anciens habitants de Sacrificios, le crâne ait acquis une largeur exlraordinaire. En France, les déformations crâniennes artificielles, moins extrêmes, mais néanmoins parfois fort considérables, ont été observées sur certains habitants actuels des environs de Toulouse, du département des Deux-Sèvres et de quelques autres régions.

Dans l’antiquité, Hippocrate, Pline, Pomponius Mêla et Diodore de Sicile ont signalé la présence de macrocéphales, M axpoxttpâlo;, Macrocepliali, et de Macrônes sur les côtes orientales du Pont-Euxm, au nord du Pont et delà Cappadoce, auprès du Phase, non loindeGerasus et de Trapezus, c’est-àdire sur les côtes de la mer Noire, au nord de Trébizonde, dans les contrées asiatiques situées au sud du Caucase (1). Selon Hippocrate, cet usage de se déformer ainsi la tête, « cette coutume, provient de l’idée de noblesse qu’ils attachent aux longues têtes. Voici la description de leur pratique : dès que l’enfant vient de naître et pendant que dans ce corps si tendre la tête conserve encore sa mollesse, on la façonne avec les mains et on la force à s’allonger à l’aide de bandages ou liens, Se opâ, et de machines convenables, Tc^vr,[taza briniftta, qui en allèrent la forme sphérique et en augmentent la hauteur, pîxoç uvÇczai. » (Hippocrate, Des airs, des eaux et des lieux, § 14, t. II, p. 58, etc., texte et trad. de Littré.)

Strabon, en parlant des peuples habitant entre le Taurus et le Caucase, auprès des Debrics et des Tapyriens, après avoir donné quelques détails sur les coutumes des Siginnes, Stytvvoi, ajoute : « On dit que quelques-uns s’étudient à rendi e leur tête très-longue, de telle sorte que leur front dépasse en avant leur menton, ... paxpoxc<pa).do Tarot tpoivovvTcci, xai TTpOKCKTwxore; xo~; p-etcottocç, ws'O’uTtspxûjrTtiv tSv yt veiuv. S (Strabon, 1. XI, cap. xi, § 8, p. 446, texte et trad. de Muller et Dubner, coll. Didot.)

Cette bizarre déformation, plus singulière encore que celle des anciens crânes américains de Sacrificios, semblerait n’avoir pu être obtenue que par une compression occipitale extrème-

(I) Pline, lib. VI, cap. iv, p. 239, texte et trad. do Littré. — Pomp. Mc'ia, lib. 1, cap. xix, p. 619, coll. Nisard. — Diodore de Sicile, liv. XIV, g xxix, t. I, p. 569.

ment forte, refoulant le crâne en avant et déterminant une saillie considérable de la région frontale.

A propos des Siginnes, voisins du Caucase, il est bon de remarquer que d’autres Siginnes, Siy’Jwat, selon Hérodote, auraient habité sur les bords de lister, le Danube (1), région où l’on trouve d’anciens crânes déformés, mais d’une manière moins extraordinaire.

Dans la région caucasienne, en Asie, où Hippocrate, Pline, Strabon, etc., mentionnaient des macrocéphales, MM. Bayera, de Smirnow et Sciépoura ont recueilli en Géorgie, dans l’ancienne nécropole de l’âge de bronze, de Sanstliavro, près de Mtzcheta, plusieurs crânes déformés ou macrocéphalès qu’ils ont pu étudier (2). Les trois crânes que M. de Smirnow a envoyés à M. Broca, les six décrits par M. Sciépoura, présenteraient deux sortes de déformations paraissant avoir été déterminées par des liens diversement placés. L’une, horizontale, porterait principalement sur le frontal, contournerait les tempes et aboutirait sous la protubérance occipitale; déprimant fortement le front et l’occiput. L’autre, transverssle, croisant la première dépression, partirait du bregma pour se continuer sur la partie antérieure des pariétaux et cesser au niveau des tempes.

Pareillement, en Crimée, des crânes originairement brachycéphales, également déformés, ont été trouvés à Kerlsch par M. le comte Boris Alexejéwitsh Pérowski, à Iénikalé, dans la presqu’île de Taman. Ils ont été étudiés et décrits par MM. de Baer, de Saint-Pétersbourg, Van der Hœven, de Leyde et Pruner-Bey (3), par M. Antoine Achyk (4).

Plus à l’ouest, sur les bords du Danube, saint Sidoine Apollinaire, gendre de l’empereur Avilus et évêque d’Augustonemetum, actuellement Clermont-Ferrand, signale une horde barbare venue des bords du Tanaïs, le Don, ayant également l’usage de se déformer le crâne, voire même la face. Au cinquième siècle après J.-C., ces guerriers, non moins menaçants par leur force musculaire et leur courage que par leur visage, venaient de traverser le Danube sur la glace pour envahir la Dacie méridionale sous la conduite d’fiormidac. Leur tête formait une masse arrondie s’élevant en cône; leurs yeux disparaissaient dans leurs orbites excavées. Pour faciliter ie port du casque, dès leur enfance, afin qu’entre les joues les orifices du nez ne puissent se développer, une bande placée circulairement aplatissait leurs molles narines.

« Gens animis membrisque minax, ila cultibus ipsis,

» Infantum sans horror inest j consurgit in arctum d Massa rotunda caput, gemmis sub fronte cavcrnis » Visus adest oculis absentibus...

i Tune, ne per malas cxcrçscat fistula duplex » Oblundit teneras circum'data fascia nares,

» Ut galeis cedant. Sic propter prælia natos » Maternas déformai amor, quia tensa genarum i Non interjecto fit lalior area naso. »

(Sidoine Apollinaire, Pauegyricus Ant/iemU, vers. 244, etc., t. III du texte et traduction de Grégoire et Coloinbel, 4830.)

De nos jours, dans celle mèinerégiondu bassin du Danube, on a également recueilli d’anciens crânes déformés. Dans les Etats autrichiens, à Krems, auprès des fortifications circulaires ou rings des Avares, près de l’embouchure de la Kamp dans le Danube, à Gralfeneg, à Atzgersdorf, non loin de Vienne, dans la Basse-Autriche, on a trouvé de ces crânes macrocéphales qui ont été étudiés par M. le comte de Brenner et

il) Hérodote , Hisl., liv. V, g îx, p. 241, lexlo et trad. do Millier, coll. Didot.

(d) Do Smirnow et Broca, Bull. de la Soc. d'anlhrop., 2» série, it. VIII, p. 572, 1872. — Sciépoura, Bull, de la Soc. de méd. du Caucase. 'Finis, 1874-1873. - Chndxinski, Revue d'anlhrop., t. IV, p. 755, 1875.

(3) Do Baer, Les macrocéphales de la Crimée et de l'Autriche (Mém. de l 'Acad.

1801, n»8. — Prüncr-Bey, Bull, de la Soc. d'anlhrop., t. il, p. 449-457, G ianl vicr 4861.

(4) Aiit. Achyk, Le royaume du Bosphore, 1849.

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M. Filzinger (1). Plus récemment, au congrès de Pesth, en 1876, M de Lenhossek a présenté un crâne macrocépliale recueilli à Csongrad, au bord de la Tisza. Sa région antérieure était très-déprimée; le point culminant du crâne se trouvait vers la région occipito-pariétale (2).

Dans une région plus occidenlale, au voisinage du Jura, soit en Suisse, soit en France, on a également trouvé plusieurs crânes remarquablement déformés, paraissant se rapporter â l’époque helvéto-burgunde, c’est-à-dire à l’époque qui suivit les grandes invasions des Barbares dans l’Empire Romain d’Occident, au cinquième siècle. Les objets archéologiques trouvés avec ces ossements permettent de déterminer celte époque d’ailleurs assez étendue. Tel est le crâne très-incomplet recueilli dans le Fâucigny par L.-A. Gosse le père, et par lui donné au Muséum de Paris. Tels .sont les deux .crânes étudiés par M. H. Gosse fils, l’un trouvé à Villy, près Régnier, l'autre à Bel-Air, près Chezeaux, non loin de Lausanne, par M. Troyon (3). Mais de tous ces crânes artificiellement déformés de la région du Jura, le plus remarquable, le plus étrange par son extrême déformation est celui recueilli en 1863 par M. le docteur Gindre, au lieu dit en Aiche, à Voileur, dans l’arrondissement de Lons-le-Saulnier, département du Jura, au milieu d’autres sépultures ne renfermant que des squelettes aux crânes normalement conformés. Ce crâne, présenté à la Société d’anthropologie par M. le docteur Moretiu (4), a la forme d’un cône à sommet répondant au milieu de la suture sagittale. La constriction exercée par des bandes, des courroies circulaires fronto-occipitales a été tellement énergique que ce crâne en pain de sucre, offrant à son maximum la déformation cunéiforme relevée décrite par M. L.-A. Gosse (5), d’après les mensurations prises par M. Broca, présente un diamètre vertical de 169 millimètres, son diamètre antéroostérieur n’étant que de 137 etson diamètre bilatéral de 131 . on indice céphalique est donc de 95,62/100es.

- Les déformations céphaliques artificielles ont été assez fréquemment signalées dans notre Europe occidentale chez des habitants, soit aux siècles derniers, soit à notre époque. Au seizième siècle, Jean Bodin rappelait qu’anciennement les

(1) Fitzingor, Mêm. de l’Acad. des sciences de Vienne, i 853-1857. — Moule du crâne de Graffencg envoyd à l'Exposition de 1878, par Luschan.

• (9) Congrès d'archéologie et d’anthropologie de Buda-Pestli en 4876.

(3) II. Gosse, Anciens cimetières trouvés en Savoie dans le canton de Genève [Mém: de la Soc. d’hist. et d'archéol. de Genève, t. XI, pl. i, 4855, Genève, 1857).

(4) Bull, de la Soc. d’antlirop., t. V, p. 383, 388.

(5) Gosse, Essai sur les déformations artificielles du crdne. Paris, 1855, in-8.

Belges avaient le singulier usage de déformer artificiellement la tête de leurs enfants nouveau-nés (1).

Après avoir dit que de son temps les Moscovites avaient des têtes larges parce qu’ils aplatissaient la face des enfants, très-apte, durant le premier âge, à se plier à toute modification, Adrien Spigel, de Bruxelles, ajoute : « Presque tous les Génois et les Belges ont la tête haute et pointue, parce qup,

areillemenl, dès l’enfance, ils l’étreignent fortement par des

andes. Les Germains ont presque tous une tête courte, parce qu’ils reposent sur le dos dans leurs berceaux.

Lata liodie.... habetur Moscorilæ, quoil infanlibus artc faciem explanent, ad omnia flecti in tenera œlale aptissimam... Alta capita, et acuminata habent Genuensrs ferè, et Belgœ, a fasciis similiter, quibus infantes nimium stringunt. Germani ferèbreve caput obtinent, quod dorso semper in cunis incumbant. (Adr. Spigelii Bruxellensis : De Humani corporis fabrica. Venetii, 1727, cap. vin, p. 17.)

Sans nullement confondre les déformations crâniennes artificielles, volontaires, intentionnelles, avec celles déterminées par un décubitus prolongé, on voit que Spigel remarquait que la constriction exercée par des bandes sur la tête des enfanls belges et génois la rendait haute et pointue.

Telle est également l’opinion d’Andry, qui insiste aussi sut les inconvénients de certains bonnets. « La plupart des Flamands... et des Parisiens, dit-il, ont la tète longue à cause de la coutume observée parmi eux de laisser dormir leurs enfants sur les tempes, et de les brider avec certains bonnets nommés béguins, qui leur pressent les deux côtés de la tète. » (Andry, L orthopédie, ou l'art de prévenir et de corriger dans les enfants les difformités du corps , t. II, p. 3, liv. IV, 1741.)

Comme ces médecins, André Vésale attribuait au décubitus dorsal habituel des enfants la conformation aplatie postérieurement et élargie latéralement de la tête de certains Allemands. En rappelant l’opinion de cet anatomiste, Blumenbach ajoute que « les Belges, accoutumés, au contraire, à mettre les enfants à dormir sur le côté, se faisaient remarquer par la longueur de la tête ». Signalant l’usage « de ramener la tête des nouveau-nés à une forme nationale au moyen de liens, d’instruments différents ou de la simple pression des mains», Blumenbach remarque que et cette habitude eut lieu jadis ou se retrouve encore aujourd’hui chez les habitants de plusieurs parties de la Germanie, chez les Belges, les Français... » (F. Blumenbach, De l'unité du genre humain, p. 222-224, Paris, an XIII, 1804.)

Au commencement de ce siècle, Virey disait : « A l’égard des compressions exercées sur le crâne encore mou, il est certain qu’on peut changer sa forme, et nous en connaissons des exemples. Ainsi des béguins trop serrés par des rubans ont allongé la tête en pain de sucre à quelques individus; ainsi la tête fixée sur des oreillers durs pendant longtemps peut s’aplatir, jusqu’à certain point, à l’occiput... Ces compressions peuvent être extrêmement fatales au développement des facultés intellectuelles... Nous avons remarqué une sorte d’idiotisme chez un individu à tête (prolongée en cône), et dont la forme est due à la seule compression de la coiffure dans l’enfance. » (Virey, Enfant, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. XII, p. 230, 1815.)

M. Blanchard, en signalant les formes céphaliques des habitants actuels du Limousin, et en attribuant la conformation allongée en arrière, principalement observée chez les campagnards, à l’usage de malaxer la tète du nouveau-né et à l’emploi d’un bonnet fortement serré (2), rappelle les prescriptions des auteurs anciens du pays, en particulier du R. P. Josset, qui faisait à la matrone les recommandations suivantes : « Que la tête de notre enfant soit donc un peu

(1) J. Bodin, tlethodus ad facilem hisloriarum cognilionem, 1650, cap. v, p. 147, in-8.

(2) Blanchard, Sur la conformation particulière de la tète' observée dans le. Limousin (Congrès scienlif. de France, tenu à Limoges, t. II, p. 1, elc.j. ■ : ;

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longue; que par derrière elle aille s’étendant légèrement en. pointe, et comme le . bout d’une courge; il y aura alors un vaste champ, un lieu spacieux pour loger la mémoire. »

Sed non ampla sim memore est : sit longior ergo ;

Inque cucurbitulœ sese producat acumen

Postica de parte, equidem tune magna patcscit

Aula locusque capax, ubi vis memor ampla quiescit.

Dans le département de la Creuse, dans l’ancienne Marche, dit également M. Blanchard, les femmes serrent sous le cou « les liens de leur honnet, de manière à allonger la figure en déprimant les tissus, et à former un sillon d’une profondeur extraordinaire, bordé de deux énormes bourrelets ».

Les régions de notre pays ou actuellement l’on observe surtout des déformations crâniennes artificielles sont la Normandie, le département des Deux-Sèvres et les environs de Toulouse, c’est-à-dire les départements delà Haute-Garonne, du Tarn et quelques autres circonvoisins.

En 1833, M. Achille Foville (1), médecin de l’asile d’aliénés du département de la Seine-Inférieure, y fit la remarque que les déformations céphaliques étaient beaucoup plus nombreuses chez les femmes que chez les hommes, les filles et femmes conservant les bandeaux constrictifs bien plus longtemps que les petits garçons. Ces déformations consistaient en un enfoncement circulaire, surtout prononcé au sommet du frontal et sur ses côtés. Suivant cet aliéniste, non-seulement les conformations vicieuses du crâne seraient bien plus fréquentes chez les aliénés que chez les autres habitants du pays, mais ces déformations seraient d’autant plus fréquentes et accusées que les aliénés seraient plus profondément atteints.

Dans le département des Deux-Sèvres, ainsi que dans les départements voisins, mais en moindre proportion, M. Lumer a pareillement constaté sur un certain nombre d’habitants, principalement du sexe féminin, une déformation crânienne artificielle qui consisterait dans une dépression en arc plus ou moins semi-circulaire, se montrant surtout au niveau de la fontanelle fronto-pariétale, et s’étendant sur les côtés au-dessus des pavillons des oreilles. Cette déformation s’observerait surtout chez les Pelleboises, femmes de la partie boisée des arrondissements de Melle et de Niort; mais aussi chez quelques femmes des environs de Bressuire, entre l’Argentan et la Sèvre nantaise ; elle paraîtrait parfois déterminer l’idiotie et l’épilepsie. Un arcelet, sorte de gros fil de fer entrant dans la confection d’un bandeau mis aux jeunes enfants et d’une calotte de carton appelée colbach, portée par les jeunes filles et les femmes, serait la cause de cette déformation crânienne (2).

Quant à la déformation crânienne toulousaine, étudiée successivement par de nombreux médecins, en particulier par M. L.-A. Gosse le père, par MM. Délayé et Achille Foville, par M. Bérenguier (3), et plus récemment par M. Broca, au double point de vue anatomique du crâne et de l’encéphale (4), elle consiste dans l’aplatissement de la région coronale et l’allongement de la moitié postérieure de la tête fortement reportée en arrière et en haut. Cette déformation, due à la constriction exercée par une coiffure composée de deux serretête et d’un bandeau fortement serré par de longs rubans faisant trois fois le tour de la tête, ainsi que la plupart des autres déformations crâniennes artificielles de notre Europe occidentale, est beaucoup plus prononcée chez les femmes

(1) Achille Foville, Déformation du crâne résultant de la méthode la plus générale de couvrir la tête des enfants. Paris, 1834.

(2) L. Liinier, Reeli. sur quelques difformités, observées dans le département des Dcux-Sivres ( Annales médico-psychologiques, Paris, 1852 ).— Déformations artificielles du crâne ( Dicl . de méd. et de chir. de Jaccoud, l. X.

(3) Bérenguier, Topographie physique, statistique et médicale du canton de Rabastens [Tarn), p. 95. Toulouse, 1850.

(4) Broca, Sur la déformation toulousaine, et anciens crânes déformés macrocéphales [Bull, de la Soc. d’anthrop., 2« se'rie, t. VI, p. 100, 1871 ; t. VIII, p. 577

que chez les hommes, les filles portant cette coiffure bien plus longtemps que les garçons. Par suite de cette déformation crânienne, M. Broca a fait voir que les lobes frontaux

sont fortement refoulés en arrière, et que la considérable diminution de capacité de la loge coronale amène une sorte d’atrophie ou plutôt de défaut de développement de l’encéphale, à tel point ijue la capacité crânienne d’une femme présentant celle deformation toulousaine n’était que de 1043 centimètres cubes, et que le poids de l’encéphale n’atteignait que 1079 grammes. Chez cette femme, l’action mécanique exercée sur la région antérieure de la tête avait déterminé l’adhérence de la dure-mère dans « toute la région frontale et le tiers antérieur de la région pariétale, c’est-à-dire dans toute la partie du crâne qui avait été comprimée dans le jeune âge», bien que le tissu osseux ne fût pas altéré. Sur cette tête dolichocéphale à indice de 74,70 pour 100, la compression avait diminué toute la partie antérieure du crâne, voire même transversalement, dans son diamètre biauriculaire, et les condyles du maxillaire inférieur, normalement développé, débordaient de plus de 1 centimètre les cavités glénoïdes, d’où résultait une sorte de désharmonie entre la partie supérieure et la partie inférieure de la face, très-notablement prognathe.

Hdmi'sphère gaucho d’uno Toulousaine.

Bien que, avec M. Broca on s’accorde à reconnaître que « la déformation dite toulousaine tend à diminuer, grâce aux conseils des médecins, qui ont remarqué qu’elle amenait des cas trop nombreux d’aliénation mentale » (1), cette déformation est encore très-répandue. On l’observe fréquemment dans les déparlements de la Haute-Garonne, du Tarn, dé l’Aude et de l’Hérault. Souvent elle est tellement prononcée u’au milieu des habitants d’une ville plus ou moins distante e cette région méridionale, on reconnaît à première vue certains natifs de ces départements. Un confrère me disait avoir également observé la déformation toulousaine chez quelques habitants du département du Gers. Une déformation serait) Bull, de h Soc. d’anlhrop., 2« sdrie, t. X, p. 504, 1875.

31 Janvier 1879 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE — N" 5 — 75

blable, mais se montrant seulement cirez les hommes, par suite de la constriction exercée par des mouchoirs fortement serrés autour de la tête (1) , s’observerait aussi aux îles Baléares et dans la province de Carthagène, en Espagne.

suivre.)

SOCIÉTÉS SAVANTES

Académie des sciences.

Observations sur la deuxième réponse de M. Pasteur, par M. Bértlielot.

... Je me suis déjà expliqué très-nettement sur les théories chimiques de M. Pasteur. Sa dernière Note montre une fois de plus et il reconnaît lui-même qu’elles ne reposent point sur des faits positifs...

Notre savant confrère déclarait naguère que la levûre de bière est un être anaérobie, capable d'enlever au sucre de l'oxygène combiné, à défaut d’oxygène libre. Il reconnaît aujourd’hui que cette propriété n’est point démontrée. Aujourd’hui, sans produire aucun fait positif, il suppose que la levûre fourrait prendre de 1 oxygène au sucre, pour le rendre aussitôt à l’état d’acide carbonique.

C’est encore là une simple hypothèse, dont la démonstration, je ne cesserai de le répéter, incombe à celui oui la produit dans la science. S’il est vrai que la levûre soumise à l’action de l’oxygène libre fournisse de l’acide carbonique, rien ne prouve et môme rien ne rend vraisemblable qu’elle doive en dégager encore, en l’absence de l’oxygène libre ; les changements profonds qui surviennent alors dans sou mode d’existence rendent cette supposition fort douteuse. Fût-il même établi que la levûre dégage de l’acide carbonique dans cés conditions, il n’en résulterait nullement qu’elle prît au sucre de l’oxygène, de préférence aux autres éléments.

Cette démonstration ne pourrait résulter que de la connaissance précise de l’équation chimique en vertu de laquelle l’acide carbonique serait formé, équation que M. Pasteur ne nous a point fait connaître; cependant elle peut être telle que le sucre cède à la fois tous ses éléments, ou même qu’il cède à la levûre de l’hydrogène de préférence. Quant à présent, tout ce qu’il est permis de aire, c’est que les faits connus ne sont pas favorables à la supposition de M. Pasteur.

En effet, les relations chimiques qui existent et que j’ai rappelées précédemment, entre le sucre et les principes immédiats constitutifs d’une levûre qui se multiplie, montrent qu’aucun de ces principes ne résulte d’une oxydation, mais que plusieurs sont plus riches en hydrogène que le sucre : il semble donc que la levûre enlève au sucre, aux dépens duquel elle se développe, non de l’oxygène ,- mais, au contraire, de l’hydrogène combiné, de préférence aux autres éléments ; ce qui est, d’ailleurs, plus conforme à ce que nous savons en général de la physiologie des végétaux.

Il ne me paraît pas non plus établi que « les fermentations pro- » prennent dites aient pour condition absolue la présence d’êtres » microscopiques. d Mes doutes à cet égard ne sont pas fondés sur des vues à priori, mais sur les faits acquis à la science par l’étude expérimentale des fermentations glycosique, amygdalique, ur.éique, acétique, etc., etc. L’expérience a prouvé que la condition déterminante de chacune de ces fermentations est chimique, loin d’être essentiellement vitalé ou physiologique. On ne saurait échapper à cette conclusion, à moins de définir les fermentations -proprement dites par les organismes microscopiques eux-mêmes : ce qui est un pur cercle vicieux.

Réciproquement, la. coïncidence entre la vie des organismes, qui se développent en dehors de la présence de l’oxygène libre, et les actés de fermentation, qu’ils sont censés produire, ne me paraît pas davantage pi démontrée d’une manière générale, ni nécesr saire; à moins de définir fermentation toute «t action chimique accomplie hors du contact de l’oxygène j dans les êtres vivants : ce qui est encore un pur cercle vicieux.

(1) Bull, de la Soc. d’anthrop., 28 série, t. VIII, p. 585, 1873.

En fait, la plupart des liquides contenus dans l’épaisseur des tissus végétaux sont exempts d’oxygène libre, parce qu’ils renferment des principes' immédiats très-oxydables, lesquels absorbent rapidement l’oxygène de l’air dissous dans les régions superficielles ou dans les lacunes, soit en vertu de leur action propre, soit avec le concours des conditions complexes réalisées par les cellules vivantes. Tel est notamment le cas du jus de raisin, du ‘us de betterave et de presque tous les jus sucrés contenus dans es cellules végétales, La vie de la plupart des cellules végétales, et même animales, s'accomplit donc dans des milieux privés d’oxygène libre. Cependant le sucre n’y fermente point, par le simple fait de la vie des cellules accomplie en dehors du contact de l’oxygène; il n’y fermente point tant que des conditions chimiques toutes spéciales ne viennent pas à être réalisées.

Inversement, la transformation du sucre en alcool (ou en acide lactique) ^effectue également, soit dans un milieu exempt d’oxygène libre, soit dans un milieu qui en renferme. Le fait est bien connu depuis longtemps, et M. Pasteur en a fourni lui-même de nouvelles preuves. Sans examiner si les milieux non oxygénés seraient plus favorables à la multiplication de la levûre, comme M. Pasteur a cherché à l’établir, mais ce qui est une question toute différente, il n’en est pas moins vrai que ce milieu n’est nullement indispensable pour l’accomplissement de l’acte chimique de la fermentation elle-même. Si cet acte résultait de l’absorption par la levûre d’une certaine dose d’oxygène combiné, pris au sucre à défaut de l’oxygène libre indispensable à la vie des cellules de levûre, on ne comprendrait pas pourquoi les cellules qui trouvent autour d’elles de l’oxygène libre iraient provoquer la fermentation alcoolique, en s’emparant de l’oxygène combiné. Ce n’est donc pas là la condition déterminante de la fermentation.

D’après ces faits acquis à la science, ét quelle que soit la difficulté que présente, dans une discussion, la vague et élastique généralité des assertions relatives à la vie sans air et à ses relations avec la fermentation, il me paraît cependant permis d’affirmer qu’en général la vie sans air n’est pas la fermentation, pas plus que la fermentation en général n’est la vie sans air. 11 n’existe point de corrélation chimique nécessaire entre ces deux ordres de phénomènes. Cl. Bernard le déclarait, et je partage son opinion.

Fermentation. — Une discussion s’établit entre M. Trécul et M. Pasteur, portant sur des textes où ce dernier à exprimé ses opinions sur les aérobies et les anaérobies.

Recherches sur le développement des œufs et de l’ovaire chez les mammifères, après la naissance. Note de M. Ch. Rouget. — L’ovaire entier et frais de chattes, de chiennes, de lapines nouveau-nées, de même que celui de très-jeunes embryons, examiné à de faibles grossissements (de 20 à 30 diamètres), se montre formé â sa surface par un réseau sous-épithélial de cordons ovulaires, contournés, anastomosés, pressés les uns contre les autres. Depuis plus de dix ans, l’auteur montre dans ses cours des coupes d’ovaires de .chiennes et chattes nouveau-nées, d’embryons de porcs, de fœtus humains, qui prouvent que la région médullaire est, comme la région corticale, formée de cordons ramifiés et anastomosés. Le présent travail est destiné à mettre les faits en lumière. Après quoi l’auteur ajoute :

A l’époque où je constatai que les ovules des cordons corticaux réapparaissent entourés de petites cellules (tubes de Valentin) que lorsqu’ils s’engagent dans l’épaisseur des cordons médullaires, je ne connaissais pas encore un travail de Kôlliker qui mentionne des observations semblables faites sur l’ovaire de chiennes nouveau-nées. Mes recherches, qui ont été accomplies sans aucune opinion préconçue, m’ayant conduit- à des conclusions qui concordent avec celles de Kôlliker, contribueront peut-être à faire accepter ces données nouvelles, qui jusqu’à présent paraissent jouir de peu de crédit auprès des embryologistes les plus autorisés.

Je suis, du reste, en mesure d’apporter, à l’appui de la démonstration de l’existence dans l’ovaire d’un appareil représentant les cordons séminifères du testicule et du Tôle important qu’il joue dans le développement des ovules avant et après la naissance, des preuves bien plus nombreuses et plus décisives, je l’espère,; que celles qui ont été fournies antérieurement. Ces preuves sont tirées d’observations poursuivies depuis près d’une année sur le développement parallèle des glandes sexuelles mâles et femelles^ et sur l’hermaphrodisme primordial. Je pourrai très-prochainement communiquer ce travail à l’Académie, ainsi que Ries' observation^

31 Janvier 1879

sur les transformations que subit l’appareil testiculaire de l’ovaire chez les femelles adultes et sur le rôle que joue le stroma contractile de l’ovaire dans la migration des ovules chez les mammifères.

Académie de médecine.

L’Academie reçoit : t° Unelctlrc de M. Caradec (de Brest), accompagnant l’envoi, il l’appui de sa candidature, d’un mémoire intitulé : Quelques considérations sur les rapports qui existent entre l'éléphantiasis des Arabes, les scrofules et les scrofulates de vérole (?). — 2° Une lettre de M. le docteur Manouvrier (de Valenciennes) , & l'appui de sa candidature au titre de membre correspondant : 1° Deux observations de malformation congénitale du membre supérieur ; brachy-dactylie, hepta-dactylic ; 2° Un mémoire intitulé : Troubles digestifs et respiratoires des garçons de caisse (manieurs d’argent à la Banque de Franco).

M. Delpech présente : 1“ au nom de M. le docteur Homo, médecin des épidémies de Ctaüteau-Gonthicr (Mayenne), un mémoire intitulé : Etudes médicales sur l’arrondissement de Chdteaiv-Gonthier ; — 2“ au nom de M. le docteur Henry Bennett, un exemplaire de la troisième édition de son Traité de la consomption pulmonaire et de son traitement.

M. Ricord offre en hommage, au nom de M. le docteur Alfred Fournier, un volume intitulé : La syphilis du cerveau.

M. Henri Bouley présente : 1° au nom do M. Monter, député de Scine-et-Oise, un ouvrago intitulé : Atlas de la production de la richesse en Europe; — 2° au nom de M. Saint-Cyr, un volume de Médecine vétérinaire.

M. Lasègue présente, au nom de M. le docteur Galezowski, une brochure intitulée : Des amblyopies et des amauroses toxiques.

M. Chauffard présente, au nom de M. le docteur Raymondaud, une brochure intitulée : Considérations suivies d’observations sur la prothèse mécanique.

Lésions osseuses du crâne. — M. Broca communique à l’Académie une pièce pathologique très-intéressante, constituée par un énorme séquestre comprenant les deux pariétaux, une partie du frontal et de l’occipital. Cette pièce a été détachée du crâne d’un enfant des montagnes de la Drôme, à la suite d’une brûlure, et adressée à M. le docteur Mary Durand, par M. le pasteur Muston.

L’enfant a supporté celte énorme lésion sans manifester aucune douleur, et sans cesser un seul instant de faire son travail de berger. Le séquestre est tombé spontanément trois mois après l’accident, a donné lieu à une plaie étendue sur laquelle on observait des battements et qui est maintenant en voie de cicatrisation. La pièce anatomique présentée à l’Académie comprend presque les trois quarts de la voûte crânienne. Vers la partie moyenne du pariétal droit, la nécrose a été évidemment pénétrante, et c’est sur ce point que M. Muston a constaté des battements dont il parle dans son observation.

M. Colin demande àM. Broca si les battements étaient des battements artériels ou bien des battements produits par le liquide céphalo-rachidien.

M. Broca répond qu’il s’agissait évidemment de battements cardiaques.

Nécrologie. — M. le Président annonce la mort d’un membre correspondant, M. le docteur Mirault (d’Angers).

Élections. — L’Académie procède à l’élection d’un membre correspondant national .

Les six candidats étaient présentés dans l’ordre suivant : 1° M. Levieux; 2° M. Mignot; 3°M. Bourgade; 4° exœquo, MM. Barailler, Caradec, Mordret.

M. Levieux est élu par 47 voix sur 64 votants.

Embryogénie du cœur, par M. Cadiat. — Les recherches auxquelles l’auteur s’est livré sur les dispositions des valvules veineuses, sur la structure de l’endocarde, sur les altérations de cette membrane, lui permettent de considérer le cœur comme appartenant au système veineux. — Dans un travail publié en 1876 dans la Gazette médicale, l’auteur émettait déjà cette opinion que les dispositions des valvules du cœur et

celles des valvules veineuses étaient identiques, et que le cœur pouvait être regardé comme un renflement veineux. — L’année suivante, dans un travail fait en collaboration avec M. le professéur Robin, il avait considéré l’endocarde comme un prolongement de la tunique de Bichat des veines. Les rapports de cette membrane qui n’est pas vasculaire avec une couche riche en vaisseaux, éloignait tout rapprochement avec la tunique interne des artères.

Enfin les dernières recherches faites par M. Cadiat sur l’endocarde lui ont montré que cette membrane à laquelle la plupart des auteurs, surtout depuis les recherches de Lushker et ds Beluzeff, décrivent des vaisseaux sanguins et lymphatiques, en est absolument dépourvue. Les valvules ne sont pas non plus vasculaires. Il résulte de ces considérations anatomiques que la nutrition de l’endocarde se fait indirectement, et que, par conséquent, s’il ne s’enflamme pas luimême, il s’altère dès que la circulation de la couche musculaire cardiaque est troublée. Les parties les plus altérables seront, par conséquent, les plus épaisses et les plus éloignées des vaisseaux.

Septicémie, ostéomyélite. — M. Alph. Guérin prend la parole à l’occasion de la communication de M. Lannelongue sur l’ostéomyélite. Convaincu que le périoste joue un rôle lus important que la moelle dans la genèse de cette malaie M. Guérin ne peut adopter, avec M. Gosselin, le nom de périostite phlegmoneuse. Tout se passe dans l’ostéomyélite comme dans le phlegmon diffus ; il y a du pus partout, aussi bien dans le canal médullaire que sous le périoste. C’est pour cette raison que M. Guérin a été amené à pratiquer de très-bonne heure, non-seulement le débridement de la peau, mais celui du périoste.

Dans la forme d’ostéite justement désignée par M. Gosselin sous le nom A’ostéilc épiphysaire des adolescents, l’orateur fait remarquer qu’il existe un ramollissement notable du tissu de l’os, disposition dont il tire parti pour opérer le débridement des cellules osseuses inflammées.

M. Alph. Guérin panse ensuite avec son pansement ouaté, et il obtient ainsi des guérisons qui lui auraient paru impossibles par une autre méthode.

Il n’a pas seulement recours à ce mode de traitement pour l'inflammation des épiphyses, il l’emploiera aussi dans certains cas d’ostéite suppurée de la main et du pied avec ramollissement du tissu osseux, pour arriver plus facilement à en rayer la maladie et à la guérir aussi sûrement que dans les cas d’ostéite épiphysaire.

Enfin, dans les cas de suppuration de l’oreille, qui sont sous la dépendance d’une ostéite de nature strumeuse, le débridement des cellules osseuses a donné à M. Alph. Guérin les résultats les plus satisfaisants. Il cherche à la surface de l’apophyse mastoïde un point qui lui semble moins résistant que dans le reste de l’os et qui soit manifestement douloureux à la pression. Il y plonge hardiment le scalpel à une profondeur de 1 ou 2 centimètres. Quelquefois du pus s’en écoule, mais parfois aussi on ne donne issue qu’à du sang. Mais le débridement suffit pour arrêter l’inflammation de l’os et tarir l’écoulement du pus par l’oreille.

Le résultat est surtout saisissant dans les cas d’ostéite extrêmement douloureuse de l’apophyse mastoïde. M. Guérin a vu des malades qui avaient été privés de sommeil pendant plusieurs semaines successives par la violence de la douleur, être instantanément et définitivement calmés. La trépanation, qui est conseillée pour ces cas, peut être avantageusement remplacée par la ponction et le débridement avec le scalpel, opération bénigne, peu douloureuse, et souvent réclamée par les malades eux-mêmes, qui en ont constaté l’efficacité une première fois.

< M. Gosselin demande à M. Alph. Guérin si, dans les cas où il a fait le débridement, il a toujours trouvé du pus, et s’il

a cru nécessaire de faire en même temps l’incision de l’os et la section du tissu spongieux.

M. A. Guérin dit qu’il a recours au débridcment du péroné et du tissu spongieux dans des cas différents :

1° Lorsqu’il existe des phlegmons sous-périostés, il incise seulement le périoste, mais il n’intervient pas lorsque le pus n’est pas encore formé.

2° Dans l’ostéite épiphysaire, il incise et débride le tissu spongieux. Il n’a pratiqué ces incisions que depuis qu’il a reconnu les avantages du pansement ouaté dans le pansement des plaies.

— A quatre heures et demie l’Académie se forme en comité secret pour entendre la lecture d’un rapport de M. Peter sur l’élection qui doit avoir lieu dans. la prochaine séance dans la section de pathologie médicale.

Société de chirurgie.

SÉANCE nu 15 JANVIER 1879. — PRÉSIDENCE DE M. GIIYON.

Correspondance. — Blessure incomplète du nerf médian. — Redresse ■ ment de la hanche ; craquements articulaires . — Ulcères des téguments dans la paralysie atrophique de l’enfance. — Traitement des corps étrangers du rectum. — Présentation de pièces : vessie à poche contenant des calculs. — Kyste de la prostate.

La correspondance comprend une observation de M. G.Mannoury (de Chartres) : Tumeur maligne de l'arrière-gorge chez un homme jeune; mort rapide.

— M. Farabeuf fait un rapport sur un cas de blessure incomplète du nerf médian, par M. Riehelot.

En 1875, M. Riehelot a fait une étude anatomique complète des nerfs des doigts. Il établit que les nerfs collatéraux dorsaux des doigts indicateur, médius et annulaire, viennent exclusivement des collatéraux palmaires, et ne sont pas fournis par les nerfs du dos de la main.

Sur l’index, le médius et l’annulaire, le collatéral palmaire fournit, à la partie supérieure de la première phalange, un rameau qui longe de chaque côté la face dorsale du doigt jusqu’à son extrémité. Rien de semblable pour le pouce et le petit doigt.

Les nerfs du dos de la main, radial et cubital, fournissent deux collatéraux dorsaux au pouce et deux à l’auriculaire; mais, arrivés à la racine île rindex, du médius et de l’annulaire, ils s’épanouissent en ramuscules grêles sans atteindre la seconde phalange.

Deux observations de M. Riehelot confirment ces données anatomiques. Dans le premier cas, section du nerf médian ; anesthésie complète dans le centre du domaine du nerf; l’anesthésie décroît du centre à la périphérie, et tend à disparaître peu à peu. Les nerfs voisins suppléent à la sensibilité disparue.

— M. Marc Sée fut appelé en octobre dernier près d’un malade retiré de la gouttière de Bonnet, où il avait séjourné plusieurs mois pour une arthrite coxo-fémorale. Raideur absolue dans la jointure, la cuisse étant un peu fléchie sur le bassin. Les bains, les frictions, le massage, n’amenèrent aucune amélioration.

Le 6 novembre, le malade fut endormi : M. Sée exagéra la flexion de la cuisse, pour rompre les adhérences, on entendit un bruit sec, éclatant, au niveau de l’articulation. On crut à une fracture du col du fémur. Cependant la flexion avait été faite sans brutalité. Pareille chose était arrivée à M. Tillaux. M. Sée imprima à la cuisse divers mouvements sans reproduire les craquements; le malade se réveilla; on ne mit point d’appareil ; il n’y avait pas de fracture. Les deux membres avaient la même longueur, et le malade aurait pu marcher au bout de quinze jours si on le lui avait demandé.

Le sujet n’était ni rhumatisant, ni syphilitique; un mois avant le début de son arthrite, il avait contracté une blennorrhagie ; cette affection peut donc être considérée comme la cause de l’arthrite coxo-fémorale. M. Sée conseille, en pareil cas, d’imprimer de bonne heure des mouvements au membre pour éviter l’ankylose.

M. Després a essayé de produire une fracture et une fausse articulation chez une malade qui avait une luxation inlracoraco'idienne complète datantde trois mois; il n’a pasréussi. On entendit un craquement et on put entendre la crépitation des fragments; il y avait donc fracture. Le bras fut mis en écharpe, et M. Després imprima chaque jour des mouvements au membre; le cal se forma cependant, et on ne put obtenir une fausse articulation.

M. Verneuil a cassé trois fois le col du fémur; une première (bis dans un cas de coxalgie strumeuse avec attitude vicieuse; la tète resta dans la fosse iliaque; le malade marche assez bien. Une autre fois, chez un adulte qui guérit avec 2 centimètres de raccourcissement.

Dans d’autres cas, où il ne s’agissait que de brides, avec attitude vicieuse, M. Verneuil a entendu un craquement bruyant comme dans la fracture, et le membre a repris une bonne position.

En ce moment, il y a dans le service de M. Verneuil un malade atteint de coxalgie blennorrhagique; raideur articulaire. Les mouvements artificiels prématurés, qui sont cependant recommandés, sont funestes quand la jointure estencore malade, enflammée.

M. Le Dentu a vérifié la grande ressemblance qui existe entre le bruit produit par la rupture d’une fausse ankylosé et le bruit de la fracture. Voulant redresser la cuisse d’un enfant atteint de coxalgie, il produisit un craquement bruyant ; mais il constata qu’il n’y avait pas de fracture.

Chez un autre malade, M. Le Dentu brisa l’humérus. Cet os, atteint d’ostéite de l’extrémité supérieure, était très-ràpproché du tronc. Le malade était en voie de guérison, il s’agissait de rompre les adhérences articulaires. On entendit un bruit, caractéristique de fracture ; l’os était rompu, comme le prouva la crépitation. Le malade guérit sans accident et put se servir de son bras.

M. Tillaux pense que le bruit déterminé par une fracture est bien différent du bruit dû à la rupture des adhérences articulaires. Quand il n’y a plus d’inflammation dans une jointure, il faut endormir le malade et chercher à rompre les adhérences.

M. Verneuil lira dans une prochaine séance quelques propositions sur les mouvements à imprimer aux articulations malades.

M. Marc Sée. Il est bien difficile de rompre un col du fémur sain ; cela est facile au contraire si l’os est malade.

M. Tillaux, Sur le cadavre, il est très-difficile, de casser le col du fémur ; pour casser l’os, il faut que la tête fémorale soit fixée par des adhérences, ce qui n’a pas lieu sur le cadavre.

— M. Nepveu lit un mémoire ayant pour titre : De certains ulcères des téguments dans la paralysie atrophique de l'enfance. (Renvoi à l’examen d’une commission composée de MM. Sée, Tillaux et Nicaise.)

— M. Poulet lit un mémoire sur le traitement des corps élrangers du rectum. Ce travail renferme l’analyse de 52 observations. (Commission composée de MM. Lucas-Championnière, Le Dentu et Tillaux.)

— M. Tillaux présente une pièce recueillie sur un malade entré à l’hôpital Beaujon pour une rétention d’urine et mort peu de jours après.

En examinant la vessie, on trouve à 1 centimètre en ar-

rière du trigone un orifice dans lequel on peut introduire le doigt; cet orifice conduit dans une poche ayant les dimensions d’un marron. Cette poche est en rapport en arrière avec la vésicule séminale droite et le canal déféront droit. Il n’y a pas de péritoine à ce niveau. Dans cette poche se trouvaient sept calculs. On s’explique ainsi qu’un calcul, constaté une fois, ne puisse être retrouvé jdans les explorations ultérieures. On voit encore dans cette vessie des colonnes charnues qui limitent des dépressions, des cellules, ce qui explique la formation des poches.

M. Perrin. Ces vessies se rencontrent souvent dans les hôpitaux destinés aux vieillards ; elles sont déterminées par des cystites. La muqueuse vésicale n’est pas intacte dans le fond des loges. M. Perrin n’avait jamais rencontré de calculs dans ces loges.

— M. Le Dentu présente un kyste de la prostate, recueilli sur un homme entré à l’hôpital avec des hématuries. A l'autopsie, on trouva de petits calculs dans la vessie. La prostate était très-hypertrophiée et présentait à sa partie inférieure une poche considérable. La nature glandulaire de cette poche n’est pas discutable.

Allocution du président M. Guyon.

M. Horteloup, secrétaire annuel, résume les travaux de la Société pendant l’année 1878.

M. de Saint-Germain, secrétaire général, lit l’éloge de Bouvier.

M. le Secrétaire annuel proclame les lauréats des prix de l’année 1878. Le prix Laborie est partagé entre M. Pelit (Des rapports de l’ataxie locomotrice avec les traumatismes), et M. Cauvy (de Béziers) (De la pneumocèle traumatique).

Le prix Duval n’est pas décerné, faute de candidats.

Société de biologie.

Recherchés sur les effets toxiques de l’iodure de méthyltriéthylstibonium : M. Rabuteau. — Observations diverses sur les cheveux : M. Galippe. — Myomes cutanés douloureux : M. Balzer. — Monoplégie brachiale aveo anesthésie : M. Raymond.

M. Rabuteau. On sait qu’il existe une différence remarquable entre les effets des sels d’ammoniums quaternaires et ceux des ammoniums ou amines tertiaires, secondaires et primaires. Ainsi, tandis que les sels des amines primaires, secondaires et tertiaires, tels que les chlorhydrates de méthylamine, de diméthylamine, de triméthylamine, etc., produisent des effets comparables à ceux des sels ammoniacaux ordinaires, les premiers sont des substances dont l’action est semblable à celle du curare, comme il résulte d’expériences faites en 1873, par M. Rabuteau. avec les iodures de tétraméthylammonium et de tétramylammonium.

On sait, d’autre part, que l’antimoine, de même que le phosphore et l’arsenic, forme des combinaisons chimiques analogues à celles de l’azote. Ce métal ou plutôt ce métalloïde donne avec l’hydrogène un composé SdH3, l’hydrogène antimonié, qui correspond à l’ammoniaque AzH3, à l’hydrogène phosphoré PhH3. De même il existe des combinaisons de stibonium analogues à celles des ammoniums de divers ordres.

l’iodure de tétréthylammonium

CTU )

c’est-à-dire l’iodure d’ammonium

AIDI ou JHazI,

dans lequel les 4 atomes d’hydrogène typique sont remplacés par le groupe éthyle C2H\ Ce sel a pour analogue l’iodure de tétréthylstibonium

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